00:00Bonjour, Jérémy Fafakiruel, 30 ans, premier rescrimeur ivoirien à être qualifié aux Jeux Olympiques.
00:06Et aujourd'hui, on va parler un petit peu de moi. C'est parti.
00:21Alors, j'ai été multiple fois champion de France par équipe avec mon club.
00:26J'ai aussi des titres de vice-champion de France individuels en catégorie jeunes et catégorie seniors.
00:33J'ai aussi double médaille de bronze au championnat d'Afrique.
00:38Troisième place par équipe aux Jeux africains de 2019 à Rabat.
00:42Et là, j'ai participé aussi aux Jeux Olympiques en 2024.
00:48J'ai baissé au niveau du ranking mondial et actuellement, je dois être autour de la 40e place.
00:56Alors, moi, je pratique le fleuret, parce qu'en rescrime, il y a épais, fleuret et sabre.
01:01Le fleuret, on ne peut toucher que le tronc et le dos.
01:04On ne peut pas toucher la tête, les bras et les jambes.
01:06Et donc, moi, je pratique cette arme-là.
01:08Parce que dans mon club où j'ai commencé, il n'y avait que du fleuret.
01:12Du coup, j'ai commencé là-dedans, mais ça me va très bien.
01:15C'est quelque chose qui me correspond bien.
01:16Déjà, quand j'étais petit, il n'y avait pas de fédération d'escrime en Côte d'Ivoire.
01:26Moi, j'étais dans les catégories jeunes en France.
01:29Je m'étais dit que pour mon apprentissage aussi, ce serait mieux de continuer avec le cursus français,
01:36continuer de faire les sélections France en cadet, donc moins de 17 ans,
01:40et en junior en moins de 20 ans, pour pouvoir emmagasiner un maximum
01:44et après, partir pour rejoindre la sélection ivoirienne.
01:52Déjà, moi, je vois l'engouement et l'amour qu'il y a pour nous quand on compétit à l'étranger.
01:59Il y a une vraie, vraie ferveur.
02:01Moi, j'apparente beaucoup le côté ivoirien patriote, le côté américain patriote.
02:07Dire que dès qu'il y a quelqu'un qui compétit, tout le monde est derrière.
02:10Tout le monde est à fond et c'est vraiment quelque chose qui me fait énormément plaisir.
02:14C'est quelque chose qui met du baume au cœur, on va dire,
02:16parce que quand on voit les sacrifices et les difficultés,
02:19savoir qu'on est soutenu par des milliers de personnes,
02:22ça nous pousse encore à continuer et on se dit qu'on n'a pas fait ça pour rien.
02:30Ce n'est pas quelque chose qu'il faut prendre à la légère.
02:33Les difficultés ne sont pas les mêmes.
02:35Les difficultés qu'on peut avoir en Europe ne sont pas les mêmes difficultés qu'on va avoir en Afrique.
02:38Mais de l'autre côté, c'est une aventure qui est complètement folle dans le bon sens.
02:44C'est-à-dire qu'on vit des choses qu'on n'a pas l'habitude de vivre.
02:48Il y a une ferveur qui est différente des pays d'Europe, une ferveur beaucoup plus poussée.
02:52Vraiment, comme j'ai dit, du patriotisme à l'américaine,
02:55on a pu le voir avec la canne au foot comment tout le monde était à fond.
02:59Et c'est ce qu'on ressent dans tous les sports.
03:00Pour qu'on fasse du foot, de l'escrime, du basket, du cricket,
03:05on sent qu'il y a une ferveur nationale qui nous pousse à être meilleurs.
03:08Donc pour moi, je dirais à tous les gens qui hésitent,
03:11c'est de bien réfléchir, de bien peser le pour et le contre.
03:15Mais en venant aussi dans un pays comme la Côte d'Ivoire, l'aventure est énorme.
03:18On vit des choses complètement folles, c'est top.
03:20Je dirais que les difficultés, c'est que l'escrime,
03:28ce n'est pas forcément un sport facile à pratiquer,
03:32on va dire, sans vraiment avoir d'infrastructure.
03:35Ce n'est pas comme le foot ou le basket ou même le tennis,
03:38où on peut s'entraîner à peu près de nous-mêmes, de notre côté.
03:42Donc je dirais que la difficulté, c'est ça, d'avoir une salle accessible déjà,
03:46d'entraînement, pour pouvoir s'entraîner.
03:48Allié professionnel, c'est-à-dire le travail,
03:52et aussi une vie d'athlète de haut niveau,
03:54pour pouvoir se concentrer à 100% sur l'escrime.
04:01Je travaille, voilà, du lundi au samedi,
04:04le dimanche de temps en temps, quand il faut coacher,
04:06comme je suis coach d'escrime.
04:08Et en fait, ce que je gagne au niveau du salaire,
04:10c'est ce que j'utilise pour subvenir à mes besoins de tous les jours,
04:14et aussi pouvoir payer mes compétitions.
04:16Donc je dois faire tout, avec le peu que j'ai.
04:25Si j'ai un message à donner, c'est que l'escrime, c'est un sport qui n'est pas forcément commun,
04:30donc les marques ne pensent pas forcément aux escrimeurs,
04:33parce qu'on n'a pas une énorme, énorme visibilité.
04:35Il ne faut pas forcément regarder ceux qui sont au top,
04:39parce qu'on va dire leur vie est peut-être plus simple pour être au top,
04:43ou plutôt nous, nous regarder, nous, qui avons beaucoup de difficultés,
04:46et qui se battons corps et âme pour essayer de trouver des moyens,
04:49des systèmes D, pour pouvoir concilier vie personnelle et vie sportive,
04:53et vie professionnelle.
04:55Et je trouve que c'est ce qui représente vraiment plus
04:56les valeurs de résilience,
04:59de passion et d'amour du sport,
05:01quitte à se sacrifier même pendant quelques années
05:03pour pouvoir atteindre les objectifs.
05:09Alors le projet Ivoque, c'est un projet pour essayer de développer le sport
05:13en Côte d'Ivoire, en premier temps,
05:16développé par la pratique au niveau national,
05:19mais aussi pour aider pour la pratique du sport-études,
05:22pour essayer peut-être de trouver des placements avec des bourses d'études,
05:26pour pouvoir continuer le sport à un niveau plus élevé,
05:30et pouvoir allier le sport et les études.
05:31Donc pour l'instant, on est encore vraiment sur la partie théorique,
05:35et pas vraiment sur la partie pratique.
05:37Mais ça va venir.
05:42L'objectif, c'est pouvoir, on va dire,
05:46faire des scrims de façon sereine,
05:48et essayer de trouver une sorte de stabilité sportive,
05:51pour pouvoir essayer de performer le mieux possible,
05:54pour chercher une place au JO,
05:56et s'il y a une place au JO,
05:57pouvoir performer au JO aussi après.
06:01Sous-titrage Société Radio-Canada
06:06Sous-titrage Société Radio-Canada