- il y a 6 mois
Dispositif d'écoute existant en matière de prévention du suicide en Normandie, un reportage réalisé par Léa Ménard, journaliste de France 3.
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00:00SOS Amity bonjour ! SOS Amity bonsoir. 3114 je vous écoute. Vraiment vraiment vous ne me
00:08dérangez pas. D'accord. Ok c'est bien, ça peut être une bonne chose. Bonjour Guylaine,
00:15psychologue à vigilance. C'est Pierret qui est infirmier à vigilance. Je cherchais à vous
00:19joindre pour prendre de vos nouvelles suite à votre passage aux urgences du 21 septembre.
00:23Aujourd'hui comment vous le vivez ça ? C'est quoi les émotions qui vous viennent là ?
00:28Chaque jour au bout du fil, bénévoles comme soignants, ils sont des dizaines à l'écoute pour
00:40prévenir le mal-être et la solitude. La Normandie est l'une des régions françaises présentant le
00:45plus fort taux de mortalité lié au suicide. Marie et Angélique ont perdu Matisse. Il s'est suicidé le
00:535 janvier 2023. Il avait 29 ans. Mon petit frère s'est suicidé il y a huit mois, ça fait tout juste
01:00huit mois et puis au final la souffrance elle est toujours là, bien évidemment. Elle est toujours
01:06aussi forte sauf que ça devient comme une colocataire un peu de ma vie et puis que j'apprends à connaître,
01:15que j'apprends à découvrir, avec qui j'apprends à vivre. C'est une histoire qui s'est déroulée, il faut
01:21le dire, sur dix ans. Je suis dans un contexte où Matisse est donc déclaré bipolaire. Il est suivi dans
01:30une clinique juste à côté de chez nous et il y a eu des moments où il nous a expliqué quand il est allé
01:37là-bas c'est qu'il avait eu des envies de suicide. Pour lui c'était très très compliqué de vivre sur
01:45cette terre. Je vivais avec ça tous les jours. Donc ça faisait dix ans qu'il n'y a pas une journée
01:52où je me demandais si j'allais retrouver Matisse en vie ou pas. Et quand par exemple j'arrivais pas à
01:58le joindre, j'allais tout de suite taper chez lui à sa porte et souvent c'est parce que comme il avait des
02:03médicaments qu'il prenait pour dormir, il n'arrivait pas à se réveiller et je tapais à la porte jusqu'à
02:10temps qu'il me réponde. La culpabilité par rapport à ce suicide n'est pas dans le fait qu'il se suicide
02:16parce que ça pour moi c'est clair, c'est un choix de sa part. Moi ma culpabilité elle se positionne
02:22sur tout ce qui s'est passé avant où il y a eu des loupés au fur et à mesure du temps qui ont amené son
02:28mal-être. Et là où effectivement il y a une culpabilité c'est de ne pas avoir réussi à faire
02:33quelque chose par rapport à ce mal-être, même si le psychiatre que je connaissais bien, parce que
02:39moi j'avais un contact avec lui parallèlement à Matisse, donc il m'a toujours dit que j'avais
02:46toujours été présente, etc. Je n'ai jamais lâché mais la culpabilité elle est là.
02:52J'étais triste en effet de voir mon petit frère mal, malheureux parce que pour moi oui il était bipolaire,
03:02oui il était dans des addictions, mais avant tout ces dernières années je le sentais très malheureux,
03:06très triste, dépressif, avec des épisodes de dépression assez importants. Mais c'était mon frère,
03:14donc je l'aimais plus que tout. On a toujours été extrêmement extrêmement proche. C'était un peu
03:24inexplicable notre lien parce qu'on est extrêmement différents à tous les niveaux, sauf physiquement,
03:31je pense qu'on se ressemble beaucoup. Je ne me suis jamais disputée avec mon petit frère,
03:38c'était fluide en fait notre relation et pour moi c'était mon petit frère. Il était musicien,
03:46il avait sa personnalité, une personnalité bien affirmée avec voilà des idées. Il était très
03:55intéressé par tout ce qui est sujet de société, philosophie, voilà c'était en fait pour moi
04:01c'était un peu mon coéquipier de vie. Après un suicide, l'entourage de la personne décédée
04:08souvent dans l'incompréhension et à la recherche de réponses. Pour comprendre, il faut s'intéresser
04:16au processus qui entraîne parfois ce passage à l'acte.
04:26Médecin psychiatre CHU de Rouen, Claire Georgin est spécialisée en suicidologie.
04:30Une crise suicidaire c'est un processus, c'est quelque chose de dynamique qui va se mettre
04:36sur plusieurs semaines. Ça peut aller des idées suicidaires passives jusqu'aux idées
04:42suicidaires scénarisées et jusqu'au passage à l'acte suicidaire. Pendant toute cette période-là,
04:48la personne qui est en crise suicidaire est en état de crise. Le passage à l'acte suicidaire,
04:53la tentative de suicide va servir à apaiser l'attention interne. Même après le passage à l'acte,
04:59même si la souffrance va légèrement diminuer, on reste toujours en état de crise suicidaire
05:04et c'est un état qui dure plusieurs semaines.
05:25Tous les dimanches, qu'il n'est max ? En fait, ça dépendait, pas toujours.
05:29En fonction de comment ils se sentaient.
05:31Ces derniers temps, ils venaient souvent quand même ?
05:33S'il avait des concerts, ils venaient pas parce qu'ils partaient le vendredi soir et
05:37ils rentraient le dimanche. Et s'il n'avait pas de concerts, ils venaient sauf s'ils ne se sentaient pas bien.
05:44Et puis le mercredi soir, ils restaient, après les répétitions avec le groupe, ils restaient avec nous à dîner.
05:52Et le dimanche, ils mangeaient le poulet frites.
05:55C'est toujours toi et Jean qui cuisinais ?
05:56Ouais. En fait, j'en avais pas, Mathis ?
05:59Ah non, il est arrivé, tout était prêt.
06:00Tout était prêt.
06:01Il avait intérêt.
06:02Il glissait ses pieds sous la table.
06:03Enfin, je fais un truc, je me dis, ah attends, je vais l'appeler, je vais lui dire, eh en fait, pas...
06:07Mais ça, c'est un peu...
06:10C'est ce que je disais à Jean quand on préparait le repas, j'ai pas encore complètement assimilé le fait que je le verrai plus jamais.
06:18Ça m'arrive le dimanche de me dire, il va ouvrir la porte, quoi.
06:23Dans les premiers temps, l'ensemble des personnes qui sont autour de nous sont très à l'écoute du fait qu'on soit triste, qu'on aille mal, etc.
06:33Après, là, maintenant, on arrive à huit mois et on sent que, en fait, là, il y a même des gens qu'on...
06:43Enfin, ça les intéresse pas qu'on en parle et donc ça devient un sujet, je dirais pas tabou, mais il faut passer à autre chose, quoi.
06:53Je pense que c'est lié au fait que c'est un suicide.
06:56Je pense que c'est très compliqué pour les personnes parce qu'il y a quand même des gens qui n'admettent pas qu'il ait pu, lui, prendre cette décision.
07:07Donc, pour eux, du coup, c'est quelque chose qu'ils peuvent pas entendre, donc, du coup, ils souhaitent pas en parler, en fait.
07:16Je pense que quand on est parfois avec du monde et que personne ne parle de Matisse, c'est un tabou de la mort, déjà, puis parce qu'il était jeune aussi.
07:25C'est pas comme quand on perd quelqu'un, non pas que ce soit moins violent ou moins dur, mais bon, quand on perd quelqu'un qui est arrivé en fin de vie,
07:33je trouve que les gens ont plus tendance à en parler facilement, alors que là, il s'est suicidé, il avait 29 ans, voilà.
07:39Donc, c'est compliqué pour les gens, donc souvent, je pense qu'ils n'ont pas envie d'en parler, en tout cas avec nous.
07:44Peut-être qu'ils ont peur aussi de nous harter, alors que nous, ce silence, il est ultra violent pour nous.
07:55Les idées reçues sur le suicide sont nombreuses.
07:58L'Association départementale de prévention du suicide dans la Manche mène des actions pour informer et libérer la parole, sans jugement.
08:04Ce qu'on a souhaité faire, c'était de faire un sondage anonyme.
08:09On s'est dit que ce serait plus facile d'utiliser le téléphone portable.
08:14Alors, donc là, la première question...
08:16Le suicide est un acte imprévisible, on ne peut rien faire pour le prévenir.
08:26Alors, je vous propose de clôturer.
08:29Qui veut parler ?
08:30J'ai eu, moi, autour de moi, deux personnes qui se sont suicidées,
08:33et qui étaient toutes les deux suivies, dont une, d'ailleurs, une amie, qui s'est suicidée après le confinement.
08:39Son état s'est vraiment aggravé après cette période de confinement.
08:44Cette personne-là, je n'imaginais pas qu'elle allait se suicider,
08:47parce que je pense que la période du confinement était très difficile,
08:51et je trouve qu'elle s'en était sortie.
08:53En tout cas, elle semblait aller mieux, et elle s'est suicidée.
08:56Et l'autre personne était très fragile depuis très, très longtemps.
08:59Elle était suivie, et bon, elle s'est suicidée.
09:03Donc, moi, je n'ai pas répondu aujourd'hui, là, parce que je ne sais pas...
09:07Alors, moi, je serais très embêtée de répondre aussi,
09:10parce que je suis d'accord avec une partie et pas d'accord avec l'autre partie.
09:13Détecter des signes, oui, on peut détecter des choses qui nous permettent effectivement de repérer,
09:20de repérer la crise suicidaire et de repérer là où on en est dans la crise.
09:25C'est bien pour ça qu'on fait des formations au repérage de la crise,
09:29dans le cadre de la prévention du suicide.
09:33Ça, c'est le côté, effectivement, sur le côté faire des choses pour prévenir.
09:37Par contre, l'acte suicidaire, le moment du passage à l'acte, est imprévisible.
09:44C'est pour ça qu'on appelle ça un passage à l'acte.
09:47Un passage à l'acte, c'est...
09:48On parle de passage à l'acte suicidaire, mais un passage à l'acte,
09:51ça veut dire qu'on n'est plus capable de penser et on fait un acte.
09:54On continue ?
09:57Guillaume Grandazie est sociologue.
10:01Il s'intéresse aux questions liées à l'éthique en santé.
10:04Il a travaillé notamment sur le suicide en Normandie.
10:07Selon lui, il est nécessaire de considérer ce problème de santé publique
10:13comme un enjeu sociétal majeur.
10:17Il faut informer, je dirais presque, faire de l'éducation à la santé,
10:22l'éducation du public,
10:24pour faire passer ou faire changer ces idées reçues qu'on a sur le suicide,
10:31parce que les idées reçues, c'est autant de...
10:35C'est autant de choses qui peuvent amener à être un peu négligents, finalement,
10:40vis-à-vis de son entourage ou vis-à-vis de ses proches
10:43qui pourraient avoir des idées suicidaires, etc.,
10:45ou des conduites suicidaires,
10:47et sur lesquelles on pourrait avoir tendance à banaliser, finalement.
10:52En se disant, c'est pas grave, ça va lui passer,
10:54ou il fait son petit cinéma.
10:58Enfin, vous voyez, des choses qui sont...
10:59Parce qu'on ne prend pas ça au sérieux,
11:02on n'est pas attentif,
11:03on n'est pas dans le souci de l'autre,
11:06et dans la sollicitude, finalement,
11:07par rapport à ces petits signes
11:10qui pourraient alerter, en tout cas, les proches.
11:13Parce qu'en fait, la prévention du suicide,
11:15encore une fois,
11:16ce n'est pas la responsabilité uniquement des professionnels de santé
11:18ou des spécialistes en prévention du suicide,
11:20c'est l'affaire de tous.
11:27SOS Amitié est un service d'aide par l'écoute.
11:30Ces écoutants bénévoles accueillent la parole de toute personne
11:33qui traverse une période difficile
11:34et qui ressent le besoin d'être entendue.
11:37Le premier objectif de l'association,
11:39reconnu d'utilité publique,
11:41est la prévention du suicide.
11:43Vous prenez l'écoute.
11:48SOS Amitié, bonjour.
11:49Oui, je vous écoute, oui.
11:52Vous êtes dégoûté, d'accord.
11:54D'accord.
11:55Oui.
11:56Je comprends bien que pour vous,
11:59ce soit compliqué, oui.
12:00Je comprends bien que ce soit difficile.
12:05Oui, je comprends.
12:07Ce serait mieux pour vous, c'est vrai.
12:10Oui, je comprends bien que ça puisse être difficile tous les mois.
12:17Mais oui.
12:19Eh bien, je vous souhaite une bonne soirée aussi, madame.
12:22Voilà.
12:24Je vous en prie.
12:25Au revoir.
12:31Nous sommes des gens qui écoutons la souffrance.
12:34Et nous sommes des gens qui estimons que la parole peut desserrer l'angoisse.
12:39Et c'est pour ça qu'il faut être humble.
12:41C'est pour ça qu'il y a beaucoup d'humilité dans l'écoute à SOS Amitié.
12:45Parce que...
12:47Parce qu'on ne sait pas, en fait,
12:49ce qu'on dit.
12:52On ne sait pas si ce qu'on dit,
12:54c'est efficace, entre guillemets.
12:55On n'en sait rien.
12:56Et puis, on ne se pose pas la question.
12:58On ne sait que ce que nous renvoie la personne.
13:01Et puis, même ce que nous renvoie la personne,
13:02si elle nous dit, ça m'a fait du bien,
13:04eh bien, on n'en sait quand même rien.
13:07On espère.
13:08Et c'est vrai que quand on est écoutant,
13:11quand on ressort de son créneau d'appel,
13:16on sent bien quand même les choses, malgré tout.
13:18On sent si on a été utilisé ou pas.
13:20Ça peut être au téléphone,
13:21on les entend les sourires.
13:25On les entend.
13:27On entend que la personne va mieux.
13:29Et je crois que c'est nous, c'est tout ce qu'on cherche, en fait.
13:31C'est à desserrer l'angoisse au téléphone.
13:32C'est que la personne a mieux à la fin de la peine.
13:37Et ça ne marche pas toujours.
13:39Mais parfois, ça marche.
13:40Et parfois, ça marche.
13:46Pour pouvoir rejoindre l'association et devenir bénévole,
13:48il faut suivre une formation à la fois théorique et pratique.
13:52Celle-ci s'étale sur plusieurs mois.
13:54Stéphane a donné rendez-vous aux dernières recrues.
13:57Cela fait seulement entre 6 et 12 mois
13:58qu'elles sont devenues écoutantes pour SOS Amitié.
14:00Je voulais vous remercier d'abord d'être là,
14:05d'être bénévole à SOS Amitié,
14:07parce qu'on manque quand même sacrément de monde.
14:11Puisqu'on n'est que 1800,
14:13on répond à un appel sur 4,
14:15c'est quand même pas énorme.
14:17Voilà.
14:17Donc, merci d'être venus aussi mes collègues du Havre
14:22et puis aussi de Caen et de Rouen.
14:26Alors, la parole, elle est libre.
14:28Voilà.
14:29On s'écoute, on avance
14:30et on dit ce qu'on veut.
14:33Qu'est-ce que ça vous apporte d'écouter ?
14:34Ça me fait percevoir justement la société
14:38telle qu'en fait, aujourd'hui,
14:41elle est et les difficultés que chacun rencontre.
14:47Bon, on a des gens qui ont des problèmes,
14:50mais en même temps, dans notre quotidien,
14:52on n'a pas forcément tous des problèmes.
14:54et ça, ça nous fait bien percevoir la réalité,
14:58les difficultés.
15:01Vous-même, je veux dire, pour vous,
15:03en tant que personne,
15:06est-ce que vous êtes davantage prêt
15:09à avoir un suicidant au téléphone ou pas ?
15:12Oui.
15:12Je pense qu'on n'est jamais prêt.
15:14Enfin, moi, je ne peux pas...
15:16Après, ce qu'on accepte avec la formation,
15:18c'est les gens qui nous expliquent leur scénario.
15:21Je pense qu'on n'a plus du tout de gêne par rapport à ça.
15:23Où on aurait eu peut-être tendance à...
15:24Bon, allez, on va un peu parler d'autre chose
15:26ou essayer de leur centrer sur quelque chose.
15:29Non, on peut y aller.
15:29C'est vrai qu'on accepte...
15:32Et Maryse ?
15:32Voilà.
15:33Je trouve que ces appels-là,
15:35c'est des appels à l'aide, quoi.
15:38Oui.
15:38Et je les prends comme ça.
15:40Oui, mais le fait d'avoir un suicidant...
15:41Ah non, un suicidant, j'en ai jamais eu.
15:43Mais j'y pense pas.
15:44Tu te sens prête.
15:45À toi, tu n'y penses pas du tout, d'accord.
15:47Bah, j'y pense pas.
15:48J'angoisse pas à l'idée d'eux.
15:50Oui.
15:50Voilà.
15:50Voilà.
15:51C'est une façon d'être prêt, d'être en partie prêt.
15:54De se dire, je n'appréhende pas,
15:56je n'ai pas peur d'avoir un suicidant.
15:58Après, le jour où ça arrive,
16:00je pense que c'est difficile.
16:02J'ai eu des gens suicidaires qui me disent,
16:05je peux en parler qu'à vous.
16:06J'ai personne d'autre à qui je peux exprimer mon mal-être,
16:09mes intentions, etc.
16:12Et bon, là, on sent qu'on sert à quelque chose.
16:14On lui sert à exprimer son problème,
16:16à poser son sac,
16:17et puis, bon, on va se sentir peut-être un peu soulagé
16:20après la discussion.
16:25Souffrir au point d'envisager la mort,
16:27interroge la société.
16:29Le suicide n'est pas un choix.
16:31C'est plutôt l'absence de choix
16:32face à une souffrance devenue insupportable.
16:34Les décès par suicide,
16:37c'est un véritable problème de santé publique.
16:40Il y a environ 9 000 décès par suicide par an en France.
16:44Il y a environ 190 000 tentatives de suicide par an en France.
16:49Certaines régions vont être plus concernées à dose,
16:51parce que ça va être des chiffres en population globale.
16:53On va voir la population dans sa globalité
16:55et non pas la personne dans son individualité.
16:58C'est ce qui fait la différence entre les chiffres.
17:00Malgré tout, à l'échelle de l'individu,
17:02chaque individu peut, à un moment donné de sa vie,
17:04traverser une crise suicidaire.
17:07Le suicide, même s'il y a évidemment des aspects
17:10qui relèvent de l'intimité,
17:13du psychisme individuel, etc.,
17:16dans le suicide, c'est d'abord aussi,
17:19pour moi, un phénomène social.
17:21Le suicide existe dans toutes les sociétés,
17:24il a existé à toutes les époques.
17:26Après, ce qui est compliqué à comprendre,
17:28c'est pourquoi on se suicide plus
17:31dans telle société que dans telle autre,
17:33dans telle région de France plutôt que dans telle autre,
17:36dans tel département de Normandie plutôt que dans telle autre,
17:39et pourquoi le suicide évolue en fonction des époques,
17:42pourquoi il touche certaines classes d'âge plutôt que d'autres,
17:47pourquoi telle catégorie professionnelle plutôt que telle autre.
17:51En Normandie, il y a une population assez rurale,
17:54ça fait partie des facteurs de risque,
17:55à la fois à travers l'isolement,
17:57à travers la précarité que ça peut apporter.
17:59Il y a aussi pas mal de consommation d'alcool,
18:02et l'alcool, c'est un facteur qui provoque de l'impulsivité,
18:05et l'impulsivité majeure le risque de passage à l'acte.
18:10Un passage à l'acte est toujours multifactoriel.
18:13Un élément qu'on peut penser déclencheur
18:14n'explique pas tout d'après les spécialistes,
18:16car c'est plutôt la goutte d'eau d'un vase déjà bien rempli.
18:19Alors, chaque année, la Journée mondiale de prévention du suicide
18:25est l'occasion de sensibiliser le grand public à son repérage,
18:28en martelant que le suicide est évitable.
18:37Roselyne et Magali tractent sur le marché
18:39et vont à la rencontre des passants.
18:42Idées reçues, contact d'association, numéro vert,
18:45elles engagent la conversation et partagent les ressources disponibles.
18:49On peut avoir de blessures de rejet, hein ?
18:54On va accrocher le regard.
18:56Bonjour, M.Dane.
18:57Bonjour.
18:58Juste une plaquette sur la prévention du suicide.
19:00Une pour deux, c'est bien.
19:02On fait une action pour parler de la question du suicide,
19:06pour justement montrer que c'est plus on en parle, mieux c'est.
19:09Et on distribue des petites plaquettes avec des idées reçues
19:13à combattre pour lever le tabou
19:15et faire en sorte qu'il y ait moins de suicides dans la manche.
19:18On fait la promotion d'un site national, le 31-14.
19:22Voilà, c'est 24 sur 24.
19:23Tu connais ? T'as déjà appelé ?
19:26Ah, super ! Et ça t'a aidé ?
19:27Oui.
19:28Ah, super !
19:29Moi, dans le domaine du fuit, on est vraiment touché
19:31par des vagues de suicides au niveau agriculteur.
19:33Ah, t'es dans l'agriculture.
19:35Eh oui, alors c'est un milieu qui est assez touché
19:37parce qu'on ne parle pas beaucoup.
19:38C'est ça.
19:39Et la parole, ça permet de différer les actes.
19:41C'est pour ça que c'est important que tu témoignes, toi,
19:43que le jour où t'as eu des mauvaises idées,
19:45des idées de suicide, t'as appelé le 31-14.
19:48Ah oui, c'est ma âge, j'ai eu de la chance.
19:49J'avais vu le numéro au CFA et là, j'ai fait...
19:52Ah, c'est bien, c'est bien !
19:54Bonne journée !
19:56Je vais rechercher des plaquettes, j'ai pu...
20:01En cas d'idée suicidaire, le 31-14 est un numéro gratuit,
20:14joignable 24h sur 24 et 7 jours sur 7.
20:18Au bout du fil, ce sont des professionnels de santé
20:20qui décrochent depuis plusieurs cellules d'écoute
20:22un peu partout en France.
20:23L'une d'entre elles est installée au CHU de Rouen.
20:27Bonjour.
20:28Vous allez bien ?
20:29Oui, ça va et toi ?
20:29Oui, ça va.
20:30Et il les appelle aujourd'hui ?
20:32Là, écoute, on est à 5, c'est plutôt calme.
20:34Vous êtes dans la cellule du 31-14,
20:37le numéro national de prévention du suicide,
20:39qui est donc un numéro qui existe depuis le 1er octobre 2021,
20:45qui est une ligne d'appel qui répond aux gens suicidaires,
20:50qui ont des idées suicidaires,
20:52qui répond aussi aux proches ou aux gens aux alentours
20:55de quelqu'un qui est suicidaire et qui s'inquiète pour quelqu'un.
20:58Nous répondons aussi aux endeuillés par suicide.
21:01Et nous répondons aux professionnels pour une question d'orientation
21:04ou de questionnement par rapport à une prise en charge.
21:08Bonjour tout le monde.
21:09Bonjour Claire.
21:09Salut Marie-Noëlle.
21:10Ça va ? Tout va bien ?
21:12Impeccable.
21:12Est-ce que tu peux me montrer le nombre des appels qu'il y a eu hier ?
21:14Marie-Noëlle Leplomb encadre les professionnels de santé
21:17qui répondent au téléphone.
21:18Elle est également accompagnée par plusieurs médecins psychiatres,
21:21comme Claire-Georgen.
21:22Il y a eu 5 appels sortants, on a eu un envoi de moyens,
21:25un débordement, 17 abandons en tout.
21:35Bonjour.
21:36C'est la première fois que vous nous appelez ?
21:38D'accord.
21:40Moi je m'appelle Thomas, je suis infirmier au 31-14.
21:42Voilà.
21:45Comment est-ce que vous avez connu notre numéro ?
21:48Sur Internet, d'accord.
21:52Et qu'est-ce qui vous amène à nous appeler aujourd'hui ?
21:54Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui ça ne va pas ?
21:59Moi, dans un premier temps, j'aimerais quand même vous féliciter de nous avoir appelé,
22:04parce que je pense que ce n'est pas facile.
22:06Je pense que ça a dû être compliqué pour vous de composer le numéro,
22:08d'admettre aussi que là, ça ne va vraiment pas au point d'avoir besoin d'aide.
22:15Et j'aimerais vous rassurer aussi dans un second temps,
22:17c'est que vous n'êtes pas toutes seules,
22:19que nous on est là.
22:20Là, si je comprends bien,
22:22il y a des idées suicidaires qui sont scénarisées.
22:27Donc, par médicament.
22:31Alors, là le but serait surtout de voir un médecin psychiatre,
22:34pour qu'on puisse un peu parler de tout ça,
22:36qu'on puisse vous aider.
22:41Parce que le souci, c'est que je pense là,
22:42si on est honnête,
22:44si moi je vous laisse comme ça dans l'état actuel des choses,
22:48ça risque de recommencer,
22:49et peut-être que la prochaine fois,
22:51vous n'allez pas vous arrêter à 4 comprimés.
22:55Moi, ça m'inquiète.
22:56Est-ce que vous accepteriez que moi,
23:00je vous envoie une ambulance pour vous y emmener ?
23:03Alors, est-ce que vous seriez d'accord pour me donner votre adresse ?
23:07Un étage.
23:08C'est donc au premier étage.
23:13Est-ce qu'il y a un code à l'entrée,
23:15ou est-ce qu'il y a votre nom peut-être sur l'interphone ?
23:19Moi, je vous propose,
23:20c'est qu'entre-temps,
23:20on reste un petit peu au téléphone quand même.
23:22D'accord ?
23:24Parce que je pense que vous avez besoin d'être accompagné,
23:27et je n'ai pas envie de raccrocher là maintenant.
23:32Excuse-moi,
23:32c'est pour envoyer les moyens
23:33pour une patiente qui a pris des médicaments sur vous.
23:36Vous arrivez encore à avoir des...
23:38Comment dire ?
23:40Des loisirs qui vous font plaisir ?
23:45Je ne vous ai pas demandé,
23:46mais vous avez des frères et sœurs ?
23:50Oui.
23:50Ça a sonné à la porte ?
23:54Oui, je veux bien que vous me les passiez, oui.
23:58Donc, de ce qu'on en sait,
24:00c'est une patiente qui est assez isolée,
24:02qui est étudiante en droit.
24:05Donc, si possible,
24:06alors il faudrait juste voir avec elle,
24:07parce qu'elle est assez anxieuse
24:10quand elle a une prise en soin en psychiatrie.
24:12Donc, voir avec elle
24:14si elle préfère les urgences du CHU
24:17ou si elle accepterait d'aller à l'UNACOR,
24:19sachant qu'à l'UNACOR,
24:20forcément,
24:21elle aurait peut-être moins d'attente quand même.
24:24Vous m'avez demandé si vous vous êtes associés ?
24:27Au revoir.
24:29Ce qui est compliqué,
24:31ça va être, dans un premier temps,
24:32d'avoir des appels
24:33de personnes qui sont en détresse,
24:35parfois des personnes
24:36qui sont aussi déjà passées à l'acte,
24:38et de se dire
24:39« Je suis au téléphone,
24:42mais en soi,
24:42il peut juste raccrocher
24:43et c'est fini d'entretien. »
24:45Donc, il faut réussir
24:46à accrocher la personne,
24:47il faut réussir
24:47à créer de l'alliance très rapidement.
24:50Est-ce qu'il faut que je sois très enveloppant ?
24:51Est-ce qu'il faut, au contraire,
24:52que je sois plus factuel ?
24:54Quelle posture je dois adopter ?
24:55Qu'est-ce que le patient attend aussi de moi ?
24:57Et ça demande un certain temps
24:59avant de s'habituer à ça, je pense.
25:00C'est ça,
25:01c'est la fragilité du lien
25:02qui peut être coupée à tout moment
25:03par la décision de la personne
25:06qui nous appelle.
25:06Donc, c'est vrai qu'au final,
25:07on doit être très réactif
25:09par rapport à ça.
25:12C'est un 0-4, c'est bizarre.
25:13Vas-y, je vais.
25:1531-14, je vous écoute.
25:17C'est une pratique très particulière,
25:18le téléphone.
25:20Nous n'avons pas la personne en vis-à-vis.
25:22Et effectivement,
25:23il faut détecter les signes
25:25et il faut être aguerri
25:27à la prévention du suicide
25:29et surtout à la reconnaissance
25:30de l'état suicidaire de la personne
25:32qu'on a au téléphone.
25:33Et ça, c'est quelque chose
25:34qui s'acquiert avec l'expérience.
25:36Ça n'est pas toujours facile
25:38de poser la question à quelqu'un
25:39« avez-vous des idées suicidaires ? »
25:41parce qu'en fonction de la réponse,
25:43il faut qu'on soit en capacité
25:45de pouvoir répondre,
25:46d'aider la personne.
25:54On estime qu'un suicide impacte
25:56émotionnellement 6 à 14 personnes.
25:57Vivre après le suicide d'un proche
26:00est un long chemin,
26:01encore plusieurs années après.
26:05Justine et Isabelle ont perdu Nicolas,
26:07un petit frère et un fils en souffrance.
26:10Diagnostique et schizophrène,
26:11quelques mois avant sa mort,
26:13il s'est suicidé le 29 septembre 2020.
26:16Il avait 23 ans.
26:17Là, il est bétra,
26:18mais il nous en reste 3-4, là.
26:20Elles sont petites encore.
26:21Les carottes, ça n'a pas donné grand-chose.
26:23Alors, attention, la jungle.
26:28Superbe.
26:31Waouh !
26:32Vous en avez plein encore ?
26:34C'est tellement bon,
26:35les légumes du potager.
26:37Ça va encore faire les ratatouilles.
26:39Elle n'est pas trop petite ?
26:40Oui, mais elle touche par terre,
26:41alors après, du coup,
26:42elle va s'abîmer.
26:43Attention, j'ai des doigts, par contre.
26:45Je ne pense pas
26:45qu'elle va grossir encore beaucoup.
26:47Alors ça, le potager,
26:48c'est une grande révélation
26:49de cette année.
26:52Quand on fait ça,
26:53on pense à rien d'autre.
26:55Il n'y a que des idées positives
26:57quand on fait...
26:58On oeuvre avec le vivant
26:59et ça fait du bien.
27:00On mange sa production,
27:02donc c'est bon,
27:03il n'y a pas de pesticides,
27:05il n'y a rien de tout ça.
27:06On prend soin de nous
27:07et de la terre
27:08et de ce qu'on mange.
27:09C'est fini pour l'hiver.
27:10On prend des tomates aussi ?
27:11J'irai tout à l'heure
27:12ramasser les tomates.
27:13Il faut un saut.
27:14Mais j'en ai encore
27:15au moins 2-3 kg, là.
27:20Oh, comme il est rouge.
27:21Oui, il était bleu
27:22et puis c'est le mariage.
27:24Nicolas, mon petit frère,
27:27on avait une complicité inégalable.
27:36Il était une personne
27:37à la fois hypersensible
27:40et très créative.
27:42Il faisait beaucoup de musique,
27:44il écrivait des poèmes
27:45et des textes,
27:46il inventait des histoires incroyables.
27:48Il dessinait, il peignait aussi.
27:51Et donc, il était très ouvert d'esprit
27:57et assez éveillé
27:58sur beaucoup de choses, je pense.
28:00Mais aussi dans une souffrance complexe
28:05et un peu tourbillonnante.
28:10Quand il avait 13-14 ans,
28:11il a commencé à dériver
28:17avec des substances,
28:23avec des idées noires.
28:28Et donc, oui,
28:30il avait déjà fait plusieurs tentatives
28:32de suicide
28:33avant de réellement passer à l'acte.
28:38C'était très complexe
28:42parce que j'ai qu'un an et demi
28:44d'écart avec mon petit frère.
28:47En plus, on était hyper fusionnel,
28:49on avait la même bande d'amis,
28:50on était tout le temps ensemble,
28:52on créait ensemble,
28:54on s'amusait ensemble,
28:55on sortait ensemble.
28:55C'était vraiment hyper fort.
28:59Et donc, je voulais à tout prix,
29:00tout le temps essayer de le sauver,
29:02de l'aider.
29:03Heureusement, il y avait des moments de bonheur,
29:05mais c'était quand même un cycle infernal
29:07qui ne s'arrêtait jamais.
29:10Une spirale
29:11d'autodestruction, en fait.
29:15J'ai été très entourée.
29:19Très, très entourée
29:20par ma belle famille
29:23qui est extrêmement bienveillante
29:25et gentille et présente.
29:28Mes enfants, mon frère, ma sœur,
29:31m'appelaient tous les jours.
29:35Et moi, je ne voulais voir personne.
29:37Voilà.
29:39Même mes enfants,
29:40je ne voulais pas les voir.
29:45J'avais trop mal.
29:46Et puis, je ne sais pas,
29:47il fallait,
29:49quand les gens viennent,
29:49j'avais l'impression
29:50qu'il fallait que je raconte.
29:51À chaque fois que je racontais,
29:52ça faisait mal.
29:53Et je ne voulais pas.
29:54Je ne voulais pas parler.
29:55Je ne voulais pas manger.
29:56Je ne voulais plus vivre, je crois.
29:59C'est le temps qui fait les choses.
30:00Il n'y a que le temps qui fait les choses.
30:02C'est le meilleur allié.
30:03Avec le temps,
30:05eh bien,
30:06on reprend du plaisir
30:07à regarder un bon film.
30:10On va rire à nouveau.
30:11Le premier rire,
30:12le premier éclat de rire,
30:14je m'en souviendrai toute ma vie.
30:16Je me suis dit,
30:17oh mince, j'ai ri.
30:19Et je me suis détestée d'avoir ri.
30:21Je me suis dit,
30:21mais comment tu peux rire ?
30:22Ce n'est pas possible.
30:23Tu ne dois pas rire.
30:25Ton fils, il est mort.
30:26Tu ne peux pas rire.
30:26Aujourd'hui, je peux en parler
30:29parce que trois ans ont passé
30:35et parce que les enfants,
30:39les deux grands,
30:41ils m'ont dit,
30:42maman, il faut que tu nous promettes.
30:45Parce que j'avais des idées noires aussi.
30:49Et je leur ai promis.
30:50Et c'est une promesse
30:51qui est très importante pour moi.
30:53Et je leur ai promis
30:55que j'allais remonter.
30:58Ça prendrait du temps,
30:59mais que j'allais remonter.
31:01Et puis,
31:01on a choisi la vie,
31:06tout simplement.
31:06On a choisi de vivre.
31:08Alors, j'allais promener tous les jours
31:12avec le chien,
31:13la petite nème.
31:15Je l'emmenais à la plage.
31:16Qu'il pleuve, qu'il vente,
31:18j'allais prendre l'air.
31:19Et puis, j'étais à la plage
31:20et je hurlais de colère.
31:23Il n'y a personne.
31:24On a 10 kilomètres de plage.
31:26On ne croise personne.
31:28Donc, on peut pousser un cri énorme
31:30qui libère un peu la souffrance.
31:34Donc, j'ai fait ça aussi
31:35pour remonter la pente.
31:40Avec le temps,
31:41on est plus à se souvenir
31:42des bons moments.
31:45Il y a une chose qui ne part pas
31:47et qui est toujours aussi vive,
31:51c'est la culpabilité.
31:53elle reste là
31:56tout le temps.
31:59Et même si autour de soi,
32:00de toi, on te raisonne,
32:02on te dit, mais non,
32:04tu as fait tout ce que tu pouvais.
32:05Non, il n'y a rien qui efface ça.
32:07Il n'y a rien qui apaise ça.
32:10Et c'est toujours aussi vif
32:11trois ans après.
32:12J'ai fait un rêve,
32:17un premier rêve très significatif de lui
32:19avec mon petit frère
32:21où on était assis
32:22l'un en face de l'autre
32:23en tailleur
32:24dans une forme de néant
32:27mais qui n'était pas inquiétante.
32:30Et là,
32:31mon frère m'a regardée dans les yeux
32:33et il m'a dit,
32:33bon,
32:35maintenant,
32:35je suis mort.
32:36C'est le moment
32:37que tu t'occupes de toi,
32:39vraiment,
32:40que tu prennes soin de toi.
32:41C'est à ton tour,
32:43maintenant.
32:46C'est fini.
32:46Moi,
32:47tu as plu
32:49à prendre soin de moi
32:53et à t'inquiéter
32:53et à culpabiliser
32:54tous les jours.
32:56Alors,
32:57s'il te plaît,
32:58relève-toi
32:59et bouge-toi
33:00et vas-y
33:01et tu vas vivre
33:02et ça va être génial.
33:04Tu vas avancer
33:07dans tes projets artistiques,
33:08tu vas avancer
33:09dans ta vie professionnelle,
33:10tu vas te relever
33:12et je crois en toi
33:14et fais-le.
33:14il était un peu
33:16presque,
33:18pas impératif
33:19mais presque,
33:22passé ce temps
33:22un peu éprouvant
33:23de me dire,
33:26mon frère,
33:26je ne peux plus le voir
33:27que dans mes rêves,
33:28en fait,
33:28maintenant.
33:30J'ai réalisé
33:31que j'allais faire
33:33ce qu'il m'avait dit.
33:34J'allais me soulever
33:35même si c'était encore
33:36très pénible
33:37et je l'ai fait.
33:40Dans cette phase
33:42de renaissance,
33:43j'ai
33:43j'avais
33:45aussi décidé
33:47de
33:48me dire
33:50ok,
33:51j'ai besoin d'aide,
33:51je vais aller
33:52demander de l'aide
33:53extérieure
33:54et donc
33:55c'est à ce moment-là
33:57que je suis allée
33:58vers l'association
33:59Vivre son deuil.
34:00C'est à ce moment-là.
34:07C'est à ce moment-là.
34:07vous allez-vous,
34:09j'ai dit.
34:11Merci.
34:16Comment vous avez vécu
34:18les séances
34:20que nous avons
34:21passées ensemble ?
34:23Ici, je me sentais
34:23en sécurité,
34:24en confiance
34:25pour lâcher
34:25pour lâcher
34:27et ouvrir
34:28ma vulnérabilité,
34:29ma fragilité,
34:30ma souffrance
34:31sans me positionner
34:34en même temps
34:35en tant que victime
34:36dans cet espace-là
34:37mais juste me dire
34:38ok,
34:38là c'est un moment
34:39que je m'accorde,
34:41je m'autorise à ça
34:42pour avancer
34:43et ça ne va pas juste
34:44être moi toute seule
34:45qui vais cheminer
34:46dans ma tête.
34:48Il va y avoir
34:48des personnes
34:48en face de moi
34:49qui vont recevoir
34:51mes émotions,
34:52mon histoire
34:52qui vont me renvoyer
34:53des choses
34:54comment moi
34:55je continue
34:57à construire
34:58et avancer
34:58avec
34:59ces apports
35:02extérieurs en fait.
35:04C'est tout à fait ça,
35:05c'est-à-dire que
35:05la démarche
35:07et l'objectif
35:08c'est vraiment
35:08de permettre aux gens
35:09de trouver un lieu
35:10où
35:11ne connaissant pas
35:13les personnes
35:14et les personnes
35:14étant formées
35:15à écouter
35:16ces aspects-là
35:19vont pouvoir
35:20laisser la personne
35:21s'épancher,
35:22s'exprimer
35:22mais de tout
35:23au tout.
35:24On a vraiment eu
35:24jusqu'à la crise suicidaire
35:26même de la personne
35:27écoutée.
35:29Et l'idée
35:29c'est justement
35:30de se permettre
35:31cet espace-là,
35:33ce temps
35:33qui est donc
35:35contraint,
35:36on a une heure
35:37à peu près
35:37à chaque séance
35:39et cette capacité
35:41à être,
35:43enfin nous,
35:43à recevoir
35:44cette douleur,
35:46ces émotions,
35:48à ne pas en être
35:50complètement,
35:52même si on a
35:53de l'empathie
35:53vis-à-vis
35:55de ces histoires-là,
35:56c'est-à-dire
35:56qu'on n'est pas
35:56indifférent du tout
35:57mais on essaye
35:59d'être formé
36:00pour mettre
36:01du recul
36:03et de la distance
36:03vis-à-vis
36:05de ces émotions-là.
36:05t'es en confiance
36:06mais t'as aussi
36:08un cadre
36:08qui est cocon
36:10et qui peut permettre
36:11je pense plus
36:12à laisser
36:14les mécanismes
36:15de défense
36:16qu'on a habituellement
36:17et puis le statut
36:18qu'on nous donne
36:19aussi dans notre famille
36:20parce que
36:20dans ta famille
36:22je sais pas Justine
36:22mais t'étais peut-être
36:23celle qui devait
36:24un petit peu
36:25porter
36:26et assurer
36:28faire le lien
36:29oui c'est ça
36:30donc ce costume-là
36:32ou cette casquette-là
36:33tu pouvais la poser
36:34et être Justine
36:35qui peut lâcher ici
36:37et qui peut se permettre
36:39qui a le droit
36:39d'être vulnérable
36:40oui
36:40oui oui
36:41souvent on nous demande
36:45si ça nous impacte
36:46pas trop
36:46de faire cette écoute
36:48de faire ces écoutes
36:50et en fait
36:51nous avec Rosely
36:52on a l'habitude
36:52de dire que
36:53nous on n'accompagne
36:54pas la mort
36:55on n'est pas
36:57en soins palliatifs
36:58on n'accompagne
36:58pas la mort
36:59on accompagne la vie
37:00à VSD
37:00c'est-à-dire
37:01qu'on accompagne
37:02des gens
37:04qui ont été
37:04mis à mal
37:06par un décès
37:08tel qu'il soit
37:09et on les aide
37:10à reprendre
37:12leur marque
37:14et à se reconstruire
37:16on ne sera jamais
37:18les mêmes
37:19on leur dit souvent
37:19vous ne serez plus
37:21ce que vous étiez avant
37:22parce que forcément
37:23cet événement-là
37:24il a changé
37:25votre vie
37:26il a changé
37:27votre façon
37:27de voir
37:28plein de choses
37:29il vous a
37:30peut-être
37:32un petit peu
37:32fragilisé
37:33mais il vous a
37:34aussi permis
37:34de découvrir
37:35plein de ressources
37:37que vous aviez
37:37en vous
37:38on n'est pas
37:39des professionnels
37:40pas des thérapeutes
37:41mais on a une écoute
37:43qui est quand même
37:44très structurée
37:45avec
37:46avec une formation
37:48qui est quand même
37:48c'est pour ça
37:50que les partenaires
37:51de santé
37:52nous envoient
37:53facilement
37:54des personnes
37:55je pense qu'ils savent
37:56qu'à VSD
37:58on est quand même
37:59suffisamment
38:00armés
38:02et formés
38:03pour recevoir
38:03des gens
38:04de façon
38:05efficace
38:06et complémentaire
38:08de la thérapie
38:09en fait
38:10et nous
38:11à l'inverse
38:11on leur envoie
38:13les personnes
38:13qu'on pense avoir
38:14besoin d'un soin
38:15par exemple
38:17il y a des donnes
38:17il y a des deuils
38:18qui sont
38:18un peu
38:19bloqués
38:21à certains moments
38:22pour des raisons
38:23qui nous dépassent
38:24nous en tant qu'écoutantes bénévoles
38:26et qui doivent être
38:28plus problématisés
38:30avec un professionnel
38:31de la santé
38:32et de la psychologie
38:33comme un psychiatre
38:34ou un psychologue
38:35et des fois
38:36il y a besoin
38:37d'une béquille
38:37médicamenteuse aussi
38:39vivre avec le deuil
38:45nécessite de la résilience
38:47et du temps
38:47Magalia choisit
38:51de donner du sien
38:51aux autres
38:52pour les accompagner
38:53avec cette douleur
38:53aider les gens
38:55c'est quand même
38:56très gratifiant
38:57en fait
38:57et nous
38:58quand on voit
38:59un endeuillé
38:59qui arrive
39:00avec des stigmates
39:03physiques
39:04de repli sur soi
39:05de tristesse
39:07les gens arrivent
39:09des fois
39:09ils ont leur sac
39:10ils n'enlèvent pas
39:12le manteau
39:12et les voir repartir
39:15en ces temps
39:16un petit peu
39:17délestés
39:18de tout ce qui est
39:19lourd à porter
39:20c'est pas
39:22en fait
39:23leur douleur
39:26ils ne me la déposent
39:27pas à moi
39:27ils la déposent
39:29dans le local
39:29de VSD
39:30et des fois
39:31ils s'excusent aussi
39:31les gens
39:32ils disent
39:32je suis désolée
39:33de vous avoir raconté
39:33tout ça
39:34ça va
39:34et j'ai dit
39:36mais bien sûr
39:36ça va
39:37je dis
39:37nous on est là
39:37pour vous écouter
39:38tout ce que vous avez
39:40déposé ici
39:41ça reste ici
39:43vous voyez
39:43c'est aussi
39:44la notion de secret
39:46c'est important
39:47dans l'écoute
39:47le secret
39:48ça reste ici
39:49ça reste au local
39:50moi je vais ressortir
39:53vous aussi
39:54vous vous êtes allégé
39:55et moi je suis pas
39:57je repars pas
39:58avec les valises
39:59que vous avez déposé
40:00on les laisse ici
40:01longée dans l'adversité
40:16Marie-Odile a eu
40:17des idées suicidaires
40:18face à une telle
40:20tempête d'émotions
40:21elle a eu le bon réflexe
40:22en osant demander de l'aide
40:23je me suis retrouvée
40:27avec des idées noires
40:28vraiment
40:28enfin je
40:30je pense pas
40:31que ça me soit tombée
40:32dessus directement
40:33ça a vraiment été
40:34sur une continuité
40:35en fait
40:36plusieurs désillusions
40:37plusieurs
40:38qui m'ont
40:40usée
40:41complètement
40:42et j'étais arrivée
40:44à un stade
40:44où
40:44même moi
40:47je me reconnaissais plus
40:48c'était
40:48j'ai vraiment failli
40:51faire une
40:52une énorme bêtise
40:54j'avais vraiment
40:55imaginé un scénario
40:57qui était
40:57maintenant je peux le dire
40:59abominable
41:00il fallait que ça s'arrête
41:02et que quand je dis
41:03ça s'arrête
41:04c'était tout s'arrête
41:05je n'avais que cette idée
41:06là en tête
41:07et je en fait
41:09un matin
41:09je suis
41:10enfin je m'apprêtais
41:11à partir au travail
41:12et devant ma porte
41:14je ne pouvais plus
41:16je ne pouvais plus
41:17et à l'ES
41:17c'était
41:17je me suis dit
41:19si j'y vais
41:20je passe à l'acte
41:22aujourd'hui
41:23et en fait
41:25au lieu de prendre
41:26la direction
41:27de mon travail
41:27je suis partie
41:28vraiment à l'opposé
41:29je suis donc allée
41:31dans une maison médicale
41:32j'ai demandé
41:34à voir un médecin
41:35qui a pu me recevoir
41:36tout de suite
41:36il m'a demandé
41:37si j'acceptais
41:38de passer un électrocardiogramme
41:40parce qu'il me trouvait
41:42particulièrement
41:44essoufflée
41:45énervée
41:46donc j'ai accepté
41:48j'ai passé immédiatement
41:49cet électrocardiogramme
41:51et il m'envoyait aux urgences
41:53donc en fait
41:53la santé
41:54a d'abord
41:55enfin je dirais
41:56la santé physique
41:57a d'abord péché
41:59j'ai été hospitalisée
42:02c'est le fait
42:03de cette hospitalisation
42:05ça m'a aussi permis
42:06de me poser
42:07et en sortant
42:08on m'a dit
42:09maintenant qu'on a traité
42:10le médical
42:11essayez de voir
42:12ce qui ne va pas
42:13pour vous
42:14qu'est-ce qui cloche
42:15et on m'a conseillé
42:17en fait
42:18le service
42:19où je me suis rendue
42:21avec le docteur Georgin
42:23et ça a été
42:26enfin
42:27au départ
42:28ça a été très difficile
42:29d'accepter
42:29de passer par ce type
42:31de service
42:33parce que pour moi
42:33c'était
42:34quelque chose
42:36qui s'approchait
42:37de la folie
42:37et
42:38c'est très difficile
42:40d'accepter
42:41de
42:41de se dire
42:42bah je suis folle
42:43il faut que
42:44il faut que je me fasse soigner
42:45et j'ai découvert
42:46qu'en fait
42:47heureusement
42:47ce n'était pas que ça
42:48après plusieurs mois
42:50de traitement
42:50Marie-Odile retrouve
42:52Claire-Georgin
42:52pour une dernière consultation
42:54bonjour Marie-Odile
42:55vous venez avec vous
42:55on y va ?
42:56allez-y
42:57entrez
42:58installez-vous
42:58merci
42:58c'est grâce à ce suivi
43:00auprès d'une psychiatre
43:00qu'elle a pu retrouver
43:01sa sérénité
43:02assisez-vous
43:03je vous en prie
43:05comment allez-vous
43:08aujourd'hui ?
43:09ça va
43:09ça va beaucoup mieux
43:10vous avez
43:11à chaque fois
43:11vous m'avez forcée
43:12à réfléchir
43:13avec des petites phrases
43:14des petits mots
43:15des petits
43:15et moi quand je sors
43:17à chaque fois
43:18de consultation
43:18ces mots-là
43:20ils continuent de travailler
43:21en fait
43:21il y a un axe
43:22qui est un axe
43:22très médicamenteux
43:24on a mis en place
43:24des médicaments
43:25qui vous ont permis
43:26de redormir
43:27de vous reposer
43:29d'apaiser les angoisses
43:31et donc ça
43:31ça a été une première partie
43:32puis il y avait une deuxième partie
43:34qui était les entretiens
43:35où au début
43:37quand on s'est rencontrés
43:37on s'est vus
43:38très très souvent
43:39on se voyait
43:40toutes les semaines
43:41et parfois même
43:42il y avait mon collègue infirmier
43:43qui vous voyait
43:44entre mes rendez-vous
43:45ou qui téléphonait
43:45ou qui parlent
43:46de vos nouvelles
43:46par téléphone
43:47et donc ça
43:48c'était vraiment
43:49le travail
43:49qu'on appelle
43:49psychothérapeutique
43:51où l'objectif
43:52c'est avec vous
43:53d'avancer ensemble
43:54et comme vous le disiez
43:56à travers des questionnements
43:57à travers des remarques
43:59des choses qu'on peut mettre
44:00en lumière
44:01des choses qu'on peut soulever
44:02vous aider à cheminer
44:03et à avancer
44:04maintenant je suis convaincue
44:05j'aurais facile
44:07à conseiller quelqu'un
44:08que je sentirais un peu
44:09en perdition
44:10à dire
44:11mais écoute
44:11si ça ne va pas
44:12contacte ce service-là
44:13ils ont des méthodes
44:15qui t'aideront
44:15à retrouver
44:17voilà ce qu'il te manque
44:19et voilà
44:19on disait que c'était
44:20un entonnoir
44:21qui nous conduisait
44:21à avoir des idées suicidaires
44:22et c'est comment
44:23on peut réélargir
44:24la vision des choses
44:25vous aider à nouveau
44:26à réfléchir
44:27apaiser les émotions
44:28et du coup
44:29ça va permettre
44:30d'avoir une vision
44:31plus globale
44:32de votre vie
44:33de ce qui vous arrive
44:34et surtout des points
44:35d'appui que vous avez
44:36parce que quand on s'est rencontrés
44:38vous voyez tout en négatif
44:39vous aviez l'impression
44:40de ne plus être capable
44:41de rien
44:42qu'il n'y avait plus rien
44:43qui valait la peine
44:44alors même que vous avez
44:45plein de points d'accroche
44:47que vous avez plein de passion
44:48que vous avez plein de compétences
44:49plein de capacités
44:50et que maintenant
44:51vous allez mieux
44:52vous arrivez
44:52à les remobiliser
44:54et c'est porteur pour vous
44:56et c'est ce qui vous aide aussi
44:57ah oui
44:57enfin ça m'a permis
44:58de refaire un socle
44:59comme si tout s'était effondré
45:01et que là
45:01ça y est
45:02je faisais les bâtiments
45:03ça vous a permis
45:03de retrouver votre socle
45:05oui
45:05parce que je ne fais rien sans vous
45:07en fait
45:07c'est vous qui avez fait
45:08tout ce travail
45:09c'est vous qui avez accepté
45:09de venir
45:10qui avez accepté
45:11de parler
45:11qui avez accepté
45:12de prendre les traitements
45:13et qui avez accepté
45:15de cheminer aussi
45:16avec nous
45:16et ça vous a permis
45:18d'avoir de nouveau accès
45:20à ces compétences
45:21que vous avez
45:21et qui étaient déjà là
45:22et que vous n'arriviez plus à avoir
45:24lancé en 2015
45:40vigilance s'est développée
45:41progressivement
45:42un peu partout en France
45:43ici
45:44ce sont les professionnels
45:45de santé
45:46qui appellent les patients
45:47à leur sortie de l'hôpital
45:48après une tentative de suicide
45:49bonjour c'est Pierrick
45:57infirmier à vigilance
45:58je vous appelle
46:00pour prendre de vos nouvelles
46:01suite à votre passage
46:02aux urgences
46:03du 13 octobre
46:04ouais 28
46:07plutôt le 28 septembre
46:09ok
46:10ok
46:11donc comment vous allez
46:13c'est plus difficile
46:15qu'est-ce qui est difficile
46:16quand une personne
46:18est passée aux urgences
46:19et qui a fait
46:20une tentative de suicide
46:21et qui a accepté
46:22de rentrer dans le dispositif
46:23de vigilance
46:23elle est rappelée
46:26entre 10 et 21 jours
46:28à distance de son passage
46:31aux urgences
46:32parce qu'elle est
46:33cette période
46:34est considérée
46:35comme la plus vulnérable
46:36psychiquement
46:39peut-être même médicalement
46:42pour récidiver
46:45pour à nouveau
46:48faire un geste
46:50un geste suicidaire
46:53puis ensuite
46:54on a effectivement
46:56un appel à 6 mois
46:57de veille
46:57pour voir
46:58qu'est-ce qu'elle a mis en place
46:59qu'est-ce que
47:02quels regrets
47:03ou quels projets
47:05elle porte
47:06à distance
47:07et on réévalue
47:08en fait
47:08la vulnérabilité
47:09quoi
47:10nous c'est notre objectif
47:13c'est de recoller
47:15au maximum
47:16la personne
47:17avec
47:17les structures
47:18de proximité
47:19en aucun cas
47:20vigilance
47:21ne pourra
47:22assurer de suivi
47:23on est vraiment là
47:24nous
47:25pour faire
47:26une évaluation
47:26en instant T
47:27on vit dans une société
47:29qui a changé
47:31avec des moyens
47:33de communication
47:34qui sont plus performants
47:35que jamais
47:36et un isolement
47:39plus fort que jamais
47:41ce qui est paradoxal
47:45mais bien réel
47:47et le fait juste
47:50de passer un appel
47:52effectivement
47:52crée déjà
47:54une surprise
47:57un intérêt
47:58et vraiment
48:00quelque chose
48:00d'assez fort
48:01même
48:02certaines fois
48:03et on a des remerciements
48:05vraiment
48:06de personnes
48:07qui me disent
48:07mais
48:08je vous remercie vraiment
48:10pour ce que vous faites
48:11c'est vrai
48:13qu'on n'a pas fait
48:14on n'a pas fait grand chose
48:15on n'a pas fait grand chose
48:16en soi
48:17on a fait ce qu'on a plus
48:20par contre
48:21on le fait avec beaucoup
48:22d'empathie
48:22mais
48:23après tout
48:25ça reste qu'un appel
48:26et
48:27l'effet
48:30qui est
48:31quand on est ressorti
48:34il est parfois
48:35oui
48:35très
48:36vraiment des gens
48:38très touchés
48:39très touchés
48:39on a vu que
48:40ceux qui rentrent
48:41dans le dispositif
48:42à 38%
48:43on évite la récidive
48:4338%
48:45c'est énorme
48:47c'est énorme
48:49ça veut dire que
48:49quand on étaye
48:51quand on béquille
48:52l'accompagnement
48:54des personnes
48:54après leur passage
48:56aux urgences
48:57on leur donne
48:59le plus de chance
49:00plus de chance
49:02à éviter
49:04la récidive
49:06c'est vrai qu'on est
49:08on est très fiers
49:09de
49:09on est très fiers
49:11de ça
49:11bonjour Guylaine
49:13psychologue à Vigilance
49:14nous avons essayé
49:15de vous joindre
49:16aujourd'hui
49:16suite à votre passage
49:17aux urgences
49:18le 12 septembre dernier
49:19sans nouvelles
49:21de votre part
49:22nous allons vous adresser
49:23une carte postale
49:24merci
49:25au revoir
49:26habitué aux répondeurs
49:30Thierry
49:31et Guylaine
49:31laissent régulièrement
49:32des messages
49:32invitant à les rappeler
49:33lorsqu'ils n'ont pas
49:36de réponse
49:37il leur reste alors
49:37l'écrit
49:38pour maintenir le contact
49:39les vigilanceurs
49:45ont donc essayé
49:46de contacter
49:47cette dame
49:48et elle n'a pas répondu
49:50donc on va lui envoyer
49:51des cartes postales
49:52pour garder le lien
49:53avec elle
49:54donc là j'ai programmé
49:56un envoi de la première
49:57carte postale
49:57ce jour
49:58et puis on va programmer
50:00pour que tous les mois
50:01pendant 4 mois
50:01elle reçoit une carte postale
50:03et avec notre numéro
50:04de téléphone
50:04pour pouvoir nous contacter
50:05quand elle en a besoin
50:07alors l'intérêt
50:08c'est pour lui
50:09pour montrer
50:10qu'on est là
50:10pour elle
50:11et puis avoir
50:12surtout nos coordonnées
50:13sur chaque carte postale
50:14on a notre numéro
50:15de téléphone
50:16donc
50:17et puis surtout
50:19qu'on pense à elle
50:20oui bonjour
50:21c'est Pierrick
50:22infirmier à Vigilance
50:23je cherchais à vous joindre
50:24pour prendre de vos nouvelles
50:25suite à votre passage
50:26aux urgences
50:27du 28 septembre
50:28prévenir le suicide
50:29je pense pas
50:30que ce soit une utopie
50:31je pense que
50:31si on était
50:33dans un objectif
50:34d'éradication du suicide
50:35là ce serait utopique
50:37on pourra pas éradiquer
50:39le suicide
50:40sans juger le phénomène
50:41on ne peut être qu'interpellé
50:42par le fait que des gens
50:43se retirent du monde
50:45mais le suicide
50:48prévenir le suicide
50:50c'est pas utopique
50:50ça doit rester un projet
50:52on pourrait dire
50:53un horizon d'attente
50:54vers lequel on doit tendre
50:58en mobilisant
51:00tous les moyens
51:02qu'on juge
51:03ou qu'on estime
51:04nécessaires
51:05adaptés
51:06pertinents
51:07et légitimes
51:08pour le faire
51:09malgré un taux de mortalité
51:11par suicide
51:11plus fort
51:12que la moyenne française
51:13la Normandie
51:14est sur la bonne voie
51:15depuis plusieurs années
51:17la mortalité
51:18par suicide
51:18est en baisse
51:19dans la région
51:19bon ça c'est plutôt réconfortant
51:22du coup
51:22non non
51:23et puis il faut vous faire plaisir
51:24en fait c'est ça
51:25c'est le coeur
51:25et vous faire plaisir
51:26ça vous voyez
51:27c'est
51:27là vous êtes contentes de ça
51:29c'est très positif tout ça
51:31je souhaite beaucoup de courage
51:32et un peu de chance quand même
51:34merde alors
51:35voilà
51:36je vous souhaite un bon courage
51:37au revoir
51:39je vous souhaite un bon courage
52:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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