- il y a 5 mois
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00:00Marie-Estelle, on parle aujourd'hui, vous avez choisi de parler aujourd'hui de la mort de Jean Portmanov,
00:05influenceur français mort en direct sous les yeux des internautes lundi dernier.
00:09Cette affaire vous a, comme nous tous d'ailleurs, beaucoup marqué.
00:12On en parle depuis 15h, depuis le début de l'émission.
00:16Il y a un aspect dont on n'a pas encore parlé.
00:19La justice, le parquet de Nice, avait ouvert une enquête préliminaire au début de l'année,
00:25alertée par la presse, un article dans la presse.
00:28La justice a-t-elle failli dans cette affaire, Marie-Estelle Dupont, selon vous ?
00:32Alors, je crois que cette affaire, dont je voulais parler non pas parce qu'elle me surprend,
00:38mais parce que je trouve qu'elle est malheureusement révélatrice de quelque chose qui se joue dans notre époque.
00:42La justice, à mon avis, elle est dépassée par deux côtés.
00:44Elle est dépassée par la violence juvénile, parce que les mineurs et les jeunes adultes actuels n'ont plus rien à voir avec ceux d'hier,
00:51et que tous les cadres éducatifs ont sauté.
00:54C'est des jeunes qui expriment très bien la fin du sacré dans notre société.
00:57Et en fait, le retour à des pratiques sacrificielles, des pratiques sacrificielles d'un autre temps, barbare,
01:02mais avec les moyens modernes de la technologie et cette impunité du numérique.
01:08Et puis, je crois qu'elle est dépassée à la fois par la violence des mineurs,
01:11mais elle est dépassée aussi par le fait que la technologie, les progrès technologiques,
01:15enfin, progrès avec de grosses guillemets,
01:17les progrès technologiques sont allés plus vite que la réflexion éthique.
01:20Mais on le voit dans le numérique, mais on le voit aussi parfois dans la médecine.
01:23C'est-à-dire qu'on est capable de faire des choses, mais la réflexion éthique n'est pas encore aboutie.
01:27Et là, je crois qu'il y a vraiment un enjeu très très important, fondamental même au niveau anthropologique.
01:34Est-ce que la société est encore, le groupe est encore capable de protéger,
01:37d'assurer sa survie en protégeant les plus vulnérables ?
01:40Mais je crois aussi que là où il y a une volonté, Romain, il y a un chemin.
01:44Les auditeurs d'Europe 1 ne diront pas le contraire.
01:46Finalement, si on est capable de faire sauter un compte Twitter pour des raisons idéologiques,
01:51qu'on doit arriver à trouver des moyens de lutter contre les pressions financières parfois,
01:55puisque c'est des lobbies aussi parfois qui sont derrière toutes ces plateformes,
01:59et de réguler et d'interdire le contenu.
02:02Il y a des pays qui y arrivent.
02:03On va être dans quelques instants avec Gérard, qui nous appelle des Alpes-Maritimes,
02:07qui nous appelaient au 01, 80, 20, 39, 21.
02:10Mais Marie-Estelle Dupont, est-ce que vous êtes tout simplement pour l'interdiction de ce type de live,
02:15de ce type de spectacle, si tant est qu'on puisse appeler ça un spectacle,
02:19de ce type de produit sur Internet ?
02:24Est-ce qu'il faut les interdire ?
02:25Absolument.
02:26En fait, l'argument n'est même pas moral.
02:30Je vais vous donner un argument que je suis allée chercher dans mes études de neuropsychologie.
02:35Le cerveau humain, il fonctionne avec des neurones miroirs,
02:37c'est-à-dire que vous apprenez à faire des choses en regardant les autres le faire.
02:41Ça veut dire que des gens qui seraient sur le fil du rasoir,
02:43mais qui ne seraient jamais passés à l'acte,
02:45quand ils consomment trop de vidéos de violence,
02:48ils sont plus enclins à passer à l'acte.
02:50Alors, ça ne veut pas dire, attention, que c'est Internet qui a créé le mal,
02:55encore une fois, qu'est-ce qui passait à la télévision la veille de la Saint-Barthélemy,
02:58c'est l'éternel boutade.
02:59Mais, en tout cas, le fait de les visionner, d'abord ça fait de la publicité aux bourreaux,
03:03et ensuite ça a un effet de libéralisation de la cruauté.
03:07Donc oui, moi je crois que c'est important de se dire qu'on interdit aux mineurs
03:13les accès à certains réseaux sociaux, qu'on interdit ce type de plateforme,
03:17qu'on va chercher les responsables, parce que c'est aussi envoyer un signal-forme fort
03:21que tout n'est pas possible et que tout n'est pas permis.
03:24Gérard nous appelle des Alpes-Maritimes. Bonjour Gérard.
03:27Bonjour.
03:28Vous êtes où dans les Alpes-Maritimes ?
03:30Dans la région de Cannes.
03:31Dans la région de Cannes.
03:33Bon, qu'est-ce que vous voulez dire aux autres auditeurs d'Europe 1,
03:37et puis à Marie-Estelle Dupont ?
03:38Eh bien, j'ai déjà relevé ce que dit Marie-Estelle Dupont,
03:43c'est-à-dire le cadre moral qui a sauté, l'impunité du numérique,
03:49et le dépassement de la société par les technologies modernes.
03:53Je pense qu'aujourd'hui, on n'est pas en état de juguler le déferlement par les numériques
04:01et par tous les systèmes de médias que permet Internet.
04:07On n'est pas en mesure aujourd'hui d'attendre que la société soit polissée
04:11pour aller contre ce que permet justement le numérique.
04:15Moi, j'ai simplement une question et une interrogation.
04:20Que serait-il arrivé à Europe 1
04:23si elle avait diffusé les appels à la haine et au meurtre du professeur Paty ?
04:30Et donc, le corollaire, la question que je me pose,
04:33pourquoi les fournisseurs d'accès ne sont pas appelés à la barre
04:38pour fourniture de moyens en vue d'un crime ou d'un délit ?
04:45Tout simplement, sans aller chercher des argusies.
04:48Oui, la réponse, les médias sérieux,
04:53et Europe 1 est un média sérieux évidemment,
04:55les médias sérieux sont contrôlés, vous le savez.
04:59Donc, évidemment qu'il n'y a pas d'appel à la haine
05:01et personne n'a envie de lancer des appels à la haine sur Europe 1, bien sûr.
05:05Réponse 2, pour ce qui est de la plateforme dont vous parlez.
05:09La grande différence aussi, c'est que quand on travaille à Europe 1
05:11ou dans un grand média, on signe un contrat dans lequel il y a un règlement
05:14où on s'engage à ne pas être dans des appels à la haine.
05:17Donc, ce n'est même pas un contrôle de l'extérieur,
05:19c'est un accord, c'est un consentement qu'on donne.
05:22On s'engage à ne pas diffuser la haine.
05:25Sur les plateformes, c'est le no man's land moral.
05:31Et qui est la plateforme qui accueille cette télévision ?
05:35C'est un agrégat de réseaux internet, de télévision.
05:39C'est comme si vous aviez plusieurs télévisions.
05:41La télévision sur laquelle...
05:42Enfin, la télévision, le réseau social sur lequel il y avait Jean Portmanoeuvre.
05:48Et donc, la plateforme se trouve en Australie.
05:50Alors, vous imaginez, pour contrôler une plateforme qui se trouve en Australie,
05:52c'est assez compliqué.
05:54Ils n'avaient même, jusqu'à un passé très récent,
05:57ils n'avaient même pas de représentants en Europe.
05:59Alors, je ne sais pas si la réponse vous satisfait,
06:02mais en tout cas, c'est la réalité.
06:05Ce qui est sûr, c'est que c'est un casse-tête juridique,
06:07mais qu'on va avoir besoin que des juristes se penchent très sérieusement
06:10sur ces questions pour arriver à encadrer sérieusement
06:14des plateformes qui peuvent toujours aller se cacher ici ou là
06:17et repasser la faute, se refiler la...
06:20Vous l'avez dit déjà dans la discussion,
06:24si c'est un appel à l'antisémitisme ou anti-islamisme,
06:28comme par hasard, on peut arrêter les plateformes.
06:32Je ne vois pas pourquoi on ne peut pas arrêter des affaires...
06:35L'anti-islamisme et l'antisémitisme, ce n'est pas la même chose.
06:38C'est pour ça que je dis que là où il y a une volonté, il y a un chemin
06:40et qu'il n'y avait probablement pas la volonté politique jusqu'à présent
06:43de se donner les moyens d'agir sur ce qui est tentaculaire.
06:49Le web ne s'appelle pas une toile d'araignée pour rien, c'est tentaculaire.
06:52Vous-même, Gérard, vous saviez que ça existait,
06:54ce type de réseau social, de live ?
06:59Je sais que ça existe et je n'y suis pas du tout abonné.
07:04Je me suis même retiré de la plupart des réseaux sociaux
07:08parce que c'est un système qui permet de diffuser à grande échelle
07:14ce qui est de plus de valeur à l'humanité en général
07:16et qui compense malheureusement très peu les bienfaits que ça apporte à côté.
07:22Donc c'est quelque chose qui me chiffonne.
07:26Et je refuse qu'on puisse dire qu'on ne peut pas faire.
07:30Ce n'est pas vrai. On peut très bien couper la diffusion du média australien.
07:38Ce n'est pas vrai.
07:39Techniquement, on peut l'interdire.
07:42Attendez.
07:44Légalement, pour le moment, en l'état actuel du droit, ce n'est pas possible.
07:48Croyez-vous que les fournisseurs d'accès vont laisser faire n'importe quoi ?
07:54S'ils savent qu'il y a une épée de Tamoclès qui va les amener à la barre pour crimes ou délits ?
07:59Alors, ça va s'arrêter tout seul ?
08:01Non, mais moi j'ai tendance à penser comme vous Gérard,
08:03que là où il y a une volonté, il y a un chemin.
08:05Et qu'il s'agit, un, de définir bien ses priorités,
08:07et deux, d'avoir le courage d'implémenter les décisions qu'on prend.
08:13Après, je trouve que cette histoire, elle nous dit aussi,
08:15si on dézoome un tout petit peu,
08:16les auditeurs d'Europe 1 se font peut-être d'ailleurs la réflexion,
08:20c'est que finalement, à l'heure où il y a une permissivité morale absolue,
08:24c'est-à-dire le bien et le mal n'existent plus,
08:25et rire de lâcher un homme n'est pas du tout un problème pour certains,
08:28et où on a les moyens technologiques de faire absolument tout dans la minute,
08:33en parallèle, il y a une santé mentale dans le monde occidental qui est extrêmement dégradée.
08:38Ça prouve bien que le bonheur de l'homme ne vient pas de l'absence de contraintes,
08:43de l'absence de limites,
08:44et de la possibilité de se vautrer dans le glauque et dans le mal.
08:48Et je trouve que c'est un triste rappel du fait que les interdits ont aussi des vertus
08:54en matière de santé mentale,
08:56et qu'on ne va pas forcément mieux quand tout est possible.
08:58Et si on en parlait, votre nouveau rendez-vous sur Europe 1,
09:02tous les jours, entre 15h et 16h,
09:04avec Marc Estelle Dupont, voilà Gérard,
09:06qui nous a appelé de la région de Cannes.
09:09Qu'est-ce que ces jeunes venaient chercher en regardant ces spectacles,
09:13Marie-Estelle Dupont ?
09:14C'est un sentiment de domination.
09:16Est-ce que, le fond de ma pensée, on dit les choses,
09:21sont des frustrés qui regardent ça ?
09:22Alors, je crois que, quand on va dans l'extrême de la violence,
09:28c'est qu'il y a un vide, quelque part.
09:30Et d'ailleurs, sur un autre plan,
09:32la rapidité avec laquelle il y a de la radicalisation en ligne, etc.,
09:35c'est lié au fait qu'on a laissé un boulevard pour la violence
09:39dans notre société déspiritualisée.
09:40et que, plus on détruit les cadres symboliques,
09:44plus la priorité est mise sur consommer, paraître,
09:49sur la performance,
09:50et plus on dévalorise, finalement, ce qui a de la valeur.
09:53C'est-à-dire, aujourd'hui, notre société met en avant ce qui a un prix
09:55au détriment de ce qui a de la valeur,
09:56c'est-à-dire les liens humains,
09:58la création, l'imaginaire, etc., etc.
10:02Finalement, ces jeunes, ils vont aller chercher des sensations fortes,
10:04ils vont aller chercher un sentiment d'exister,
10:06ils vont aller chercher un triste triomphe dans la destructivité
10:10et dans le fait de dominer.
10:13C'est-à-dire que, pour exister,
10:14ils n'arrivent pas à construire quelque chose de positif,
10:17ils vont écraser l'autre pour se faire monter.
10:20C'est ce qu'on retrouve aussi chez certains pervers
10:23qui ont des postes très importants dans des entreprises ou dans le public.
10:27C'est des profils pervers, en fait,
10:28où ce n'est pas la créativité qui vous conduit,
10:31c'est le besoin de domination.
10:34Et plus une société offre de cadres symboliques,
10:37et notamment à l'école, un bon niveau d'instruction,
10:40plus on a de modèles identificatoires inspirants,
10:42plus les adultes sont exemplaires,
10:44plus on aide les jeunes à ne pas aller de ce côté.
10:47Malheureusement, il faut aussi faire le constat,
10:49on en parlera dans une émission très prochainement cette semaine,
10:52que la baisse du niveau de l'instruction en France
10:55n'aide pas à outiller intellectuellement les jeunes
10:58et donc ne les aide pas,
10:59parce que la lecture est mise de côté,
11:01à trouver du plaisir dans la sublimation des pulsions.
11:04Quand vous avez simplement avec un doigt
11:06la possibilité de scroller et de vous exciter en ligne,
11:09le plaisir que vous allez tirer,
11:11la satisfaction que vous allez tirer
11:12de fournir un effort dans le sport,
11:14dans la lecture, dans la créativité,
11:16il est moins appétissant.
11:18Et donc ça, je pense que c'est un élément très important,
11:21c'est qu'ils vont chercher aussi un sentiment d'exister,
11:23parce qu'on leur offre moins de cadres et d'opportunités
11:26de prendre confiance en eux d'une manière saine
11:28et dans le respect de l'autre.
11:29les auditeurs d'Europe 1,
11:32vous qui nous écoutez sur Europe 1,
11:34et si on en parlait entre 15h et 16h,
11:35vous appelez le 01 80 20,
11:37et vous êtes nombreux à appeler
11:38pour échanger avec Marie-Estelle Dupont.
11:41Et il y a Roland qui est avec nous,
11:43qui nous appelle de Saint-Étienne.
11:44Bonjour Roland.
11:45Bonjour Roland.
11:46Bonjour Romain,
11:47bonjour Marie-Estelle,
11:48bonjour Europe 1.
11:49Vous avez 29 ans,
11:50et vous avez vu des extraits de cette émission,
11:54de ce live stream ?
11:56Bah malheureusement oui,
11:58dans un premier temps,
11:58je vous souhaite quand même une bonne première.
12:00Ah c'est gentil.
12:00Une bonne première,
12:01c'est marrant.
12:01Merci beaucoup.
12:02Franchement,
12:02une très bonne première,
12:04et je pense que vous allez cartonner,
12:05le format il est bon.
12:06Ah bah Marie-Estelle Dupont est passionnante,
12:08je peux vous dire qu'on a échangé,
12:11il y a énormément de thèmes,
12:13et tous les jours entre 15h et 16h,
12:14et puis sur le podcast,
12:16bien sûr vous allez retrouver l'expertise
12:18de Marie-Estelle Dupont
12:19sur des faits d'actualité, voilà.
12:21Mais vous savez,
12:21je fais une petite parenthèse,
12:23j'ai un objectif secret dans cette émission,
12:25c'est de percer à jour
12:26le mystère Romain Desarbres,
12:28qui est le seul homme sur Terre
12:29qui se lève tous les jours
12:30à une heure et demie du matin,
12:31et qui est quand même de bonne humeur
12:32avec moi à l'heure de la ceste,
12:33alors vraiment,
12:34mais j'ai vraiment beaucoup de chance.
12:38Bon, Roland,
12:39j'imagine que vous partagez notre indignation.
12:42Ah bah bien sûr,
12:43mais moi les extraits,
12:44je les ai vus après que l'affaire
12:46se soit médiatisée,
12:47j'ai vu quelques extraits sur TikTok,
12:49mais moi je ne suis pas vraiment adepte de ça,
12:51donc j'ai regardé...
12:52Oui, bien sûr.
12:53Mais j'ai zappé,
12:54mais moi franchement...
12:55Qu'est-ce que vous vous êtes dit ?
12:57Il y avait un sentiment de malaise ?
12:58Comment vous en êtes ressorti ?
13:00Un sentiment de malaise,
13:02parce que je ne pensais pas
13:03que quelqu'un pouvait se faire fracasser
13:05comme ça intonément,
13:06je le dis avec mémo,
13:08il se faisait fracasser.
13:09C'est-à-dire que tous les jours
13:10qu'il passait dans son stream,
13:12il se faisait fracasser,
13:13et il y avait du plaisir à ça.
13:15Je me suis dit,
13:16mais comment ça peut exister
13:17dans notre civilisation occidentale
13:20au XXIe siècle ?
13:21Il y a un plaisir du gore,
13:23un plaisir de voir ces choses-là,
13:25mais j'ai trouvé ça abject.
13:27Oui, c'est difficile à penser,
13:29c'est difficilement soutenable en fait.
13:31C'est insoutenable,
13:32et ça c'est pour la partie morale,
13:34si, mais moi,
13:35pardonnez-moi Romain Desarbres,
13:36mais il y a un côté un peu plus légal,
13:39institutionnel.
13:40Mais l'Arcôme dormait,
13:42ou qu'est-ce qui s'est passé ?
13:43L'Arcôme dormait, je pense,
13:45parce que dans l'Arcôme,
13:47il y a le numérique,
13:50et normalement,
13:51ils devraient se pencher par rapport à ça.
13:53Ils n'ont rien fait.
13:54Et puis Roland,
13:55il y a la justice aussi,
13:57enfin je veux dire,
13:57il y a un moment,
14:00est-ce qu'il n'y a pas de non-assistance
14:01à personne en danger ?
14:02Enfin, c'est la question en réalité.
14:04C'est ce que vous disiez au début de l'émission,
14:05Marie-Astelle Dupont,
14:07on ne peut pas avoir,
14:08je suis désolé,
14:09je ne parle pas avec votre expertise,
14:11Marie-Astelle,
14:12mais je veux dire,
14:13on ne peut pas avoir toute sa tête
14:15et accepter de se faire d'habitude toute la journée.
14:17Absolument,
14:18c'est-à-dire qu'il y a une fabrique du consentement,
14:19on abuse de quelqu'un de vulnérable,
14:21et y compris quelqu'un.
14:22Il ne faut pas croire que les victimes de pervers
14:24sont des gens pas intelligents,
14:28ou non,
14:29ce sont des personnes qui,
14:30à un certain moment donné de leur vie,
14:32sont vulnérables,
14:34sont fragiles,
14:34ont une perte d'estime d'elles-mêmes,
14:36et qui vont donc être,
14:38comment dire,
14:39de parfaites victimes expiatoires,
14:41de parfaites cibles,
14:41de parfaits boucs émissaires,
14:43pour des pervers qui vont les mettre sous emprise.
14:45Et je pense que le piège s'est refermé
14:47de manière progressive sur cet homme,
14:49qui a dû penser au début
14:50que c'était une sorte de jeu sadomasochiste pervers,
14:53mais qu'il y avait des limites,
14:54sauf que le principe même de la perversion,
14:55c'est que ça n'a pas de limites.
14:58Et quand Roland demande si l'Arc-homme dormait,
15:01je crois qu'on a de tristes exemples
15:03de ces situations,
15:05avec des mineurs ultra-violents
15:06qui se filment à tabasser quelqu'un,
15:10ils disent d'ailleurs,
15:11dans leur vocabulaire,
15:12on va le ramollir,
15:13qu'ils disent,
15:14c'est bien fait pour elles,
15:15en parlant d'un cadavre,
15:16c'est-à-dire que c'est des phénomènes
15:17qui sont malheureusement surprenants
15:19par leur violence,
15:20mais pas surprenants par leur exception,
15:22c'est ça qui est très préoccupant
15:23aujourd'hui, je crois.
15:26Et donc, oui,
15:26je suis d'accord avec vous,
15:27il va falloir prendre le taureau par les cornes.
15:30Après Romain,
15:30Romain Desarbes,
15:31si vous me permettez,
15:32Marie-Estelle,
15:33moi, vous me parlez du temps de la justice,
15:35mais vous savez très bien,
15:36Romain Desarbes,
15:36que le temps de la justice
15:37est extrêmement long.
15:38C'est très long,
15:39et avant d'arriver à une décision,
15:40il peut se passer un an,
15:42deux ans, trois ans,
15:43mais moi,
15:43je veux vraiment revenir sur l'Arc-homme,
15:45parce que quand il a fallu infliger
15:46des amendes records
15:48en deux temps, trois mouvements,
15:50il y avait du monde.
15:51Moi, dans une démocratie en bonne santé,
15:53Romain Desarbes,
15:54pour moi,
15:55il devrait avoir des démissions.
15:58Peut-être le président de l'Arc-homme,
15:59peut-être la ministre de tutelle,
16:02chargée du numérique,
16:03parce qu'il est inconcevable
16:04qu'on ait laissé passer ça.
16:06C'est gravissime.
16:07Ce qui est certain,
16:08c'est qu'il faudra un avant ou un après.
16:10Parce que je veux dire,
16:11dans les familles,
16:11je pense qu'il y a beaucoup de parents
16:13qui ont découvert ces abominations
16:15et qui se sont inquiétés
16:17pour leurs enfants,
16:19et il va falloir,
16:19en tout cas,
16:20réglementer,
16:21je ne sais pas techniquement
16:24comment on peut interdire
16:25sur un réseau
16:26qui est basé à l'étranger,
16:29à l'autre bout de la planète,
16:30en Australie.
16:31Je vous fais part de mon sentiment.
16:34Je ne sais pas comment on peut
16:35l'arrêter techniquement.
16:36Mais en tout cas,
16:37quand il y a une volonté politique,
16:40quand il y a une volonté,
16:40il y a un chemin,
16:41disait il y a quelques instants
16:42Marie-Estelle Dupont.
16:44C'est tellement vrai,
16:45Marie-Estelle.
16:46Oui, et je crois qu'il y a
16:47une prise de conscience collective
16:48à avoir.
16:49Il faut sortir d'une naïveté technologique,
16:50c'est-à-dire qu'on s'est dit
16:51après la Seconde Guerre mondiale,
16:53face aux idéologies extrêmes,
16:54c'est la technologie et le progrès
16:56qui vont nous sauver
16:56du mal et de la barbarie.
16:58Et on voit qu'au contraire,
17:00Internet,
17:00qui en soi n'est qu'un outil,
17:02est plus souvent au service
17:03de ce que j'appelle
17:03l'intelligence du mal,
17:04c'est-à-dire la perversion,
17:05que du bien commun.
17:07Parce qu'il y a l'anonymat,
17:08il y a la facilité d'accès,
17:09il y a l'excitation facile
17:10pour les cerveaux,
17:12il y a l'isolement,
17:13il y a le côté addiction.
17:15Vous êtes seul aussi
17:15derrière votre écran.
17:16Donc il n'y a personne
17:17qui régule ce que vous êtes
17:18en train de vivre
17:19en termes d'excitation
17:20quand vous êtes jeune
17:20et que vous regardez
17:21ce type de contenu.
17:22Et puis les algorithmes aussi,
17:24la perversion de l'algorithme
17:26qui vous enferme
17:27et qui va vous resservir
17:28ad nauseum le contenu
17:29que vous allez chercher.
17:30Je crois que tout ça,
17:31ça participe à pousser
17:32l'être humain
17:32vers sa partie la plus sombre
17:33et non pas vers sa partie
17:35créatrice
17:36et profondément relationnelle
17:37et qu'il y a une prise
17:38de conscience collective
17:39à avoir à ce sujet
17:41pour protéger
17:42non seulement les personnes vulnérables,
17:43mais nos enfants
17:44qui tous sont susceptibles
17:46tôt ou tard
17:47d'être victimes
17:48de ces boucles perverses.
17:49Merci beaucoup Roland
17:50de nous avoir appelés
17:50depuis Saint-Etienne.
17:53Marie-Estelle Dupont,
17:54beaucoup de questions.
17:55Quel impact ont ces vidéos
17:56sur des adolescents
17:57voire des très jeunes ?
18:00Qu'est-ce qui va rester ?
18:02J'allais dire des adultes.
18:03Bon,
18:06les adultes ont plus
18:07de clés de lecture.
18:08Les adolescents,
18:09voire les très jeunes,
18:10en ont beaucoup moins forcément.
18:11Alors,
18:12ils ont beaucoup moins
18:12de clés de lecture.
18:13On sait que le discernement
18:14est une fonction cognitive
18:16qui n'arrive qu'assez tardivement.
18:18Parfois jamais chez certains.
18:21Et donc,
18:22chez les jeunes,
18:23il faut comprendre
18:23que le traumatisme,
18:24c'est quelque chose.
18:25C'est un événement
18:26qu'on a vécu
18:27ou c'est un événement
18:28auquel on a assisté
18:29mais en étant impuissant.
18:31Et ça aussi,
18:32ça peut créer du traumatisme.
18:33Ça s'appelle,
18:34le terme technique,
18:34c'est le traumatisme vicarien.
18:36On assiste
18:37à quelque chose de traumatique
18:38et en fait,
18:39on en garde
18:40une trace traumatique.
18:41Donc,
18:41le risque pour un cerveau
18:42immature de voir
18:43des contenus violents,
18:44des contenus pornographiques,
18:45etc.
18:46C'est que le cerveau
18:47ne soit pas en capacité
18:48de réguler la charge d'excitation
18:50qui est déclenchée
18:51et que donc,
18:52le seul moyen
18:53pour la personne
18:54de le gérer,
18:55c'est ou de se dissocier
18:56complètement de ses émotions
18:57et de devenir
18:58un petit robot
18:59qui ne va plus réfléchir
19:01ou de répéter
19:03ce qu'il a vu
19:04pour tenter
19:04de se l'approprier
19:05et donc,
19:06c'est là que je dis
19:06que les jeunes
19:07qui en visionnent trop
19:08sont plus enclins
19:09à passer à l'acte
19:10parce que le seul moyen
19:11de prendre le dessus
19:12sur l'excitation
19:12que ça génère
19:13et d'ailleurs,
19:14dans la pornographie,
19:14il y a 46% des jeunes
19:15qui disent
19:16regarder du porno
19:17et reproduire les violences
19:18qu'ils voient
19:19donc,
19:21le risque,
19:21c'est de mettre
19:22en état traumatique,
19:23en état de sidération,
19:24en état de dissociation
19:25et qui dit dissociation
19:26dit plus de discernement.
19:28Quand vous parlez
19:29de dissociation,
19:30ça veut dire
19:30qu'il y a deux personnes,
19:32c'est le fameux
19:32docteur Jekyll
19:33et Mister Hyde,
19:35il y a celui
19:35qui regarde ces images
19:37et puis il y a ensuite
19:38le monsieur tout le monde.
19:40Alors en fait,
19:40je parle de dissociation,
19:41c'est comme s'il y avait
19:42une coupure de courant
19:45entre votre partie rationnelle
19:48et votre partie émotionnelle.
19:49C'est-à-dire que les émotions
19:50sont tellement ingérables,
19:51l'excitation est tellement importante
19:52qu'elle est comme isolée,
19:53c'est comme un bout de terre
19:54qui se détacherait
19:55et elle n'est plus en lien,
19:57vous ne pouvez plus
19:58rationaliser les choses,
19:59vous ne pouvez plus
19:59les élaborer,
20:01vous ne pouvez plus
20:02les tempérer
20:02et c'est ça
20:03qui est très inquiétant.
20:04Et plus les contenus
20:04sont violents,
20:05plus la charge d'excitation
20:07est forte,
20:07plus c'est difficile
20:08de rester en contact
20:10avec ces émotions,
20:11avec ces pensées
20:12et d'élaborer
20:13ce qui est en train
20:14de se passer.
20:15Parmi les choses fortes
20:16que vous nous avez dites
20:17dans cette émission,
20:18Marie-Estelle Dupont,
20:19c'est notamment
20:20dans votre édito
20:22au début de l'émission,
20:23on pensait que le progrès
20:25technologique
20:25allait nous protéger
20:27du mal,
20:28de ces horreurs.
20:30En réalité,
20:30ça les démultiplie,
20:31alors je ne sais pas
20:31si ça les démultiplie,
20:32en tout cas ça donne
20:33une sacrée caisse de résonance.
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