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  • il y a 4 mois
L'acteur et réalisateur Alex Lutz adapte au cinéma le roman éponyme de Nicolas Mathieu, "Connemara", qui sortira en salles le 10 septembre. Le film est porté à l'écran par les acteurs Mélanie Thierry et Bastien Bouillon.

Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:007h49, Benjamin Duhamel, votre invité est acteur et réalisateur.
00:04Bonjour Alex Lutz.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous ce matin au micro d'Inter.
00:08Les Français vous ont découvert dans OSS 117, en nostalgique du Troisième Reich.
00:11Ils ont ri en vous voyant grimer en Catherine avec son acolyte Liliane,
00:15ont été bouleversés par votre film Guy, émus par vos spectacles,
00:18notamment celui sur votre père.
00:20Et ce matin, vous êtes avec nous comme réalisateur de Connemara,
00:23adaptation du livre de Nicolas Mathieu.
00:25Alors vous avez raconté que vous vous étiez précipité
00:28pour acheter les droits de leurs enfants après eux,
00:30le prix Goncourt de Nicolas Mathieu.
00:32Mais c'était trop tard, ils avaient déjà été achetés
00:34et donc vous vous êtes rattrapés, si j'ose dire, avec Connemara,
00:37tout en reconnaissant, c'est paradoxal, être, je cite,
00:40« moins impressionné par le livre ».
00:42C'est plus facile d'adapter un roman qu'on a un peu moins aimé ?
00:45En fait, je ne m'étais pas tellement précipité.
00:49J'avais pris trop tard, il était déjà au relais H,
00:51donc c'était un bon concours.
00:55Je l'adorais tellement,
00:58que j'en aurais fait, je ne sais pas en fait,
01:02c'était un film, un film lecteur quoi.
01:05Je le lisais et je voyais un film.
01:06Donc bon, et en fait, Connemara, j'ai adoré,
01:10mais ça a changé dans ma tête les possibilités
01:13qu'il y avait à faire sur le bouquin.
01:15Et vous vous êtes dit, j'aurais plus de liberté
01:18pour mettre ma patte, changer un petit peu ce récit.
01:22En tout cas, avoir un point de vue qui soit pleinement Connemara
01:27et pleinement le mien, j'espère.
01:29Ce film, c'est un film sur les déterminismes,
01:32l'histoire d'amour entre Hélène, jouée par Mélanie Thierry,
01:35parisienne d'adoption qui a réussi, ce qu'on appelle une transfuge de classe,
01:38qui revient dans les Vosges où elle a grandi
01:40et retrouve son camarade de lycée, Christophe,
01:42qui est joué par Bastien Bouillon, formidable,
01:44qui lui est resté à Epinal.
01:45Et ce qui est frappant, c'est que la puissance des sentiments,
01:48des corps qui va les unir, n'est pas assez forte
01:51pour effacer la barrière de classe qu'il y a entre eux.
01:54C'est assez pessimiste comme vision du monde.
01:57En tout cas, c'est la vision qu'a Nicolas.
02:00On entendait l'édito de Patrick.
02:03Il n'y a quand même...
02:05Ce n'est pas très original de dire qu'il y a une France un peu irréconciliable.
02:11Mais c'est vieux.
02:12C'est une vieille bombe sourde.
02:14Ça date de Louis XIV, cette histoire de centralisation.
02:18Donc, cette espèce de chose qui fait que la ville où on est
02:23n'est pas la bonne et que c'est sûr qu'on réussira un peu mieux
02:27dans la plus grande à côté.
02:29Ça a été tous les espoirs, toutes les utopies.
02:32Et puis, maintenant, on sent un peu le vinaigre de ça.
02:37Ça a créé du chagrin chez les gens aussi.
02:40Donc, voilà.
02:41Mais il y a l'amour quand même au milieu de ce film.
02:43La tentative, en tout cas, d'amour.
02:44Il y a cette phrase de Nicolas Mathieu hier dans la tribune dimanche
02:48qui dit « L'idée du roman vient de l'élection d'Emmanuel Macron en 2017.
02:52Je suis pris entre deux francs.
02:53Celle d'où je viens, celle où je suis arrivé,
02:55celle qui vote Le Pen, celle qui vote Macron,
02:57celle des bien lotis et celle de ceux qui subissent. »
03:00C'est un film sur l'ascenseur social qui est en panne,
03:04sur ce que certains appellent la France périphérique.
03:06Ça, c'est une thématique que vous avez voulu mettre au cœur du film que vous réalisez ?
03:10Finalement, c'est un peu moins au cœur de mon film que dans le roman.
03:14Dans le roman, il s'y arrête davantage.
03:16Moi, je me suis intéressé aux deux portraits
03:18parce qu'il fallait aussi trier quelque chose.
03:20Il y a 500 pages de roman.
03:23Donc, je me suis arrêté sur ces deux portraits.
03:25Et aussi, qu'est-ce que ça veut dire ?
03:27C'est plutôt qu'est-ce que ça veut dire partir, aller quelque part ?
03:30Et qu'est-ce que ça veut dire rester ?
03:31Est-ce qu'on est forcément plus héroïque quand on part ?
03:34Est-ce qu'on est forcément moins héroïque quand on reste ?
03:36Je ne crois pas.
03:37Donc, à travers ces deux portraits, ça pose ces questions-là.
03:42Évidemment, le corps social est un corps qui nous tire terriblement.
03:48Et dans leur étreinte amoureuse,
03:50dès lors que c'est dans une chambre d'hôtel qui n'est pas la plus belle du monde,
03:54mais dès que c'est hermétique à tout le corps social,
03:58c'est possible.
03:58Il y a quelque chose de possible quand même.
04:00Vous parliez de ces deux corps, de ces étreintes.
04:04Connemara, c'est aussi un portrait de femme.
04:07Hélène, qui est en pleine crise de la quarantaine, son couple Badlè,
04:10elle fait face au sexisme dans le milieu professionnel.
04:13Est-ce que c'est un film féministe sur la colère des femmes
04:17qui, dites-vous, est toujours socialement moins acceptée que celle des hommes ?
04:21En tout cas, je voulais aborder un portrait de femme
04:25où la question de la colère...
04:27Il y a quand même la première phrase de Hélène dans le roman
04:30et que j'ai conservée pour le film.
04:31La colère venait dès le matin.
04:33Et puis, la colère venait dès le matin parce que tatati, tatata,
04:37jusqu'à mes cheveux, que j'ai failli couper 20 fois
04:40pour économiser le temps d'entretien hebdomadaire qu'il me coûte.
04:44Fallait-il qu'on me prenne ça, ce trésor de l'enfance ?
04:47Moi, qui était une phrase que je trouvais qui me terrassait.
04:49Et oui, on ne va pas dire, ah bon, si.
04:53Enfin, on sait que c'est quand même plus chaud.
04:55C'est plus dur.
04:56C'est plus dur.
04:57Ça reste plus dur.
04:57Elles sont toujours...
04:58Et une colère qui est moins acceptée que celle des hommes ?
05:02On ne leur dit pas la même chose.
05:03Si moi, je me mets en colère dans une réunion,
05:04on va se dire, je ne me suis pas laissé faire.
05:06Sinon, on va dire, ça ne va pas à une fille.
05:08Ou, tu es folle.
05:09Ou, qu'est-ce qui t'a pris ?
05:09Enfin, ça reste une réalité un petit peu.
05:12Enfin, je crois.
05:13Ça va mieux, mais ça reste une réalité.
05:14À l'exclude, je voudrais qu'on revienne sur le titre du livre et du film.
05:18Connemara, avec notamment cette scène.
05:21Alors, on ne va pas divulgacher, comme on dit en bon français,
05:23cette scène finale du mariage populaire
05:25auquel assistent les deux personnages principaux.
05:28Je vais simplement dire à ceux qui nous écoutent ce matin
05:30que tout se joue dans le regard de Mélanie Thierry.
05:32Et que c'est super beau et qu'il faut vraiment y aller.
05:34Évidemment, évidemment.
05:36Vous avez raison de le rajouter.
05:38En quoi cette chanson de Michel Sardou,
05:41elle incarne en quelque sorte
05:42ce message des deux Frances et des deux mondes
05:46qui ont du mal à se comprendre ?
05:47C'est marrant.
05:48Il y avait un documentaire,
05:50un reportage sur Sardou, sur France Télé,
05:53il y a deux jours, je crois, trois jours.
05:55Et qui était questionné par Augustin Trapenard.
05:59Je trouvais ça intéressant, en fait.
06:00Déjà que ce soit Trapenard qui l'interroge.
06:02Et je crois que c'est toute la beauté d'une grande chanson populaire
06:08qui échappe aussi un peu à son créateur
06:11et même à l'image de son créateur
06:13et qui fait que cette chanson,
06:14oui, elle se saute et elle se danse
06:16dans des soirées HEC.
06:19Mais aussi dans des mariages populaires.
06:20Ou dans des mariages, ou dans des soirées,
06:22dans des communions, dans des machins.
06:24Voilà, c'est la force de ça.
06:25Et je trouvais que...
06:26Enfin, c'est le titre du livre,
06:27j'invente rien, c'est aussi présent dans le livre.
06:29Mais je crois que ça dit beaucoup.
06:32Et ça dit au-delà du texte de la chanson.
06:34Tout d'un coup, le texte de la chanson,
06:35il illustre aussi ce sentiment comme ça,
06:38un peu de...
06:39ce sentiment de chagrin et de tristesse.
06:43Alexis, parmi les seconds rôles,
06:44il y a Jacques Gamblin
06:45qui est bouleversant en père et grand-père
06:46qui perd la mémoire.
06:47Vous avez raconté que ces scènes,
06:49elles n'étaient pas faciles à tourner
06:50parce que vous écriviez au même moment
06:51votre spectacle,
06:53notamment consacré à votre père,
06:54mort il y a trois ans.
06:55Ce que vous montrez à l'écran,
06:57c'est la crainte universelle
06:58de parents diminués
06:59qu'on ne reconnaît plus tout à fait ?
07:03Oui, oui, oui.
07:04Enfin, c'est la...
07:05C'est la...
07:07J'étais un accompagnant
07:08de quelqu'un de très dépressif,
07:10très dépressif depuis des années.
07:12Donc, ça veut dire...
07:13Enfin, voilà.
07:14Elles étaient dures à tourner, ces scènes ?
07:16Oui, fatalement, oui.
07:18Oui, oui.
07:18C'est surtout la figure du héros
07:22comme ça,
07:23qui doit être...
07:25Qui doit sortir de sa maison
07:27pour aller dans...
07:28Comme il dit,
07:29pour finir à devoir prendre
07:30des yaourts et des tours de parc.
07:31Bon, ben voilà.
07:32C'est la figure du père qui...
07:34Donc, fatalement...
07:35Mais du coup, elles étaient très belles.
07:37Et puis, Gamblin est magnifique dans le film.
07:40Ça fait des très belles scènes, quoi.
07:41Donc, voilà.
07:42C'est super aussi.
07:42Une toute dernière question à l'actualité,
07:44si vous faisiez référence
07:45à l'édito de Patrick Cohen.
07:47Ceux qui riaient en regardant
07:48Catherine et Liliane,
07:49je ne compare pas, bien sûr,
07:50constataient leur tendance
07:51à se transformer en éditorialistes politiques,
07:53souvent pleines de bon sens.
07:55Elles diraient quoi,
07:56Catherine et Liliane,
07:57en voyant en ce moment
07:58le bazar de la situation actuelle ?
08:01Je n'en sais rien.
08:01Elles trouveraient, sans doute.
08:04Je ne sais pas ce qu'elles diraient.
08:07Je ne sais pas.
08:08Moi, je crois que les outils,
08:09il faut qu'on croit qu'on les a
08:11et qu'on s'en saisisse
08:12des outils démocratiques.
08:13Donc, elle ferait sans doute
08:14un scandale en disant
08:15« Ce n'est pas possible,
08:16ce n'est pas possible ».
08:17À la fin de la chronique,
08:17elle dirait
08:17« Je ne suis pas allé voter la dernière fois ».
08:19Donc, voilà.
08:22Je crois un truc un peu comme ça.
08:23Merci beaucoup, Alex Lutz.
08:24Et donc, Connemara
08:26qui sort le 10 septembre au cinéma.
08:28Merci, Benjamin Duhamel.
08:29Merci, Benjamin Duhamel.
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