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  • il y a 6 mois

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00:007h-9h, Europe 1 Matin.
00:027h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin la directrice au ministère de l'Intérieur de la Coopération Internationale de Sécurité.
00:10Oui, la DCIS. Bonjour Sofiate.
00:12Bonjour à vous.
00:13Bienvenue sur Europe 1, vous êtes commissaire de police et donc vous dirigez cette DCIS, Direction de la Coopération Internationale de Sécurité.
00:22En substance, on va décrire ce que vous faites Sofiate, c'est un peu le service diplomatique de la police et de la gendarmerie si j'ai bien compris.
00:28Oui, c'est un peu ça en fait, je dirige cette direction qui regroupe 78 attachés de sécurité intérieure qui sont présents dans 78 pays mais qui sont compétents pour davantage, pour 169 pays et qui ont deux missions, celle de représenter le ministère de l'Intérieur à l'étranger et d'être également les conseillers sécurité des ambassadeurs.
00:48D'accord, donc par exemple quand il faut prendre attache avec la police roumaine pour arrêter Mohamed Amra, c'est la DCIS qui fait la liaison ?
00:55C'est l'attaché de sécurité intérieure qui est en liaison avec ses partenaires, avec les partenaires dans les pays dans lesquels il a des agréments, c'est-à-dire qu'il est accepté, reconnu tel quel par ses partenaires étrangers.
01:06Ah, il y a des pays qui ne reconnaissent pas l'attaché du ministère de l'Intérieur ?
01:09Tous les attachés de sécurité intérieure doivent être reconnus et agréés par les autorités étrangères mais de la même façon que nous en France, nous recevons, nous accueillons des attachés de sécurité intérieure étrangers.
01:18Alors pourquoi il faut une coopération internationale de sécurité ? Pourquoi ? Parce que le crime n'a pas de frontières, parce que de ces frontières il se sert pour s'enrichir, par exemple sur le trafic de migrants ou d'armes,
01:27pour aussi déjouer les forces de l'ordre quand il s'agit de prendre la fuite dans un pays avec qui la France ne coopère pas forcément.
01:32La police, la gendarmerie, donc en face, sont obligées de s'internationaliser. C'est un mouvement récent ça, Sophie Hatte ?
01:38Non, pas du tout. En fait, dans les années 60, nous avons créé un service de coopération technique qui regroupait des policiers.
01:45Nous les avons implantés pour la première année en 1962, en Mauritanie et au Cameroun.
01:50C'était en fait pour aider à la demande de nos partenaires qui, à ce moment-là, ont acquis leur indépendance, à structurer leur ministère de l'Intérieur.
01:59Et au fur et à mesure, les postes se sont multipliés et désormais nous sommes 78 parce que, comme vous l'avez dit, la délinquance, les criminels n'ont pas de frontières.
02:08Nous avons des Français qui sont auteurs ou victimes à l'étranger, mais nous avons également des étrangers qui commettent des faits sur le territoire national.
02:15Alors c'était la question que je voulais vous poser. Qu'est-ce qu'il faut craindre le plus ?
02:18Les organisations criminelles étrangères qui viennent s'installer en France, on sait que dans le sud de la France, on a des mafias italiennes par exemple qui sont très présentes,
02:25ou bien, à l'inverse, les organisations criminelles françaises qui partent à la conquête du monde, qui s'internationalisent.
02:31Vous opérez sur les deux tableaux, vous ?
02:33Je ne pense pas qu'on puisse faire de gradation entre ce qui est plus important, plus dangereux.
02:38Dans les deux sens, les flux sont inquiétants.
02:39Dans les deux sens, les flux sont permanents.
02:42Nous avons des Français qui sont auteurs ou qui sont organisateurs d'organisations criminelles et qui sont réfugiés à l'étranger.
02:48Mais nous avons également des étrangers qui commettent les faits dont des Français sont victimes.
02:52Les frontières n'ont plus lieu d'être en matière de criminalité organisée et de criminalité transnationale.
02:58Est-ce qu'il y a une hiérarchie que vous faites, vous, Sofiat, à la tête de la DCIS, des menaces entre toutes les activités criminelles transnationales,
03:06que ce soit le terrorisme, les trafics de stupéfiants ou d'êtres humains, d'armes, etc ?
03:09Non, non, non. Ce que je pourrais vous dire, c'est que le narcotrafic est le plus grand marché criminel du monde.
03:18C'est celui qui permet à ceux qui l'organisent de récolter les sommes les plus importantes.
03:26Et il nourrit d'autres trafics derrière, bien sûr.
03:28Et bien sûr, bien sûr. Est-ce que le trafic de migrants est à l'origine du trafic de drogue ?
03:32Est-ce que la criminalité organisée...
03:34Le savoir-faire acquis dans un domaine se transpose à un autre, etc.
03:36Bien sûr, tout est interpénétré. Donc en fait, il n'y a pas de hiérarchie.
03:39Tout dépend des zones, des zones du monde.
03:42Parce qu'on parlait du narcotrafic. On sait où est fabriquée la cocaïne.
03:46Donc il y a les pays de fabrication, il y a les pays de transit et les pays de destination.
03:51Et donc nous travaillons avec nos partenaires des pays d'origine, avec nos partenaires des pays de transit.
03:56Et bien évidemment, à un niveau européen, nous travaillons avec tous nos partenaires de l'Union Européenne.
04:00Mais Sofiat, par exemple, Bruno Retailleau était aux Antilles.
04:03Ce week-end, il annonçait renforcement des moyens d'enquête.
04:05Parce qu'évidemment, on sait que c'est une plaque tournante du trafic de stupéfiants,
04:08notamment dans les ports guadeloupéens, les grands ports maritimes de Guadeloupe,
04:12idem pour celui de la Martinique.
04:15Est-ce que toute cette lutte-là, tous ces moyens que le ministère de l'Intérieur investit dans la sécurité,
04:20n'est pas vain si derrière, on n'a pas une bonne coopération avec les...
04:23Vous avez parlé des états de provenance d'Amérique du Sud.
04:25Comment se passent justement sur le narcotrafic, les rapports que vous entretenez avec vos homologues,
04:30que ce soit en Colombie, au Brésil, etc.
04:33Alors, le ministre, effectivement, a annoncé ce week-end, dans son déplacement,
04:37le renforcement de l'antenne de l'OFAST.
04:39Mais nous avons, pour la DCIS, déjà anticipé ce renfort,
04:45puisque l'année dernière, nous avons ouvert un poste d'attaché de sécurité intérieure à Sainte-Lucie,
04:49qui est un pays extrêmement proche de la Martinique,
04:51avec des transits de délinquants entre cette île et nos Antilles.
04:56C'est une île de rebond, si je puis dire.
04:58Mais nous avons également la volonté, en 2026, d'ouvrir des postes d'officiers de liaison stupéfiants
05:03dans deux pays d'Amérique du Sud, en l'occurrence le Pérou et l'Équateur,
05:08parce que nous devons, vous avez parlé de la Colombie, on est déjà assez fort.
05:12Premier producteur mondial de coquine.
05:13Voilà, mais notre dispositif est robuste,
05:16et je pense que nous avons intérêt à renforcer ceux qui sont en Pérou et en Équateur,
05:20avec une volonté de nos partenaires de travailler mieux avec nous,
05:23mais il faut une présence humaine.
05:25Alors, évidemment, c'est une question un peu sensible que je vais vous poser,
05:27mais quels sont les États avec qui c'est le plus facile de travailler, Sophia ?
05:30Et quels sont les États avec qui c'est le plus compliqué ?
05:33Je vais citer, par exemple, Dubaï.
05:35On sait que la coopération avec Dubaï n'est pas évidente,
05:37et c'est devenu assez naturellement un lieu de refuge pour de nombreux narcotrafiquants français.
05:42Quels sont les pays avec qui c'est le plus simple et le plus difficile de travailler ?
05:45Alors, comme dirait le Président de la République, on doit parler avec tout le monde.
05:47Alors, on parle avec tout le monde, mais on ne parle pas de la même façon.
05:50Alors, avec les pays de l'Union Européenne,
05:52nous avons une communauté d'intérêt, une communauté politique, diplomatique,
05:55donc c'est extrêmement facile.
05:56Avec les Émirats Arabes Unis, vous venez de parler de Dubaï.
05:59Nous sommes présents, nous avons un dialogue constructif avec nos partenaires.
06:05Nos ministres de l'Intérieur et de la Justice doivent se retrouver dans quelques semaines
06:09pour avancer sur cette coopération.
06:11Donc, les narcotrafiquants français qui sont réfugiés à Dubaï,
06:15nous travaillons avec les Émiriens, un certain nombre d'entre eux sont expulsés.
06:20Et ce travail est constant, et nous avons bon espoir qu'ils s'améliorent encore.
06:23Et qu'en est-il de l'Afrique ?
06:24Alors, je précise aussi, les DCIS, je ne vous fais pas de renseignements.
06:26Ça, c'est la DGSE qui s'occupe de cette partie-là, c'est important de le signaler,
06:30parce qu'on pourrait se demander si vos attachés de sécurité ne sont pas des espions sous couverture.
06:34Non, officiellement, ça n'est pas le cas, en tout cas.
06:36Ça n'est pas le cas, ils ont un passeport diplomatique, le temps de leur mission.
06:39Mais qu'en est-il de l'Afrique, de la relation qu'on a aujourd'hui avec les États africains ?
06:42On sait combien c'est difficile aujourd'hui, la relation avec des États comme le Mali ou le Burkina Faso.
06:48Vous avez constaté, vous, cette dégradation des relations en matière de sécurité ?
06:51Nous l'avons constaté, puisque un certain nombre de pays, nous avons été obligés de réduire notre présence dans un certain nombre de pays.
06:58Le Niger, il y a quelques...
07:00On est toujours présents, la DCIS est toujours présente ?
07:02Non, justement, nous ne sommes plus, l'ambassade a été fermée, donc l'attaché de sécurité intérieure est parti, bien évidemment, un des derniers avec l'ambassadeur.
07:09Dans certains pays, effectivement, nous redéployons notre dispositif, et il est vrai qu'au Mali, vous avez cité un certain nombre de pays,
07:17nous avons restreint notre dispositif, et nous continuons à avoir des relations en matière de sécurité intérieure.
07:23Mais en deux mots, vous diriez que le monde coopère de moins en moins bien.
07:27Sofiat, c'est en tout cas le ressenti qu'on peut avoir, au vu des relations internationales, aujourd'hui ?
07:30Non, non, non. En matière de sécurité intérieure, nous coopérons de mieux en mieux.
07:35Ma position est inverse à votre propos, parce que nous avons des intérêts, et nous mettrons les moyens pour coopérer davantage encore.
07:42Merci beaucoup, Sofiat, d'être venue au micro d'Europe 1.
07:45Je rappelle, vous êtes la directrice de la coopération internationale de sécurité au ministère de l'Intérieur.
07:49Merci d'être venue nous voir.
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