00:00Bonjour Christophe Wisner. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin dans le studio de France Inter,
00:05directeur des Rencontres de la Photographie d'Arles, festival désormais incontournable dans le domaine de la photo
00:10qui a ouvert au début de l'été. Alors j'imagine que vous n'avez pas encore fait le bilan puisqu'il reste
00:14quelques semaines de festival jusqu'au début du mois d'octobre, mais est-ce que vous avez déjà une idée
00:19de la fréquentation ? Est-ce que cette édition va battre des records ? Je ne sais pas si on va battre des records,
00:25mais en tout cas je peux confirmer qu'on a en tout cas une très bonne fréquentation pour le moment.
00:29On a fait une très bonne première semaine d'ouverture avec quasiment plus de 15% de fréquentation.
00:36La semaine d'ouverture c'est toujours quelque chose d'un peu spécial puisqu'on accueille beaucoup aussi
00:41d'étrangers, on compte à peu près 50% d'étrangers sur la semaine d'ouverture, mais là en ce moment
00:45les expos sont pleines et je pense qu'en tout cas on devrait avoir des bons chiffres et on a de bons retours.
00:51On sent le sourire en tout cas le directeur que vous êtes. Comment vous l'expliquez ? Évidemment il y a la
00:55renommée du festival 56e édition, il y a la qualité des artistes que vous présentez, mais est-ce qu'il y a aussi
01:01un besoin de décryptage, de l'image, de mieux comprendre le monde aussi à travers la photo ?
01:07Oui, je crois que la photo touche en tout cas beaucoup de monde. La photo est quelque chose, les anglo-saxons utilisent toujours ce mot
01:13affordable, c'est-à-dire accessible. Et je pense que ça c'est quand même une réalité, la photo raconte aussi, raconte nos histoires, témoigne en fait, témoigne de notre histoire,
01:21enfin des choses magnifiques comme des malheurs. Et ça je pense que c'est quelque chose qui est très fort.
01:27Par exemple, l'une des expositions qui a beaucoup de succès et dont les gens parlent énormément, c'est celle de Laetitia Battaglia,
01:35qui est cette grande photo journaliste italienne, qui a créé un journal, qui est retourné en Sicile et qui s'est engagée
01:44aussi bien au niveau de l'image que même politiquement à la fin de sa vie. Et je pense que voilà, c'est quelque chose qui touche énormément.
01:5140 expositions un peu partout dans la ville, des artistes d'univers, de nationalités aussi diverses.
01:55Vous avez cité l'Italie, on peut citer aussi le Brésil, l'Australie, les Etats-Unis, les Caraïbes.
02:01Est-ce que ça a été compliqué de trouver un fil rouge finalement dans tout ça ?
02:04Alors après, je dirais que c'est aussi une question d'éditing, c'est-à-dire qu'on trouve toujours,
02:08ce qui est intéressant c'est aussi d'offrir quelque chose, d'offrir une offre quand même très très large.
02:14On est à un festival grand public aussi, il y a une partie professionnelle mais aussi une partie grand public.
02:18Et donc au niveau, avec différents chapitres, on a je crois 7 chapitres cette année,
02:23finalement on arrive à couvrir les différentes problématiques qui nous intéressent.
02:29Je pense que le fait d'utiliser juste un thème ne correspondrait pas aussi à la création contemporaine.
02:38Ce serait trop réducteur ?
02:39Ça serait à mon avis trop réducteur.
02:41Est-ce que vous aviez quand même mis cette 56e édition, si je ne me trompe pas,
02:45sous le mot, sous le patronage de l'expression « les images indociles »,
02:50ça dit quand même aussi quelque chose de votre programmation ?
02:53Oui, parce que les images résistent et elles résistent pour plein de raisons.
02:57Elles résistent pour ce qu'elles racontent, elles résistent aussi pour le positionnement qu'on donne
03:00et la voix qu'on donne aussi à des photographes, à des artistes qui ne l'avaient pas,
03:06qui ne l'avaient pas tant que ça.
03:07Alors on peut parler évidemment, on peut parler du Brésil, on peut parler de l'Australie,
03:13mais on peut aussi parler de gens comme par exemple, si je pense à Erika Lennart,
03:17c'est quand même une grande photographe, c'est quelqu'un qui n'a jamais eu d'exposition à Arles.
03:21Laetitia Bataglia n'en avait pas eu non plus.
03:23Vous savez que depuis que je suis arrivé, je tiens beaucoup aussi à donner une place aux femmes importantes.
03:29Et là, dans les expositions monographiques, on a plus de femmes que d'hommes.
03:34Voilà, pendant, je dirais, une cinquantaine d'années, il y a eu plus d'hommes que de femmes.
03:38Donc c'est bien de repartir dans l'autre sens.
03:41Est-ce que Arles a un rôle d'accélérateur, justement, pour tous les photographes, hommes et femmes,
03:46que vous présentez au cours de l'été ?
03:48Oui, absolument. Une fois qu'on est passé à Arles, je pense qu'il y a vraiment un avant et un après, tout à fait.
03:55Et vous le sentez comment ? Ça se traduit comment ?
03:57Ça se traduit. Alors, quand on retrouve ensuite le photographe ou la photographe qui a été présentée,
04:04voilà, ils ont, je dirais, une visibilité qui est devenue complètement différente.
04:09Alors, déjà, vous savez que dans une vie antérieure, j'ai été à Paris Photo.
04:13Et je me souviens que beaucoup de jeunes qui étaient présentés à Arles se retrouvaient ensuite sur certains stands de Paris Photo.
04:18Mais c'est une question de visibilité. On a une très grande visibilité.
04:22L'an dernier, on a fait 160 000 visiteurs, énormément de retours de presse, national comme international.
04:28Et voilà, je pense que ça, c'est une chose importante.
04:30On a parlé des thèmes et du monde qui nous entourent, qui inspirent les photographes que vous présentez.
04:36D'un point de vue formel, est-ce que vous voyez là émerger des choses nouvelles ?
04:41Alors, je dirais que ce qu'on voit émerger, c'est aussi une nouvelle sensibilité par rapport à de nouvelles techniques.
04:46On parle beaucoup de l'intelligence artificielle.
04:49Et je pense que cette intelligence artificielle est un nouvel outil.
04:54Un nouvel outil pour écrire de nouvelles histoires ou des histoires manquantes.
04:57Puisqu'on le voit, par exemple, dans l'exposition sur le Brésil.
05:00Il y a certains ou certaines artistes qui s'emparent de l'intelligence artificielle pour raconter des récits qui n'ont pas été documentés.
05:07Donc, par exemple, voilà, c'est une chose qui apparaît vraiment maintenant.
05:12Ensuite, je dirais qu'il y a une pluralité des techniques, puisqu'on le voit beaucoup.
05:16Il y a aussi bien des artistes qui utilisent la photographie de façon classique.
05:21Il y en a d'autres qui sont presque plus journalistiques.
05:24Si on pense à quelqu'un comme Patrick Wack, par exemple, qui a documenté ses différents voyages autour de la mer d'Azov.
05:31Il y a quelqu'un qui est plutôt issu du photojournalisme.
05:33Et parallèlement à ça, on va avoir quelqu'un qui va faire du photocollage ou du photomontage.
05:37Mais il n'y a pas de nom ferme et définitif à l'intelligence artificielle dans les œuvres que vous présentez à Arles ?
05:42C'est autorisé d'utiliser l'intelligence artificielle ?
05:45C'est autorisé. Et de toute façon, je pense que ce qui est important, c'est le noter.
05:48Il faut que ce soit spécifié. Et ça l'est.
05:50Parce qu'effectivement, vous savez qu'on en parle beaucoup, l'intelligence artificielle.
05:55Vous savez mieux que quiconque sur ces fausses images qui sont générées.
05:58Et puis le trouble, la confusion que ça peut provoquer chez ceux qui les regardent
06:02et qui ne savent pas forcément ce qu'ils voient, réalité ou pas.
06:04Est-ce que vous estimez que vous avez vous aussi un rôle pour exercer l'œil des spectateurs ?
06:12Pour reconnaître, faire le tri entre la réalité et la fiction ?
06:16On a vraiment un rôle et c'est un rôle qu'on prend pleinement à cœur
06:19puisque, je ne sais pas, tout le monde peut-être ne le sait pas,
06:22mais on a un programme éducatif qui est vraiment important.
06:25À partir du mois de septembre, on va accueillir 11 000 scolaires à nouveau cette année.
06:29Et dans cet accueil, en fait, on tient beaucoup aussi à donner des clés aux jeunes
06:35pour pouvoir décrypter les images.
06:37Et ça, je pense que c'est la chose la plus importante,
06:39de pouvoir avoir un regard critique sur ce qu'on regarde.
06:41Je voudrais dire un mot du contexte budgétaire dans lequel s'inscrivent ces rencontres d'Arles.
06:47Contexte qui pousse certaines collectivités locales à réduire les subventions accordées aux événements culturels.
06:51Est-ce que vous êtes touché ? Est-ce que vous êtes inquiet ?
06:55On doit toujours être inquiet parce que je pense que c'est une chose...
06:58Il faut être au courant de ce qui se passe.
07:02Maintenant, nous, on n'a pas été vraiment impacté.
07:06La région nous avait prévenu qu'il y aurait une réduction,
07:09mais elle l'a fait pour tout le monde de façon réfléchie.
07:16Pour le moment, je dois dire qu'on ne fait pas partie de ceux qui ont été vraiment impactés.
07:22Mais le succès du festival est d'autant nécessaire ?
07:25Le succès du festival est nécessaire et on a aussi une grande autonomie financière
07:29puisque plus de la moitié de notre budget, ce sont nos recettes propres de billetterie.
07:34Et puis après, on a une partie mécénat qui est quand même assez... et partenariat assez importante.
07:40Et donc, on dépend des fonds publics à hauteur d'un tout petit peu moins de 30%.
07:44Et je pense que ça, c'est évidemment une garantie de liberté.
07:48Alors, il y a tous ceux qui sont venus au cours de l'été arpenter les rues d'Arles,
07:52découvrir les expositions au cœur de la ville.
07:55Mais pour tous ceux qui y vont venir, peut-être dans les prochaines semaines,
07:59puisque les rencontres d'Arles sont ouvertes jusqu'au 5 octobre,
08:02est-ce qu'il y a un conseil, une expo à ne pas manquer ?
08:05C'est difficile de choisir.
08:07C'est très, très difficile.
08:08Je dirais que j'ai bien aimé votre description
08:11parce qu'en fait, quand on vient à Arles, on redécouvre la ville à chaque fois.
08:14Et je pense qu'il faut se laisser conduire parce qu'on aime.
08:17Si on a envie d'aller voir une exposition sur la mode,
08:19il faut aller voir cette sublime exposition sur l'histoire de Yves Saint-Laurent.
08:22Et la photographie est à côté.
08:25Regardez ce que Caroline Monet fait, par exemple.
08:28Donc, je pense que ce qui est vraiment important,
08:30c'est de se laisser aller à ce qu'on aime.
08:34Et se laisser surprendre.
08:35Et se laisser surprendre.
08:36Et je pense que je vais finir peut-être juste avec une exposition
08:38qui est une exposition sur la photographie anonyme.
08:41La photographie de la collection Marion et Philippe Jacquier.
08:45Et la photographie anonyme est partout depuis l'origine du médium.
08:49Merci beaucoup Christophe Wissner d'être passé ce matin
08:52dans le titre de France Inter.
08:53Merci beaucoup Christophe Wissner d'avoir regardé cette vidéo !
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