- il y a 1 an
Christian Marletta est finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 15 mars 1985 par la Cour d'assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence. Son pourvoi en cassation est rejeté le 30 octobre 1985. Emprisonné à la maison centrale d'Arles, Christian Marletta demande la révision de son procès avec l'aide de Gilbert Collard. Une association s'est constituée en sa faveur, dont le Comité des Droits de l'Homme de Châteauroux qui lui apporte son soutien. Christian Marletta a été libéré de prison en 2006, et mène désormais une nouvelle vie avec sa compagne qu'il a rencontrée en prison.
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00:00:30Christian Marletta, cet homme a été condamné pour avoir assassiné en 1982 une fillette de 12 ans qui s'appelait Christelle Bancourt.
00:00:45Christelle Bancourt dont il était l'éducateur dans un foyer de Marseille.
00:00:49Quelques années plus tôt, il aurait sans doute été condamné à mort et exécuté, car les circonstances du crime sont terribles.
00:00:55La fillette a été violée, étranglée et son petit corps découpé en morceaux, des morceaux dispersés dans des sacs poubelles.
00:01:03Oui, dans les années 70, cet homme aurait sans doute été guillotiné.
00:01:06Mais en 1982, la peine de mort vient d'être abolie.
00:01:10Alors Christian Marletta est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
00:01:14Et ça tombe bien, parce que 25 ans plus tard, certains protagonistes de l'affaire, et pas des moindres, croient qu'il est innocent et espèrent une révision.
00:01:25Tout commence le 10 juin 1982, à Marseille, un peu après 18h, dans un foyer pour enfants du 10e arrondissement, baptisé Bois-Fleurie.
00:01:40Christelle Bancourt et sa soeur jumelle Chantal vivent dans ce foyer depuis 2 ans.
00:01:45Elles ont toutes les deux 12 ans.
00:01:46Christelle vient de rentrer de l'école.
00:01:50Il est environ 18h20.
00:01:52Son éducatrice lui dit de se dépêcher, car elle a rendez-vous chez le dentiste à 6h30.
00:01:58Sa soeur Chantal veut l'accompagner, mais l'éducatrice refuse, et Christelle part toute seule.
00:02:05Le cabinet dentaire n'est pas loin, 400 mètres à peine du foyer.
00:02:09Quelques minutes à pied.
00:02:10Mais à 20h, Christelle n'est toujours pas rentrée.
00:02:19Au foyer, on s'inquiète, d'autant que vérification faite, elle n'est jamais allée chez le dentiste.
00:02:26Son éducatrice fait le tour du quartier, en vain.
00:02:29À 22h10, les responsables du foyer alertent la police.
00:02:35Les disparitions d'enfants, si on ne les retrouve pas dans les 24 heures, c'est vite problématique.
00:02:39Là, le point particulier, c'est qu'il s'agit d'une très jeune enfant, parce qu'elle a 12 ans,
00:02:44qu'elle est décrite comme quelqu'un de plutôt timide et tout à fait improbable dans une fugue volontaire, j'allais dire,
00:02:57dans une fugue spontanée.
00:03:00Et enfin, qu'elle n'avait aucune raison particulière de s'éloigner du foyer le jour où elle a disparu.
00:03:07Des policiers patrouillent pendant la nuit autour du foyer, mais rien.
00:03:13Pas de traces de Christelle.
00:03:17Le lendemain matin, toujours rien.
00:03:22Ça fait 15 heures que Christelle a disparu.
00:03:26Les policiers de la brigade des mineurs sont de plus en plus inquiets.
00:03:37Chantal Bancourt, vous êtes la sœur jumelle de Christelle.
00:03:46Pourquoi est-ce que vous étiez en foyer, toutes les deux ?
00:03:49Pourquoi on était en foyer ?
00:03:50Parce que notre papa, il est décédé, on avait à peine 8 ans et demi.
00:03:56Et comme on était 5 enfants, donc ça faisait trop pour ma maman,
00:04:00alors elle nous a placés toutes les deux.
00:04:02On a compris qu'on était abandonnés toutes les deux,
00:04:04et je lui ai dit que je serais toujours là pour elle, et vice-versa.
00:04:09Ça veut dire que vous entendiez vachement bien ?
00:04:10Ah oui.
00:04:11Très soudée ?
00:04:12Très soudée, oui.
00:04:13Comment est-ce que vous apprenez sa disparition ?
00:04:16On vous le dit, vous le découvrez par vous-même ?
00:04:19Non, je le découvre par moi-même, puisque tous les soirs, on doit se dire au revoir.
00:04:24Il n'y a pas une seule soirée où on ne se dit pas bonne nuit.
00:04:29Et ce soir-là, elle n'était pas rentrée.
00:04:31Je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
00:04:32Vous vous demandez où elle peut être à ce moment-là ?
00:04:35Vous avez une piste ?
00:04:36Non, je me demande si elle est bien rentrée, les dentistes, comment ça s'est passé.
00:04:41Et finalement, c'est là qu'en descendant les marches des escaliers,
00:04:45j'entends une conversation louche, et je comprends qu'elle n'est toujours pas rentrée.
00:04:52Qu'est-ce qu'elle dit, cette conversation ? C'est une conversation entre qui et qui ?
00:04:54Je pense que ça doit être la police et la directrice.
00:04:58Et j'entends qu'elle n'était pas rentrée, qu'elle avait rendez-vous à telle heure,
00:05:04et qu'ils ont cherché de partout.
00:05:06Et là, j'ai posé des questions, et on m'a dit, ça ne te regarde pas, remonte te coucher.
00:05:11Est-ce qu'elle aurait pu s'enfuir, peut-être pour rentrer chez votre maman toute seule ?
00:05:15Non, il était trop craintif, mais on ne serait pas parti.
00:05:23Les policiers eux aussi ont la quasi-certitude que Christelle n'a pas fugué.
00:05:28Restent deux hypothèses.
00:05:30L'accident, ou l'enlèvement.
00:05:33On lance le dispositif habituel de recherche par cercle de plus en plus éloigné de la résidence,
00:05:43les voisins, les rues, les autobus, les hôpitaux.
00:05:46Enfin, on décline classiquement les méthodes d'investigation.
00:05:50On fait appel à des chiens policiers pour essayer de retrouver.
00:05:55On sollicite également les fonctionnaires de police en tenue, je dirais,
00:05:59donc les gardiens de la paix.
00:06:00Et nous essayons de partir un peu dans les sens,
00:06:03dans les endroits où elle aurait pu se rendre.
00:06:07On fouille d'abord les quartiers alentours.
00:06:11Saint-Tronc, Pont de Vivo, Saint-Loup, Sainte-Marguerite.
00:06:15Et puis on mobilise des CRS pour ratisser les collines environnantes.
00:06:22Les policiers fouillent les rives de Luvone,
00:06:24une petite rivière qui traverse Marseille.
00:06:27Christelle est peut-être tombée à l'eau ou dans un trou.
00:06:29Ils explorent aussi les galeries des carrières de pierres proches de bois fleuri.
00:06:38Mais rien.
00:06:41Pas de traces de Christelle.
00:06:44Nous sommes prêts à faire du 24 sur 24
00:06:47pour essayer de retrouver cet enfant.
00:06:51Parce que, déjà dans le sud, nous sommes très familles.
00:06:54Et en plus, je vous dis, c'est une mineure,
00:06:58c'est quelque chose qui est inacceptable.
00:07:01Donc on ne peut pas laisser ça comme ça.
00:07:05Deux avis sont publiés dans la presse
00:07:07avec une description de la petite fille.
00:07:10Menus, les yeux verts, des taches de rousseur
00:07:13et les cheveux châtains clairs coupés courts.
00:07:16Vêtus d'un survêtement bleu et de baskets blanches.
00:07:20Les journaux locaux suivent de très près ce qu'ils appellent
00:07:23l'affaire de la petite Christelle.
00:07:26On peut dire quasiment que toute la ville en parle.
00:07:28Moi, je sais très bien que je rencontrais des gens.
00:07:31La première question, c'était alors la petite.
00:07:34Marseille est une ville composée de plusieurs vagues d'immigration.
00:07:40Des Italiens, des Espagnols, des Algériens, des Marocains,
00:07:43des gens qui sont très attachés à la famille et aux enfants.
00:07:47Toucher un enfant à Marseille, c'est sacré.
00:07:49Vous voyez, c'est ce qui crée cette sensibilité particulière.
00:07:52On avait presque l'impression que les gens vous demandaient
00:07:55comment on peut aider pour retrouver cette gamine.
00:07:59Surtout qu'elle avait une belle bouille.
00:08:00Surtout qu'elle avait...
00:08:02Les gens se prenaient à l'enquête.
00:08:07Les appels à témoins n'ont rien donné.
00:08:10Et les policiers sont désemparés.
00:08:17Christelle a disparu depuis cinq jours.
00:08:19Et rien. Aucune piste.
00:08:20Les policiers ont vérifié soigneusement les emplois du temps du dentiste,
00:08:23des gens de l'école, bien sûr des personnes qui travaillent au foyer bois fleuri,
00:08:27les éducateurs, les hommes de ménage, les employés de l'administration.
00:08:31Rien de louche.
00:08:31Et c'est là qu'on se met à leur parler d'un ancien éducateur,
00:08:35un certain Marletta.
00:08:40Et c'est là, pour la première fois, qu'on nous parle de Christian Marletta
00:08:43comme un ancien éducateur du foyer bois fleuri
00:08:46qui était passé ce soir-là
00:08:48rechercher le concours d'un pensionnaire pour l'aider à déménager.
00:08:54Effectivement, des éducateurs se souviennent avoir vu Christian Marletta au bois fleuri
00:09:01le jour de la disparition de Christelle.
00:09:05Il serait passé vers 17h45
00:09:07et reparti en moto à 18h30,
00:09:10c'est-à-dire dix minutes après le départ de Christelle chez le dentiste.
00:09:16Christian Marletta est immédiatement convoqué à la police judiciaire.
00:09:21Puisqu'il avait été vu au foyer, dans le créneau horaire,
00:09:24qui nous intéressait, il était normal qu'on le convoque.
00:09:27On lui pose les questions qui viennent naturellement de l'interrogatoire
00:09:31ou à quelle heure, etc.
00:09:33Et on s'aperçoit que dans ses explications,
00:09:37il y a un petit flottement au niveau du groupe horaire
00:09:40qui était quand même déterminant.
00:09:43Il y a un doute qui subsiste.
00:09:45Ce n'est pas très clair.
00:09:46Son audition n'est pas très claire.
00:09:48Bon, pour l'instant, il n'y a aucun élément contre lui, bien entendu.
00:09:51Christian Marletta reconnaît qu'il est passé au foyer, ce jour-là.
00:09:56Mais il prétend être parti à 18h10, 18h15.
00:10:01Et il raconte qu'il a croisé Christelle.
00:10:03Elle rentrait de l'école.
00:10:05Elle était pressée.
00:10:07Marletta la connaît.
00:10:08Il a été son éducateur.
00:10:09Alors il lui a proposé de la raccompagner au foyer, en moto.
00:10:15La petite a accepté.
00:10:17Il l'a déposée devant Bois-Fleury.
00:10:19Elle est rentrée en courant.
00:10:21Puis dit-il, il ne l'a plus revue.
00:10:26Ce Christian Marletta intrigue les policiers.
00:10:29On sentit qu'il y avait quelque chose.
00:10:31Il transpirait.
00:10:33Il était mal à l'aise.
00:10:34Il avait les mains moites.
00:10:36Comme on dit chez nous, je ne le sentais pas.
00:10:38Je ne le sentais pas.
00:10:40Et c'est en fonction de ces hésitations, ces divergences, ces difficultés qu'il a pour expliquer telle ou telle chose,
00:10:47qu'on décide de le placer en garde à vue.
00:10:52Et s'il est placé en garde à vue ?
00:10:54C'est parce que Chantal, la soeur jumelle de Christelle,
00:10:57leur a raconté des choses tout à fait intéressantes sur cet homme.
00:11:03Des accusations graves.
00:11:05Il y a un an et demi, Christian Marletta se serait glissé dans son lit
00:11:08et se serait livré à des attouchements.
00:11:12Les policiers, Chantal, vont vous interroger
00:11:19deux heures avant d'entendre Christian Marletta.
00:11:24Et qu'est-ce que vous leur dites ?
00:11:26Je racontais, il y avait à peu près un an, un an et demi en arrière,
00:11:30un an avant que Christelle disparaisse,
00:11:35que Christian Marletta était venu un soir dans mon lit me faire des attouchements
00:11:38et qui était méchant avec moi, avec des paroles.
00:11:44Bon, des claques, ça, ils l'ont donné à tout le monde.
00:11:46Moi, j'avais l'habitude, c'est pas grave.
00:11:48Et j'expliquais ce qui s'était passé, mais les policiers, ils n'étaient pas au courant.
00:11:53Et il ne fallait pas le dire.
00:11:55Je crois que j'avais fait une gaffe.
00:11:57Vous en aviez parlé à quelqu'un de ça, à l'époque, au moment de ces attouchements ?
00:12:01Oui.
00:12:02À qui ?
00:12:03À ma mère Monique, j'en ai parlé.
00:12:05Qui ne m'a pas cru d'ailleurs, qui m'a giflé aussi.
00:12:08Et j'en ai parlé aussi aux éducateurs et aux éducatrices, le soir même.
00:12:13Bon, ils m'ont envoyé à l'école et ils m'ont dit, le soir, quand tu rentres, on verra ce qui s'est passé.
00:12:20Et le soir, il y a eu une réunion, il y avait quelques éducateurs, la directrice.
00:12:25Et bien entendu, avant, les enfants, c'était des menteurs.
00:12:30Il ne fallait pas les écouter.
00:12:31Et avec la loi des grands, qui était importante.
00:12:35Donc ils ne vous ont pas cru ?
00:12:36Non, pas du tout.
00:12:37Aucun d'entre eux ?
00:12:38Aucun d'entre eux.
00:12:39La directrice du foyer m'a giflé.
00:12:41Lui, Christian, il m'a giflé.
00:12:44Et mon éducatrice aussi m'a giflé.
00:12:47Et comment ça s'est passé après ?
00:12:49Alors j'étais obligée de passer dans tous les dortoirs.
00:12:52Si j'aurais pu être une petite souris, je crois que je me serais mis dans l'intro.
00:12:56Et être obligée de passer, de regarder tout le monde et dire que j'avais menti.
00:13:00Alors que ce n'était pas vrai.
00:13:01Les relations avec Christian Marletta, après cet épisode-là, ça a été comment ?
00:13:05Ça a été très froid.
00:13:06D'ailleurs, je ne me mettais plus...
00:13:08Il se mettait sur une chaise et écartait les jambes pour qu'on se mette dessus la chaise pour nous coiffer.
00:13:12Moi, c'était fini, je ne le faisais plus.
00:13:17Je ne faisais plus confiance, plus de sourire.
00:13:19Christelle en avait très peur.
00:13:21Alors, il arrivait à l'amadouer.
00:13:23Moi, je lui disais, ne te fais pas coiffer par lui.
00:13:25Mais bon, je ne pourrais pas tout faire non plus.
00:13:29J'étais comme une enfant.
00:13:36Jacqueline Anglade, Chantal accuse Christian Marletta d'avoir fait des attouchements sur elle.
00:13:42C'est ça.
00:13:44À cette époque-là, vous êtes directrice du foyer de Boisfleurie.
00:13:47Manifestement, vous ne l'avez pas cru à l'époque.
00:13:49Écoutez, j'ai quand même pris toutes les précautions qu'il fallait.
00:13:51On peut ne pas croire soi-même au fond de soi-même, mais en tant que directrice, on est obligé de vérifier.
00:13:55Donc, j'ai fait descendre Chantal dans mon bureau et je lui ai demandé qu'est-ce qui s'était passé.
00:14:00Alors, elle m'a dit qu'un soir, Christian était rentré dans sa chambre et avait fait des attouchements sur elle.
00:14:05Et je lui ai demandé quel genre d'attouchement.
00:14:06Elle m'a dit, ce n'est pas difficile, vous n'avez qu'à appeler Stéphanie.
00:14:09Et Stéphanie est dans ma chambre, elle vous le certifiera.
00:14:13Donc, je fais descendre la petite Stéphanie et Stéphanie me dit, qu'est-ce que tu veux ?
00:14:17Alors, Chantal dit, Stéphanie la regarde ahurie et dit, mais tu ne m'as jamais parlé de ça, tu ne m'as jamais réveillée, tu ne m'en as jamais parlé, qu'est-ce qui te prend ?
00:14:26Alors là, je vous dirais que j'ai eu une réaction plutôt de mère de famille.
00:14:29Je me suis levée, j'ai flanqué une jufle.
00:14:31Et je lui ai dit, pourquoi tu as menti ?
00:14:33Alors, elle dit, ben, ben, j'ai dit, maintenant tu vas faire le tour de tout le foyer, c'est-à-dire des neuf appartements,
00:14:39et tu vas dire que tu as donné de la diffamation sur Christian et qu'il ne t'avait rien fait.
00:14:45Donc, pour vous, c'est une affabulation, clairement ?
00:14:47C'était, alors, bon, c'était une affabulation, mais il fallait encore continuer.
00:14:50Donc, quand Christian et sa femme sont rentrés de congé, puisqu'elle était aussi éducatrice chez moi,
00:14:54je laissais venir dans mon bureau, mais la porte ouverte, car je voulais que tout le monde entende.
00:14:58Et je lui ai dit, voilà, Christian, pendant votre absence, il s'est passé à ça et à ça.
00:15:01Alors, il réfléchit, tout, il dit, attendez, je l'ai puni un soir, faites-la venir.
00:15:07Donc, on a fait venir la petite, et il lui dit, mais de quoi tu parles ?
00:15:10Tu parles du soir où je t'ai puni ?
00:15:12Alors, elle ne répond pas.
00:15:14Alors, il lui dit, un soir, je t'ai envoyé coucher, mais je t'ai puni, mais je t'ai porté une assiette et de soupe.
00:15:18Elle répond, je voulais me venger parce que ce n'est pas suffisant.
00:15:23Donc, pour la directrice du foyer, Chantal Fabule.
00:15:28Marletta n'a pas abusé d'elle.
00:15:30Et si elle raconte cette histoire, c'est pour se venger de son éducateur qui vient juste de la punir.
00:15:35A l'époque, il n'y a pas eu de suite judiciaire.
00:15:40Mais cette histoire devient bougrement intéressante aujourd'hui, alors que Christelle a disparu depuis six jours.
00:15:48Désormais, Marletta est le suspect numéro un.
00:15:54Et ça n'échappe pas aux journalistes marseillais qui ont leurs entrées à l'hôtel de police de Marseille, baptisés les Véchés.
00:16:01À l'époque, je ne vais pas vous mentir, on était vraiment rentré dans les Véchés un petit peu comme chez nous.
00:16:13Donc, oui, on a vu arriver Marletta.
00:16:17Ah bon, c'est vrai que vu la façon dont les policiers, passez-moi l'expression, le travaillaient,
00:16:24on pouvait penser que ce témoin était important dans la disparition de leur petite fille.
00:16:29Marletta, il dit, c'est pas moi, j'y suis pour rien.
00:16:32Bien entendu, j'ai travaillé avec Chantal, avec Christelle, je les connais, c'était ma place.
00:16:37Je suis un éducateur sans reproche et je suis incapable d'avoir fait du mal à un enfant.
00:16:45Le soir tombe sur les Véchés.
00:16:48Christian Marletta va passer sa première nuit de garde à vue.
00:16:52Les interrogatoires se succèdent.
00:16:54Toujours les mêmes questions, toujours les mêmes réponses.
00:16:57Et du côté des policiers, toujours la même conviction.
00:17:00Tout le monde avait le sentiment qu'on avait devant nous l'auteur des faits.
00:17:06Mais on avait des difficultés parce qu'on ne trouvait pas la faille pour le mettre en défaut.
00:17:11C'est quelqu'un d'intelligent, quoi.
00:17:14C'est quelqu'un qui essaye de s'en sortir parce qu'il sait qu'il est dans le collimateur, quoi.
00:17:25Dominique Rizet, parlez-nous de ce Christian Marletta.
00:17:28D'abord, physiquement, c'est quelqu'un qui ne peut pas passer inaperçu.
00:17:31Il porte une grosse barbe noire et il boite une polio qu'il a eue étant enfant.
00:17:35Il a 31 ans.
00:17:37Il est marié.
00:17:38Il a un petit garçon d'un an.
00:17:39Il a un niveau d'études convenable.
00:17:41Il a passé un bac technologique.
00:17:43Ensuite, il a voyagé un peu.
00:17:45Et il a exercé la profession de cuisinier pour gagner un peu d'argent.
00:17:50Quand il est revenu en France, il a décidé de devenir éducateur spécialisé.
00:17:54Et il a suivi des études pendant trois ans.
00:17:57En 1979, il obtient son diplôme.
00:18:00Et il entre au foyer de bois fleuri à Marseille.
00:18:03Sa femme est éducatrice, comme lui.
00:18:06Elle travaille au foyer de bois fleuri.
00:18:07Ce sont des gens qui ont une petite vie réglée, bien lisse, une vie normale.
00:18:11En tout cas, ce qui intéresse les policiers,
00:18:13c'est de savoir si Christian Marletta a des antécédents judiciaires
00:18:18dans une quelconque affaire de mœurs avec des enfants.
00:18:21Et ça n'est pas le cas.
00:18:22Qu'est-ce qu'il dit sur son emploi du temps, le jour de la disparition de Christelle ?
00:18:26Christelle, elle disparaît un jeudi.
00:18:29Il est allé au foyer de bois fleuri.
00:18:31Il raconte qu'il en est parti à 18h15, sur sa moto.
00:18:34Qu'il a croisé Christelle, qu'il revenait.
00:18:36Elle avait l'air pressée.
00:18:38Donc, il lui a proposé de la raccompagner.
00:18:39Elle a accepté de monter sur la moto.
00:18:41Il l'a déposée devant la grille du foyer.
00:18:43Sa phrase, c'est
00:18:44« Je l'ai vu rentrer en courant et j'ai démarré.
00:18:47Depuis, je ne l'ai plus revu. »
00:18:48Ensuite, il raconte qu'il est rentré chez lui
00:18:50et qu'il a passé la soirée à regarder la télévision.
00:18:53Et dans les jours qui suivent, parce que c'est important,
00:18:55le week-end, il s'occupe de son déménagement.
00:18:57Le lundi-mardi, il part dans sa maison du Lot.
00:18:59Et c'est très intéressant parce qu'à chaque fois,
00:19:01il a auprès de lui des personnes
00:19:03qui peuvent dire qu'il avait un comportement tout à fait normal.
00:19:07Jeudi 17 juin, 8 heures du matin,
00:19:10ça fait une semaine que Christelle a disparu.
00:19:13Marletta est en garde à vue depuis 15 heures maintenant.
00:19:16Et les policiers apprennent qu'on a retrouvé
00:19:18des restes humains dans le quartier du Merlan,
00:19:21au nord de Marseille.
00:19:23En ramassant des ordures près d'un supermarché,
00:19:25deux employés d'une entreprise de nettoyage
00:19:27ont découvert près d'un escalier menant au parking
00:19:30deux sacs poubelles mal ficelés.
00:19:32L'odeur est infecte.
00:19:35Lors de manipulations de sacs dans des poubelles,
00:19:38un sac s'est crevé,
00:19:39on a découvert des restes humains
00:19:41qui semblent des restes d'enfants.
00:19:43Nous partons évidemment tout de suite sur place
00:19:45essayer de voir ce qui se passe.
00:19:49On voit tout de suite une fille de race blanche,
00:19:51petite, jeune, en tout cas pubère,
00:19:54pas formée,
00:19:58qui a été mutilée de façon absolument atroce.
00:20:05Dans un sac, le tronc de la fillette.
00:20:08Dans l'autre, les jambes sectionnées au-dessus du genou.
00:20:13Le foyer du bois fleuri est à 10 kilomètres.
00:20:15Les policiers pensent tout de suite à Christelle.
00:20:20Apparemment, il n'y a pas d'autre disparition
00:20:22de signalé à la brigade des mineurs.
00:20:24Et donc, le rapprochement est vite fait.
00:20:27200 militaires sont immédiatement réquisitionnés
00:20:33pour fouiller les bennes alentours
00:20:35et la décharge publique.
00:20:38On cherche d'autres sacs
00:20:39qui pourraient contenir la tête
00:20:41et le reste du cadavre.
00:20:48L'autopsie du petit corps supplicié
00:20:50ne permet pas d'identifier formellement la victime,
00:20:53mais elle indique que c'est bien le corps d'une fillette
00:20:55entre 8 et 10 ans.
00:20:58Christelle avait 12 ans,
00:21:00mais elle faisait beaucoup plus jeune.
00:21:03Une gamine, morte par asphyxie.
00:21:06Vu l'état du cadavre,
00:21:07difficile de dater précisément la mort.
00:21:09Entre un jour et demi
00:21:11et quatre jours, selon les experts.
00:21:14Les morceaux de corps ont été découpés
00:21:16et désaussés
00:21:17comme par un spécialiste,
00:21:19un professionnel,
00:21:20un méticuleux.
00:21:21Les experts ajoutent
00:21:23que la victime aurait subi des sévices
00:21:25qui induiraient la thèse du viol
00:21:27par sodomie.
00:21:30En attendant,
00:21:32pour les journalistes marseillais,
00:21:34pas de doute,
00:21:36c'est le corps de Christelle
00:21:37qu'on a retrouvé.
00:21:39Bien entendu, depuis une semaine,
00:21:46nous parlons tous les jours
00:21:47dans la presse,
00:21:47dans le Méridional,
00:21:48dans le Provençal,
00:21:49dans la Marseillaise,
00:21:49nous parlons tous
00:21:51de la disparition de la petite fille
00:21:53et puis soudain,
00:21:54on découvre un trône de petite fille.
00:21:56Vous imaginez que tout de suite,
00:21:58la relation est faite
00:21:59et tout Marseille
00:22:01va être rapidement au courant.
00:22:02Et l'annonce de la mort de Christelle
00:22:07suscite beaucoup d'émotions
00:22:10dans la population.
00:22:11Il y a l'émotion,
00:22:19l'indignation,
00:22:20il y a beaucoup de choses
00:22:22qui se mêlent
00:22:23parce qu'on se dit,
00:22:26d'abord,
00:22:28l'horreur,
00:22:29c'est de penser
00:22:29que quelqu'un puisse découper
00:22:31une gamine en morceaux,
00:22:32c'est le comte de l'horreur.
00:22:35Le sentiment de Marseille
00:22:37à cette époque,
00:22:38si vous voulez,
00:22:38c'est une sensibilité très forte
00:22:41aux enlèvements d'enfants
00:22:43parce que Marseille a déjà vécu
00:22:44deux drames identiques
00:22:45avec l'assassinat
00:22:48de la petite Marie-Dolores Rambla,
00:22:49l'affaire Ranucci,
00:22:50puis,
00:22:51quelques années plus tard,
00:22:52l'assassinat
00:22:52de la petite Yvonne Poletto
00:22:53et si vous voulez,
00:22:56ce qui crée
00:22:56cette sorte d'hystérie médiatique
00:22:58et judiciaire,
00:23:01c'est le souvenir
00:23:01de ces affaires anciennes.
00:23:03Deux plaies encore ouvertes
00:23:04dans la mémoire collective marseillaise.
00:23:07Deux meurtres de petites filles
00:23:08suivies de deux condamnations à mort.
00:23:11Christian Ranucci
00:23:12a été exécuté en 1976.
00:23:18André Poletto
00:23:19a échappé à la mort
00:23:20grâce à l'abolition
00:23:21de la peine capitale.
00:23:23Poletto,
00:23:23assassin récidiviste,
00:23:25avait violé,
00:23:26tué
00:23:26et dépecé
00:23:27sa propre petite fille,
00:23:29Yvonne.
00:23:30Et maintenant,
00:23:33ce troisième meurtre
00:23:35horrible
00:23:36d'une petite fille.
00:23:41Marseille horrifiée
00:23:42se demande
00:23:43si elle n'est pas frappée
00:23:44d'un sort terrible
00:23:45qui l'a condamné
00:23:45à revivre
00:23:46les faits divers
00:23:47les plus tragiques.
00:23:49A la police judiciaire,
00:23:54la découverte du corps
00:23:55donne un nouvel élan
00:23:56à l'enquête.
00:23:58Chantal,
00:23:58la sœur de Christelle,
00:23:59est à nouveau convoquée
00:24:00à la brigade des mineurs.
00:24:03C'est un truc
00:24:07qui m'a marqué.
00:24:09Je suis moi-même jumeau
00:24:10et je tenais
00:24:12la petite gamine
00:24:13par la mienne
00:24:13et elle me disait
00:24:14tu vas me retrouver
00:24:15ma sœur
00:24:15et sachant
00:24:17que je l'avais retrouvée
00:24:19mais dans quel état
00:24:20et être obligé
00:24:21de dire oui
00:24:22et de sourire,
00:24:23c'est quelque chose
00:24:24qui marque.
00:24:25C'est une marque
00:24:25profondément
00:24:26et donc,
00:24:29oui,
00:24:30on n'est pas préparé
00:24:31à ça.
00:24:33Christian Marletta,
00:24:36toujours en garde à vue,
00:24:38continue de dire
00:24:38qu'il n'y est pour rien
00:24:39mais les policiers
00:24:42sont certains
00:24:43du contraire.
00:24:47Deux inspecteurs
00:24:47vont perquisitionner
00:24:48son appartement
00:24:49au cœur du Vieux-Marseille
00:24:50mais ils font chou blanc.
00:24:57Les interrogatoires reprennent
00:24:58Marletta reste
00:25:01imperturbables.
00:25:05On développe toujours
00:25:06les mêmes questions,
00:25:07les mêmes questionnements
00:25:08et pourquoi
00:25:09et où,
00:25:09etc.
00:25:10Et on est toujours
00:25:11devant cette personne
00:25:13qui reste
00:25:13comme son physique,
00:25:16très costaud
00:25:17dans ses réponses
00:25:19et qui lâche rien.
00:25:22donc plus on avance
00:25:26de la fin,
00:25:26plus on vacille
00:25:29sur nos certitudes
00:25:30aussi
00:25:30puisque
00:25:30une présomption
00:25:34de culpabilité
00:25:36ne vaut rien
00:25:36tant qu'il n'y a pas
00:25:37d'élément
00:25:38qui l'étaye.
00:25:41Au fil des interrogatoires,
00:25:43Christian Marletta
00:25:44raconte la même histoire.
00:25:46Il a croisé Christelle,
00:25:47il l'a ramenée
00:25:48à Boisfleury
00:25:48sur sa moto
00:25:49et rien d'autre.
00:25:53Deuxième nuit
00:25:53de garde à vue,
00:25:55rien de neuf.
00:25:58À l'aube
00:25:58du vendredi 18 juin,
00:26:00cela fait 38 heures
00:26:01qu'il subit
00:26:02le feu roulant
00:26:02des questions.
00:26:04Les policiers
00:26:04n'ont plus que 10 heures
00:26:05pour le faire craquer.
00:26:07On ne sait plus quoi faire
00:26:10et j'ai personnellement
00:26:13alors une idée,
00:26:15je ne sais pas
00:26:15si c'était la bonne
00:26:16au départ,
00:26:16j'en parle avec
00:26:17M. Genassia
00:26:18qui est d'accord,
00:26:20c'est de mettre
00:26:20cette personne,
00:26:22Christian Marletta,
00:26:24devant le cadavre.
00:26:26Devant le cadavre
00:26:26parce que je me dis
00:26:27s'il y est pour rien,
00:26:29il n'y aura pas
00:26:30la même réaction
00:26:31que s'il y a quelque chose
00:26:32qui s'est vraiment passé.
00:26:34Alors,
00:26:36à 7h30 du matin,
00:26:38l'inspecteur
00:26:39Marine Inki
00:26:39et un de ses collègues
00:26:40emmènent Christian Marletta
00:26:42en voiture
00:26:43direction la morgue.
00:26:45Et là,
00:26:46ils se font ouvrir
00:26:47l'armoire réfrigérée
00:26:48où sont conservés
00:26:50les morceaux
00:26:50du cadavre de Christelle.
00:26:52Je revends encore
00:26:53le petit corps
00:26:55sur la paillasse
00:26:57dans un sac en plastique
00:26:58et quand on ouvre
00:26:58le sac en plastique blanc,
00:27:00c'était horrible
00:27:02et là,
00:27:03Marletta
00:27:04a carrément
00:27:05changé de tête
00:27:06et a chancelé.
00:27:07On le tenait
00:27:07sinon il s'écroule.
00:27:09Et il a dit
00:27:10qu'est-ce que vous m'avez fait ?
00:27:12Qu'est-ce que c'est ?
00:27:13C'est pas bien
00:27:14ce que vous m'avez fait ?
00:27:15Et on lui a dit
00:27:16écoute,
00:27:16maintenant tu es devant
00:27:18quelque chose.
00:27:19Si c'est toi,
00:27:20maintenant il faut
00:27:20que tu nous le dises
00:27:21parce que regarde
00:27:22ce qui s'est passé,
00:27:23regarde ce que tu as fait.
00:27:25À partir de là,
00:27:27avec le collègue,
00:27:28nous nous sommes regardés
00:27:29et afin qu'ils ne changent pas
00:27:31d'idée,
00:27:32qu'ils ne réfléchissent pas
00:27:33à autre chose,
00:27:34nous l'avons pris
00:27:35et nous l'avons ramené
00:27:36directement sans un mot
00:27:37dans les locaux
00:27:39de l'évêché.
00:27:40Louis Bortolomei,
00:27:49vous êtes le premier substitut
00:27:51du procureur de Marseille.
00:27:52À l'époque,
00:27:53c'est vous qui allez diriger
00:27:54toute cette enquête.
00:27:55Ça vous paraît correct, ça ?
00:27:57De sortir un type de garde à vue
00:27:58au bout de 36 heures
00:28:00et de le mettre face à un cadavre
00:28:02sur le plan psychologique ?
00:28:04Ce n'est pas la torture
00:28:07la plus éprouvante.
00:28:09Il y en a eu d'autres.
00:28:13Je n'ai pas à intervenir
00:28:14sur les modalités,
00:28:17les façons dont les policiers
00:28:19obtiennent des aveux.
00:28:21Parce que voilà un type
00:28:23qui n'a pas dormi
00:28:24à qui on présente un cadavre.
00:28:25Enfin, n'importe lequel
00:28:26d'entre nous,
00:28:27peut-être pas vous
00:28:27parce que vous avez l'habitude,
00:28:28mais est très déstabilisé par ça.
00:28:31Pour moi,
00:28:31les violences policières
00:28:32sont surtout des violences
00:28:33physiques
00:28:34qui sont inadmissibles.
00:28:37Là, c'était
00:28:38une pression psychologique.
00:28:42Chacun gardera son jugement.
00:28:43Sur le chemin du retour,
00:28:47Marletta s'insurge.
00:28:48Vous êtes des pourris
00:28:49de m'avoir montré ça.
00:28:51Vous voulez me mettre ça
00:28:51sur le dos ?
00:28:55Avant un nouvel
00:28:57et sans doute
00:28:57dernier interrogatoire,
00:28:59les policiers,
00:28:59conscients que quelque chose
00:29:00s'est passé à la morgue,
00:29:02tentent un nouveau coup de poker.
00:29:06Il y a un inspecteur
00:29:07qui dit
00:29:07« Moi, je vais essayer
00:29:08un coup de bluff. »
00:29:10Un coup de bluff.
00:29:11Il va chercher le sac bleu
00:29:13dans lequel
00:29:13a été donc
00:29:16trouvé
00:29:17le corps de la petite,
00:29:19le tronc de la petite.
00:29:21Et il présente
00:29:22ce sac bleu
00:29:22à Marletta,
00:29:24mais sans rien dire.
00:29:25Il lui dit
00:29:25« Et ça ? »
00:29:27Et Marletta s'imagine
00:29:28que sur le sac,
00:29:30les policiers
00:29:31ont découvert
00:29:31ces empreintes à lui.
00:29:34Un sac plastique
00:29:35avec une inscription
00:29:36peu courante.
00:29:38On a souvent besoin
00:29:39d'une pince à clé
00:29:40chez soi.
00:29:43Et là,
00:29:44Christian Marletta
00:29:45reconnaît
00:29:46que ce sac lui appartient.
00:29:51On lui dit
00:29:52« Bon, maintenant,
00:29:55explique-toi »
00:29:55et puis
00:29:55c'est là
00:29:57qu'il s'explique
00:29:58sur les conditions
00:30:01dans lesquelles
00:30:02il a été amené
00:30:03à rencontrer
00:30:04et à tuer
00:30:07Christelle Bancourt.
00:30:16Christian Marletta
00:30:17vient d'avouer
00:30:19après presque
00:30:19deux jours
00:30:20de garde à vue.
00:30:21C'est lui
00:30:21qui a tué
00:30:21Christelle Bancourt.
00:30:22Ses aveux ne s'arrêtent pas là.
00:30:24Il raconte
00:30:24en détail
00:30:25comment ça s'est passé
00:30:26et ce qu'il a fait
00:30:27le 10 juin
00:30:28en fin d'après-midi.
00:30:30Marletta raconte
00:30:35que le 10 juin
00:30:36il quitte
00:30:37le foyer
00:30:37Boisfleury
00:30:38vers 18h15
00:30:39et croise
00:30:40Christelle
00:30:41qui rentre
00:30:42de l'école.
00:30:43Il la ramène
00:30:44sur sa moto.
00:30:46Mais ce qu'il
00:30:47n'avait pas encore
00:30:47dit au policier
00:30:48c'est qu'il repasse
00:30:49dans le quartier
00:30:50quelques minutes
00:30:50plus tard
00:30:51et qu'il la croise
00:30:52à nouveau
00:30:53alors qu'elle va
00:30:54chez le dentiste.
00:30:57Il lui propose
00:30:58de monter
00:30:59sur sa moto.
00:31:02Donc il l'a emmené
00:31:03sur sa moto
00:31:03ils ont fait
00:31:05un tour
00:31:05dans le quartier
00:31:06à un moment
00:31:07il est passé
00:31:09sur un
00:31:10sur un obstacle
00:31:11Christelle est tombée.
00:31:15Christelle
00:31:15est étourdie
00:31:16dans sa chute
00:31:17elle a mal au dos
00:31:18Marletta
00:31:20la ramène alors
00:31:21chez lui
00:31:22dit-il
00:31:22pour examiner
00:31:24ses blessures.
00:31:25Christelle
00:31:25est sonnée
00:31:26il l'assoit
00:31:27sur son lit
00:31:28elle le regarde
00:31:29bizarrement
00:31:30il est vrai
00:31:31qu'elle ne devrait
00:31:32pas être là
00:31:33c'est interdit
00:31:35par tous les règlements.
00:31:38Il a regardé
00:31:39elle parlait pas
00:31:40il a pris peur
00:31:41et il l'a serré
00:31:42il a serré son cou
00:31:43c'est ce qu'il dit
00:31:44je lui ai serré
00:31:47le cou
00:31:47elle est tombée
00:31:48au sol
00:31:48je me suis penché
00:31:50sur elle
00:31:50et j'ai constaté
00:31:52qu'elle ne respirait plus.
00:31:54Marletta doit maintenant
00:31:58se débarrasser du corps
00:31:59il la déshabille
00:32:01se saisit
00:32:02d'un grand couteau
00:32:03de cuisine
00:32:04et d'un hachoir
00:32:04et commence à découper
00:32:06le cadavre
00:32:07dans sa salle de bain
00:32:09il a dépecé
00:32:16il n'y a pas d'autre mot
00:32:17la gosse
00:32:18en l'emmenant
00:32:19dans la salle de bain
00:32:20et en découpant
00:32:21les os
00:32:21en tordant
00:32:23les os
00:32:24en tordant
00:32:24en coupant
00:32:25et puis après
00:32:26il a pris des sacs
00:32:27qui se trouvaient
00:32:28chez lui
00:32:28Marletta met
00:32:30les morceaux de corps
00:32:31dans les sacs
00:32:33il en prend deux
00:32:33et part en moto
00:32:35sans débarrasser
00:32:36dans un endroit isolé
00:32:37il fait encore jour
00:32:39Marletta raconte
00:32:42qu'à un moment donné
00:32:43il se trouve près
00:32:44du centre commercial
00:32:45dans le quartier du Merlan
00:32:46au nord de Marseille
00:32:47c'est là
00:32:48qu'il choisit
00:32:49le parking
00:32:50pour se débarrasser
00:32:51des sacs
00:32:52il les jette
00:32:52dans un escalier
00:32:53menant au sous-sol
00:32:55le sentiment
00:32:58qu'en la faisant
00:32:59disparaître
00:32:59tout disparaissait
00:33:00ça renvoie
00:33:01à la structure mentale
00:33:02quelqu'un
00:33:03qui est en fait
00:33:05sous son apparence
00:33:06robuste
00:33:07costaud
00:33:07excessivement fragile
00:33:08et qui pense
00:33:12que c'est comme
00:33:13son fantasme
00:33:13une fois que
00:33:14le fantasme
00:33:14est assouvi
00:33:15on passe à autre chose
00:33:16ça disparaît
00:33:16on enlève le corps
00:33:17personne n'en parlera plus
00:33:18Marletta raconte
00:33:21qu'ensuite
00:33:21il repasse chez lui
00:33:23il prend les autres sacs
00:33:25contenant les morceaux restants
00:33:26et se dirige toujours
00:33:27en moto
00:33:28vers la pointe rouge
00:33:29une plage
00:33:30au sud de la ville
00:33:31là
00:33:32au bout de la jetée
00:33:34il se débarrasse
00:33:35des derniers sacs
00:33:36en les jetant à la mer
00:33:37vendredi 18 juin
00:33:40il est 10 heures du matin
00:33:42quand Christian Marletta
00:33:44signe ses aveux
00:33:44la dernière phrase
00:33:46du procès verbal
00:33:47laisse perplexe
00:33:49j'explique mon geste
00:33:50par mon affolement
00:33:51je ne comprends pas
00:33:52d'ailleurs
00:33:53ce qui m'a pris
00:33:54Louis Bartholomei
00:34:06une fois que Marletta
00:34:08a avoué aux policiers
00:34:09vous décidez
00:34:11de le voir
00:34:12personnellement
00:34:13donc vous-même
00:34:13tout de suite
00:34:15et sur place
00:34:16à la brigade criminelle
00:34:16pourquoi ?
00:34:18compte tenu
00:34:18de la gravité
00:34:19des faits
00:34:20j'estimais
00:34:22qu'il était
00:34:22de mon devoir
00:34:23de monter en première ligne
00:34:24on ne peut pas laisser
00:34:25la police
00:34:25qui avait travaillé
00:34:26pendant 48 heures
00:34:27sans une double lecture
00:34:29du travail
00:34:29qu'ils avaient fait
00:34:30et puis il faut se souvenir
00:34:32également
00:34:32que Marseille
00:34:33était sous pression
00:34:34et il y avait
00:34:36un inconscient collectif
00:34:37très sensible
00:34:38à ce genre
00:34:39d'affaires
00:34:40et je ne voulais pas
00:34:42que dans ce contexte-là
00:34:44qu'on livre
00:34:45une fausse solution
00:34:46à un réel problème
00:34:48au fond
00:34:48vous souhaitiez
00:34:49qu'il avoue
00:34:50à nouveau
00:34:50devant vous
00:34:50souvent
00:34:52des aveux
00:34:53sont passés
00:34:53devant les services
00:34:54de police
00:34:54et ensuite
00:34:55il y a des rétractations
00:34:56qui s'en suivent
00:34:57je voulais donc vérifier
00:34:59le travail
00:35:00qui avait été fait
00:35:00dans la nuit
00:35:01et si on pouvait
00:35:02d'ores et déjà
00:35:03corroborer
00:35:03par des éléments objectifs
00:35:05est-ce qu'il vous
00:35:06paraît soulagé ?
00:35:07ni soulagé
00:35:11ni accablé
00:35:13comme quelqu'un
00:35:15qui va me parler
00:35:17d'une chose
00:35:18qui lui est presque extérieure
00:35:19c'est le sentiment
00:35:20que j'avais
00:35:21mais quand je lui ai demandé
00:35:23est-ce que vous accepteriez
00:35:24de m'accompagner
00:35:25donc à la pointe rouge
00:35:27où vous avez
00:35:28dites-vous
00:35:29jeté les autres morceaux
00:35:30du cadavre
00:35:31il m'a répondu
00:35:32spontanément
00:35:32oui
00:35:33comme libéré
00:35:36par ses aveux
00:35:37Christian Marletta
00:35:38semble vouloir
00:35:39collaborer pleinement
00:35:40avec la justice
00:35:41il emmène donc
00:35:43le procureur
00:35:44là où il s'est débarrassé
00:35:46des derniers morceaux
00:35:47du cadavre
00:35:48il accepte
00:35:50de nous conduire
00:35:50à la pointe rouge
00:35:53où il a jeté
00:35:55la deuxième partie
00:35:57de les vêtements
00:35:58et le reste
00:35:58du corps humain
00:35:59de Christelle
00:36:00mais sur place
00:36:05les policiers
00:36:07le procureur
00:36:07et les plongeurs
00:36:08ne sont pas seuls
00:36:09il y a eu des fuites
00:36:11et ils trouvent
00:36:12des journalistes
00:36:15il n'y a pas que des journalistes
00:36:20il y a
00:36:21il y a des badauds
00:36:22il y a des citoyens
00:36:23il y a des mères de famille
00:36:24il y a des pères de famille
00:36:25il y a tout Marseille
00:36:26on est là
00:36:28avec des bâtons
00:36:28à chercher nous aussi
00:36:29alors est-ce qu'on fait
00:36:30un rôle de policier
00:36:31ou un rôle de papa
00:36:32de maman
00:36:32je ne sais pas
00:36:33les policiers
00:36:40fouillent entre les rochers
00:36:41les plongeurs
00:36:43scrutent soigneusement
00:36:45les fonds
00:36:45près de la jetée
00:36:46mais à la fin
00:36:56de la matinée
00:36:57il faut se résigner
00:36:58on n'a rien trouvé
00:37:00à la pointe rouge
00:37:01alors monsieur Bartholomy
00:37:03on ne retrouve pas
00:37:04les restes
00:37:05à la pointe rouge
00:37:06ça vous fait douter
00:37:07je suis retombé
00:37:10à ce moment là
00:37:11sur l'interrogation
00:37:12est-ce que je n'ai pas
00:37:13à faire en face de moi
00:37:14un mythomane
00:37:14et immédiatement
00:37:16au bout d'une heure
00:37:17ou deux
00:37:18ne retrouvant rien
00:37:19j'ai ordonné
00:37:22qu'on le ramène
00:37:22à l'hôtel de police
00:37:23je me suis enfermé
00:37:25à nouveau avec lui
00:37:26seul à seul
00:37:27nous avons rediscuté
00:37:29et je lui ai demandé
00:37:32est-ce que vous accepteriez
00:37:33de m'emmener
00:37:35là où on a découvert
00:37:36le tronc
00:37:37de la petite Christelle
00:37:40il dit oui
00:37:41oui
00:37:41mais il dit oui
00:37:43ce qui en quelque sorte
00:37:44est une manière
00:37:44de corroborer ses aveux
00:37:46de les concrétiser
00:37:48ce qui est encore plus important
00:37:49c'est pas qu'il dise oui
00:37:50pour corroborer ses aveux
00:37:52c'est la façon
00:37:53dont il me conduit
00:37:54personnellement
00:37:55donc cette fois-ci
00:37:57au supermarché
00:37:58du Merlan
00:37:59qui est un quartier
00:37:59nord de Marseille
00:38:01quand on arrive
00:38:03à proximité
00:38:04je le fais descendre
00:38:05de la voiture
00:38:06j'ordonne
00:38:07qu'on le désentrave
00:38:09et
00:38:10le policier
00:38:12et moi-même
00:38:13nous restons
00:38:14à un mètre
00:38:14derrière lui
00:38:15et c'est
00:38:16Marletta
00:38:17qui
00:38:18d'un pas
00:38:19claudique un tout petit peu
00:38:20nous conduit
00:38:22devant
00:38:23l'escalier
00:38:26où on avait retrouvé
00:38:27une semaine auparavant
00:38:28le cadavre
00:38:30de Christelle
00:38:30il faut que vous sachiez
00:38:31ça me paraît important
00:38:32que le parking
00:38:34du Merlan
00:38:34supermarché du Merlan
00:38:36c'est un immense parking
00:38:37où il y a
00:38:39trois ou quatre
00:38:41trois escaliers
00:38:42séparés
00:38:43de plusieurs
00:38:43cinquantaines de mètres
00:38:45et lui va directement
00:38:46au bon
00:38:46et lui
00:38:47dès qu'il sort de la voiture
00:38:48il se dirige
00:38:49vers le bon escalier
00:38:50il n'a pas pu lire
00:38:51dans la presse
00:38:52quel était le bon escalier
00:38:55au moment de la découverte du corps
00:38:56non
00:38:56non
00:38:57en fin d'après-midi
00:39:03ce vendredi 18 juin 1982
00:39:06huit jours après
00:39:07la disparition de Christelle
00:39:08Christian Marletta
00:39:09est déféré
00:39:10devant le juge d'instruction
00:39:11et une fois de plus
00:39:12il réitère ses aveux
00:39:14le juge d'instruction
00:39:15l'inculpe donc
00:39:16pour l'assassinat de Christelle
00:39:17il est écroué
00:39:18en fin de journée
00:39:19à la prison des Beaumettes
00:39:20le lendemain des aveux
00:39:23la presse marseillaise
00:39:25se déchaîne contre Marletta
00:39:26décrit comme un monstre froid
00:39:29un dépeceur de petite fille
00:39:30même son physique
00:39:32joue contre lui
00:39:33sa barbe noire touffue
00:39:36sa démarche claudiquante
00:39:38tout Marseille crie à mort
00:39:41c'est le cri unanime
00:39:44mais unanime
00:39:45quelle que soit la conviction politique
00:39:46des uns ou des autres
00:39:47les Marseillais
00:39:48où que vous alliez
00:39:50vous aviez les pêcheurs
00:39:53qui parlaient de l'affaire Marletta
00:39:55vous aviez les marchands
00:39:57de poissons sur le quai
00:39:59qui parlaient de l'affaire Marletta
00:40:00alors elle dit
00:40:02tu as vu ce salaud
00:40:03enfin etc
00:40:04tu as vu ce qu'il a fait
00:40:05à la gamine
00:40:05des trucs comme ça
00:40:06la presse attise les passions
00:40:09elle donne la parole
00:40:11au nostalgique
00:40:12de la peine de mort
00:40:12certains en appellent
00:40:15au lynchage
00:40:17l'ancien éducateur de Christelle
00:40:22est jugé et condamné
00:40:23par avance
00:40:24au baumette
00:40:27Christian Marletta
00:40:29est placé à l'isolement
00:40:30en prison
00:40:32il ne fait pas bon
00:40:33être tueur d'enfants
00:40:34Dominique Rizet
00:40:37quelques jours après son incarcération
00:40:39Christian Marletta
00:40:40va être vu par des psychologues
00:40:42et là il va
00:40:43revenir sur ses déclarations
00:40:45oui Christophe
00:40:45il va être vu en tout
00:40:47cinq fois par différents experts
00:40:49on se souvient qu'il a avoué
00:40:51devant les policiers
00:40:52devant le procureur de la république
00:40:54et devant le juge d'instruction
00:40:55d'accord
00:40:56premier entretien avec un expert
00:40:58coup de théâtre
00:40:59Marletta revient sur ses aveux
00:41:01et dit
00:41:02les policiers se sont trompés
00:41:04ils changent radicalement de position
00:41:06il dit j'ai été inculpé
00:41:08sur la foi de coïncidence
00:41:10d'accord
00:41:11et là l'expert note
00:41:13qu'à ce moment là
00:41:14Marletta présente
00:41:17une attitude étonnamment détendue
00:41:19à la limite de la jovialité
00:41:21deuxième entretien
00:41:23avec un expert
00:41:24il maintient cette déclaration
00:41:26il n'a pas tué Christelle
00:41:28nouveau revirement
00:41:29au cours du troisième entretien
00:41:31là il dit
00:41:32ok
00:41:33j'ai enlevé
00:41:34j'ai tué Christelle
00:41:35mais il nie le viol
00:41:37et
00:41:37il s'effondre en pleurs
00:41:39un court instant
00:41:40et il dit
00:41:42ce qui m'inquiète
00:41:42c'est que je n'ai pas de remords
00:41:43quatrième entretien
00:41:45cinquième entretien
00:41:46il reste sur cette position
00:41:48il a tué Christelle
00:41:49mais il ne l'a pas violée
00:41:50dans ces deux derniers entretiens
00:41:52il donne toujours cette version
00:41:54donc il l'a tué
00:41:56mais il est inquiet
00:41:57parce qu'il n'éprouve
00:41:58toujours pas de remords
00:41:59c'est un peu comme s'il avait
00:42:01évacué
00:42:02complètement de son esprit
00:42:03le meurtre
00:42:05de la petite fille
00:42:06et
00:42:07le soir même
00:42:08donc il raconte
00:42:09quand il est rentré chez lui
00:42:10je m'en souviens bien
00:42:12j'étais bien
00:42:12j'avais comme oublié
00:42:13j'ai même regardé
00:42:14les variétés à la télé
00:42:16les trois jours
00:42:18qui ont suivi
00:42:18pareil
00:42:18j'étais normal
00:42:19heureux
00:42:20comme si de rien n'était
00:42:21et puis il y a
00:42:22cette dernière phrase
00:42:23à son psy
00:42:25je crois que quand je l'ai découpé
00:42:27c'est un automatisme
00:42:28qui est revenu
00:42:29comme quand je travaillais
00:42:30en cuisine
00:42:31les policiers
00:42:36et le juge d'instruction
00:42:37sont convaincus
00:42:38de la culpabilité
00:42:38de Marletta
00:42:39mais ce qui leur manque
00:42:40ce sont des preuves
00:42:41matérielles
00:42:42une nouvelle perquisition
00:42:45est menée dans son appartement
00:42:46de la rue des abeilles
00:42:47les policiers
00:42:49y découvrent
00:42:50des manuels d'anatomie
00:42:51et des sacs poubelles
00:42:53identiques
00:42:53à ceux qui contenaient
00:42:54les restes de Christelle
00:42:55il cherche aussi
00:42:58des traces
00:42:58dans la salle de bain
00:42:59on essaye de rechercher
00:43:01des traces
00:43:02de résidus humains
00:43:02on démonte les siphons
00:43:03alors celui de la douche
00:43:04est très très très propre
00:43:05comme si
00:43:06il avait été
00:43:07abondamment rincé
00:43:09par contre
00:43:10dans le lavabo
00:43:11le siphon du lavabo
00:43:11lui est tout à fait
00:43:13comme habituellement
00:43:14on les trouve
00:43:15c'est à dire
00:43:16avec des cheveux
00:43:16avec des restes
00:43:17tout à fait logique
00:43:19la salle de bain
00:43:21est tellement propre
00:43:22que ça en est suspect
00:43:23mais ça ne fait pas
00:43:25une preuve
00:43:26il n'y a pas
00:43:27de traces de sang
00:43:28on a juste retrouvé
00:43:30un petit lambeau
00:43:31de peau
00:43:32dans l'aspérité
00:43:33du siphon
00:43:34de la douche
00:43:34mais à l'époque
00:43:36pas d'ADN
00:43:37impossible de dire
00:43:39s'il appartient
00:43:39à Christelle
00:43:40certes
00:43:43dans la maison
00:43:43que Marletta
00:43:44possède à Cahors
00:43:45on trouve des couteaux
00:43:46des couteaux
00:43:47étrangement usés
00:43:48mais dessus
00:43:50aucune trace
00:43:51de sang humain
00:43:52la seule preuve
00:43:58dont il dispose
00:43:59est mince
00:44:00Marletta est sans doute
00:44:02allée à la pointe rouge
00:44:03en moto
00:44:04on a pu faire
00:44:07des prélèvements
00:44:07sur les roues
00:44:08et sur les garde-bouts
00:44:09de sa moto
00:44:10qui ont révélé
00:44:11que c'était un sable
00:44:12identique à celui
00:44:13qui venait de là
00:44:13c'était quand même
00:44:14aussi
00:44:15ça venait
00:44:15c'est pas déterminant
00:44:17mais ça contribue
00:44:18à ajouter
00:44:19à cumuler
00:44:20un peu les preuves
00:44:20au total
00:44:23les policiers
00:44:24pointent une dizaine
00:44:25d'éléments matériels
00:44:26qui collent
00:44:27avec les aveux
00:44:28délivrés par Marletta
00:44:29disons que c'est un peu
00:44:31léger
00:44:32monsieur Bartholomei
00:44:35au fond
00:44:36dans ce dossier
00:44:37il y a quand même
00:44:37quelque chose
00:44:38qui est assez constant
00:44:38c'est qu'on manque
00:44:39de preuves matérielles
00:44:40vous en convenez de ça ?
00:44:43preuves matérielles
00:44:44on a le cadavre
00:44:45qui a été découpé
00:44:47désossé
00:44:49d'une certaine façon
00:44:51c'est lui
00:44:52qui nous l'indique
00:44:53il n'a pas assisté
00:44:54à l'autopsie
00:44:55et puis
00:44:58quand on a
00:44:59tous les éléments
00:45:00du cadavre réunis
00:45:01les médecins légistes
00:45:02confirment
00:45:04que le cadavre
00:45:05a été désossé
00:45:06tel que
00:45:07lui il l'a décrit
00:45:08donc si vous appelez ça
00:45:09une absence
00:45:10d'éléments matériels
00:45:11à qu'il n'y ait pas eu
00:45:15de témoins
00:45:15au moment où il a
00:45:16désossé le cadavre
00:45:17il n'y a pas de témoins
00:45:18du tout dans cette affaire
00:45:19oui mais vous avez
00:45:20souvent des témoins
00:45:20quand on assassine quelqu'un
00:45:22mais il n'y a pas non plus
00:45:23de témoins
00:45:24qui l'ont vu précisément
00:45:25à tel endroit
00:45:25avec la fillette
00:45:26l'emmener de tel endroit
00:45:26à tel autre
00:45:27il n'y a personne
00:45:28qui l'a croisé
00:45:29sur le chemin du dentiste
00:45:30sa présence
00:45:32le jour de l'enlèvement
00:45:34de la disparition
00:45:35de la petite Christelle
00:45:36est attesté
00:45:37par de multiples témoins
00:45:39mais personne ne l'a vu
00:45:40avec l'enfant
00:45:41personne ne l'a vu
00:45:42avec l'enfant
00:45:42personne ne l'a vu
00:45:43jeter les sacs poubelles
00:45:44personne ne l'a vu
00:45:45avec les sacs poubelles
00:45:46oui bien sûr
00:45:47c'est faible
00:45:48c'est une faiblesse
00:45:49pour le dossier ça
00:45:49quand même non ?
00:45:50ou pas ?
00:45:51si vous vous annulez
00:45:55ces affeux
00:45:56réitérés devant la police
00:45:58devant le magistrat
00:45:59du parquet
00:45:59devant les 4 psychiatres
00:46:01experts
00:46:02si vous m'enlevez
00:46:04les 14 points
00:46:06de correspondance
00:46:07entre ces déclarations
00:46:09et les correspondances
00:46:10objectives
00:46:10si vous m'enlevez
00:46:11tout ça
00:46:12effectivement
00:46:12je n'ai plus rien
00:46:13mais
00:46:15par un tour de magie
00:46:16vous me faites disparaître
00:46:18tout le dossier
00:46:19dans les failles du dossier
00:46:22il y a le fait
00:46:23qu'il ne reconnaît pas
00:46:24le viol de l'enfant
00:46:25or
00:46:26le viol offre un mobile
00:46:28le mobile est de violer
00:46:31l'enfant
00:46:31et puis de la tuer
00:46:33pour ne pas qu'elle parle
00:46:35s'il ne reconnaît pas
00:46:36le viol
00:46:37alors au fond
00:46:38il ne reconnaît pas
00:46:38le mobile
00:46:39c'est une faiblesse ça non ?
00:46:40pas du tout
00:46:41professionnellement parlant
00:46:43il m'est arrivé
00:46:44de rencontrer
00:46:45donc des accusés
00:46:47qui même en cours d'assise
00:46:48donc avouaient
00:46:49avoir étranglé
00:46:51de façon horrible
00:46:52une jeune victime
00:46:54sans se rendre compte
00:46:56de l'horreur
00:46:57de leur déclaration
00:46:58et qui maintenaient
00:47:00mordicus
00:47:00à avoir jamais
00:47:02donc commis
00:47:03un sévice sexuel
00:47:04là il y a un mécanisme
00:47:06qui s'appelle
00:47:07que les psychiatres
00:47:07expliqueront mieux que moi
00:47:09qui s'appelle
00:47:10le déni de réalité
00:47:11c'est quelque chose
00:47:13de classique pour moi
00:47:14de devoir nier
00:47:15le sévice sexuel
00:47:16les premières semaines
00:47:19de prison
00:47:19sont difficiles
00:47:20pour Christian Marletta
00:47:21soumis à l'isolement
00:47:23sans droit de visite
00:47:24il exprime
00:47:26des idées suicidaires
00:47:27il désigne deux avocats
00:47:29dont maître voulant
00:47:30qui accepte de le défendre
00:47:33et pense sans doute
00:47:34qu'il lui faudra plaider
00:47:35les circonstances atténuantes
00:47:37mais dès le premier rendez-vous
00:47:40surprise
00:47:41au moment où je prends ce dossier
00:47:44je pense que
00:47:46puisqu'il a passé des aveux
00:47:49nous allons devoir
00:47:51travailler
00:47:52sur de la psychiatrie
00:47:54de la psychologie
00:47:56expliquer un passage à l'acte
00:47:58essayer d'ouvrir ce crâne
00:48:02et savoir pourquoi
00:48:03et en fait très rapidement
00:48:05et en tout cas devant moi
00:48:07Christian Marletta
00:48:10dit qu'il est innocent
00:48:12et que ce n'est pas lui
00:48:15et qu'il n'a pas fait ça
00:48:16pas de chance
00:48:18dix jours après ses aveux
00:48:20on retrouve un bras gauche
00:48:22et une jambe d'enfant
00:48:23près de la digue
00:48:25de la pointe rouge
00:48:25puis deux autres membres
00:48:27une semaine plus tard
00:48:28pratiquement au même endroit
00:48:31le feuilleton macabre
00:48:35s'achève le 11 juillet
00:48:36un plongeur découvre
00:48:38sur le fond rocheux
00:48:39à une vingtaine de mètres
00:48:41de la plage
00:48:41une tête humaine
00:48:43sans la mâchoire inférieure
00:48:44cette fois
00:48:47l'examen de la dentition
00:48:49permet une identification formelle
00:48:51c'est bien Christelle
00:48:53et c'est là
00:48:57que Marletta se rétracte
00:48:59devant le juge d'instruction
00:49:00on se rappelle qu'il s'était
00:49:01rétracté devant le psychologue
00:49:03puis devant son avocat
00:49:04mais là
00:49:04il le fait officiellement
00:49:06sur procès verbal
00:49:06il n'a pas assassiné
00:49:08la petite Christelle
00:49:09il a juste fait
00:49:10le sale boulot
00:49:11il raconte
00:49:14qu'il a trouvé le cadavre
00:49:16de la fillette
00:49:16chez lui
00:49:17dans le couloir
00:49:18le soir de son retour du lot
00:49:20où il avait passé
00:49:21trois jours
00:49:21pour son déménagement
00:49:22il est revenu à Marseille
00:49:24le mardi 15 juin
00:49:25dans la soirée
00:49:26la veille
00:49:27de sa convocation
00:49:28chez les policiers
00:49:29je me suis affolé
00:49:31j'ai pas pensé
00:49:32à prévenir la police
00:49:33c'est là que j'ai pensé
00:49:34à la découper
00:49:35il fallait que je m'en débarrasse
00:49:37comme toujours
00:49:38les journalistes apprennent vite
00:49:39la nouvelle
00:49:40et en font leur gros titre
00:49:42il dit que c'est pas vrai
00:49:44alors qu'il a donné des détails
00:49:46que lui seul connaissait
00:49:47comment un gars
00:49:48qui se vide comme ça
00:49:50du jour au lendemain
00:49:50qui veut se donner
00:49:52bonne conscience
00:49:52dit
00:49:54non c'est pas moi
00:49:55j'ai été frappé
00:49:57j'ai été ceci
00:49:57je veux dire
00:49:59il en a rajouté
00:50:01à l'horreur
00:50:02revenir sur ses aveux
00:50:03c'était presque aussi grave
00:50:05que son crime
00:50:05Marletta
00:50:08confirme
00:50:09et va plus loin
00:50:0910 jours plus tard
00:50:11le 15 juillet
00:50:11il écrit au juge d'instruction
00:50:13pour cette fois
00:50:14se rétracter
00:50:15totalement
00:50:16il n'a pas tué Christelle
00:50:18mais il n'a pas non plus
00:50:19dépecé son cadavre
00:50:20contrairement
00:50:21à ce qu'il disait
00:50:2210 jours avant
00:50:22il aurait trouvé
00:50:24derrière sa moto
00:50:25des restes humains
00:50:26qu'il a ensuite jetés
00:50:27dans le parking
00:50:27du supermarché
00:50:28du Merlan
00:50:29j'ai pensé prévenir
00:50:31la police
00:50:31mais comme je n'ai pas
00:50:32confiance en elle
00:50:33je ne l'ai pas fait
00:50:34alors quel Marletta croire
00:50:37celui qui plaide coupable
00:50:39à moitié coupable
00:50:40ou celui qui se dit
00:50:41aujourd'hui innocent
00:50:43une erreur judiciaire
00:50:45est souvent
00:50:47provoquée
00:50:49en partie
00:50:51quelquefois
00:50:52en très grande partie
00:50:53par la faute
00:50:54de l'accusé lui-même
00:50:56et
00:50:58il est bien évident
00:51:00que
00:51:00Marletta
00:51:03innocent
00:51:03n'a pas eu
00:51:06le comportement
00:51:08de
00:51:09ce qu'on croit être
00:51:11monsieur tout le monde
00:51:12innocent
00:51:12Marletta écrit
00:51:16qu'il est innocent
00:51:17mais ça n'émeut pas
00:51:18beaucoup le juge
00:51:19qui ne le convoque
00:51:20que 4 mois plus tard
00:51:21pour recueillir
00:51:22sa rétractation
00:51:23et surtout
00:51:24pour l'inculper
00:51:26officiellement
00:51:26du viol
00:51:28de Christelle
00:51:29monsieur Bartholomeï
00:51:37lorsque Marletta
00:51:38se rétracte
00:51:39vous êtes
00:51:40troublé par
00:51:41ces rétractations
00:51:42ou pas du tout
00:51:42pas du tout
00:51:44pas du tout
00:51:45parce que
00:51:45j'avais donné
00:51:46des ordres
00:51:47précis à la maison
00:51:48d'arrêt
00:51:48pour que
00:51:50il soit surveillé
00:51:52au niveau
00:51:52de sa sécurité
00:51:53parce que
00:51:54devant une chose
00:51:55pareille
00:51:55l'être humain
00:51:56il a deux options
00:51:59ou il se suicide
00:52:00ou il se rétracte
00:52:02c'est-à-dire
00:52:03il n'est pas possible
00:52:04pour un détenu
00:52:04d'assumer ça
00:52:05face aux autres détenus
00:52:05c'est ça que vous nous dites
00:52:06il n'était pas possible
00:52:07d'assumer ça
00:52:08devant les autres détenus
00:52:08parce qu'effectivement
00:52:09ils ont une vie
00:52:11assez difficile
00:52:12par rapport aux autres détenus
00:52:13mais par rapport
00:52:14à lui-même
00:52:15la dénégation judiciaire
00:52:17au fond
00:52:17n'est que la traduction
00:52:19de ce qu'on appelle
00:52:19le déni de réalité
00:52:20là aussi
00:52:22ces rétractations
00:52:23je les attendais
00:52:24j'attendais même
00:52:25son suicide
00:52:26pour ça que j'avais donné
00:52:26des instructions
00:52:27très précises
00:52:27pour qu'on double
00:52:29quand même
00:52:30la surveillance
00:52:30de Marletta
00:52:32pendant l'enquête
00:52:34maître
00:52:35Anne Disler
00:52:36vient rejoindre
00:52:37la défense
00:52:37de Marletta
00:52:38qui est désormais
00:52:39arc-bouté
00:52:40sur son innocence
00:52:41quand il a été entendu
00:52:43par le magistrat
00:52:44instructeur
00:52:44il est immédiatement
00:52:46revenu
00:52:46sur ses déclarations
00:52:47mais c'était
00:52:49trop tard
00:52:49c'était trop tard
00:52:50et en droit français
00:52:53enfin je veux dire
00:52:53surtout
00:52:54en jurisprudence française
00:52:55l'aveu
00:52:56c'est un peu
00:52:57la reine des preuves
00:52:58et à partir
00:52:59d'un aveu
00:53:00il est très très difficile
00:53:01de remonter le courant
00:53:03et le fil d'un dossier
00:53:04en octobre 83
00:53:07cela fait un peu
00:53:08plus d'un an
00:53:09que Christian Marletta
00:53:10est en prison
00:53:11lors d'une nouvelle
00:53:13expertise psychiatrique
00:53:14il apporte
00:53:14une touche finale
00:53:15à sa version des faits
00:53:17il explique maintenant
00:53:18qu'un coup de téléphone
00:53:19anonyme
00:53:20est à l'origine
00:53:20de tous ses problèmes
00:53:21un appel reçu
00:53:23à son domicile marseillais
00:53:24le lendemain matin
00:53:25de son retour de Cahors
00:53:27une menace
00:53:30un coup de fil anonyme
00:53:31qui lui a dit
00:53:31si vous ne vous débarrassez pas
00:53:34de ce qui est contenu
00:53:36dans un sac
00:53:37sur votre moto
00:53:38votre femme
00:53:40et votre fille
00:53:41seront de graves ennuis
00:53:42Marletta dit avoir
00:53:44pris cette menace au sérieux
00:53:46il a eu peur
00:53:46pour sa femme
00:53:47et son fils
00:53:48il a donc décidé
00:53:49de se débarrasser
00:53:50de cet encombre en colis
00:53:51sans avertir la police
00:53:53puisqu'il n'avait pas
00:53:54confiance en elle
00:53:55il part avec les sacs
00:53:58décide au hasard
00:53:59de les jeter
00:54:00sur un parking
00:54:01de supermarché
00:54:01avant d'aller
00:54:02à la pointe rouge
00:54:03pour dit-il
00:54:04réfléchir à ce qui
00:54:05venait de lui arriver
00:54:07s'il a ensuite
00:54:09avoué le crime
00:54:10c'est parce qu'il
00:54:11n'en pouvait plus
00:54:12de sa garde à vue
00:54:13les avocats
00:54:16de Christian Marletta
00:54:17savent que leur client
00:54:18a tout contre lui
00:54:19et pourtant
00:54:20à partir de ce moment là
00:54:21convaincus
00:54:21que leur client
00:54:22est innocent
00:54:22ils vont exploiter
00:54:23toutes les zones d'ombre
00:54:24de ce dossier
00:54:25les avocats
00:54:27de Marletta
00:54:28veulent démontrer
00:54:29que le dossier
00:54:29est bourré d'incohérences
00:54:31notamment dans
00:54:32la chronologie des faits
00:54:34il y a des choses
00:54:34qui ne collent pas
00:54:35le juge
00:54:37n'a pas organisé
00:54:39de reconstitution
00:54:40les trajets
00:54:42les alibis
00:54:42les horaires
00:54:43les déplacements
00:54:44de chacun
00:54:44tout ça reste flou
00:54:46et ce qui est troublant
00:54:48c'est que de bout en bout
00:54:51il n'y a pas de témoin
00:54:53je veux dire
00:54:57c'est quelque chose
00:54:58assez extraordinaire
00:55:00personne n'a rien entendu
00:55:01personne n'a rien vu
00:55:02personne n'a vu Marletta
00:55:04avec cette gamine
00:55:05sur sa moto
00:55:06cette gamine
00:55:07sans casque
00:55:08et aucun témoin
00:55:10non plus
00:55:11parmi les voisins
00:55:12de Marletta
00:55:13étonnant que dans
00:55:15ce vieil immeuble
00:55:15cloison fine
00:55:16en plein jour
00:55:17personne n'ait rien entendu
00:55:19de ce qui se déroulait
00:55:20chez lui
00:55:21personne ne l'a vu
00:55:22pas de cri
00:55:23rien
00:55:25les analyses
00:55:26ne nous donnent pas
00:55:28la certitude
00:55:28que sur les couteaux
00:55:30retrouvés chez Marletta
00:55:31ce soit du sang humain
00:55:32aucune reconstitution
00:55:34non plus
00:55:35n'est organisée
00:55:36dans l'appartement
00:55:37de Marletta
00:55:38notamment pour voir
00:55:39s'il est possible
00:55:39de transformer
00:55:40cette minuscule salle de bain
00:55:41d'un mètre trente
00:55:43sur un mètre trente
00:55:44en abattoir
00:55:45d'autant qu'on a trouvé
00:55:46aucune trace de sang
00:55:48ni sur les sols
00:55:49ni sur les murs
00:55:50pas même dans les jointures
00:55:52poreuses du carrelage
00:55:53alors qu'en principe
00:55:54la découpe d'un cadavre
00:55:56entraîne
00:55:57des projections
00:55:58Marletta avait avoué
00:56:03elle s'était cousue
00:56:04de fil rouge
00:56:05il y avait
00:56:05le rapport d'autopsie
00:56:07dans ce dossier
00:56:08le rapport d'expertise
00:56:09psychologique
00:56:11et psychiatrique
00:56:12de Marletta
00:56:12point barre
00:56:13le rapport d'autopsie
00:56:17justement
00:56:18il offre un argument
00:56:19à la défense
00:56:20avec les réserves d'usage
00:56:22le médecin établit
00:56:23que la mort
00:56:24se situe dans une période
00:56:25qui va de 36 heures
00:56:26à 4 jours
00:56:28on a retrouvé
00:56:29le tronc de Christelle
00:56:30le 17 juin
00:56:31cela signifierait
00:56:33qu'elle a donc été étranglée
00:56:34le 13 juin au plus tôt
00:56:36le 15 au plus tard
00:56:38et ça
00:56:41ça voudrait dire
00:56:43que Marletta
00:56:43n'est pas l'assassin
00:56:44du 13 au 15
00:56:46il est dans le lot
00:56:47pour emménager
00:56:48dans sa nouvelle maison
00:56:49et beaucoup de monde l'a vu
00:56:50son père
00:56:51qui l'accompagne
00:56:51bien sûr
00:56:52mais aussi le notaire
00:56:53l'agent immobilier
00:56:55des villageois
00:56:56si
00:56:59elle est morte
00:57:01le 10
00:57:02ça peut
00:57:03être Marletta
00:57:04si elle est morte
00:57:06le 13
00:57:06ça ne peut plus
00:57:07être Marletta
00:57:08donc
00:57:09il y avait là
00:57:11sur des points
00:57:14très forts
00:57:15des zones
00:57:17de doute
00:57:18intenses
00:57:20enfin reste à résoudre
00:57:23un mystère
00:57:24celui de la pointe rouge
00:57:25le vendredi 18 juin
00:57:27quelques heures
00:57:28après ses aveux
00:57:28Christian Marletta
00:57:30emmène magistrats
00:57:31et policiers
00:57:31sur le lieu
00:57:32où il dit avoir jeté
00:57:33le reste des morceaux
00:57:34de cadavres
00:57:36et à ce moment là
00:57:39on ne trouve rien
00:57:41on ne découvre rien
00:57:42il n'y a rien
00:57:44et dans cet instant là
00:57:46je ne crois pas
00:57:47que Marletta
00:57:48soit une espèce
00:57:49de Machiavel
00:57:50qui monte un coup
00:57:51à décharge
00:57:52on va dire
00:57:53je crois pas
00:57:55et je crois
00:57:56qu'il est dans le
00:57:57n'importe quoi
00:57:59à ce moment là
00:58:01mais le problème
00:58:04pour Marletta
00:58:05c'est que c'est là
00:58:06à la pointe rouge
00:58:07qu'on va retrouver
00:58:08les morceaux manquants
00:58:09pour l'accusation
00:58:10comme pour l'opinion
00:58:11l'explication
00:58:13est assez simple
00:58:15les sacs ont été cachés
00:58:18dans des infractuosités
00:58:21de rochers
00:58:21bon
00:58:21ils vont se disperser
00:58:23ils vont aller au large
00:58:24ils vont revenir
00:58:24je pense que
00:58:25la découverte
00:58:26du reste du cadavre
00:58:29est liée
00:58:30à la mer
00:58:31au mouvement de la mer
00:58:33au ressac
00:58:34permanent
00:58:35vous voyez
00:58:36pour les avocats
00:58:39de Christian Marletta
00:58:40ça ne tient pas
00:58:41et il pose une question
00:58:43n'est-il pas curieux
00:58:44que les parties du corps
00:58:45s'échouent là
00:58:46à intervalles réguliers
00:58:48chaque week-end
00:58:49pile à l'endroit
00:58:50désigné par Marletta
00:58:51on va nous soutenir
00:58:57que si vous jetez
00:58:59un objet à la pointe rouge
00:59:00le lundi
00:59:01que les courants
00:59:03l'emportent
00:59:03en direction du Frioul
00:59:05et bien le lundi d'après
00:59:06vous pouvez le retrouver
00:59:08au même endroit
00:59:08on va nous soutenir ça
00:59:10la rade a été draguée
00:59:11on aurait dû retrouver
00:59:13des bouts de corps
00:59:15qui sont arrivés
00:59:16une semaine après
00:59:18et même
00:59:18pour le dernier morceau
00:59:20trois semaines après
00:59:21alors que Marletta
00:59:23est à la prison
00:59:24c'est
00:59:25c'est plus que troublant
00:59:27et c'est vrai
00:59:29que ça fait rire
00:59:30lorsqu'on plaide le complot
00:59:31mais on se posait
00:59:33la question
00:59:33de savoir
00:59:34si Marletta
00:59:35n'était pas victime
00:59:37d'un fou furieux
00:59:38qui venait là
00:59:40tous les huit jours
00:59:42à l'endroit
00:59:44qu'avait montré
00:59:45la presse
00:59:46les photos
00:59:46photos assez
00:59:47en plan large
00:59:48à la une de la Provence
00:59:51parfaitement repérable
00:59:52pour n'importe quel
00:59:53marseillais
00:59:54et s'il n'y avait pas
00:59:55une espèce
00:59:55de fou furieux
00:59:57qui venait là
00:59:58apporter
01:00:00apporter
01:00:01et apporter
01:00:02Jacqueline Anglade
01:00:03au moment des faits
01:00:06vous n'êtes plus directrice
01:00:07du foyer de bois fleuris
01:00:08vous êtes en vacances
01:00:09par ailleurs
01:00:10et pourtant
01:00:12à aucun moment
01:00:13vous ne doutez
01:00:14de l'innocence
01:00:15de Christian Marletta
01:00:16est-ce que vous pouvez
01:00:17nous expliquer pourquoi
01:00:18Christian était mon meilleur
01:00:20éducateur et de loin
01:00:21c'était un garçon
01:00:22qui avait un caractère
01:00:23très serré
01:00:24mais qui avait une conscience
01:00:25professionnelle
01:00:26comme je ne m'avais pas
01:00:26encore connu
01:00:27après plus de 20 ans
01:00:27de métier
01:00:28donc si vous voulez
01:00:29quelquefois
01:00:30il nous arrivait
01:00:30de nous confronter
01:00:32mais c'était tout à fait normal
01:00:33donc j'avais une confiance
01:00:34totale en lui
01:00:35mais moi je ne l'avais pas revu
01:00:37lui ne travaillait plus
01:00:38à bois fleuris
01:00:38et moi j'avais pris
01:00:39ma retraite
01:00:39donc on ne s'était pas revu
01:00:41mais je me disais
01:00:43si Christian avait fait
01:00:44une chose pareille
01:00:45vu l'amour qu'il porte
01:00:46à sa femme
01:00:46et à son fils
01:00:47il va se tuer
01:00:48et au bout de 15 jours
01:00:49il ne s'était pas tué
01:00:50et j'ai dit
01:00:51ma conviction est profonde
01:00:53il ne l'a pas fait
01:00:53Lorsqu'il a avoué néanmoins
01:00:56Vous savez dans quelles conditions
01:00:58il a avoué ?
01:00:59Vous savez dans quelles conditions
01:01:00Christian a avoué ?
01:01:02Je crois que personne
01:01:02ne l'a jamais dit
01:01:03Vous savez ce que fait
01:01:04la justice quelquefois
01:01:05ou les policiers
01:01:06ce garçon avait eu
01:01:07la poliomélite
01:01:08il avait donc une jambe
01:01:10qui était atrophiée
01:01:10on l'a déshabillé
01:01:12on l'a attaché à un radiateur
01:01:13et on l'a tapé
01:01:14sur la tête
01:01:15avec un botin
01:01:16et il s'est senti
01:01:17devenir fou
01:01:18voilà dans quelles conditions
01:01:19Christian a avoué
01:01:19personne ne l'a jamais dit
01:01:20moi je vous le dis aujourd'hui
01:01:22Donc ces aveux
01:01:24ne vous font jamais douter ?
01:01:26Ah bah pas du tout
01:01:26Et pourtant il les réitère
01:01:27devant le juge d'instruction
01:01:28et puis il n'est pas à poil
01:01:29et puis il les réitère
01:01:30devant les experts psychiatres
01:01:31et psychologues
01:01:32et il n'est pas à poil non plus
01:01:33Je pense qu'il craignait
01:01:34pour sa femme
01:01:34il craignait pour sa femme
01:01:35et pour son fils
01:01:36il ne faut pas oublier
01:01:37qu'il avait reçu des menaces
01:01:38il ne faut pas oublier
01:01:39qu'il avait reçu
01:01:39ce fameux coup de téléphone
01:01:40quand il était chez lui
01:01:41donc il avait très peur
01:01:43vous savez Christian
01:01:44avait un amour fou
01:01:46pour sa femme
01:01:46et pour son gosse
01:01:47il fallait les voir ensemble
01:01:48Je sais qu'il y a eu
01:01:50ce qui s'appelle
01:01:51des passages à tabac
01:01:52à l'évêché
01:01:52peut-être pour des affaires
01:01:54de braquage
01:01:55pour des affaires
01:01:56mais je vous assure
01:01:58que là
01:01:59il y a eu vraiment
01:02:00un travail psychologique
01:02:03on était derrière la porte
01:02:06et s'il y avait une règle
01:02:08qui tombait
01:02:08on l'entendait
01:02:09il n'y a eu
01:02:10aucune, aucune, aucune
01:02:11aucune violence
01:02:12et on a entendu
01:02:13le seul bruit
01:02:14qu'on entendait
01:02:15c'était le crépitement
01:02:16de la machine à écrire
01:02:17de l'époque
01:02:18Je pensais bien
01:02:19que dans une affaire
01:02:19de cette importance-là
01:02:20ça aurait été complètement
01:02:22déraisonnable
01:02:24d'essayer d'obtenir
01:02:25des aveux par la violence
01:02:26c'était complètement
01:02:27d'abord c'était pas
01:02:29c'était pas le but
01:02:30c'est pas la manière
01:02:30avec laquelle je travaille
01:02:32et puis c'était pas
01:02:33c'était pas une garantie
01:02:34non plus
01:02:35d'obtenir quelque chose
01:02:36Au fond pour vous
01:02:43à l'issue de votre
01:02:43réquisitoire définitif
01:02:45c'est un dossier sérieux
01:02:45qui part aux assises
01:02:46solide
01:02:47moi au terme de nos investigations
01:02:52policières et judiciaires
01:02:54j'ai le souvenir
01:02:55d'un dossier
01:02:57que l'on a pris
01:02:58dans le calme
01:03:01dans la sérénité
01:03:04malgré l'horreur du crime
01:03:05et on a
01:03:06comme on dit
01:03:08dans notre jargon
01:03:08verrouillé
01:03:10systématiquement
01:03:11tout ce qu'on pouvait
01:03:12verrouiller
01:03:12et que je n'ai jamais eu
01:03:15dans ma carrière
01:03:15de dossier
01:03:16aussi
01:03:17solidement
01:03:18ficelé
01:03:193 ans après les faits
01:03:27avec un dossier d'instruction
01:03:28plutôt bien ficelé
01:03:29Christian Marletta
01:03:30comparé devant
01:03:30la cour d'assises
01:03:31d'Aix-en-Provence
01:03:32pour homicide volontaire
01:03:33et viol sur mineur
01:03:35de moins de 15 ans
01:03:36il encourt la réclusion
01:03:37criminelle
01:03:38à perpétuité
01:03:39Christian Marletta
01:03:44est en prison
01:03:45depuis 3 ans
01:03:46quand s'ouvre son procès
01:03:47il a aujourd'hui
01:03:4933 ans
01:03:50devant la cour
01:03:51il répète
01:03:52qu'il n'a ni tué
01:03:53ni dépecé Christelle
01:03:56Marletta
01:04:01était égal
01:04:01à lui-même
01:04:03il regardait
01:04:03le président
01:04:04droit devant lui
01:04:05et il répondait
01:04:06à toutes les questions
01:04:08et évidemment
01:04:10on le vivait
01:04:10comme enfermé
01:04:12dans sa bulle
01:04:12mais
01:04:13il n'avait rien d'autre
01:04:15à dire
01:04:15que je suis innocent
01:04:17alors Christian Marletta
01:04:18il me semblait
01:04:23que cet homme
01:04:23était absent
01:04:24comme si
01:04:26les débats
01:04:28parlaient
01:04:29de quelqu'un d'autre
01:04:29je pense
01:04:32que dans son esprit
01:04:33il était totalement
01:04:35innocent
01:04:35des faits reprochés
01:04:36et que
01:04:37c'était pas possible
01:04:39qu'il ait pu commettre
01:04:40de telles choses
01:04:43à un moment donné
01:04:44on le sentait partir
01:04:46pour dire
01:04:46pour faire quelque chose
01:04:47pour dire quelque chose
01:04:48et puis subitement
01:04:50il était ramené
01:04:51à lui-même
01:04:52donc
01:04:52il restait calme
01:04:54les experts psychiatres
01:04:56estiment que Marletta
01:04:57est accessible
01:04:58à une sanction pénale
01:04:59il est même décrit
01:05:00comme pourvu
01:05:01d'une intelligence
01:05:02très au-dessus
01:05:03de la moyenne
01:05:04dès lors
01:05:07la peine encourue
01:05:08est maximale
01:05:09perpétuité
01:05:12L'affaire René
01:05:16devant la cour d'assises
01:05:17en 1985
01:05:18donc 4 ans
01:05:20après l'abolition
01:05:22de la peine de mort
01:05:22je n'ai pas du tout
01:05:24eu l'impression
01:05:25qu'à cette audience là
01:05:27c'était
01:05:29une réplique
01:05:30d'un procès
01:05:33qu'on a pu
01:05:35ou des procès
01:05:36qu'on a pu connaître
01:05:36avant l'abolition
01:05:37de la peine de mort
01:05:38ou bien juste après
01:05:39on jugeait quelqu'un
01:05:42dont on savait
01:05:43pertinemment
01:05:44que s'il était coupable
01:05:45la sanction applicable
01:05:47était la perpétuité
01:05:48je peux dire
01:05:49que la disparition
01:05:50de la peine de mort
01:05:51a totalement
01:05:54changé
01:05:55l'ambiance
01:05:56j'étais très inquiet
01:05:58et là
01:05:59surprise
01:06:01pas un mot
01:06:03pas un crachat
01:06:05des regards hostiles
01:06:06bien sûr
01:06:07ça s'est passé
01:06:10je dirais
01:06:11normalement
01:06:12il n'y a pas eu
01:06:14d'incident
01:06:14de nombreux témoins
01:06:17viennent dire
01:06:18du bien
01:06:18de l'accusé
01:06:19sa famille
01:06:20ses amis
01:06:21mais aussi
01:06:22de nombreux collègues
01:06:22éducateurs
01:06:23ils décrivent un homme
01:06:25certes à poigne
01:06:26autoritaire
01:06:27mais irréprochable
01:06:28incapable de violer
01:06:30d'étrangler
01:06:31puis de dépecer
01:06:32une petite fille
01:06:33et les attouchements
01:06:35sur Chantal
01:06:35demande le président
01:06:36des fantasmes
01:06:38martèle
01:06:39l'ancienne directrice
01:06:40de Boisfleury
01:06:40ses dépositions
01:06:42renforcent l'image
01:06:43d'un Marletta
01:06:44bon père
01:06:44et bon éducateur
01:06:46mais elle n'apporte rien
01:06:47sur les faits eux-mêmes
01:06:48sur ces faits
01:06:51Marletta
01:06:51tente d'argumenter
01:06:52il est victime
01:06:53d'un piège
01:06:54un piège tendu
01:06:55par le meurtrier
01:06:55qui lui a donné
01:06:56ce coup de fil
01:06:57anonyme
01:06:57celui qui lui aurait
01:06:59ordonné
01:07:00de se débarrasser
01:07:00des sacs
01:07:01contenant des morceaux
01:07:01du cadavre
01:07:02celui qui a ensuite
01:07:03jeté les restes
01:07:04de corps
01:07:05à la pointe rouge
01:07:06mais vos aveux alors
01:07:09rétorque l'avocat général
01:07:10pourquoi avoir avoué
01:07:12le crime
01:07:12et le dépeçage
01:07:13pourquoi avoir désigné
01:07:15la pointe rouge
01:07:15Marletta n'a qu'une seule chose
01:07:18à dire
01:07:18je me suis accusé
01:07:20parce que je n'en pouvais plus
01:07:21je ne savais plus
01:07:22ce que je faisais
01:07:23les arguments
01:07:25ont du mal à convaincre
01:07:26je n'ai pas le souvenir
01:07:28que dans cette cour d'assises
01:07:30on a voulu
01:07:31s'acharner
01:07:33sur Christian Marletta
01:07:34j'ai le sentiment
01:07:36que
01:07:36on a eu du mal
01:07:39à croire
01:07:40les quelques versions
01:07:42successives
01:07:44et postérieures
01:07:45postérieures aux aveux
01:07:46qui se sont
01:07:47succédées
01:07:48mais qui ont
01:07:49toutes donné
01:07:50des versions différentes
01:07:51et des versions
01:07:53qui étaient extrêmement
01:07:54difficiles à cerner
01:07:55lorsque
01:07:57vous trouvez un cadavre
01:07:58dans le couloir
01:07:59de votre immeuble
01:08:00même si c'est une petite fille
01:08:01et dont vous êtes l'éducateur
01:08:03vous ne la découpez
01:08:06pas en morceaux
01:08:07des aveux réitérés
01:08:11ça paraît invraisemblable
01:08:15chacun se dit
01:08:17mais moi
01:08:19ils peuvent me garder
01:08:2050 jours en garde à vue
01:08:23dans une jôle
01:08:24au pain sec
01:08:25je n'avouerai
01:08:27jamais
01:08:27la mort d'un enfant
01:08:29c'est ce que
01:08:31tout le monde
01:08:32pense
01:08:32et pourtant
01:08:35on a vu des gens
01:08:36avouer
01:08:37des choses
01:08:39moins terribles
01:08:40que ça
01:08:40ou des choses
01:08:42aussi terribles
01:08:43mais
01:08:44là
01:08:45c'était un aveu
01:08:46réitéré
01:08:47et Louis Bartolomei
01:08:48pouvait dire
01:08:50à juste titre
01:08:51cet homme
01:08:52n'a pas été frappé
01:08:53à partir de là
01:08:55à partir de là
01:08:56il faut des concours
01:08:58de circonstances
01:08:59exceptionnels
01:09:00il faut à partir
01:09:02de cet instant là
01:09:03prouver l'innocence
01:09:04il faut prouver l'innocence
01:09:06prouver l'innocence
01:09:08c'est mission impossible
01:09:10mais on peut au moins
01:09:11plaider le bénéfice du doute
01:09:13se disent les avocats
01:09:14en s'interrogeant par exemple
01:09:16sur la fragilité du mobile
01:09:17avancé par l'accusation
01:09:19le viol de la fillette
01:09:20l'expert
01:09:21à la barre
01:09:22a eu l'honnêteté
01:09:23de dire
01:09:24que la preuve
01:09:25totale
01:09:26et absolue
01:09:27d'un forçage
01:09:29par sodomie
01:09:29on ne pouvait pas
01:09:31le dire comme ça
01:09:32que scientifiquement
01:09:33ce n'était pas
01:09:34exact
01:09:35si bien que
01:09:37les magistrats
01:09:38proches du dossier
01:09:40en réfléchissant
01:09:41hors dossier
01:09:42et puis des journalistes
01:09:44ont pu penser
01:09:46à un moment
01:09:46que
01:09:48Marletta serait
01:09:50acquittée
01:09:51pour le viol
01:09:52ça paraissait difficile
01:09:55parce que Marletta
01:09:57acquittée
01:09:57pour le viol
01:09:58on n'avait plus
01:10:00de mobile
01:10:01mais un témoignage
01:10:05pèse lourd
01:10:06celui de Chantal
01:10:07la soeur jumelle
01:10:08de Christelle
01:10:09la fillette
01:10:10est désormais
01:10:10une adolescente
01:10:11de 15 ans
01:10:12pour son audition
01:10:13le président
01:10:14ordonne le huis clos
01:10:15Chantal Mancourt
01:10:19vous témoignez
01:10:19au procès
01:10:20en assise
01:10:20de Christian
01:10:21Marletta
01:10:21pour l'assassinat
01:10:23de votre soeur
01:10:24c'est un procès
01:10:25à huis clos
01:10:25oui
01:10:26vous revoyez
01:10:28Christian Marletta
01:10:29il est là
01:10:29dans le box
01:10:29oui
01:10:30comment ça se passe
01:10:32face à face
01:10:32avec lui
01:10:33voilà
01:10:34beaucoup d'émotions
01:10:35beaucoup de peur
01:10:37beaucoup de haine
01:10:38et des questions
01:10:40qui restent
01:10:41sans réponse
01:10:41toujours
01:10:42vous lui reparlez
01:10:43des attouchements
01:10:44au moment de votre témoignage
01:10:45oui
01:10:45comment il réagit
01:10:47il ne réagit pas du tout
01:10:49les autres
01:10:50qui sont dans la salle
01:10:52ne sont pas contents
01:10:54mais lui
01:10:54il ne réagit pas
01:10:55il fait
01:10:56il est froid
01:10:57et à un moment
01:10:58vous vous adressez à lui
01:11:00directement
01:11:00les yeux dans les yeux
01:11:01oui
01:11:02je lui demande
01:11:02pourquoi il a fait ça à Christelle
01:11:03pourquoi il l'a tué
01:11:06et c'est là
01:11:06qu'il me dit
01:11:07c'est pas comme ça
01:11:08que je voulais que ça se passe
01:11:09donc j'ai bien compris
01:11:12que c'était lui
01:11:12qui l'avait tué
01:11:13elle est étonnante cette phrase
01:11:14c'est pas comme ça
01:11:15que je voulais que ça se passe
01:11:16voilà
01:11:16pour vous c'est quoi
01:11:17c'est un demi-aveu
01:11:19oui parce que
01:11:20après les attouchements
01:11:22il était encore
01:11:24mon éducateur
01:11:25et il m'a dit
01:11:26ce que tu m'as fait
01:11:28tu vas me payer
01:11:28mais à l'époque
01:11:31je pensais pas que c'était
01:11:32je pensais qu'il m'aurait puni
01:11:34comme d'habitude
01:11:35deux desserts
01:11:36ou qu'il m'aurait tapé
01:11:37pour un oui
01:11:38pour un non
01:11:38et après
01:11:39quand Christelle
01:11:40elle a disparu
01:11:41c'est là
01:11:43que je me suis dit
01:11:44et si c'était vrai
01:11:45s'il avait tué Christelle
01:11:47pour vous faire du mal
01:11:48oui
01:11:49pour se venger
01:11:50parce qu'après
01:11:51il y a eu une mauvaise réputation
01:11:53les parents
01:11:53des enfants
01:11:54ils les ont enlevés
01:11:55et puis les enfants
01:11:57ils n'avaient plus confiance
01:11:58en lui non plus
01:11:59ils avaient un autre regard
01:12:00donc je savais
01:12:03qu'ils me le feraient
01:12:04payer cher
01:12:04le vendredi 15 mars 1985
01:12:09l'avocat général
01:12:11requiert pendant 3 heures
01:12:13personne n'est étonné
01:12:17de l'entendre demander
01:12:18la réclusion criminelle
01:12:20à perpétuité
01:12:22avant que la cour
01:12:28ne se retire
01:12:28Marletta déclare
01:12:30je n'ai pas commis
01:12:32ce crime
01:12:32je peux le jurer
01:12:34sur ce que j'ai
01:12:35de plus cher
01:12:35mon fils
01:12:38il est 23 heures
01:12:41quand tombe le verdict
01:12:42la prison à vie
01:12:44pour Christian Marletta
01:12:46il se contentait
01:12:49de haucher la tête
01:12:50en disant
01:12:52ce n'est pas moi
01:12:52prostré
01:12:56je pense qu'il
01:12:58il était prêt
01:13:00il a dû regarder
01:13:01une dernière fois
01:13:02les gens qui croyaient
01:13:04en lui
01:13:05et qui l'ont soutenu
01:13:06il a regardé son père
01:13:09il nous a serré les mains
01:13:11il nous a dit merci
01:13:12en 1985
01:13:16il n'y a pas d'appel possible
01:13:19pour les condamnations
01:13:20en assise
01:13:20quand il quitte
01:13:22le box des accusés
01:13:23Christian Marletta
01:13:25sait qu'il n'a
01:13:25qu'un seul recours
01:13:26la cassation
01:13:28mais quelques mois plus tard
01:13:30la cour de cassation
01:13:32rejette son pourvoi
01:13:33quelle est votre réaction
01:13:43Chantal
01:13:44au moment du verdict
01:13:45il est condamné
01:13:48il est condamné
01:13:49je suis contente
01:13:50qu'il est condamné
01:13:51mais
01:13:51je suis effondrée
01:13:53mon avocat me dit
01:13:56il a pris la
01:13:57à perpète
01:14:00et il ne sortira plus
01:14:01de prison
01:14:01oui je suis très contente
01:14:03mais en même temps
01:14:03toujours préféré
01:14:05même à la limite
01:14:06qu'il n'y aille pas
01:14:07en prison
01:14:07et que Christelle soit là
01:14:08parce que ce qui va
01:14:10en prison
01:14:11c'est bien beau
01:14:12mais il est toujours vivant
01:14:14et moi je n'ai plus Christelle
01:14:14vous pensez que c'est plus dur
01:14:17parce que c'était
01:14:17votre jumelle encore ?
01:14:19oui
01:14:19il y a une partie
01:14:21de mon coeur qui est mort
01:14:21elle était tout pour moi
01:14:27maître Dreyfus Schmitt
01:14:32vous êtes devenue
01:14:32la nouvelle avocate
01:14:33de Christian Marletta
01:14:34d'abord vous avez obtenu
01:14:35sa libération
01:14:36en 2006
01:14:36après 24 années
01:14:37de prison
01:14:39ça a été difficile ?
01:14:41presque 25 années
01:14:42de détention
01:14:427 demandes
01:14:43de libération conditionnelle
01:14:45il faut savoir
01:14:46que les condamnés
01:14:48à perpétuité
01:14:49en règle générale
01:14:50effectuent entre
01:14:5118 et 20 ans
01:14:52de détention
01:14:52pour Marletta
01:14:54le sort là aussi
01:14:55a été rude
01:14:55parce qu'il n'a pas
01:14:57avoué
01:14:58parce qu'il n'a pas avoué
01:14:59parce que systématiquement
01:15:00il demandait un recours
01:15:01en révision
01:15:02et il clamait son innocence
01:15:04pour obtenir une révision
01:15:05en droit français
01:15:06il faut des faits nouveaux
01:15:08qui n'étaient pas au dossier
01:15:09lors du procès
01:15:11est-ce que vous avez des pistes
01:15:15ou des faits nouveaux ?
01:15:16il est peut-être un peu
01:15:17prématuré aujourd'hui
01:15:18de vous dire
01:15:19les éléments nouveaux
01:15:20proprement dit
01:15:21que nous exploiterons
01:15:22mais en tout cas
01:15:23le dossier recèle
01:15:24un certain nombre d'éléments
01:15:25qui vont pouvoir
01:15:26être utilisés
01:15:27et réutilisés
01:15:28avec une autre façon
01:15:29d'envisager les choses
01:15:30si on reprend
01:15:31ce qui a pesé lourd
01:15:32quand même
01:15:32dans son procès
01:15:33ses aveux
01:15:34la désignation
01:15:35qu'il a faite
01:15:36du lieu
01:15:36on a retrouvé
01:15:36le tronc de la petite fille
01:15:38de manière très précise
01:15:39alors qu'il n'était pas
01:15:40censé savoir
01:15:41on avait retrouvé ce corps
01:15:42comment est-ce que vous pouvez
01:15:43comment est-ce que vous pouvez
01:15:43contrer ces arguments
01:15:46de poids ?
01:15:47il y a un élément
01:15:48déterminant dans cette affaire
01:15:49c'est que
01:15:51au moment où les policiers
01:15:52s'aperçoivent
01:15:54qu'ils n'ont rien
01:15:55ils vont retourner
01:15:57au foyer
01:15:58voir le directeur
01:16:00de l'époque
01:16:00et dire
01:16:01on reprend à zéro
01:16:02l'enquête
01:16:03on va fouiller l'établissement
01:16:04ce qu'ils n'ont pas fait
01:16:06depuis le départ
01:16:06et on va en réentendre
01:16:08tout le monde
01:16:09et là il se passe
01:16:10une chose extrêmement étonnante
01:16:11c'est qu'à partir
01:16:12de ce moment-là
01:16:12spontanément
01:16:13quelques heures après
01:16:15le directeur du foyer
01:16:16ira voir la police
01:16:18et dira
01:16:19j'ai des révélations
01:16:20à vous faire
01:16:20et il dira quoi ?
01:16:22on a discuté
01:16:23avec les éducateurs
01:16:24on s'est souvenu
01:16:26que Marletta
01:16:26est venue le jour
01:16:28de la disparition
01:16:28de l'enfant
01:16:29et il dira même
01:16:31il appuiera
01:16:32son audition
01:16:33sur un mensonge
01:16:34Marletta
01:16:36a quitté
01:16:37Bois-Fleury
01:16:38parce qu'il était accusé
01:16:40par la petite Chantal
01:16:41Bancourt
01:16:42soeur jumelle de Christelle
01:16:43d'avoir pratiqué
01:16:45des attissements
01:16:46sexuels
01:16:46sur elle
01:16:47il sait que c'est faux
01:16:49Christian Marletta
01:16:50a démissionné
01:16:50pour d'autres raisons
01:16:52parce qu'il avait besoin
01:16:53d'aménager ses horaires de travail
01:16:54par rapport à la naissance
01:16:55de son enfant
01:16:56sur les aveux
01:16:56qu'est-ce que vous avez à dire ?
01:16:58ces aveux
01:16:58si on veut bien les analyser
01:17:00comportent un certain nombre
01:17:01d'incohérences
01:17:02et ne sont pas
01:17:03contrairement à ce qui a été dit
01:17:04dès le départ
01:17:05dans ce dossier
01:17:05des aveux circonstanciés
01:17:07mais des aveux
01:17:08avec des éléments
01:17:08que les enquêteurs
01:17:09connaissaient parfaitement
01:17:11avant que Christian Marletta
01:17:12passe aux aveux
01:17:13d'une certaine manière
01:17:14la réalité recouvre
01:17:15la totalité de ces aveux
01:17:16pas du tout
01:17:17parce que justement
01:17:18ces aveux
01:17:18auraient dû être vérifiés
01:17:20et que
01:17:21les vérifications
01:17:22malheureusement
01:17:22n'ont pas été faites
01:17:23parce qu'il n'y a pas eu d'enquête
01:17:24vous imaginez
01:17:25que dans cette affaire
01:17:26il n'y a aucune reconstitution
01:17:28sur les lieux
01:17:29de l'enlèvement de l'enfant
01:17:30aucun minutage
01:17:31de l'emploi du temps
01:17:32de Christian Marletta
01:17:33par rapport aux déclarations
01:17:34de tous les protagonistes
01:17:35aucune expertise
01:17:37aucune contre-expertise
01:17:38tous les actes
01:17:39demandés par la défense
01:17:40sont systématiquement
01:17:42rejetés
01:17:43Christian Marletta
01:17:44n'est entendu que deux fois
01:17:45par le juge d'instruction
01:17:46et on lui notifie
01:17:48cinq mois
01:17:49après son inculpation
01:17:50les faits de viol
01:17:51ce qui pèse lourd
01:17:53c'est sa désignation
01:17:54des lieux
01:17:55où le premier sac poubelle
01:17:57a été déposé
01:17:58de manière très précise
01:17:59il y va directement
01:18:00alors qu'il n'est pas censé
01:18:01savoir exactement
01:18:01où ça s'est passé
01:18:02ça, ça pèse très très lourd
01:18:03tout à fait
01:18:04mais il y a une explication
01:18:04tout à fait concrète
01:18:05sur cet élément
01:18:07c'est que Christian Marletta
01:18:08se considère coupable
01:18:10de recel de cadavres
01:18:11mais ce n'est pas la même chose
01:18:13que d'un assassinat
01:18:14et d'un dépessage d'enfants
01:18:15sorti de prison en 2006
01:18:23Christian Marletta
01:18:24a retrouvé du travail
01:18:25il vit avec une nouvelle compagne
01:18:27qui était l'un de ses professeurs
01:18:28en prison