00:00Pour terminer, je voulais que nous nous interrogions
00:03est-ce que les réseaux sociaux, finalement, sont plus efficaces que la justice ?
00:06Alors, pourquoi cette interrogation ?
00:08Alors, on l'a vu ces derniers jours, en France,
00:10l'ultra-violence du quotidien a touché une nouvelle fois notre pays.
00:14Il y a eu cette boulangerie saccagée, un médecin agressé dans le Nord.
00:18Bref, et cette affaire à peine croyable,
00:20c'est une commerçante de la ville de Longs-le-Saunier, dans le Jura.
00:24Elle a été victime d'un vol dans son restaurant.
00:26Et elle a lancé, ensuite, un appel sur les réseaux sociaux.
00:30Résultat, dès le lendemain, les vodeurs lui ont rendu une partie de ses biens.
00:34Les précisions de François Tiskevitch, et puis on en parle ensuite.
00:39Dans la nuit du 7 au 8 août,
00:41des cambrioleurs s'introduisent dans le restaurant Le Manguier.
00:44Les voleurs, des robes, six chaises, dix fauteuils,
00:46mais aussi un olivier et un bac à fleurs.
00:49Sur les images que la commerçante parvient à extraire
00:51de ses caméras de vidéosurveillance,
00:53elle identifie un couple.
00:54Je vois cette femme qui arrive avec un commerçant
00:58que je connais très bien, d'ailleurs,
01:01qui se promène un peu sur la terrasse,
01:03mais qui commence à embarquer les chaises.
01:05Après, elle va chercher sa voiture,
01:07elle charge tout,
01:09elle fait sa manœuvre, elle bute ma voiture,
01:11et puis elle se ressassonne sur le côté,
01:13et elle ressort, elle part comme si de rien n'était.
01:15Un préjudice estimé à plus de 1600 euros
01:18sans compter les réparations sur sa voiture.
01:20Dix jours plus tard, sans nouvelles,
01:22la restauratrice décide alors de diffuser les images du vol
01:25sur le réseau social Facebook.
01:27Le lendemain, une partie de son matériel est restituée.
01:30Comme j'ai fait en 2020,
01:32quand ils m'ont volé mon olivier,
01:34j'avais mis un poste, pareil.
01:36Le lendemain, la personne a ramené l'olivier,
01:38la personne a mis un mot pour s'excuser.
01:40Deux ans après, pendant un à deux mois,
01:44je me retrouvais avec des crottes tous les jours sur ma terrasse,
01:48et puis j'ai décidé quand même de visionner les images.
01:51J'ai décidé d'imprimer les photos,
01:55et de décorer toute la galerie le courbe avec.
01:58Et puis, le lendemain, quand il est revenu,
02:00il a vu les photos affichées partout,
02:03il n'est plus revenu.
02:04La commerçante a déposé plainte,
02:05et une enquête est en cours.
02:07Une plainte que la restauratrice promet de retirer,
02:10si tous ses biens lui sont rendus,
02:12dans les prochains jours.
02:13Bon, Anand Bakiwi, dans ce cas-là,
02:15en tout cas, parce qu'on imagine que
02:17ça ne marche pas à tous les coups,
02:19on voit que ça a été efficace.
02:20Il y a l'arrivée des réseaux sociaux,
02:22et ces commerçants qui en ont ras-le-bol d'être volés,
02:26qui s'organisent.
02:27Alors, on va en parler, bien évidemment.
02:30Divulguer la tête de malfaiteurs,
02:31il ne faut pas le faire.
02:33C'est un délit.
02:34On n'a pas le droit.
02:34Mais malheureusement,
02:35quand on est comme cette commerçante à bout,
02:39on le fait, ça a fonctionné.
02:40Ah oui, mais de toute façon,
02:41aujourd'hui, de plus en plus,
02:42il y a eu un écrivain qui avait fait un livre
02:44concernant que de plus en plus de personnes
02:46allaient finir par se faire justice soi-même,
02:48parce que, justement,
02:49il y a quand même une défiance vis-à-vis,
02:51aujourd'hui, de la réponse qui est apportée,
02:54notamment, à ce genre de délit,
02:55d'incivilité,
02:57d'infractions qui sont commises.
02:58Et je comprends que les commerçants,
03:01on est ras-le-bol, ça c'est sûr.
03:03Après, la police, elle,
03:05elle est là pour travailler,
03:06elle est là,
03:07c'est son rôle à elle.
03:08Donc, si on commence,
03:09si chacun commence à vouloir faire
03:10soi-même justice,
03:12c'est l'anarchie la plus totale,
03:13et on va se retrouver avec une société
03:15qui devait devenir incontrôlable.
03:16Ce qui doit, aujourd'hui,
03:18sur lesquels on doit réfléchir,
03:20c'est pourquoi on est arrivé à ça.
03:22C'est ça, en fait.
03:23Voilà.
03:23Pourquoi on arrive à des gens
03:24qui utilisent les réseaux sociaux
03:26pour, justement,
03:27c'est parce que, justement,
03:28il y a tout un pan,
03:30une problématique de surcharge
03:32de mes collègues.
03:33Quand on a des plaintes comme ça,
03:34on en a tous les jours,
03:36mais on en a des dizaines,
03:37des trentaines,
03:37des trentaines,
03:39des quarantaines.
03:40Voilà.
03:40Et comme les délits et les crimes
03:41sont de plus en plus nombreux,
03:43il y a une hiérarchie
03:44et le vol de biens,
03:45finalement,
03:46anecdotiques.
03:46Il y a une explosion,
03:47aujourd'hui,
03:48des délits
03:49et des infractions
03:50qui sont là.
03:51On a, je veux dire,
03:52on est en sous-effectif
03:53à tous les niveaux,
03:54que ce soit au niveau
03:55des agents de voie publique,
03:56au niveau des enquêteurs.
03:58Aujourd'hui,
03:58c'est quelque chose de criant.
03:59Ce n'est pas,
04:00je viens à chaque fois
04:00de dire,
04:00il parle toujours de sous-effectif,
04:02mais la réalité,
04:03elle est celle-là.
04:03C'est la réalité quotidienne
04:07des services de voie publique,
04:09dans les commissariats.
04:10Aujourd'hui,
04:11c'est la réalité.
04:12On est face à cette réalité-là.
04:13Et face à ça,
04:14on a aussi une justice
04:15qui est aussi sous-évaluée
04:17et sous-équipée.
04:19Mais c'est vrai
04:19que c'est un véritable signal.
04:21Ces commerçants-là
04:22qui s'organisent tout seuls
04:24pour essayer d'identifier
04:26et de récupérer leurs biens,
04:27on voit aussi ces familles,
04:28d'ailleurs,
04:28dans certains quartiers compliqués,
04:31faire des rondes.
04:31C'est-à-dire qu'ils s'organisent seuls,
04:33aujourd'hui,
04:33pour s'assurer de la sécurité.
04:35Ça aussi,
04:36c'est factuel,
04:36c'est une réalité.
04:38Et en même temps,
04:39alors ce qui est totalement déconcertant,
04:41notamment dans le cas
04:42de cette commerçante,
04:43elle peut être
04:45dans le visage de la justice,
04:47poursuivie.
04:48Donc,
04:48elle n'a plus
04:48absolument aucun bon sens.
04:50C'est-à-dire qu'elle est victime
04:51et elle devient poursuivie
04:53par la justice.
04:53C'est ça qui ne va plus.
04:54Et peut-être,
04:54il y a une réflexion à mener,
04:56Madi Senni.
04:56Oui, absolument.
04:57C'est terrible.
04:58Moi, je crois que c'est aussi
04:58un cri du cœur citoyen.
05:00C'est que les citoyens
05:00ne se considèrent pas assez entendus
05:03ou pas assez défendus
05:05ou ça prend trop de temps,
05:05justement pour que la justice passe.
05:08Ils décident de se faire justice
05:09à eux-mêmes.
05:10Et ce qui est paradoxal,
05:11c'est que quelque part,
05:12en faisant ça,
05:13eux aussi enfreignent la loi.
05:14Et finalement,
05:15ce sont les victimes
05:16qui risquent d'être,
05:17eux,
05:18sur le banc des accusés.
05:20Mais si l'on ne fait rien,
05:22malheureusement,
05:22je crois que notre société,
05:23ça va aller de plus en plus loin.
05:25Chacun va se dire,
05:27puisque la police
05:28ne répond pas tout de suite,
05:29parce que malheureusement,
05:29ils sont débordés,
05:30parce que la justice met trop de temps,
05:32nous, en tant que citoyens,
05:32on va s'organiser.
05:33Mais ce qu'il ne faut pas oublier,
05:34c'est que ça peut être très dangereux.
05:35Déjà,
05:36le fait que toi-même,
05:37on peut être poursuivi,
05:38mais aussi,
05:39on peut aussi être attaqué
05:40par les personnes,
05:41parce qu'on a mis les photos
05:42et être attrapé.
05:43C'est très simple.
05:44La personne revient dans le restaurant,
05:45elle revient chez vous,
05:45elle vous attaque,
05:46vous pouvez être victime
05:47d'une agression.
05:47Et la boucle sera bouclée,
05:49Joachim,
05:50le floc qui met avec vous,
05:51puisque vous avez beaucoup parlé
05:52du rôle du politique.
05:54Ce soir,
05:54non, Punchline était effectivement
05:55la responsabilité du politique.
05:57Là, moi, me semble-t-il,
05:58c'est une véritable alerte
06:00pour dire,
06:00mais attention,
06:00l'étape suivante,
06:02c'est laquelle ?
06:04La responsabilité du politique,
06:06ce n'est pas de laisser faire
06:07des milices citoyennes,
06:08c'est de reconstruire
06:09l'autorité de l'État
06:10et de rétablir une justice
06:11efficace,
06:13exemplaire
06:13et rapide,
06:14puisque si les gens
06:15viennent à se faire justice eux-mêmes,
06:17c'est aussi parce que
06:17les délais rendus
06:18des décisions judiciaires
06:19en France,
06:19ils sont deux fois plus longs
06:21qu'en Allemagne.
06:22Et en plus à ça,
06:23s'ajoute le problème
06:24dont on a déjà parlé
06:25au cours de cette émission,
06:26d'une justice
06:26qui est beaucoup trop permissive
06:28et qui donne envie
06:30d'un certain nombre de Français
06:30de se faire justice eux-mêmes.
06:32Je ne pense pas
06:33que les réseaux sociaux
06:34soient la solution,
06:35je dis attention aux antidotes
06:36qui parfois sont pires
06:37que le mal lui-même,
06:39parce que Samuel Paty,
06:40si vous voulez,
06:41les accusait à tort
06:41lors du moment MeToo,
06:43eux aussi,
06:43ils ont vu leur nom
06:44jeté en pâture
06:45sur les réseaux sociaux
06:46et derrière,
06:47on a vu les conséquences
06:49qui sont advenues.
06:50Donc ce qu'il faut,
06:50c'est une vraie réforme
06:51de la justice en France,
06:53mais ça ne se fera pas
06:53à droit constant,
06:54ça ne se fera pas
06:55à classe politique constante
06:56non plus, je pense.
Commentaires