00:00France Inter
00:01Mathilde Munoz
00:05Le 5-7
00:08Il est 6h20, la coalition des volontaires se donne rendez-vous aujourd'hui à Paris.
00:13Ce sont les alliés de l'Ukraine, une trentaine de pays, qui se retrouvent pour renforcer leur soutien militaire.
00:18Et pourquoi pas verrouiller le ciel ukrainien une bonne fois pour toutes,
00:21mettre en place un bouclier du ciel capable d'intercéter les drones russes
00:25qui arrivent désormais par centaines chaque semaine, voire chaque jour.
00:28C'est ce que demande le collectif SkyShield qui a lancé une pétition en ligne.
00:32Et notre invité fait partie de ceux qui ont initié ce projet.
00:34Bonjour Xavier Tittelman.
00:35Bonjour, merci de m'accueillir.
00:36Je vous en prie, vous êtes un ancien aviateur militaire, consultant aéronautique et défense.
00:41Vous vous rendez régulièrement en Ukraine.
00:43Alors ce matin, j'ai vérifié, votre pétition frôle les 30 000 signatures.
00:46Vous êtes soutenu notamment par des généraux français, mais aussi des députés, des responsables d'ONG.
00:51L'Ukraine, c'est grand comme une fois et demi la France.
00:54Est-ce que c'est vraiment techniquement possible de détruire tous les drones et tous les missiles tirés par la Russie ?
00:59Non, alors déjà, ce n'est pas l'objectif.
01:01Même un pays comme Israël n'arrive pas à intercepter 100% alors que c'est tout petit.
01:05Là, notre vision, c'est déjà de protéger quelques villes sur les arrières qui sont uniquement avec des civils.
01:11On est très loin de la ligne de front, des villes qui sont à quelques minutes de vol de la frontière,
01:16par exemple avec la Pologne et la Roumanie, de deux façons différentes.
01:19en mettant sur place, au sol, des batteries de défense aérienne et des systèmes de détection
01:24et en étant capables de déployer en six minutes les avions qui décollent de Pologne,
01:29de la base de Greschow, ils sont en six minutes au-dessus de la ville de Lviv, par exemple.
01:33Donc c'est vraiment un soutien sur les arrières pour protéger les civils
01:36et on ne va pas aller se frotter aux russes ou à la ligne de front.
01:39Alors attendez, les dispositifs de détection en Ukraine, il y en a déjà, il s'agirait donc de les renforcer.
01:43Tout à fait.
01:43En revanche, des avions positionnés dans des pays voisins qui interviendraient, ça, ce serait nouveau ?
01:48Alors déjà, on parle de systèmes qui appartiendraient à nos armées.
01:51Quand vous en parlez aux militaires aujourd'hui, ils nous disent
01:53« Nous, on a donné déjà beaucoup et si on donne des équipements dont on aurait peut-être besoin dans trois ans,
01:58malheureusement, on n'en aura pas assez. »
01:59Donc on est peut-être plus prêt à faire ce qu'on appelle les opérations extérieures,
02:03mettre nos militaires avec nos batteries de défense aérienne sur ces villes qui sont proches de la frontière
02:08et puis quand tu rendras de nouveau la paix dans deux ans, on pourra les récupérer.
02:11Donc ils préfèrent à la limite se déployer que de fournir plus de matériel.
02:15Et pour ce qui est des avions de chasse, nos avions sont déjà déployés sur les frontières de l'Ukraine dans ces deux pays
02:21et là on parle de les faire arriver sur le front, enfin on doit les faire arriver sur le pays mais sans être engagés sur le front.
02:27Donc on a vraiment un déploiement en tant qu'opération extérieure plus des avions qui pourraient patrouiller.
02:31Et donc il s'agirait de protéger les civils qui vivent dans les sites qui sont en réalité ciblés vraiment particulièrement par les Russes ?
02:40Tout à fait, 93% des attaques russes, 40 000 missiles tirés depuis le début, sont sur des infrastructures civiles.
02:47On a 2600 attaques sur le système de santé, 3000 écoles qui sont endommagées,
02:50donc on est vraiment sur un ciblage systématique comme en Tchétchénie, comme en Syrie
02:55et nous on veut réellement se limiter à protéger les civils en interceptant, et j'insiste sur ça, uniquement des missiles et des drones.
03:02On ne va pas aller abattre un avion russe, il n'y a aucune escalade.
03:05Et à la limite, quand on parle de ligne rouge, c'était même pire quand on disait on va donner des missiles qui peuvent tirer à longue portée,
03:11quand on va donner des avions de chasse, là il y a des Russes qui meurent.
03:14Nous on parle de tuer aucun Russe, on parle uniquement de sauver des civils ukrainiens.
03:17Donc pour vous, il n'y a pas de risque que Vladimir Poutine soit furieux par une telle initiative si elle venait à se mettre en place ?
03:24Ils le prétendent évidemment à chaque fois.
03:27Interdiction de donner des chars, interdiction de donner des missiles, interdiction de donner des avions de chasse, interdiction de taper sur le sol russe.
03:32Tout ça, c'était des lignes rouges russes qui sont bien pires que celles qu'on propose aujourd'hui, qui sont de bon sens encore une fois.
03:39Et évidemment, il n'y a pas eu de conséquences, outre que cette propagande russe qui prétend qu'à chaque fois qu'on soutient l'Ukraine, ça va amener à la guerre mondiale.
03:46Là, on parle de sauver des vies.
03:47Alors si c'est si simple, si facile à mettre en place et qu'en plus ce n'est pas une ligne rouge, pourquoi ce n'est pas déjà le cas ?
03:55C'est une question de volonté politique.
03:57Avoir des hommes au sol, on le fait déjà, on a des forces spéciales, on a des formateurs, mais plus ou moins cachés.
04:03Et donc finalement, le fait d'officialiser ce soutien, d'avoir réellement des troupes qui seraient au sol, là, ce serait un geste politique fort.
04:10Mais objectivement, on est simplement à la hauteur de l'histoire de la France et de l'Europe et de tous ces pays qui demandent ce soutien aujourd'hui.
04:17C'est pour ça que vous parlez de devoir moral dans votre texte, le texte de la pétition, vous dites que c'est un devoir moral.
04:22Il y a un devoir moral.
04:23Et puis la France a des engagements de sécurité avec l'Ukraine depuis notre signature en 1995, dans lequel l'Ukraine a accepté de rendre, de se débarrasser de ses armes nucléaires,
04:32en échange de garanties de sécurité qui lui sont offertes par la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Chine et la Russie aussi.
04:38On voit bien évidemment que ça n'a pas marché.
04:39Donc nous avons un devoir moral envers des civils qui sont attaqués tous les jours.
04:44Nous avons techniquement la possibilité de le faire.
04:46On l'a fait pour Israël en intercepteur de missiles.
04:48On l'a fait en interceptant des drones outils.
04:51Quand on a été à Sarajevo, on n'a pas attendu qu'il y ait un cessez-le-feu à Sarajevo et que les snipers arrêtent de tirer.
04:57On y a été.
04:58On a sauvé des gens et on a été efficace.
04:59On veut juste faire exactement la même chose.
05:00Ça s'est déjà fait en fait, c'est ça ?
05:01Exactement.
05:02Et c'est pour ça qu'on a des officiers généraux de très haut rang qui nous soutiennent aujourd'hui, dont les directeurs des opérations aériennes anciens.
05:08Directeurs d'opérations aériennes des généraux 4 étoiles de France et de Belgique.
05:11C'est que c'est techniquement réaliste.
05:13Et alors je vous repose la question.
05:14Donc si c'est si simple, réaliste, que ça a été déjà fait par le passé, pourquoi il n'y a pas cette volonté politique ?
05:19Qu'est-ce qui bloque ?
05:20Je pense qu'il y a aussi toute une vision en disant jusqu'à maintenant, laissons parler la diplomatie.
05:25Laissons sa chance à Donald Trump quand il essaie de faire des discussions.
05:28Ça fait trois ans et demi qu'on essaie de faire des discussions.
05:30Personne n'a dit qu'il fallait arrêter de négocier.
05:33À partir du moment où on met une pression en protection des civils, il faut comprendre qu'on cherche aussi à obtenir la paix.
05:41La Russie cherche deux choses.
05:42Soit elle cherche à acquérir le territoire ukrainien par la progression militaire.
05:46On voit très bien que c'est bloqué.
05:48En mille jours, ils ont conquis 1% du territoire ukrainien.
05:50Ça avance très très doucement.
05:52Donc ils n'obtiendront pas l'annexion d'Ukraine par la force.
05:56La deuxième possibilité, c'est de faire s'effondrer les arrières ukrainiens.
05:59Si nous arrivons à protéger les civils et à éviter l'effondrement de l'Ukraine,
06:04c'est-à-dire que Poutine sait que ce deuxième objectif n'est pas atteignable.
06:07Et donc logiquement, ça va le pousser à accepter cette négociation de paix.
06:11Avec qui vous discutez pour faire avancer votre projet ?
06:14Est-ce que c'est essentiellement avec des militaires, l'état-major ?
06:16Ou il y a aussi des politiques, des dirigeants et peut-être Emmanuel Macron ?
06:20Alors on espère, on sait que l'Elysée est au courant, on sait que le ministère des Armées est au courant.
06:23Nous, on est en contact avec notamment les anciens.
06:26Parce que ceux qui sont actuellement officiers généraux ou députés ou politiques,
06:30ils ne peuvent pas, eux, prendre position pour l'instant.
06:31Il faut que ça vienne du haut.
06:33Mais quand on a des généraux quatre étoiles,
06:34quand on a le président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale,
06:39qui nous soutiennent aujourd'hui,
06:40on sait très bien que c'est quelque chose qui a un soutien qui est très important.
06:43À l'étranger, l'ancien président polonais,
06:46des ministres des Affaires étrangères de Lituanie,
06:48on a des Britanniques, on a le numéro 2 de l'OTAN,
06:50les anciens, qui ont déjà soutenu cette opération Sky Shield.
06:55Donc aujourd'hui, on n'a pas d'interlocuteur officiel.
06:57On sait très bien qu'il y a cette réunion aujourd'hui
06:58qui va avoir lieu avec la coalition des volontaires.
07:01Et à partir du moment où on fera ce constat objectif
07:04que la Russie ne souhaite pas la paix,
07:06puisqu'ils n'arrêtent pas de repousser, de trouver des raisons,
07:08de ne pas rencontrer Zelensky, etc.
07:09On espère que ce sera l'étape suivante.
07:11On ne peut pas attendre et dire à une victime
07:13« On va attendre que tu ne te fasses plus taper dessus
07:16pour venir t'aider ».
07:18Non, on peut aujourd'hui les aider et sauver des vies.
07:20Merci Xavier Tittelman.
07:22« Sauvons les civils des drones russes,
07:24fermons le ciel au-dessus de l'Ukraine ».
07:26C'est le titre de notre pétition
07:28qui est en ligne sur change.org.
07:31Merci, vous étiez l'invité du 5-7.
07:32Merci.
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