00:00Avec nous, tout de suite, je vous propose un témoignage exclusif en direct, celui d'un jeune qui a 19 ans, qui va rester anonyme bien évidemment,
00:07et vous comprenez pourquoi, puisqu'il a été impliqué dans du narcotrafic, il sort de prison.
00:13Bonjour, merci beaucoup d'être en direct avec nous.
00:16Donc on va faire un anonymat complet pour vous bien évidemment, on ne va entendre que votre voix.
00:21D'abord, est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi vous étiez en prison ?
00:26Allô, vous m'entendez là ?
00:27Très bien, parfaitement.
00:28J'étais en prison pour du stup.
00:31Pour du stup, c'est-à-dire concrètement ?
00:34Ils m'ont attrapé dans une ville avec un sac de stup, simple que ça.
00:40Vous aviez quoi dans ce sac ?
00:42Il y avait de tout et peu, je vous dis la vérité.
00:45C'est-à-dire de la cocaïne, du shit ?
00:47Oui, voilà, vous avez compris.
00:49Et vous en aviez beaucoup ?
00:51Il y avait quoi ? Il y avait un kilo en tout.
00:54D'accord, et vous avez été condamné à quoi ?
00:55J'ai été condamné à huit mois en tout.
01:00Huit mois ferme ?
01:02Huit mois ferme.
01:03Et vous en avez fait combien ?
01:05Oui, j'ai fait les huit mois pleins.
01:07D'accord, vous êtes sorti il y a combien de temps ?
01:09Sorti samedi dernier.
01:11D'accord, et aujourd'hui, vous dites, moi j'ai envie de changer, j'ai envie de quitter
01:17cet univers du narcotrafic.
01:20Oui, moi ça m'a saoulé, moi je vous dis la vérité, même pour tous les petits frères
01:25et tout, pour leur montrer que ce n'est pas une vie.
01:28Regardez, je suis hors de prison, je n'ai pas de logement, je n'ai rien, je dors dans
01:32un appartement squaté, ce n'est pas facile tous les jours, je vous dis la vérité.
01:37Il y en a, ils croient que c'est une vie de rêve, une vie de bandier, une vie de voyou.
01:40Ce n'est pas une vie de bandier, ce n'est pas une vie de voyou, les trois quarts des
01:43jeunes qui sont sur les points de ville, vous les verrez, laissez-les tomber.
01:47Il n'y a pas de, il n'y a pas de pour s'enrichir, il n'y a pas de pour acheter
01:53des habits, avoir une vie de malade, il y en a c'est pour manger, pour nourrir leur
01:58famille.
02:00C'est intéressant ce que vous dites, parce que c'est vrai que parfois il y en a qui
02:02rêvent à une vie de grands bandits, ils rêvent qu'ils vont gagner beaucoup
02:06d'argent, qu'ils vont avoir de belles voitures et c'est intéressant, vous qui avez été
02:10dedans, vous dites, ce n'est pas ça la réalité, c'est bien différent.
02:13Pourquoi vous avez commencé ?
02:14Moi, j'ai commencé, l'argent appelle l'argent, j'ai commencé quand j'ai 13-14 ans, tu es
02:21chez toi, tu vois ta maman elle galère un peu, il n'y a pas de père à la maison,
02:27il n'y a pas de grand-frère, c'est compliqué, je dis la vérité.
02:33En fait, c'était pour l'argent et pour aider votre maman au départ ?
02:36Oui, voilà, c'était clairement pour ça, c'était pour faire de l'argent, pas pour qu'elle
02:40ait un impôt en plus, comme ça on ne lui demande rien.
02:43Oui, c'est quoi ? Moi, depuis j'ai 14 ans, je ne demande plus un euro à ma mère.
02:47Et vous étiez quoi ? Vous faisiez chouffe au début, je suppose ? C'est-à-dire que
02:50vos gars, en fait, surveillants, qu'on va simplifier, vous étiez chouffe dans la cité,
02:54c'est ça ?
02:55Oui, c'est ça, tu combats ce guetteur, après il y a des qui restent guetteurs, il y a des
02:59s'ils veulent, ils arrivent à monter, ils portent.
03:02Et vous, vous êtes monté dans la hiérarchie ?
03:04Oui, on peut dire ça un peu.
03:06Et il y a quoi après, après guetteur, il y a quoi, comment ça se passe ?
03:10Il y a tout, il y a guetteur, vendeur, gérant, grand gérant, après il y a tout, il y a celui
03:17qui s'occupe de couper les affaires, celui qui s'occupe de ramener les affaires, celui
03:20qui est chargé de compter les affaires.
03:23Donc il y a une vraie hiérarchie dans tout ça ? Quand on est chouffe, on gagne combien
03:27à peu près ?
03:29Après, ça dépend les quartiers, ça tourne entre ça et ça, c'est 4.
03:32Par jour ?
03:34Oui, par jour.
03:35Et quand on monte, vous par exemple, vous gagnez combien à la fin ?
03:39Moi, à la fin, moi je prenais mes 500, 600 euros.
03:44Par jour ?
03:44Oui, par jour.
03:46Ah oui, c'est énorme quand même.
03:49C'est énorme, après, ce n'est pas tous les jours, il y a des pertes, il y a plein
03:54de choses qui jouent derrière.
03:55Par exemple, s'il y a des pertes dans la journée, sinon on doit disposer des sous
04:00pour rembourser la perte.
04:02Il y a plein d'histoires de remboursement, il y en a beaucoup que je connais, ils ont
04:07passé des 6 mois, des 6 mois, ils n'ont pas pris un euro.
04:10Alors aujourd'hui, vous êtes sorti de prison, vous avez envie de quitter cet univers et
04:14l'appel que vous avez envie de lancer, c'est « aidez-moi » parce qu'il n'y a rien,
04:17il n'y a pas de structure pour vous aider à quitter ce narcotrafic.
04:21Non, il n'y a rien du tout.
04:21Moi, je suis sorti de prison, j'ai dit à ma spie, je n'avais pas de logement,
04:25je n'avais rien.
04:27Moi, on m'a ouvert la porte, on m'a dit « allez, sors ».
04:31Le quoi ? Après, c'était comment ?
04:33Après, trois jours après, je n'avais pas le choix, je n'avais pas à manger, je n'avais
04:37rien, je suis retourné sur le point de gil.
04:41Mohamed, il m'a attrapé, il m'a dit « tu ne restes pas là », il m'a tiré,
04:45il m'a pris.
04:47Là, je suis avec lui, j'essaie d'arrêter un peu tout, mais je ne m'en passe, je suis
04:50tout seul, il n'y a personne qui m'aide.
04:52Vous parlez de Mohamed Benmedour, qui sera avec nous en direct dans un instant justement
04:56et grâce à qui on peut vous avoir.
04:58Mais en fait, c'est terrible parce que vous nous dites « je suis sorti, on m'a ouvert
05:00la porte, on m'a dit « vas-y, sors, je me retrouve sans argent ».
05:04Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se disent ça, je vais vous le dire franchement.
05:08Pourquoi vous n'allez pas chercher du boulot ? Pourquoi vous n'allez pas, on parlait
05:11de fast-food, pourquoi vous n'allez pas bosser chez KFC ?
05:13Je vous dis la vérité, monsieur, je suis inscrit dans toutes les boîtes d'intérim
05:18de la ville, tous les jours, on les appelle, tous les jours tout, tous les jours, on me
05:23dit « je vous rappelle ». Moi, c'est la phrase qu'on me lâche à chaque fois, je vous
05:26rappelle, il n'y a jamais personne qui m'a rappelé.
05:28Et la vérité au fond, c'est que si là, on ne vous aide pas rapidement, vous allez
05:33retomber dans le narcotrafic.
05:34Moi, je vous dis la vérité, moi, là, j'ai pour Mohamed, parce qu'il est même
05:39pour moi, il m'a demandé de tout arrêter, on va essayer de trouver quelque chose, mais
05:42moi, il n'y a personne qui me ramène à manger, monsieur, vous voyez c'est quoi ?
05:46Moi, si je ne vais pas aller chercher à manger, il n'y a personne le soir qui me
05:48fait manger, qui me fait manger à moi.
05:51Ça veut dire, s'il n'y a pas à manger, je fais comment ?
05:54Vous avez des amis, forcément, dans cet univers, des amis qui ont suivi le même chemin
05:59que vous et qui, eux, continuent dans le narcotrafic parce qu'ils n'arrivent
06:02pas à s'en sortir aussi ?
06:03La plupart, moi, je vous dis la vérité, la plupart de mes collègues, il y en a soit
06:08ils vivent dehors, il y en a, ils n'ont pas de mère, il y en a, ils n'ont pas de père
06:11ni de père, ils n'ont pas de famille du tout, il ne faut pas croire, la plupart qui sont
06:16sur les points de gilles, monsieur, ce n'est pas des jeunes que vous croyez, ils ont
06:20leurs deux parents, c'est des jeunes, ils sont jetés, ils ne sont jetés, il n'y a
06:24personne, ils n'ont pas de père, moi, j'ai vu des petits, ils venaient de Paris, des petits
06:29venaient du nord de la France, des gens, ils viennent de je ne sais pas où, même
06:32vous, vous les voyez, vous vous dites, qu'est-ce qu'il fait là ?
06:34Oui, mais enfin, il y a beaucoup de gens aussi qui n'ont pas de père ou qui n'ont pas
06:37de mère et qui, forcément, ne vont pas dans le narcotrafic.
06:39Oui, mais après...
06:40Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas de père ou pas de mère qu'on doit aller dans le narcotrafic
06:44aussi.
06:45Ça, à aucun moment, c'est une excuse, monsieur, mais ça y joue beaucoup, il y en a,
06:48ils sont faibles mentalement.
06:49Oui, c'est quoi ?
06:50Et puis, c'est l'argent facile, la vérité, c'est que c'est l'argent facile.
06:52Quand vous me dites que vous gagnez 450 ou 500 euros par jour, on se dit, c'est vrai
06:57que quand quelqu'un n'a pas de boulot, c'est de l'argent facile, mais simplement, il y a
07:02les risques aussi.
07:02Par exemple, vous, vous êtes à Marseille.
07:04Est-ce que vous avez peur, aujourd'hui, de ce qui se passe à Marseille ? Vous avez
07:07peur de la DZ Mafia ? Vous avez peur de tout cet univers, des coups de feu, des fusillades ?
07:11Ça vous fait peur ? Vous ne vous dites pas, je risque ma vie, malgré tout, même si
07:14je gagne un peu d'argent ?
07:16Après, là, monsieur, vous partez dans un sujet, c'est un peu rien à voir.
07:19Moi, je me suis fait tirer dessus, je me suis pris une balle.
07:21Ça a à voir avec le narcotrafic.
07:23Oui, ça a à voir, mais après, en vrai, DZ Mafia, pas DZ Mafia.
07:28Non, je cite DZ Mafia pour que les gens comprennent, mais sans citer DZ Mafia, je comprends
07:31que vous n'avez pas envie de citer.
07:32Mais j'ai envie de dire, globalement, est-ce que ça vous fait peur, ce qui se passe
07:36et les règlements de comptes qui ont lieu dans cet univers ?
07:39Bien sûr que ça fait peur.
07:42Regardez, c'était quoi ? C'était à Vatiaire, ça a tiré à Aix.
07:45Sur un point de gil, j'étais là.
07:48J'étais là, je me suis fait tirer dessus, j'étais là.
07:50J'étais devant le bloc quand on s'est fait tirer dessus.
07:51Et c'était, je vous parle de ça, il y a deux jours.
07:54Il y a quoi ? Il y a un an, je me suis pris une balle dans la jambe.
07:56Bien sûr, monsieur, ça fait peur.
07:58Bien sûr qu'on a peur.
07:59Quand on est sur un point de gil, en temps de guerre, vous voyez des voitures arriver à fond,
08:03des motos arriver à fond, vous n'êtes pas bien, monsieur.
08:06Je vous dis la vérité, vous n'êtes pas serein dans la vie au quotidien.
08:09Merci, en tout cas, merci beaucoup, on va prendre Mohamed dans un instant.
08:14Merci d'avoir été avec nous, merci pour votre témoignage.
08:17J'espère que l'appel sera entendu, parce que c'est vrai que ça, c'est un problème, Sabrina.
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