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«S'il n'y a pas de discussion, nous allons dans le mur avec une crise de régime», prévient Manuel Valls
Europe 1
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il y a 5 mois
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00:00
Bonjour et bienvenue Manuel Valls.
00:02
Bonjour, Sonia Mabrouk.
00:03
Vous êtes le ministre des Outre-mer, évidemment ancien Premier ministre.
00:06
C'est votre grande interview ce matin sur CNI Europe 1, au moment où, pour beaucoup, l'après-Bayrou a déjà commencé.
00:12
Plus singulièrement, Monsieur le Ministre, est-ce que vous êtes ce matin un ministre déjà sur le départ, en partance, ayant fait ses cartons ?
00:19
J'ai le sentiment, depuis que je suis arrivé dans ce gouvernement, à la demande de François Bayrou,
00:24
que nous sommes toujours en sursis, vu la situation politique et l'instabilité qui règne à l'Assemblée nationale.
00:31
Mais je me suis fixé comme règle d'être concentré sur ma mission.
00:35
Je reviens de la Nouvelle-Calédonie pour continuer à présenter le projet que nous avons accordé à Bougival
00:42
et pour ramener ce territoire sur le chemin de la paix et du redressement.
00:46
Et lundi et mardi, je serai à Mayotte, donc je continue dans ma mission,
00:50
même si rien ne m'échappe et je vois bien qu'il y a quelques nouvelles à Paris.
00:54
J'étais assez surpris, d'ailleurs, de vivre tout cela depuis Nouméa.
00:58
C'est assez surprenant de vivre ça de l'autre côté du monde, même si c'est sur un territoire français.
01:02
Et quand sera-t-il le 8 septembre ? Est-ce que c'est du déni ou du cynisme de la part de François Bayrou
01:06
de laisser penser, comme hier, Manuel Valls, qu'il y a encore une voie de passage à l'Assemblée,
01:10
alors qu'arithmétiquement, politiquement, tous jouent contre vous, y compris d'ailleurs dans l'opinion publique ?
01:16
Nous verrons bien, ils reçoivent, je crois, les présidents des groupes parlementaires,
01:20
les chefs de partis, parce qu'il faut, je crois, tenter de convaincre et trouver un chemin.
01:26
Pourquoi si tard ? Personne ne croit que les oppositions étaient en vacances.
01:29
Mais revenons peut-être à l'essentiel, parce que, ne soyons pas hypocrites,
01:34
ce qui peut se jouer le 8 septembre prochain allait se jouer de toute façon
01:38
à l'occasion du débat budgétaire, à travers un 49-3, une motion de censure,
01:42
et donc tout le monde se préparait à une nouvelle crise.
01:46
Mais je crois que l'essentiel n'est pas là.
01:48
L'essentiel, c'est comment nous réussissons à stabiliser le pays,
01:52
qui fait face, comme beaucoup de démocraties d'ailleurs,
01:55
à une véritable crise démocratique, qui peut chez nous se transformer en crise de régime,
02:00
et nous faisons face à une crise des finances publiques,
02:04
avec un niveau de dette et un niveau de déficit public,
02:07
ce que dit le Premier ministre avec beaucoup de courage depuis plusieurs mois,
02:10
et n'est pas entendu, comment faisons-nous face à cela ?
02:13
Donc il faut trouver les moyens d'un accord sur le budget,
02:17
il ne peut pas y avoir d'autres solutions.
02:19
Mais en quoi accorder la confiance à François Bayrou permettrait de régler
02:21
une telle situation qui perdure depuis déjà très longtemps ?
02:24
Pour se mettre d'accord, comme il le dit lui-même, sur le constat,
02:28
et surtout pour trouver ensuite les moyens d'un accord,
02:31
c'est possible, me semble-t-il, pour la loi de finances,
02:34
et pour la loi de financement de la sécurité sociale, dans les prochaines semaines ?
02:37
Un accord est encore possible aujourd'hui ?
02:39
Mais ce n'est pas qu'il est possible, c'est qu'il est indispensable.
02:42
Sinon, quelle est la solution ?
02:44
C'est moi ou le chaos en réalité, c'est ce que vous dites ?
02:47
Oui, je pense qu'il ne faut peut-être pas caricaturer les choses ainsi,
02:51
ne prenons pas en otage ni les formations politiques, ni les Français,
02:55
mais trouvons une solution.
02:56
Sinon, c'est quoi l'alternative ?
02:58
La dissolution, monsieur le ministre ?
03:01
La dissolution, mais nous le savons.
03:04
D'ailleurs, il faut bien le reconnaître.
03:06
La dissolution, c'est pour les formations politiques du gouvernement,
03:10
pour les Républicains, pour ce qu'on appelle le bloc central,
03:14
ceux qui ont soutenu Emmanuel Macron depuis 2017.
03:17
Pour le Parti Socialiste aussi, c'est la menace d'une quasi-disparition,
03:22
de se retrouver entre LFI et le Rassemblement National,
03:26
qui d'ailleurs, sur les questions budgétaires et financières,
03:29
portent à peu près le même programme.
03:31
Non, je crois qu'il faut être sérieux dans ce moment-là,
03:34
au-delà de ce que pense l'opinion publique.
03:36
Moi, j'en appelle à l'effort un sursaut des formations politiques du gouvernement
03:41
pour trouver un accord sur le budget.
03:44
Ce n'est pas le moment.
03:45
Alors que nous faisons face à des tensions géopolitiques immenses,
03:50
avec la question toujours de l'Ukraine.
03:52
Alors qu'il faut non pas faire voter les Français,
03:55
mais régler le problème des déficits et de la dette,
03:57
il faut trouver donc une solution, des accords.
04:00
La France a besoin d'un budget.
04:02
Est-ce que vous vous rendez compte si dans quelques semaines,
04:03
nous n'avons pas de budget, ce qui peut se passer sur les marchés ?
04:07
D'ailleurs, on le sent déjà.
04:08
On a déjà entendu cette même musique, Manuel Vaz, à la dernière dissolution.
04:12
Pardonnez-moi, certains avaient dit que ce serait cataclysmique,
04:15
et nous en sommes là aujourd'hui.
04:16
En quoi ne pas retourner aux urnes pour les Français ?
04:20
En quoi ce n'est pas une solution ?
04:21
Mais est-ce que vous êtes sûr que ça réglerait le problème ?
04:23
Je vous pose une question.
04:24
Je n'en sais rien, je ne crois pas.
04:26
Nous vivons les effets, évidemment, de la dissolution de juin 2024.
04:31
Que vous considériez comme un poison, je le rappelle à nos auditeurs et téléspectateurs à l'époque.
04:35
Mais ce poison, il est toujours là, je ne me dénie pas.
04:38
Nous voyons un. Pourquoi ?
04:39
Parce que la Ve République, la France, c'est le génie,
04:43
il faut revenir à l'origine du général de Gaulle,
04:45
de créer les conditions de la stabilité.
04:47
Si notre pays ne sommes pas une démocratie du nord de l'Europe,
04:50
nous n'avons pas la même culture que l'Allemagne.
04:54
De ce point de vue-là, nous sommes évidemment différents,
04:56
avec notre propre génie, avec nos défauts,
04:59
mais aussi, évidemment, tous nos atouts.
05:02
S'il y a de l'instabilité permanente,
05:04
nous creusons les conditions,
05:06
nous provoquons les conditions d'une crise de régime.
05:09
Qui provoque cette instabilité ?
05:11
Et expliquez-nous vraiment clairement ce matin,
05:13
ne pas être en accord avec le plan et les idées de la Macronie ou de François Bayreau,
05:17
est-ce que c'est être forcément un artisan du chaos et de l'instabilité ?
05:21
Non, mais c'est pour ça qu'il faut trouver un accord.
05:24
Le Premier ministre, le 15 juillet, a mis un certain nombre de propositions sur la table.
05:28
Qui ont fait hurler en grande partie les Français.
05:30
Elles doivent être discutées, elles doivent être négociées.
05:33
Je suis convaincu, même si tout le monde n'est pas d'accord,
05:35
qu'il y a une voie de passage pour que le budget soit, évidemment,
05:39
à la hauteur des déficits, bien évidemment.
05:43
Il faut se mettre d'accord sur ce constat.
05:46
Mais qui n'est pas d'accord sur le constat ?
05:47
La question est qu'on n'est pas d'accord,
05:48
certains ne sont pas d'accord sur les propositions, les solutions.
05:51
Alors, il faut travailler, bien évidemment, sur les solutions
05:54
et pour que ce budget soit à la fois le plus efficace possible
05:57
pour faire face à ces déficits.
05:58
Vous y croyez encore, ce matin ?
06:00
Je crois qu'on n'a pas le choix.
06:01
En lisant la presse et d'autres...
06:03
Oui, mais parce que, encore une fois, je ne vois pas d'alternative.
06:07
Les efforts qu'il faut faire en matière de retraite,
06:09
en matière de santé, réduire le déficit et la dette,
06:13
alors il faut trouver des solutions.
06:15
Évidemment, elles doivent être justes sur le plan fiscal et social.
06:18
Chacun doit être mis à contribution,
06:20
y compris, évidemment, les plus riches, les grandes entreprises.
06:23
Évidemment, les plus riches, pour vous.
06:25
Chacun doit participer de cet effort.
06:28
Si vous voulez, et je crois que c'est le courage de François Bayrou,
06:31
c'est de tenir un discours de vérité sur ce sujet-là.
06:33
Alors, justement, quelle est la vérité, Manuel Valls ?
06:35
Sur notre situation budgétaire.
06:37
C'est le pays lui-même.
06:38
Sans doute, le quoi qu'il en coûte, de ce point de vue-là, pesait beaucoup.
06:41
On a le sentiment que dès qu'on touche, et c'est normal,
06:45
à un secteur, dès qu'il faut faire un certain nombre de réformes,
06:48
elles sont forcément difficiles,
06:50
le pays se braque.
06:51
Parce qu'il y a sans doute une prise de confiance.
06:53
C'est la fameuse expression, Manuel Valls, c'est Nicolas qui paye.
06:55
C'est surtout les mêmes qui ont l'impression de trinquer et de porter la charge.
06:58
Exactement, c'est vrai, en termes de fiscalité et de charge,
07:00
vous avez tout à fait raison.
07:01
Donc, c'est pour ça qu'il faut discuter.
07:03
Mais quelle est la vérité ?
07:03
S'il n'y a plus de discussion,
07:04
alors qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale,
07:06
nous allons alors dans le mur avec une crise d'origine.
07:08
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