00:00RTL Matin
00:02Priver les trafiquants de drogue condamnés d'allocations familiales, c'est la mesure prise par notre invité ce matin David Lysnard, maire LR de Cannes et président de l'Association des maires de France.
00:14Il est en ligne avec nous, bonjour.
00:16Bonjour.
00:17Alors, quelle est l'idée derrière tout ça ? Frapper les trafiquants au portefeuille qui les surprendre ?
00:24Alors, c'est un peu plus que cela. D'abord, c'est plus qu'une idée puisque c'est concrétisé grâce à un accord entre le parquet, police nationale, gendarmerie et caisse d'allocations familiales.
00:34Ce n'est pas que pour les condamnés, c'est pour les dealers, trafiquants dont les faits sont suffisamment avérés pour pouvoir réintégrer dans leurs revenus les revenus du trafic.
00:43Donc tout cela, ça fonctionne déjà depuis que ça a été mis en place, depuis le début du mois.
00:47Et donc, c'est d'abord une mesure de bon sens que l'on arrête de subventionner avec nos impôts et nos cotisations les dealers, les trafiquants,
00:57qui gagnent parfois bien plus que nous. C'est aussi simple que cela.
01:00Le deuxièmement, c'est une question de confiance civique parce que quand vous bossez, que vous êtes surfiscalisé, comme c'est le cas en France,
01:08que vous surcotisez, ou moi j'ai eu des commerces, que vous avez des contrôles d'Ursaf au moindre doute extrêmement intransigeants,
01:15et que parallèlement, vous voyez toujours les mêmes qui dealent, qui trafiquent et qui nuisent,
01:21c'est de dire que la société n'a pas à aider ceux qui nuisent à la société.
01:26Et puis, dans la lutte contre le trafic, ce n'est pas ça qui va régler le problème du trafic de stupéfiants.
01:30Il y a beaucoup de gros dealers qui ont tellement de revenus, ils n'en ont rien à faire des revenus de la CAF, si vous voulez, ce n'est pas le sujet.
01:36Mais il y a aussi beaucoup de petits dealers. Il y a plus de 200 000 personnes en France qui vivent indirectement du trafic.
01:44Il y en a 40 000 qui en vivent à temps plein. Et donc, c'est de s'adresser aussi à toutes ces familles,
01:49de dire qu'on n'accepte plus les complicités, la niaiserie, et qu'on n'est plus masochiste, qu'on arrête le masochisme social.
01:56Donc, voilà les trois grands axes de cette mesure.
01:59Vous espérez récupérer combien ça va rapporter aux Alpes-Maritimes ? Vous avez pu le chiffrer ?
02:05Non, je ne peux pas vous le dire. C'est vraiment à la Caisse d'Allocations Familiales de le dire,
02:08parce que tout ça ne peut exister que grâce à la volonté du parquet et de la CAF.
02:15Et c'est pour ça que je m'en réjouis, parce que ça faisait des mois que je savais qu'on pouvait prendre une telle mesure en France,
02:20qu'elle pouvait être légale. C'est ça qui est intéressant.
02:23Et donc, c'est pour ça que j'ai insisté à plusieurs reprises.
02:26Et le parquet de Grasse et le parquet de Nice ont décidé de mettre en place cette mesure au 1er juillet.
02:31Mais je suis incapable de vous dire, au moment où je vous réponds, les montants recouvrés.
02:37Notre correspondant à Lyon, Frédéric Perruche, a enquêté ce matin sur ce dispositif qui a été mis en place en Isère en 2022.
02:44Oui, absolument. C'est là que j'avais entendu ça.
02:46Voilà, la CAF doit récupérer les jugements de condamnation définitifs.
02:50Il y a eu 55 signalements.
02:52Ce qu'on voit, c'est que ça a été long et complexe et que les sanctions ont été très limitées.
02:57Oui, bien sûr. En France, tout est toujours long, complexe, compliqué.
03:00C'est ce qui fait qu'on est exaspéré.
03:02C'est ce qui fait d'ailleurs qu'il faut changer beaucoup de choses dans le système.
03:05Je vous pose la question, est-ce qu'il est compréhensible et normal qu'on subventionne le trafic ?
03:13Est-ce qu'il est compréhensible et normal que ceux qui travaillent, qui sont les plus pressurisés du monde,
03:19ce n'est pas une formule de communication, c'est-à-dire qu'on a le record du monde des impôts et des charges,
03:24des prédéments obligatoires, payent pour ceux qui détruisent la société, pour ceux qui nuisent à ceux qui travaillent.
03:30Donc, moi, là-dessus, je veux bien tout, mais je pense que la normalité, c'est que ce soit compliqué.
03:37Et c'est pourquoi c'est aussi, dans cette mesure, une forme de mobilisation civique,
03:44de dire qu'on peut tous agir, y compris...
03:46Moi, en tant que maire, si vous voulez, je vois les trafics tous les jours,
03:49la police municipale intervient tout le temps, mais je n'ai aucune autorité sur le judiciaire.
03:53C'est que c'est ainsi, d'ailleurs, je trouve ça normal.
03:54Vous en avez parlé à Bruno Retailleau pour l'étendre, par exemple, sur tout le territoire, cette mesure ?
03:58Oui, oui, mais Bruno Retailleau, il est en phase avec ce genre de mesure.
04:01Ça, à mon avis, ce n'est pas à moi de parler pour lui, mais je pense qu'il n'y a pas de souci.
04:06Et voilà, donc, c'est une sorte de refus de la résignation,
04:10et je pense qu'on a un basculement dans notre société.
04:12On a eu des décennies de faiblesses, de nièvreries, de bêtises, quoi.
04:17Et donc, ça devrait d'ailleurs s'appliquer aux autres formes de délinquance, au moins aux récidivistes,
04:23parce que tout le monde a droit à une deuxième chance.
04:25Et puis, il y a autre chose que je demande, c'est qu'en tant que maire,
04:28on puisse expulser des logements sociaux les délinquants avérés.
04:32Ça serait aussi une grande mesure de justice sociale,
04:35comme celle de cesser de verser des allocations aux trafiquants.
04:39Aujourd'hui, ce n'est pas possible et c'est du pouvoir que vous voulez rendre aux élus ?
04:43Bien sûr, parce qu'aujourd'hui, c'est très dur d'expulser.
04:45On arrive à avoir des expulsions de logements sociaux,
04:47avec les bailleurs sociaux, s'ils le veulent bien,
04:50mais c'est que sur des questions de non-respect des règlements intérieurs
04:54ou de, si vous voulez, de la copropriété, pour résumer à l'extrême.
04:59Or, ce qu'il faudrait, c'est qu'un logement social, c'est une aide de la société.
05:03C'est donc que la société aide des gens à se loger.
05:05On ne peut plus accepter d'aider des gens à se loger
05:08qui, eux-mêmes, attaquent la société.
05:11C'est aussi simple que cela. En tout cas, c'est mon raisonnement.
05:12En sachant qu'en plus, il y a des milliers de personnes qui, eux, sont honnêtes,
05:15des gens modestes qui attendent un logement.
05:18Donc, il est temps que l'État cesse d'être faible avec les forts et fort avec les faibles.
05:22On va parler de 2027, de la présidentielle de votre parti Les Républicains,
05:27mais d'abord une question sur cet accord entre l'Europe et les États-Unis sur les droits de douane.
05:30Est-ce qu'Ursula von der Leyen a trahi l'Europe en signant avec Donald Trump ?
05:35Ce qui trahit l'Europe, c'est les chefs d'État qui font les vierges effarouchées.
05:38Je ne peux pas imaginer à un instant que, certes, la Commission a la compétence commerce extérieur,
05:44mais elle le fait bien dans le cadre d'un mandat.
05:47J'aimerais entendre le Premier ministre qui dénonce cet accord,
05:50le président de la République qui a été silencieux et qui est très ambigu,
05:53nous dire quels étaient leurs objectifs, quels étaient les objectifs de la France à travers cet accord.
05:58Je trouve qu'il y a un côté tartuffe, il y a un côté hypocrite là-dedans.
06:02Et je suis de ceux qui pensaient qu'il était une erreur que de désigner cette Ursula von der Leyen
06:10à la présidence de la Commission européenne,
06:12mais c'est un petit peu facile de se planquer derrière la Commission européenne.
06:16Quels étaient, je le répète, et quels sont encore d'ailleurs aujourd'hui les objectifs de la France à cet égard ?
06:23On peut en parler pendant des heures parce que cet accord qui est un accord médiocre,
06:27cet accord qui est moins bon que l'accord qui a réussi à négocier seule la Grande-Bretagne,
06:32en réalité, il enterrine des situations qui étaient assez existantes.
06:36Il y a des secteurs, pour nous, qui sont stratégiques pour des raisons économiques, sociales,
06:41j'allais dire presque identitaires, comme les vins, les spiritueux qu'il faut défendre ardemment.
06:45Moi, j'ai entendu ce qu'a dit le président hier, donc j'espère qu'il y aura des résultats en la matière.
06:50Mais enfin voilà, il faut arrêter les hypocrisies maintenant.
06:52Alors, 2027 c'est demain, surtout quand on a des envies d'Élysée, comme vous l'avez fait savoir.
06:56Vous prenez, vous, des primaires ouvertes à droite, ça ne prend pas trop pour l'instant votre initiative ?
07:00Alors, moi, je n'ai aucune envie, enfin j'ai des envies, mais elles sont d'ordre privé.
07:06Ce qui est en revanche, je suis père de famille, je suis engagé dans la vie publique
07:10et je n'accepte plus le gâchis de la France qu'il y a.
07:13Et de voir que nous devrions être au XXIe siècle un pays très prospère,
07:17parce qu'on est un pays créatif, contrairement à ce qu'on nous raconte,
07:20il y a plein de gens qui innovent, qui prennent des risques, qui bossent,
07:22et qu'on est de plus en plus contraints par une folie bureaucratique,
07:26par l'absurdistan qu'on évoquait tout à l'heure sur les trafiquants.
07:28Donc, je pense qu'il faut éviter deux choses.
07:32Première chose, il faut, si on gagne des élections, éviter de décevoir.
07:36Donc, il va falloir remettre de l'ordre de façon très forte.
07:39Il va falloir revoir le fonctionnement de l'État de fond en comble dès les premiers mois.
07:42Donc, il faut un projet qui soit raisonnable, rationnel,
07:45mais qui ait une radicalité, une efficacité, avec un sens de l'exécution,
07:48comme on le fait partout en entreprise, etc.
07:50Mais avant ça, il faut gagner des élections.
07:52Donc, il faut éviter la compromission du projet,
07:54et il faut éviter la division avant les élections.
07:57C'est pourquoi je dis, soit, il y a un leader qui émerge,
08:00mais il n'y en a pas aujourd'hui.
08:01Il y en a certains qui sont présidentiables.
08:02Bruno Retailleau est devenu, depuis sa très belle victoire à LR,
08:06on voit dans les sondages les uns ou les autres,
08:08mais personne ne ressort.
08:10Donc, le pire des systèmes après tous les autres,
08:13disait Churchill, c'est la démocratie.
08:15Et comme on me casse à droite,
08:17moi, je n'ai pas peur de la compétition.
08:18J'irai avec un projet que je porte avec mon parti Nouvelle Énergie,
08:22qui est un projet qui est à la fois sécuritaire, libéral,
08:26et tourné aussi beaucoup sur l'éducation, l'instruction, la culture.
08:29Bruno Retailleau, vous en parliez à l'instant,
08:31il égratigne Emmanuel Macron depuis le gouvernement.
08:33La semaine dernière, il annonçait carrément la mort du macronisme.
08:36Il peut rester au gouvernement,
08:37ou la solidarité gouvernementale, c'est un principe qui n'existe plus ?
08:43Alors, deux choses.
08:44D'abord, Emmanuel Macron n'est pas membre du gouvernement,
08:46donc la solidarité gouvernementale, la formule pour moi, ne s'applique pas à cela.
08:49Au sommet de l'État.
08:53Deuxième élément, ce n'est pas le gouvernement Macron.
08:56Ça, c'était le cas quand il y avait une majorité parlementaire
08:59derrière le président de la République.
09:00Et dans ce cas-là, évidemment, un ministre qui critiquait n'aurait pas pu rester.
09:03Mais en l'occurrence...
09:04Bruno Retailleau se disait également des accords
09:06avec le projet de loi sur l'autonomie de l'accord.
09:08Oui, mais je pense qu'il en a tout à fait la possibilité, la légitimité.
09:14Il est chef de parti.
09:16C'est un gouvernement d'assemblage de circonstances
09:18pour tenir le pays après cette dissolution absurde.
09:23Et donc, il a cette possibilité-là de liberté d'expression
09:26et de faire valoir autre chose.
09:28En suite, est-ce qu'il doit rester au gouvernement ?
09:30C'est une autre question.
09:31Moi, je pense depuis un bout de temps qu'il devrait quitter,
09:34à un moment donné, ce gouvernement,
09:35parce qu'il doit participer à une alternative forte,
09:38à la création d'une alternative forte.
09:40Et qu'au bout d'un moment, j'ai peur que le cadre
09:43est tellement restreint dans lequel on peut bosser actuellement
09:45qu'on soit dans une impasse.
09:48Et c'est ce que j'essaie de proposer,
09:49c'est qu'on brise ce cadre pour qu'on retrouve
09:52une maîtrise du destin, une capacité d'action
09:54des pouvoirs publics, qu'on décentralise le pays,
09:56qu'on ressente l'État sur ses missions,
09:57un État fort, mais sur ses missions régaliennes,
10:00et qu'on libère toutes les énergies du pays,
10:04qu'elles soient associatives, entrepreneuriales,
10:06caritatives, dans les collectivités, etc.
10:08C'est le projet que j'essaie de défendre.
10:10Vous appelez à une droite unie.
10:13On regarde ce qui se passe en ce moment à Paris,
10:15malgré la désignation de Michel Barnier.
10:18Rachida Dati ne veut pas lâcher.
10:21Ce n'est pas l'illustration, ça, de la droite bête
10:23qui se déchire ?
10:26Oui, alors, il faudra...
10:27Ce n'est pas forcément une circonstruction
10:28où il y a une possibilité de défaite.
10:30Enfin, je n'en sais rien.
10:31La compétition fait partie de la vie aussi.
10:33Ce n'est pas forcément un signe de bêtise.
10:36Vous avez un favori ?
10:38Et les élections...
10:38Oh, ben moi, Michel Barnier était investi.
10:41J'espère qu'il gagne.
10:43Je suis l'évitimiste.
10:44Il n'y a pas de souci.
10:45Vous dites à Rachida Dati de renoncer, alors, ce matin ?
10:47Non, non, je ne dis rien du tout à Rachida Dati.
10:49Je n'ai rien à lui dire.
10:49Elle ne m'écouterait pas, de toute façon.
10:52Mais voilà, Rachida Dati, elle avait fait des choix.
10:54Elle était LR.
10:55Et puis, tout d'un coup, alors qu'avant la dissolution...
10:58Ce n'est pas après...
10:58Avant, elle est partie dans le gouvernement,
11:00tout d'un coup, en se sentant bien dans la Macronie.
11:03Lui, comme c'est moins tendance, elle en revient.
11:06Voilà, c'est ses choix.
11:07Chacun jugera.
11:08C'est aux parisiennes décidées, ça n'a personne,
11:11de dire aux habitants d'une ville qu'ils doivent choisir,
11:13aux habitants d'une circonscription.
11:14Il y a une offre, eh bien, ils choisiront.
11:16Mais vous savez, tout à l'heure, on disait la fin du macronisme.
11:19Moi, ce que je crains, c'est que le macronisme, en fait,
11:21n'ait jamais vraiment existé, mais qu'en revanche,
11:24il incarne ce qui plombe le pays depuis 40 ans
11:26et qu'on retrouve à gauche, à droite, au centre, partout.
11:30C'est-à-dire l'étatisme, l'interventionnisme,
11:33cette espèce d'infantilisation de la société
11:35qui fait que, dès qu'il y a un problème,
11:38on critique tous l'État, mais on demande tous à l'État d'intervenir.
11:40Et je pense qu'aujourd'hui, on n'est pas face simplement
11:43à des enjeux d'alternance.
11:45On est face à un enjeu d'alternative.
11:47Comment, comme en 58, ou dans d'autres phases de l'histoire de France,
11:50on reconstruit des pouvoirs publics efficaces ?
11:52Comment on retrouve des équipes qui ont le sens de l'exécution des choses,
11:55qui feront rien de parfait, parce que ça n'existe pas,
11:57mais qui rendront des comptes aux habitants ?
11:59Et vous avez un projet pour cette alternance.
12:02Merci beaucoup, David Lissna, maire LR de Cannes, d'avoir été.
Commentaires