00:00Vous connaissez très certainement cette œuvre d'Artemisia Gentileschi.
00:03Réalisée en 1612 et intitulée Judith des Capitans Holofernes,
00:06elle illustre une scène biblique, celle de Judith et sa servante
00:09venues trancher la tête du général Holofernes pour sauver leur ville des troupes assyriennes.
00:14Un thème qui inspirera de nombreux artistes, notamment le Caravage,
00:17et dont Artemisia Gentileschi s'emparera à l'âge de 19 ans.
00:21Artemisia a représenté souvent à des moments différents cette scène tout à fait tragique,
00:26mais là, le moment choisi, c'est vraiment celui de la mort de Holofernes,
00:30le moment le plus tragique, qui est vraiment emprunté à Caravage.
00:34On pourrait presque dire aujourd'hui que c'est une scène gore,
00:36c'est-à-dire vraiment la lame tranche la gorge de Holofernes,
00:41le sang gicle, c'est vraiment une scène d'une grande violence.
00:44D'autres tableaux d'Artemisia Gentileschi reprennent le thème de la femme vengeresse.
00:48Pour certains, il s'agirait d'une forme de catharsis,
00:50du viol dont elle a été victime à l'âge de 17 ans,
00:53et du procès extrêmement violent qui s'en est suivi.
00:55Les historiens de l'art qui ont redécouvert Artemisia Gentileschi au XXe siècle
01:00ont eu tôt fait d'associer ces tableaux ultra-violents,
01:05où l'on voit des hommes se faire tuer par des femmes fortes,
01:08à la vie d'Artemisia et à les estimer être ses propres choix.
01:13Il n'en est rien, évidemment.
01:14Artemisia ne choisit pas ses sujets, pas plus que ses collègues.
01:18C'est la mode, c'est les courants du goût qui déterminent les sujets des peintures,
01:23et surtout ce sont les collectionneurs, ce sont les clients qui demandent telle ou telle oeuvre, tel ou tel sujet.
01:29Mais on peut quand même se poser la question de son implication dans cette iconographie,
01:34parce qu'en effet, elle y met, je dirais, beaucoup du sien,
01:38et elle représente l'acte dans une violence tout à fait inouïe,
01:41et un peu inédite pour une artiste femme, pour une femme peintre.
01:47En 1620, Artemisia Gentileschi réalise une seconde version de son tableau.
01:51La violence s'est intensifiée, le sang du général gicle désormais sur le drap blanc immaculé.
01:56Ce n'est pas Artemisia qui a décidé de faire ses copies, et ses versions, et ses répliques.
02:01C'est le public, c'est les commanditaires.
02:03On est à l'aube de la période baroque, et il y a ce goût du public pour des choses très extrêmes,
02:09l'expression des passions, l'expression de la violence.
02:12Il existait en Italie un certain nombre de femmes peintres à l'époque d'Artemisia,
02:17mais presque toutes sont cantonnées dans des spécialités, je dirais, mineures,
02:22en tout cas par rapport à la peinture d'histoire.
02:25Artemisia est une grande artiste de palais, une grande artiste officielle,
02:31et donc elle adopte les mêmes sujets que les hommes,
02:35et en ça, elle est tout à fait différente de ses collègues.
02:37Il y a très peu d'artistes de son niveau, si vous voulez,
02:40qui travaillent au même niveau que les hommes,
02:42et d'ailleurs, à la fin de sa carrière, à Naples,
02:45elle dirige un atelier d'une vingtaine de personnes,
02:48et c'est elle qui est la patronne.
02:49C'est quelque chose qu'on a redécouvert au XXe siècle,
02:52et à cause du procès, d'une certaine façon, on l'a redécouvert pour une mauvaise raison.
02:57C'était une personnalité de tout premier plan, je dirais, dans le concert des arts,
03:00au début du XVIIe siècle en Europe.
03:02C'est vraiment une personnalité européenne,
03:05et c'est quelque chose que nous essayons de montrer dans l'exposition.
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