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  • il y a 6 mois
Le 6 novembre 2005, dans le cadre de l'émission Sept à Huit sur TF1, Johnny Hallyday accorde une interview exceptionnelle de 26 minutes, enregistrée dans le décor féerique du Musée des Arts Forains à Paris. Un moment intime et rare, où l'artiste se livre avec sincérité sur sa carrière, sa vie privée et sa vision du monde du spectacle.

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Musique
Transcription
00:00...qui l'abandonne alors qu'il n'a que 7 mois, son jeu avec la mort et la drogue,
00:04ses affaires qui lui pourrissent la vie depuis plus d'un an,
00:07mais surtout le bonheur de voir enfin grandir un enfant chez lui.
00:10Johnny Hallyday dit tout à Thierry de Mézières.
00:12Moi je sais, moi j'ai des crises de cafard immenses des fois parce que je me sens seul, terriblement seul.
00:16Le roi triste.
00:18Non, je parle pas de ça, je me sens...
00:20On t'appelait comme ça, le roi triste.
00:22Enfin, je me sens seul même quand je suis au milieu de 1000 personnes.
00:27Vous pouvez confirmer ça ?
00:29Oui.
00:30Et c'est quoi ces gros coups de blouse ?
00:33Je sais pas.
00:35Ça vient peut-être de mon enfance aussi.
00:38J'ai toujours été obsédé par la mort.
00:42Et pour moi, le fait, c'est pas de mourir dans un accident de voiture,
00:46ou en accident de moto, ou dans un avion qui me fait peur.
00:49Parce que c'est des choses qui arrivent comme ça, boum, et on s'en a parfois pas.
00:53Moi ce qui me fait peur c'est le temps.
00:56C'est le temps, c'est de vieillir,
00:57et c'est de se dire que quoi qu'il arrive,
01:00un jour on va y passer.
01:01Voilà Johnny Hallyday pour un portrait exceptionnel avec Thierry Demézière,
01:05c'est dans la seconde partie.
01:06Partie de ce 7 à 8 avec, comme promis, un rendez-vous exceptionnel ce soir,
01:10un tête-à-tête unique avec la star de la chanson française,
01:13Johnny Hallyday, 45 ans de scène, de succès, de bonheur,
01:16mais aussi de bagarre et de douleur.
01:18Et ce soir c'est un Johnny Hallyday tout à fait différent que vous allez découvrir,
01:22un homme simple, vrai, émouvant, qui nous offre un visage intime,
01:25des paroles qu'il réserve d'habitude à ses proches, à sa femme, à sa famille,
01:29lui qui paradoxe, déteste tant se livrer et raconter sa vie.
01:33Ce soir il a décidé de dire sa vérité, qui est aussi le titre de son dernier album.
01:37Et dans l'entretien fort et intense que Thierry Demézière a réalisé pour ce 7 à 8,
01:41Johnny parle de son enfance, de ce père qui l'a abandonné tout petit,
01:45et à qui il a fini par pardonner de ses coups qui font mal,
01:48du viol dont il a été accusé pendant plusieurs mois,
01:51une affaire dont il parle pour la première fois à la télévision.
01:54Mais Johnny évoque surtout sa vie d'aujourd'hui, ce bonheur, enfin possible,
01:58après des années d'errance et de rock'n'roll, un bonheur qui tient en deux noms, Jade et Laetitia.
02:03Jade, d'où le sourire d'une petite fille qui gambatte dans la maison
02:05alors qu'il n'a pas vu grandir les deux aînés, David et Laura.
02:08Laetitia, ou le soutien indéfectible de celle qui lui a redonné l'envie de vivre,
02:12c'est donc l'itinéraire extraordinaire d'un gosse abandonné
02:15que nous allons vous raconter maintenant,
02:17d'un homme qui fait partie de notre vie à tous depuis plus de 40 ans
02:20et qui ne revendique rien si ce n'est le droit de vivre tranquille.
02:24Fils de personne, c'est un portrait de la semaine exceptionnelle
02:26réalisé au cœur de Paris, au musée des arts forains,
02:29que nous proposent Thierry Demézière, Albon Torlay et Fabrice Franck.
02:32Vous vous appelez Hallyday ?
02:38J'ai dit Hallyday, le roi triste.
02:39Ils sont sauvres, terriblement sauvres.
02:41Je crois qu'un homme qui ne pleure pas, c'est un homme qui n'a pas de cœur.
02:44Je crois qu'à 17 ans, un homme est mort, ou il peut mourir.
02:46J'ai cru au diable pendant longtemps, pendant des années, mais j'ai croit plus du tout.
02:50Justement, Johnny.
02:51J'aime bien, en général, je fais de la merde.
02:53C'est vrai qu'il aime bien, je fais de la merde.
02:55C'est un papa merveilleux.
02:57C'est dans une phase de ma vie où je n'ai vraisemblablement jamais été aussi heureux.
03:00Il est entré dans notre vie et notre mythologie.
03:09Son histoire est la nôtre et pourtant on connaît peu la sienne,
03:11qu'il a si souvent cadenassé dans le secret.
03:13Mais il n'y aurait pas de chanteur abandonné s'il n'y avait pas eu un jour un bébé abandonné.
03:18Son infinie solitude, sa sensuelle timidité et son cœur de rockeur sont nés ce jour-là.
03:23Jean-Philippe Smet dit Johnny Hallyday, fils de Léon, fils de personne.
03:27Je suis né, pas dans la rue, je suis né en 1943 à Paris d'un père belge, Léon Smet,
03:38et d'une mère parisienne, française, du Guet-de-Claire.
03:41Et j'ai été abandonné par mon père à l'âge de 7-8 mois,
03:51qui est parti un jour, qui a vendu...
03:54Pendant que ma mère travaillait, ma mère était mannequin vedette chez Lanvin à l'époque,
03:59et c'est elle qui faisait vivre la famille, puisque mon père ne travaillait pas.
04:02Et un jour, il a vendu mon lit, tout ça, de bébé, etc., pour partir.
04:10Il m'a laissé sur une couverture par terre, et il paraît, paraît-il,
04:13il paraît-il qu'il est parti avec la crémière de la rue Lamarck.
04:18Voilà, c'est tout ce que je sais.
04:20Enfant solitaire, à l'ombre des jupons des femmes,
04:23Johnny va être élevé par une tante un peu bohème,
04:25qui le trimballera à travers l'Europe.
04:27Lui adolescent fragile, boudeur et timide dans le Paris de l'après-guerre,
04:29il sera traité de bâtard par les gavroches du quartier, parce qu'il n'a pas de père.
04:34C'est vrai que les doutes mômes du quartier me disaient
04:37« Ouais, mais ta mère est affaire avec un boche, t'es un bâtard ».
04:40Et c'est vrai que ça m'a...
04:43Ça m'a énormément fait souffrir.
04:47Donc, un soldat allemand, dans la tête des gens, c'était tout de suite la Gestapo, quoi.
04:51C'était tout de suite la proie gamme, quoi.
04:53Johnny, est-ce qu'on peut dire que l'infinie solitude est née ce jour-là ?
04:58Que d'un seul coup, ce gamin, qui a dû inventer des papas, parce qu'il n'y avait pas de père,
05:02qui a dû se débrouiller tout seul, a eu cette fameuse blessure de l'enfance,
05:06qui après, d'ailleurs, avait décidé de sa carrière.
05:09C'est vrai que ça m'a beaucoup manqué.
05:11Je ne savais pas ce que c'était d'avoir un foyer.
05:14Vous avez été un petit garçon qui ne disait jamais « papa » ni « maman ».
05:16Non.
05:17Vous êtes très jeune, je crois.
05:19J'ai 18 ans.
05:20Vous avez 18 ans.
05:20Vous vous appelez Alidé, c'est votre nom ?
05:24Alidé, c'est mon vrai nom, oui.
05:25C'est votre nom. Vous êtes français ?
05:26Mon cœur est américain et ma mère est française.
05:28Et ce n'est pas un pseudonyme, Alidé ?
05:30Alidé, ce n'est pas un pseudonyme.
05:31Parce que de vacances, Alidé, à Alidé, ça me paraissait être un nom choisi.
05:34Il y a une lettre, comme on.
05:35Oui, on n'est pas passé loin, tout de même.
05:37En tout cas, vous, vous aviez besoin d'inventer un autre père.
05:39J'avais besoin de croire à quelque chose, aussi.
05:42Et pour inventer un père, c'était la meilleure solution.
05:45Je vais essayer d'inventer un père américain, voilà.
05:47Je l'ai inventé tout entier
05:53Il a fini par exister
06:00Je l'ai fabriqué comme j'ai pu
06:08Ce père que je n'ai jamais su
06:15Un jour, vous êtes à l'armée, vous êtes en caserne.
06:18On vous annonce que votre père est là.
06:20Oui.
06:20Vous ne voulez pas le croire ?
06:22Non, parce que mon père, je ne l'avais jamais vu.
06:24Et je me disais, qu'est-ce que mon père viendrait faire à Offenburg, en Allemagne,
06:29à l'entrée de la caserne où j'étais en base.
06:32Et puis, je ne voulais pas y aller.
06:35Et puis, on m'a donné d'y aller, donc j'y ai été.
06:38Et puis, j'ai vu un monsieur, avec un long manteau, se précipiter sur moi.
06:43Alors, ça m'a fait un drôle d'épée parce qu'il m'a parlé avec l'accent belge.
06:45Et en me disant, je suis ton père.
06:50Et ça m'a fait un choc, déjà.
06:52Et puis, il a sorti un ours en pluche de son manteau.
06:54Et là, j'ai vu des paparazzi sortir un petit peu de partout, faire la photo.
06:57Et par la suite, j'ai appris qu'il avait touché de l'argent pour venir faire cette fameuse photo
07:04à la sortie de la caserne où j'étais basé.
07:08Ce qui m'a fait le plus de mal, c'était...
07:11Au début, j'ai dit, tiens, mon père veut me voir.
07:13Il s'intéresse à moi.
07:15Et puis, j'ai été...
07:19Le monde s'est un peu écroulé.
07:20J'ai été très déçu quand j'ai...
07:21J'ai appris que c'était pour le Poyon, finalement, qu'il avait fait ça.
07:25Et le rendez-vous va être sans cesse raté.
07:27C'est qu'un jour, vous allez vouloir lui offrir des costumes, un appartement.
07:30Oui, vous savez, mon père était quelqu'un de spécial.
07:32C'était un très bon comédien, apparaît-il.
07:36Il donnait des cours à Serge Rézani de comédie à Bruxelles.
07:39Rézani, il disait le plus grand bien, d'ailleurs, de son talent.
07:41Oui, oui, oui, mais ça...
07:43Mais la chose la plus triste que j'ai eue, moi, dans ma vie,
07:47c'est quand j'ai été...
07:48Quand mon père est décédé, j'ai été à Bruxelles pour son entièrement.
07:54Et je crois que là, la chose la plus triste du monde que j'ai vue,
07:57c'était un cercueil que j'ai suivi pour le mettre en terre.
08:05Il n'y avait personne.
08:07J'étais tout seul.
08:09J'étais tout seul à suivre ce carrosse.
08:11Il n'y avait pas un ami, pas une amie, il n'y avait personne.
08:13Et je crois que c'est...
08:15Mourir dans une telle solitude, c'est horrible.
08:17Est-ce que vous êtes d'accord avec Brel lorsqu'il dit finalement
08:19que les blessures de l'enfance, quand elles sont là,
08:21elles ne se referment jamais et qu'en gros, tout est décidé ?
08:23Je suis d'accord avec ça.
08:25Ça m'a poursuivi toute ma vie, c'est vrai.
08:29Je crois qu'un homme qui ne pleure pas, c'est un homme qui n'a pas de cœur.
08:33Un homme passe sa vie à compenser son enfance.
08:40Je m'explique.
08:41Je crois qu'un homme se termine vers 16-17 ans.
08:44On ne peut pas régler le droit général, enfin.
08:46Mais vers 16-17 ans, un homme a eu tous ses rêves.
08:50Il ne les connaît pas.
08:51Mais ils sont passés.
08:52Ils sont passés en lui.
08:54Il sait s'il a envie de...
08:56de brillance ou de sécurité ou d'aventure.
09:01Il le sait.
09:02Il ne le sait pas bien.
09:03Mais il a ressenti le goût des choses,
09:05comme le goût du chocolat, comme le goût de la soupe au chou.
09:07Il a le goût de ça.
09:08Et il passe sa vie à vouloir réaliser ses rêves-là.
09:12Et je crois qu'à 17 ans, un homme est mort.
09:13où il peut mourir.
09:15Alors ?
09:16Moi, je suis tout à fait d'accord avec lui.
09:18C'était mon grand ami, Jacques.
09:20Un insomniaque, comme vous.
09:21Comme moi, oui.
09:22Ça parlait de la nuit entière.
09:23Ça se quittait, je crois.
09:24Il venait me chercher avec son...
09:25Il avait un petit avion.
09:27Il venait me chercher en tournée.
09:29Alors moi, évidemment, je me couchais à 5h du matin.
09:31Et puis, il venait me chercher à 8h du matin
09:33en me disant, bon, assez dormi.
09:34Maintenant, je t'emmène déjeuner dans un restaurant.
09:36Alors, je montais avec lui dans son petit avion.
09:38On allait à 300 km de là avec son avion.
09:42On déjeunait.
09:43Et puis, il me ramenait au spectacle le soir.
09:46Et puis après, je dînais avec lui.
09:50Et on allait dans le hall de l'hôtel
09:52parce que tout était fermé.
09:53Et on faisait le monde.
09:55Et on discutait jusqu'à 5h du matin.
09:57Mais à 8h du matin, il était debout, lui.
09:59Parce qu'il ne dormait pas.
10:00Il dormait très peu, oui.
10:01Je crois qu'un jour, vous avez dit
10:03j'aurais aimé être brel.
10:04Ça voulait dire quoi, ça ?
10:06Parce que j'ai beaucoup d'admiration pour l'homme.
10:09C'était un homme...
10:12J'aurais bien voulu l'avoir comme père.
10:16De ce manque va naître une icône en noir et blanc.
10:25Jeune en roi fou et désespéré
10:27qui donne en offrande son visage,
10:29ses muscles et sa sueur.
10:37Le public reçoit sa plainte
10:39comme une quête d'amour.
10:40Une idole est née.
10:41C'est-à-dire que vous faites l'amour avec la salle.
10:59Quelle énergie.
11:00Vous l'aimez, vous l'aimez, ce Johnny-là ?
11:02Ça me fait drôle de me revoir comme ça.
11:05Il est magnifique, non ?
11:06C'est facile quand on est beau comme un dieu
11:08de crier à des filles
11:08je cherche une fille à aimer.
11:10Quand je vois la façon que les gens me regardent
11:13je sais que je suis aimé.
11:16Je pense que je leur rends bien ça.
11:18Mais qu'est-ce qu'il reste de ces stades entiers remplis ?
11:21De ces silhouettes lointaines ?
11:22De ces applaudissements ?
11:23De ces briquets allumés ?
11:24Ce sont des centaines de petites étoiles qui brillent
11:28comme dans le ciel, dans ma tête.
11:30Et c'est formidable.
11:32Vous êtes tous vraiment courageux d'être là ce soir.
11:34Et de rester là ce soir.
11:44Et rien que pour ça, rien que pour vous.
11:46Et pour tout ça, je suis fier de faire ce métier par rapport à vous.
11:49On n'imagine jamais ce que c'est qu'un chanteur comme vous
11:59lorsqu'il sort de scène.
12:01Et c'est quand même très impressionnant.
12:03On se dit qu'on reçoit beaucoup
12:04et que l'autre en face est épuisé.
12:08Vous savez, c'est difficile de se retrouver après un spectacle
12:11parce qu'on a tout donné.
12:13Et puis, il y a une telle...
12:15Il y a une telle, comment dire...
12:19Décompression, une telle solitude
12:22quand on sort de scène,
12:25quand on était devant tous ces gens
12:26pendant deux heures, deux heures et demie,
12:29que c'est...
12:31Il y a un moment d'adaptation
12:33qui est à la limite de la douleur,
12:34qui est douloureux.
12:35Vous ressentez une vraie souffrance à ce moment-là.
12:39Oui, parce qu'on se retrouve tout d'un coup tout seul.
12:41Cette fameuse solitude.
12:42La fameuse solitude d'après le spectacle.
12:45D'où viennent sans doute les insomnies après.
12:48En fin de compte, un artiste, ça n'a l'air de rien,
12:52mais c'est très seul.
12:55C'est très seul parce que...
12:56Moi, je sais, moi, j'ai des crises de cafards immenses des fois
12:58parce que je me sens seul, terriblement seul.
13:00Le roi triste.
13:02Non, je ne parle pas de ça.
13:03Je me sens...
13:03On t'appelait comme ça, le roi triste.
13:06Enfin, je me sens seul, même quand je suis au milieu de mille personnes.
13:10Vous pouvez confirmer ça ?
13:12Oui.
13:14Et c'est quoi ces gros coups de blouse ?
13:17Je ne sais pas.
13:18Ça vient peut-être de ma l'enfance aussi.
13:20On y revient.
13:21Oui.
13:21Est-ce qu'il est vrai que cette solitude, ce sentiment de solitude est si fort
13:25que ça va jusqu'à avoir peur, aujourd'hui encore, à 62 ans, de vous endormir seul,
13:29que le soir est un moment d'angoisse, que vous n'aimez pas la nuit qui tombe ?
13:32J'ai toujours été obsédé par la mort.
13:37Et pour moi, le fait, ce n'est pas de mourir dans un accident de voiture, ou un accident de moto, ou dans un avion, qui me fait peur.
13:45Parce que c'est des choses qui arrivent comme ça, boum, et on ne s'en aperçoit pas.
13:48Moi, ce qui me fait peur, c'est le temps.
13:52C'est le temps, c'est de vieillir.
13:54C'est de se dire que, quoi qu'il arrive, un jour, on va y passer.
13:59Et ça, je n'arrive pas à me faire à l'idée.
14:01Pour ne pas faire de jeu de mots.
14:03Et justement, on peut dire que dans votre vie, la mort n'a pas voulu de vous.
14:08Mais vous l'avez voulu.
14:09Vous l'avez titillé.
14:10Vous l'avez cherché.
14:11Oui.
14:12Est-ce qu'à vos 30 ans, vous n'avez pas rêvé, finalement, de mourir à la James Dean ?
14:15Est-ce que vous avez eu ce fantasme-là ?
14:16Au début, oui.
14:18Je disais beaucoup de conneries quand j'étais plus jeune.
14:22J'ai dit, vivre vite et mourir jeune.
14:23Bon, aujourd'hui, je ne pense plus du tout pareil.
14:25Est-ce que vous êtes d'accord, en tout cas, qu'à cette époque, vous aviez une forme de fascination pour la mort ?
14:29Même pour les armes ?
14:30Oui, oui, oui. Bien sûr.
14:32Est-ce qu'il est vrai qu'il vous est arrivé, en particulier avec Nanette Walkman,
14:35de jouer à la roulette russe avec vraiment une balle dans le barillet ?
14:38Oui.
14:41Et heureusement, la balle n'était pas dans le bon trou.
14:44Oui, oui, je l'ai fait. C'est vrai.
14:46Moi, je fume, je me bourre la gueule, je baise, je fais tout.
14:52Et je suis en parfait santé, tu vois ?
14:53Donc ça n'a rien à dire.
14:59Maintenant,
14:59ce qu'il me faut vraiment.
15:06Une fille.
15:08Il me faut une fille.
15:10Amenez-moi une fille.
15:13Il me fait rire, ce jeune-là, parce que c'est tellement loin de moi aujourd'hui que...
15:18Comment j'ai pu dire des conneries pareilles, vous ?
15:19Vous êtes d'accord pour dire que vous en avez bien profité ?
15:23Oui, je suis toujours là, vous voyez.
15:26J'ai cru au diable pendant longtemps, pendant des années, mais je n'y crois plus du tout.
15:31Il a fallu attendre 98 dans une interview du Monde à votre ami Rondeau pour que vous racontiez que ces chansons ne venaient pas de rien,
15:39venaient de la souffrance, venaient de la cocaïne aussi que vous avez prise le matin.
15:43Quelle a été la place de la drogue dans votre création ?
15:47Rien du tout.
15:49On croit qu'on fait des choses bien sous l'influence de la drogue,
15:52et puis quand on réécoute le lendemain à ce qu'on a fait,
15:55on dirait là, c'est tellement mauvais, il faut tout recommencer.
15:57Je suis contre ça.
16:00Aujourd'hui, je suis contre ça.
16:02Ça fait perdre, surtout l'essentiel,
16:05ça fait perdre énormément de sentiments humains qu'on peut avoir par rapport à d'autres gens.
16:11Ça a l'air bizarre, que ce soit moi qui le dise, mais je trouve que c'est de la merde.
16:16Et comment vous expliquez qu'à la grande époque, vous ne soyez pas mort, par exemple, d'overdose,
16:20comme les Morrison, comme votre ami Hendrix,
16:24qu'est-ce qui fait que vous avez échappé à la mort ?
16:26Parce que je n'ai jamais été au bout de ces choses-là.
16:28Je l'ai essayé parce que c'était l'époque, c'était les années 70,
16:34parce que tous mes amis à l'époque plus ou moins étaient des miliciens anglais ou américains.
16:41dont Jim Hendrix, qui vivait chez moi d'ailleurs quand il venait à Paris.
16:48Mais je n'ai jamais été très loin dans ces choses-là.
16:50J'ai toujours fait les choses avec eux pour essayer,
16:53mais je n'ai jamais persisté sur ces choses-là.
16:56Parce que c'est des choses qui me font peur.
16:57de perdre le contrôle de soi-même, c'est quelque chose qui m'a toujours fasciné quelque part,
17:03mais aussi qui me faisait peur.
17:04Est-ce qu'on peut chanter sur scène drogué ?
17:06Je ne l'ai jamais fait.
17:09Et qu'est-ce qu'il reste de ces nuits-là, de ces années-là, de ces rencontres-là,
17:12de ces amis de ces nuits-là ?
17:14Une grande gueule de bois.
17:16Rien d'autre ?
17:17Non.
17:17Aucun ami ?
17:18Non.
17:19Non, vous savez, les amis de la nuit ne sont pas les amis qu'on a à vie.
17:27Mais les pires gueules de bois avec Johnny ont toujours des lendemains qui chantent.
17:30Instinct de survie, sens du rebond et paradoxe du menteur.
17:34Derrière la fente de ses yeux, son boucle de tatar et son sourire d'ange fauve
17:38se cachent souvent l'espiéglorie du roublard.
17:41Un de vos copains dit que vous avez un autre métier que personne n'ignore,
17:43et c'est votre vrai métier, c'est menteur.
17:46Je suis assez menteur.
17:47Oui, ça je sais, mais enfin, je ne voulais pas en parler.
17:51Mais c'est un vice.
17:53Je ne peux pas m'en empêcher.
17:55T'adores ça, hein ?
17:56Ah, j'adore ça, ça va, c'est ce que je préfère.
17:59Mais pourquoi ?
18:00Je ne sais pas, pourquoi pas.
18:01Non, mais j'aime bien.
18:02En plus, j'ai un défaut aussi, je ne sais pas si c'est un défaut.
18:04J'aime bien, en général, foutre la merde.
18:07T'as un côté un peu provocateur.
18:09Non, pas béchamment, tu vois.
18:11Mais on raconte des histoires entre nos deux copains, foutre la merde.
18:15Après, je leur dis que c'était des bêtas, tu vois.
18:17Je veux dire, mais...
18:18Ah, mais t'aimes bien, quand même.
18:19J'aime bien, faisant un peu, oui, c'est là que c'est, c'est là que c'est temps.
18:22Ah, mais...
18:23Non, non, non.
18:30Ouais, attends, voilà.
18:34On ne me rappelle pas, enfin, pas moi, j'ai été...
18:37Ne me regarde même pas une seconde.
18:41Etici à...
18:42pas mal c'est vrai que j'aime bien foutre la merde ça me fait rire bon chacun ses trucs
19:01et mentir surtout tout le temps non pas tout le temps de temps en temps pour la légende pour
19:09s'amuser pour s'amuser vous êtes un taiseux les taiseux se taisent et observent vous avez beaucoup
19:16observé vous adorez c'est à dire que je n'aime pas il ya beaucoup de gens qui parlent beaucoup
19:23pour rien dire je veux dire et moi ça me ça m'a toujours amusé du nombre de choses que des gens
19:32qui parlent beaucoup peuvent dire qu'ils sont sans intérêt c'est formidable d'observer les
19:38gens je peux pas trop le faire parce que m'asseoir sur une terrasse de café c'est génial mais moi je
19:44peux pas trop faire parce que bon au bout d'un moment ça devient un peu gênant pour moi parce
19:50qu'on vient me voir mais je trouve c'est en observant les gens qu'on apprend le plus de choses je vous
19:57avez dit ça me dérange pas du tout de passer pour un con ça me permet d'observer oui bien sûr vous
20:02savez plus les gens pensent que vous êtes con moi il se méfie de vous vous avez souffert à une
20:09époque ça à une période où les intellos ne vous aimez pas non un télo ne veut pas dire intelligent
20:15non mais vous savez c'est très bizarre parce que vous venez de me dire les soi-disant les
20:25intellos ne m'aimait pas avant je ne saurais jamais vraiment qui c'est les intellos et puis quand j'ai
20:29fait le film avec godard j'avais je suis disant bon toute l'intelligentsia de gens soit disant
20:35un télo qui venait en disant vous êtes formidable et tout d'un coup mon image a changé parce que j'avais
20:39tourné avec godard alors que je suis directement pareil que avant d'avoir tourné le godard vous
20:45paraissez très serein moi je suis serein oui je crois que je suis dans une phase de ma vie où je n'ai
20:49vraisemblablement jamais été aussi heureux grâce à qui laetitia grâce à laetitia grâce à ma petite
20:55jade grâce à grâce à tout ce que j'aime vous diriez enfin j'ai réussi à avoir une vie de famille ce
21:05que j'ai cherché tout le monde vous savez j'ai jade qui qui grandit chez moi enfin j'en vois j'ai un enfant
21:14qui grandit chez moi et je crois que les la chose la plus merveilleuse c'était il n'y a pas très
21:20longtemps un soir j'étais dans la cuisine en train de dîner avec laetitia et puis elle bien vendé à
21:27quatre pattes dans la cuisine et le lendemain le lendemain qu'est ce qu'elle fait elle se lève elle
21:32marche et là j'ai vu pour la première fois j'ai vu un de mes enfants marcher pour la première fois et
21:38ça je vous jure c'est une émotion que je n'ai jamais que jamais rien d'autre n'a pu me donner ni la
21:45scène ni de ni de faire l'acteur dans un film ni de ni ni une course de voiture enfin c'est une
21:54émotion tellement particulière une émotion tellement explosive que de voir ce petit bout de chou que j'ai
22:01fait à quatre pattes la veille et là se mettre debout et faire ses premiers pas c'était quelque chose
22:07incroyable quoi c'est un papa merveilleux c'est au delà de mes espérances j'imaginais pas qu'il
22:14allait être comme ça avec elle et et il est un papa formidable il m'a beaucoup beaucoup porté toutes
22:22ces années pendant m'a beaucoup il avait penché mon chagrin il a su être là pendant toutes ces années
22:29où le désespoir n'en finit pas et qu'on n'y croit plus et que quand on dit que ça va jamais
22:36arriver que je serai jamais une maman que je pourrais jamais donner la vie que ce soit dans
22:40mon coeur ou dans mon ventre et il a toujours été là à mes côtés quelques jours après vous le découvrez
22:46en train de donner le biberon pour la première fois de sa vie j'étais étonné qu'il ait jamais donné un
22:51biberon et ni à david ni à laura et ça vous ça m'a bouleversé j'imagine qu'il va falloir donner une
22:59première chanson c'est laquelle c'est love me tender vous étiez là oui j'étais en larmes bien sûr et je
23:06et je je même si on je vis avec lui depuis dix ans le ce regard de papa qu'il a sur elle c'est
23:15merveilleux c'est un côté très protecteur il a sa vie a complètement changé et maintenant que
23:24vous êtes le soir à la maison vous chantez aussi des chansons votre fille je suis bien obligé ma
23:33fille adore m'entendre chanter mais c'est vrai que je n'ai jamais autant pris la guitare et chanter que
23:42depuis que jade est à la maison c'est vrai elle adore ça et je chante des chansons j'improvise des
23:47chansons aussi parce qu'au bout d'un moment mon répertoire mon répertoire ça falle un peu
23:51ça doit être magnifique pour vous de vous sentir enfin père je me souviens que david avait dit un
24:09jour de mon père des souvenirs de mon père j'ai le bruit de ses bottes lorsqu'il rentre le matin ça
24:13vous avez bouleversé cette phrase oui parce que je m'imaginais pas qu'il avait ressenti ça comme
24:19ça parce que moi j'étais très souvent en tournée que j'étais peut-être un peu jeune à l'époque comme
24:27père c'est vrai que quand david est né j'avais 23 ans et vous saviez pas ce que c'était qu'un père et
24:34je savais pas très bien ce que c'était un père étant donné que moi j'avais déjà pas eu de père alors j'ai
24:38eu beaucoup de mal à m'adapter je pense que ça est enfin le fait est là que c'est que mes enfants
24:45c'est mes enfants et je les aime
24:52c'est ça peut comme une lettre que je que je déclare à jade et vous dites à nouveau je fais des projets
25:12dans ma vie oui moi je moi c'est comme si je recommençais tout à zéro depuis qu'elle est là elle
25:21m'a donné redonner l'envie de retravailler voilà elle est mon inspiration et je voudrais faire quelque
25:30chose de de formidable qu'elle se rappelle toute sa vie même même même quand je serai plus là quoi
25:36janie puisqu'on se dit tout je crois que vous avez vécu un cauchemar ces dernières années avec ce
25:42soupçon de viol oui oui ça va oui parce que je prends pas compte quand même du mal que ces gens là
25:52ont fait avec leurs mensonges par rapport à ma femme par rapport à mes enfants par rapport à ma mère
26:00parce que les gens de ma famille était aussi sali que moi et c'est quelque chose que je pourrais jamais
26:07pardonner ça j'avais pardonné parce que il ya toujours un petit doute et je crois que c'est ça
26:14qui est le plus difficile est ce que c'était l'une des pires épreuves d'autre vie comme vous l'avez dit
26:17oui c'est là c'est si ça me donne envie de vomir cd ça me dégoûte c'est qu'on soit qu'on puisse être aussi
26:27absecte que ça à faire des déduits de faire des tels ramassis de mensonges je trouve ça ignoble et
26:34lorsque dans votre album vous criez comment fiche la paix vous pensez à ça aussi comme un petit peu
26:38c'est un petit peu un clin d'oeil à ça aussi vous savez c'est un peu par rapport à ça vous savez moi
26:42chaque fois je fais quelque chose on reprend j'ai monté une boîte de nuit avec mon beau père on n'a rien à
26:48se reprocher de rien ça a contenu avec l'adoption de jade madame chirac nous a pas pu s'aider que les
26:53autres madame chirac nous a mis dans un dossier avec d'autres dossiers qui ont été présentés en
26:57même temps et on a eu jade en même temps que les autres familles chaque fois qu'on fait quelque
27:04chose nous ça prend des petites choses comme ça ça devient ça alors au bout d'un moment il y en a
27:09ras le bol vous êtes très paradoxal c'est qu'à la fois on voit que vous avez peur de la vieillesse et on
27:13a l'impression que vous n'avez jamais été aussi heureux à l'âge que vous avez
27:16je suis heureux parce que j'ai trouvé mon équilibre je pense je suis arrivé à chasser
27:24mes vieilles démons il était temps parce que ça m'a duré un paquet d'années et oui c'est sans doute
27:33pour ça sans doute pour ça que je suis beaucoup mieux dans ma peau aujourd'hui est ce qu'on peut
27:37dire aujourd'hui que vous n'êtes plus survivant mais tout simplement vivant à je suis vivant et bien
27:42et que les cauchemars de l'enfance sont enfin un peu dissipés ils s'estompent de plus en plus
27:48merci johnny 40 ans ont passé je n'ai jamais triché j'ai tout fait tout défait je n'ai rien à regretter
28:01on dit que j'ai tout eu tout connu tout vécu j'ai tout pour être heureux pas le droit d'être mal heureux
28:16de mes jeunes années je n'ai rien oublié je vous les ai donné j'ai pas vu le temps passer
28:29et des amis sont partis ils ont quitté ma vie bien sûr j'ai pleuré puis je devais me cacher
28:42cette chanson que vous venez d'entendre est tiré du dernier album de johnny holiday ma vérité
28:51produit par universal album qui sort demain autre collector pour les fans ce livre de photos de
28:57sam bernet rock'n'roll attitude édité par albin michel en fin de jeunie sera en tournée dans
29:01toute la france à partir de juin 2006 avec notamment cinq dates à l'olympia du 4 au 9 décembre 2006
29:08voilà c'est la fin de ce 7 à 8 un peu spécial dédié à cet artiste hors du commun on se retrouve
29:14dimanche prochain à 18h50 pour un nouveau rendez vous d'information dans un instant le journal de la rédaction
29:19et la rédaction de tf1 éclair chassard dans flachette j'ai parti quand même du fan club
29:25je suis
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