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  • il y a 5 mois
Violemment agressé à Annecy à la sortie d’une boite de nuit, Marc témoigne dans "Morandini Live": "Ca suffit de se taire ! C'est une situation qui n'est plus possible. On est en train de banaliser la violence" - Regardez

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Transcription
00:00On va commencer en donnant la parole à un homme, un homme qui a vécu la violence ordinaire, celle dont plus personne ne parle, il s'appelle Marc, il a été tabassé gratuitement hier matin.
00:10Ça s'est passé à Annecy, Marc, 27 ans, sortait de boîte de nuit avec un ami, un homme lui demande une cigarette dans la rue, ils n'en ont pas.
00:17Du coup, Marc va se faire frapper, coup de pied, coup de poing, Marc tombe au sol, coup de pied dans la tête, résultat, commotion cérébrale, côte fêlée, traumatisme psychologique.
00:27Et si Marc parle aujourd'hui, c'est parce qu'il en a marre que plus personne ne parle de ce qui se passe vraiment dans le quotidien.
00:34Ça suffit de se taire, nous a-t-il dit hier quand on l'a eu, il est aux urgences d'ailleurs, quand on l'a eu hier. Bonjour Marc.
00:40Bonjour.
00:41Merci beaucoup d'être en direct avec nous. Tout d'abord, comment vous allez ?
00:46Déjà, je dirais que ça va mieux. Je garde un petit peu des séquelles, donc j'ai les mâles à la tête, j'ai les côtes fêlées.
00:53Donc, j'ai du mal un petit peu à respirer, à faire des mouvements, mais je dirais que ça va mieux que hier quand même.
00:59Pourquoi ces hommes s'en sont-ils pris à vous quand vous sortiez de boîte de nuit ?
01:03En fait, je pense qu'il n'y avait aucune raison. Il n'y avait vraiment aucune raison. On était au mauvais endroit, au mauvais moment.
01:09Ce qui s'est passé, c'est qu'avec mon ami, on a tout de suite vu le danger, donc on a voulu marcher rapidement.
01:14Et on s'est fait suivre sur 200 mètres. Et puis, je me suis fait attaquer par derrière.
01:19Donc, je me suis pris un premier coup de poing sur la tête, qui m'a un petit peu sonné.
01:23Après, je m'en suis pris un deuxième, je suis tombé au sol.
01:25Et puis là, comme vous le disiez, je me suis fait rouer de coups, donc le coup de pied dans la tête et dans les côtes.
01:31Et si vous voulez parler aujourd'hui, c'est parce que vous en avez marre, en fait, de cette violence, vous en avez marre de cette ambiance qui règne.
01:36Alors, c'est le cas dans votre ville, mais on le sait, c'est le cas un peu partout.
01:38On parlera d'Éric Dupond-Moretti tout à l'heure, mais c'est le cas un peu partout.
01:42C'est pour ça que vous avez envie de parler ?
01:45Oui, c'est ça, en fait. C'est qu'il y a une violence qui est devenue banalisée, une violence qui est devenue normale alors qu'elle n'est pas normale.
01:51Surtout dans une ville comme Annecy, par exemple, mais Annecy comme ailleurs, toutes les villes moyennes, petites villes.
01:55Il y a une violence qu'on n'avait pas avant et qui grandit de manière exponentielle.
02:00C'est-à-dire que, par exemple, nous, on travaille, donc je travaille dans un établissement familial, dans un bar.
02:04Et en fait, quand on travaille, on a peur de travailler.
02:06On a beaucoup de marginaux, des marginaux qui nous agressent, qui nous menacent de mort, de nous égorger.
02:10Quand on termine le travail, on a peur de rentrer seul.
02:15Moi, ça va, je suis un garçon, mais je pense à toutes les filles qui doivent rentrer seul dans la nuit.
02:20C'est une situation qui n'est plus possible, en fait.
02:23Et ça fait combien de temps que la situation a évolué comme ça et pourquoi, d'après vous ?
02:27Alors, en fait, ça fait déjà plusieurs années, mais je dirais que ça fait vraiment deux ans où il y a une augmentation des violences.
02:33Et en fait, pourquoi ? C'est parce qu'il y a un manque de sécurité.
02:38Je trouve qu'on est un peu trop laxiste.
02:41Et en fait, au lieu de mettre la faute sur les fautifs, on met de la faute sur les gens honnêtes, en fait.
02:46Au lieu de dire, par exemple, nous, on a beaucoup de marginaux, au lieu de réprimander les marginaux ou les dealers,
02:51on va réprimander les gens honnêtes qui travaillent.
02:54Et en fait, c'est là le problème, c'est qu'on est trop dur avec les gens qui ne le méritent pas
02:57et pas assez avec ceux qui le mériteront.
02:58Mais vous, c'est votre maman, je crois, qui tient un bar ou un restaurant, c'est ça ?
03:03Oui, c'est ça, oui. C'est ma mère et mon frère, exactement.
03:06Elle, elle le vit comment, tout ça ?
03:09Eh bien, ils le vivent mal, parce que tous les jours, ils se font agresser.
03:12Ils sont obligés, pardon, d'appeler la police.
03:15Et c'est pas, par exemple, toutes les semaines ou tous les mois.
03:18C'est quasiment tous les jours où ils se font agresser, où ils se font insulter, menace de mort.
03:22Et c'est une situation qui n'est plus possible pour personne, en fait.
03:26Et la mairie réagit comment face à ça ?
03:28C'est quoi ? Ils sont verts à Annecy, c'est ça ?
03:30Oui, c'est ça. Donc, c'est mairie verte.
03:33Donc, il y a eu un gros tabou.
03:35Donc, ça a été mis de côté.
03:37C'était pas les priorités de la mairie.
03:39Et en fait, j'espère que mon cas va déclencher les choses au moins sur Annecy.
03:43Que maintenant, il y en a marre.
03:44On n'en peut plus de vivre comme ça.
03:46Et qu'on puisse être en sécurité.
03:49Annecy, encore une fois, est une petite ville.
03:51Le centre-ville, c'est un village où tout le monde se connaît.
03:53Des choses comme ça ne devraient pas arriver.
03:55Donc, il faut que ça change.
03:57Et vous disiez, quand on vous a eu hier soir, vous disiez, il y en a marre de se taire.
04:01Il y en a marre du silence.
04:03Voilà, c'est ça.
04:04Et puis, en fait, il faut qu'on parle.
04:06Il faut qu'on soit écouté.
04:07Et surtout, qu'on soit soutenu.
04:09En fait, on est, comme vous disiez, par rapport à la mairie, on est à un moment où on se sent un petit peu démunis.
04:14Où on a beau faire, on a prévenir, avertir.
04:17Rien ne change.
04:18Et puis, comme vous disiez, même si c'est une mairie vert qui prime l'écologie, c'est une chose bien.
04:23À un moment donné, il faut qu'on parle aussi des questions de sécurité.
04:26Et que la question de sécurité, ça soit une question apportée par tous les partis.
04:31Il ne faut pas que ce soit juste par rapport à un parti.
04:34Il faut vraiment que la sécurité, ça fasse comme l'écologie, que ce soit la cause de chaque parti politique, en fait.
04:41Mais quand vous entendez certains politiques, alors on parlait tout à l'heure dans le sommaire, on parlait d'Éric Dupond-Moretti.
04:45Mais quand vous l'entendez dire que tout ça, finalement, c'est un montage des médias, c'est les médias qui en rajoutent.
04:50Voilà, c'est pour ça que je voulais vous avoir aussi ce matin.
04:52Parce que vous, vous le vivez au quotidien.
04:54Ce n'est pas juste un montage des médias.
04:56Ce n'est pas juste un sentiment.
04:57Cette insécurité, vous, dans votre ville, votre maman.
05:00Et vous, vous la vivez au quotidien ?
05:02On l'a vu au quotidien, on l'a vu évoluer et on l'a vu empirer.
05:06Par exemple, là, dans le dernier mois, on a la copine de mon frère qui s'est fait agresser par le chien d'une marginale.
05:13On a eu des dealers qui ont pris en vidéo ma mère, justement, en guise de représailles.
05:18Où ils ont dit, littéralement, on va s'occuper de toi.
05:23Avant-hier, on a dû appeler la police parce qu'on a eu un forcené qui voulait toucher des filles sur la terrasse.
05:31Qui, donc, menaçait de mort tout le monde.
05:34Et ça, c'est juste sur le dernier mois.
05:35Et juste par rapport au bar familial.
05:36Je ne parle pas de toute la vieille ville d'Annecy.
05:40Je ne parle pas de toute la ville.
05:41Et je ne parle pas, encore une fois, au nom de toutes les autres villes.
05:45Mais il y a une violence qu'on n'a jamais vue et qui n'arrête pas de grandir.
05:49Et ce qui est triste, c'est qu'on est en train de banaliser la violence.
05:52Alors qu'on ne devrait pas la banaliser.
05:53On devrait la combattre et mettre les solutions pour.
05:55Vous êtes dans le bar, là, visiblement.
05:58Je ne sais pas si votre maman est dans le coin et si elle a envie de parler, de nous raconter comment ça se passe.
06:02Mais c'est vrai que j'imagine que pour une femme, c'est encore plus difficile.
06:06C'est encore plus difficile parce que souvent, on se fait attaquer par des hommes.
06:09Donc, il y a un rapport de force qui est déjà de base inégale.
06:13Et encore une fois, c'est que si jamais il y a un problème sur la terrasse,
06:16c'est le problème du gérant de l'établissement.
06:21Donc, en fait, on se retrouve dans une situation où on porte seulement un plateau.
06:25On se retrouve à être des personnes de sécurité ou à des modérateurs.
06:30Alors qu'encore une fois, par exemple, nous, dans notre profession, c'est juste porter un plateau.
06:33On n'est pas de la police, on est dans la sécurité.
06:36Elle est par là, votre maman, ou pas ? Non ?
06:38Oui, si vous voulez.
06:39Si elle a envie de parler, demandez-lui.
06:41Demandez-lui, on ne veut pas la piéger.
06:42Donc, demandez-lui si elle a envie de parler.
06:43Et si elle a envie de parler, vous nous la passez.
06:45Alors, donnez-moi 30 secondes.
06:46Bien sûr, bien sûr.
06:47On va partir en plateau avec Éric Kegner.
06:49Vous entendez ce témoignage, Marc.
06:51Mais c'est le quotidien des Français.
06:53C'est ce quotidien et c'est ce qu'on essaie de montrer tous les jours dans cette émission.
06:56Parce que Marc, personne ne va en parler.
06:58Qu'est-ce qui lui est arrivé ?
06:59Il s'est fait casser la gueule.
07:00Il a les côtes fracturées.
07:02Donc, ce n'est pas assez important pour qu'on en parle.
07:04Mais il y a des dizaines de Français à qui ça arrive sans arrêt.
07:07Et c'est à fortiori le quotidien des Français que Marc prévenait depuis plusieurs semaines
07:10qu'il était agressé, insulté, menacé quand même.
07:14Se retrouver avec sa mère, avec des dealers qui lui disent
07:16« On va s'occuper de toi, c'est extrêmement grave. »
07:18Et finalement, il est quand même agressé.
07:20C'est ça qui a eu rissé.
07:21On a l'impression, vous savez, pendant une dizaine d'années,
07:24des gens ont voulu quitter la région parisienne, la Seine-Saint-Denis,
07:26parce qu'ils disaient « On va aller dans les territoires français.
07:29On va essayer un petit peu de vivre de façon beaucoup plus calme là-bas. »
07:32Aujourd'hui, ça touche tout le monde.
07:33Ça touche des villes comme Brest, ça touche des villes comme Rennes.
07:36Annecy, qui aurait imaginé qu'à Annecy, il y ait ce type de situation ?
07:39Et on a des responsables politiques, maintenant, ils ne disent plus rien.
07:42Ils veulent tout mettre sous le tapis parce que, tout simplement,
07:45ils n'ont pas le courage de passer aux actes.
07:47On est en direct avec la maman de Marc.
07:49Ce n'était pas prévu, mais effectivement, puisqu'elle accepte de parler.
07:52Bonjour, madame.
07:53Bonjour.
07:54Merci beaucoup d'être en direct avec nous.
07:56On avait le témoignage de votre fils.
07:58Il y a un instant qui en a assez, qui dit « Ça suffit de se taire. »
08:00Et puis, il nous parlait de vous.
08:01C'est pour ça que je me suis dit que c'était bien, également, de vous avoir en ligne
08:03parce que vous avez ce bar.
08:05Et au quotidien, ça devient insupportable pour vous aussi.
08:08En fait, ça fait 18 ans que j'ai ce bar.
08:10Je suis née à Annecy.
08:11Ma famille est née à Annecy.
08:13Et en fait, on n'en peut plus.
08:15Et je ne sais pas si vous pouvez imaginer ce que c'est
08:17quand on vous appelle pour vous dire que votre fils a été roué de coups
08:20parce qu'il n'a pas pu donner une cigarette.
08:22Nous, on n'en peut plus.
08:23Et c'est vrai, c'est effectivement vrai que depuis deux ans, ça s'aggrave.
08:28On alerte les autorités.
08:29C'est toute la ville.
08:31On n'arrête pas de faire des mails à la préfecture,
08:35de le dire également aux élus.
08:38Et ça ne marche pas, ça ne fonctionne pas.
08:40Alors, quand on entend dire qu'une vie végétale est égale à...
08:43Une vie animale est égale à une vie humaine.
08:45Non, je suis désolée.
08:46La sécurité, c'est un droit.
08:48On doit avoir un droit.
08:50C'est un devoir des élus de nous protéger.
08:56Nos enfants doivent pouvoir sortir, s'amuser, sans avoir peur d'être roués de coups.
09:03Moi, hier, j'ai récupéré mon fils à l'hôpital.
09:05On a passé la journée à l'hôpital.
09:06Il a vomi.
09:07Il a les côtes cassées.
09:09Et on a dû passer un scanner.
09:10Mais qu'est-ce que c'est que cette ville ?
09:12Alors, on nous dit de ne pas stigmatiser que les personnes en errance,
09:16c'est des personnes qui ont eu des difficultés dans leur vie auparavant.
09:20Mais nous, on vit à Annecy.
09:22On veut juste pouvoir travailler.
09:24C'est tous les jours.
09:25Tous les jours, on doit appeler la police.
09:26On travaille avec des voitures de police autour de nos établissements.
09:32C'est un centre historique où il y a beaucoup de touristes.
09:35Et on veut juste pouvoir rentrer chez nous en toute tranquillité.
09:40Marc nous disait que même le quotidien devient insupportable en terrasse.
09:44Que pour vous, en terrasse, vous avez des problèmes très régulièrement
09:46avec des sans-abri, avec des SDF, avec des gens qui viennent menacer vos clients.
09:51Oui, je voudrais dire à M. Dupont-Mauriti,
09:52qui pense que c'est qu'une affaire de médias,
09:54mais merci de relayer ces infos.
09:56Parce que nous, c'est vraiment tous les jours.
09:58Alors, à partir de 18h, c'est no man's land dans notre ville.
10:02Voilà, on a des SDF de partout.
10:05Ce n'est pas des SDF, en fait.
10:06C'est des junkies.
10:07Et ils ont leurs fournisseurs, les dealers, qui viennent.
10:11Plus personne ne se cache.
10:12Ça, c'est à ciel ouvert, à partir de 17h.
10:15Ils ont la tireuse à billets qui est juste à côté.
10:18Ils retirent l'argent.
10:19Et ils dealent, mais en plein centre-ville.
10:22Karine, dernière question.
10:24Est-ce qu'aujourd'hui, quand vous travaillez,
10:25quand vous venez dans votre établissement,
10:27est-ce que vous avez peur ?
10:29Moi, j'ai la boulot.
10:30J'ai la boulot avant tous les jours, pour moi,
10:32mais pour toute mon équipe.
10:33Nous, on n'emploie que des jeunes.
10:35On a majoritairement des jeunes filles qui travaillent.
10:38On les raccompagne le soir chez elles, en voiture.
10:40Parce qu'on a peur.
10:41On a peur de traverser la ville.
10:43Alcy, c'est une ville qui est magnifique.
10:45Il y a des balades où on ne peut même plus y aller.
10:48La police nous dit même,
10:49il dit, ne passez pas qu'il y ait des clarisses.
10:51C'est trop dangereux.
10:52On vous conseille d'avoir des bombes lacrymogènes sur vous.
10:55Mais je suis tout à fait d'accord avec Marco de dire,
10:58ça se banalise.
11:00Et là, ce n'est pas possible qu'un jeune se fasse rouer de coups
11:04et qu'on a le porté plein,
11:06qu'on a une attestation de l'hôpital,
11:08comme quoi il a les côtes cassées.
11:10Et voilà, on passe à outuse.
11:11Hop, on tourne la page.
11:12Non, ce n'est pas acceptable.
11:14Merci beaucoup, Karine.
11:16Et je suis content d'avoir pu vous donner la parole à vous,
11:18à votre fils ce matin,
11:19à Eric Dupont-Moretti.
11:21Mais la réalité des Français, c'est ça.
11:22Et c'est ce que j'essaie de montrer dans cette émission.
11:25Merci beaucoup, en tout cas, d'avoir eu le courage de parler.
11:27Parce que ce n'est pas évident.
11:28Parce que, voilà, vous passez à la télé également.
11:30Donc, soyez prudente et que Marc se remette bien.
11:32Merci à tous les deux, en tout cas.
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