00:00Une incivilité de plus contre le personnel soignant. J'aimerais qu'on parle de ça à présent.
00:03À Beauvais, l'antenne SOS Médecins annonce portée plainte contre un patient.
00:07Ce dernier a insulté le personnel du centre avant de commettre des dégradations et de partir.
00:11Le patient était en fait mécontent de ne pas avoir, ça devient totalement hallucinant,
00:16de ne pas avoir obtenu de rendez-vous à l'heure souhaitée.
00:19Écoutez, pour commencer, le président de SOS Médecins France, Philippe Parent,
00:24qui revient sur ce qui s'est passé précisément dans ce cabinet médical.
00:28C'est un patient qui, en présentiel, s'est présenté directement au cabinet
00:32et qui a été reçu par la secrétaire pour filtrer, pour savoir le motif de la demande.
00:37Et en fait, il venait pour avoir un arrêt de travail, qu'il voulait avoir immédiatement,
00:42alors qu'il est venu sur le coup de midi moins le quart,
00:45que la secrétaire lui a dit qu'un arrêt de travail, ce n'était pas un motif qui était recevable par SOS.
00:52Le patient a insisté fortement, elle lui a dit, écoutez, un médecin vous donnera un avis à 14h.
00:57Éventuellement, et puis là, le ton est monté immédiatement.
01:01Et il a insulté la secrétaire, et puis il est parti en tapant dans la porte, le sas de sortie,
01:08où il a cassé la porte de l'entrée du sas, et en mettant des coups de pied dans la porte.
01:11Voilà, donc Philippe Parent, président de SOS Médecins, au micro de Charles Boucher, au micro d'Europe 1.
01:17Qu'est-ce que ça dit de notre société, ça, Gilles Boutin ?
01:19C'est-à-dire qu'on a quelqu'un qui, finalement, se dit que les médecins sont totalement à sa disposition,
01:24et que s'ils ne répondent pas à sa demande, il a le droit de tout casser.
01:30Ça nous dit que les médecins sont un excellent thermomètre de la situation psychologique de notre pays.
01:35C'est-à-dire qu'on est dans une époque où on a une population qui n'arrive plus à gérer ses frustrations.
01:42Et les chiffres le montrent, c'est pas du doigt mouillé.
01:45SOS Médecins constate dans les témoignages qu'il y a de plus en plus de tensions,
01:49soit de heurts vocaux, mais également de violences.
01:53Le Conseil National de l'Ordre des Médecins constate également une augmentation régulière de violences.
01:58Alors, il y a beaucoup de raisons, en fait.
02:00Déjà, on les incite, les médecins, je veux dire, à déclarer davantage.
02:03Cependant, on est passé de 500 déclarations dans les années 2000 à plus de 1500 aujourd'hui.
02:08Donc, je pense que ce n'est pas seulement du fait d'une hausse des déclarations.
02:11Clairement, les actes sont en augmentation.
02:14Ce qu'il peut l'expliquer, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui sont en souffrance psychique aussi.
02:18Ça augmente, on le constate.
02:19Et il y a aussi beaucoup de gens qui se sentent mal au travail,
02:23donc qui réclament toujours plus d'arrêt de travail.
02:26En l'occurrence, c'est ce qui était à l'origine de cette violence qui s'est déchaînée.
02:32Et pourquoi veulent-ils davantage d'arrêt de travail ?
02:35Parce qu'ils se sentent mal au travail.
02:36Et derrière, en parallèle, on a le gouvernement qui veut faire des économies.
02:39Et donc, il y a une incitation du côté des médecins à ne pas accorder trop d'arrêt de travail.
02:43Il y a une tension.
02:44Les médecins sont pris entre le marteau et l'enclume.
02:47On a aussi plein d'éléments.
02:49Avec Internet, tout le monde est médecin.
02:50Les gens, avant d'aller voir le médecin, consultent, ils sont persuadés de savoir ce qu'ils ont et ce qu'il faut pour les soigner.
02:56Résultat, ils n'ont pas ce qu'ils veulent et ils sont frustrés.
02:59On a moins de médecins.
03:00Donc, les gens, ils attendent.
03:02Ils ont envie d'avoir quelque chose qui soit à la hauteur de leur attente.
03:05Résultat, s'ils n'ont pas satisfaction, là également, une frustration se dégage.
03:10On pourrait citer encore, je pense, bien des raisons.
03:14Et ce que ça nous dit aussi, c'est que tout simplement, il y a une décivilisation.
03:19C'est-à-dire, qu'est-ce qui caractérise une civilisation au sens occidental ?
03:23C'est la capacité à réfréner nos bas instincts.
03:27Donc, c'est la capacité à se retenir, tout simplement.
03:30Mais c'est vrai aussi ce que vous dites sur Internet.
03:32Internet a joué un rôle terrible dans l'évolution de la médecine.
03:35C'est-à-dire que, par Internet, on est tous un peu médecins.
03:38On se renseigne sur ce qu'on a, on a tous une idée de ce qu'on a.
03:41Et finalement, le médecin, aujourd'hui, ne sert qu'à prescrire,
03:43puisque nous, on n'en a pas la capacité,
03:45des médicaments ou à prescrire des arrêts de travail.
03:48C'est-à-dire qu'on ne va plus chez le médecin.
03:49Certains ne vont plus chez le médecin pour avoir un diagnostic.
03:52Ils vont chez le médecin parce qu'ils savent ce qu'ils ont
03:54et qu'ils ont envie que le médecin leur prescrive ce qu'ils ont décidé, eux.
03:58Absolument.
03:58Alexandre Malafaille.
03:59Absolument.
04:00On l'a vu pendant la crise sanitaire.
04:01D'ailleurs, tout le monde était devenu, finalement,
04:02même le président de la République était devenu un excellent virologue.
04:05C'est vrai.
04:05Et en fait, les gens arrivent devant les services publics
04:09en consommateur en disant, j'ai le droit.
04:11Comme j'ai le droit, je veux et j'exige.
04:13Et vous devez me donner ça tout de suite.
04:14Et comme, derrière tout ça, on est dans une société
04:17qui a finalement laissé pas mal de place à l'impunité
04:19par rapport à la façon dont on peut défier l'autorité,
04:23puisque ça, on le voit dans tous les domaines,
04:24que ce soit à l'école, face aux forces de l'ordre,
04:28face à un juge, face à un médecin, face à une infirmière,
04:30face à un pharmacien.
04:32Cette espèce de, finalement, de dire
04:33l'autorité n'est pas importante,
04:37je n'ai aucune logique d'obligation de déférence
04:40à l'égard d'un médecin, à l'égard d'un magistrat,
04:42à l'égard d'un professeur ou d'une maîtresse d'école.
04:44Eh bien, c'est pas grave.
04:45Je fais ce que je veux comme je veux
04:46parce que j'ai le droit.
04:47Et puis, à la limite, de toute façon, il n'y aura pas de sanctions.
04:49La seule bonne nouvelle, c'est qu'il y a une proposition de loi
04:51qui est passée il y a quelques mois,
04:54soit un juin dernier,
04:55qui renforce les capacités de sanctions
04:57contre les contrevenants.
04:59Mais le problème des sanctions, justement,
05:01une jeune femme qui avait agressé un médecin à Marseille,
05:03souvenez-vous, qui a été condamnée à un an
05:05avec bracelet électronique.
05:07C'est-à-dire, aujourd'hui, on agresse des policiers,
05:09des pompiers, des médecins,
05:10mais on ne va pas derrière les barreaux.
05:12Précisément.
05:13Les figures d'autorité classiques
05:14que sont, comme vous l'avez dit,
05:15le médecin, le maire,
05:17même le pompier, le policier, l'enseignant.
05:20Il y a eu un nivellement,
05:21une horizontalisation des rapports
05:23qui fait que tout le monde se sent l'égal
05:26de l'autre en savoir.
05:27Donc, il n'y a plus véritablement de totem.
05:30On ne respecte plus.
05:32Ajouter à ça, cette difficulté à gérer la frustration.
05:36Et puis, il y a cette impression
05:37que la santé est gratuite.
05:39C'est ça.
05:39On croit qu'elle est gratuite.
05:40Et cette logique de guichet,
05:41donc on est entré dans une hyper consommation.
05:45La santé, le médecin,
05:46n'est plus qu'un objet de consommation.
05:48Il doit nous donner ce que nous demandons.
05:50Et la question, c'est comment régler ça ?
05:53Est-ce qu'il faut rappeler aux gens
05:55que ce n'est pas gratuit ?
05:57Ça, c'est le prix des médicaments,
05:58le prix des consultations.
05:59Sur les médicaments,
06:00on peut dire quand même que les pharmaciens,
06:01aujourd'hui, quand il s'agit de personnes
06:03qui viennent réclamer des médicaments,
06:05non pas des génériques,
06:07souvent, les médecins, les pharmaciens
06:08sont obligés de céder.
06:09Parce qu'il y a le risque de se faire agresser.
06:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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