00:00Bonjour à tous, merci de nous suivre sur BFM2, période de suspension des travaux à l'Assemblée nationale et au Sénat pour l'été.
00:07A l'occasion de revenir sur une année de travail parlementaire, une année particulière après la dissolution et marquée par la censure du gouvernement de Michel Barnier.
00:17Bonjour Arthur Delaporte, merci d'être avec nous sur BFM2.
00:21Vous êtes député socialiste du Calvados, je le rappelle, on va prendre le temps d'évoquer ensemble cette année très politique.
00:30Déjà pour commencer, en un mot, comment vous qualifieriez justement cette année satisfaisante, éreintante ou désespérante ?
00:40Je dirais éreintante et singulière à la fois parce qu'il y a quelque chose de particulier pour la première fois depuis finalement le début de la Ve République à ne plus avoir de véritable majorité.
00:53Alors on pourrait dire que ça a déjà commencé en 2022 puisqu'il y avait déjà une difficulté pour les macronistes à faire le total.
01:00Mais ils avaient un appoint très régulièrement avec les Républicains qui leur permettait finalement, à partir du moment où ils avaient un accord, de faire passer largement des textes.
01:10C'était la même chose aussi souvent avec l'Irte.
01:12Aujourd'hui, il n'y a plus rien de tout ça.
01:14Les macronistes, à eux seuls, ne sont pas suffisants, même si on ajoute LR, pour avoir une majorité.
01:21Donc ils doivent composer et chercher à chaque fois, sur chaque texte, à construire des espèces de coalitions de circonstances.
01:29Mais ça les rend extrêmement vulnérables et ça rend même la discussion de chaque texte devenir un combat de chaque instant.
01:37Puisque finalement, vous pouvez avoir un accord globalement d'un des camps.
01:42Par exemple, la plus souvent, c'est le Rassemblement national qui va dire « nous, on n'est pas contre ce texte ».
01:47Mais derrière, qui va faire buter la majorité sur un certain nombre de points à l'intérieur de ce texte, qui va conduire à les modifier frontalement et fondamentalement.
01:58Et donc, se retrouver avec des textes monstrueux, au sens où il y a des parties du texte qui vont être sabrées, des parties du texte qui vont être rajoutées de façon imprévue.
02:09Et donc, bien souvent, la majorité, entre guillemets, va voter contre son propre texte, ce qui rend ces débats particulièrement fatigants,
02:18parce que ça demande beaucoup de présence puisqu'il n'y a pas de majorité, et en même temps incertain.
02:22Donc voilà, ça donne une vision singulière du Parlement.
02:27Vous pensez à quoi, par exemple, la loi Duplon sur la réintroduction de néonicotinoïdes, la fin des ZFE, par exemple, que l'on a vu aussi ?
02:35Voilà, vous pouvez prendre le projet de loi sur la simplification de la vie économique,
02:43qui a vu un peu comme un comité de la hache ou une forme de néo-trumpisme venir s'ajouter des suppressions d'instances administratives
02:51qui n'avaient, la plupart du temps, aucun rapport avec le sujet de la simplification économique.
02:57Donc là, vous évoquez à l'instant les ZFE, qui n'étaient pas du tout prévus.
03:01Alors à la fin, ça ne sera pas forcément dans la copie finale.
03:04Enfin, en tout cas, peut-être pas comme ça.
03:06Je ne sais pas à quoi ressemblera la version définitive, parce qu'il y a toujours aussi l'étape de la commission mixte paritaire,
03:12donc la discussion avec les sénateurs qui vient remodifier à la fin chaque texte.
03:18Mais oui, il y a ici un véritable enjeu sur tous ces textes, que ce soit sur celui que vous évoquez,
03:25sur la loi Duplon, en effet, sur les néonicotinoïdes, où il y a eu une surenchère à chaque fois.
03:30Donc ça a contribué à dénaturer, en effet, les différents textes, ou encore récemment aussi, sur la question de l'audiovisuel public,
03:37où les macronistes ont voté contre leur propre texte, au début même des débats, pour éviter qu'il y ait un débat en hémicycle.
03:45Ça soit renvoyé au Sénat, c'est en train de devenir une mauvaise habitude d'ailleurs.
03:48Oui, au Sénat aussi, on a vu vendredi des débats un peu particuliers avec cette décision de vote unique prise par Rachida Dati.
03:57Si vous êtes député depuis trois ans maintenant, Arthur Delaporte, est-ce que vous avez ressenti une différence d'ambiance,
04:03peut-être dans l'hémicycle, entre votre mandat 2022-2024 et depuis cette année ?
04:11Oui, et pourtant, déjà entre 2022 et 2024, l'ambiance était singulièrement différente par rapport aux législatures précédentes
04:18que j'avais pu observer sans être député, mais j'accompagnais des députés, j'étais collaborateur politique sous Hollande par exemple.
04:27C'était en effet beaucoup plus simple d'une certaine manière, même s'il y avait parfois un peu de sinistrose, on va dire ambiante,
04:35de sentiments d'inutilité, ça existait déjà.
04:37Mais ce qui est différent aujourd'hui, c'est que comme les votes se jouent parfois à une voix, à deux voix,
04:45il y a un stress permanent, on va dire, revenez, courez, vite, dépêchez-vous, on peut gagner, on peut perdre à une voix,
04:52et puis à la fin, finalement, l'article est supprimé, le texte entier est rejeté, donc tous les débats n'ont servi à rien.
04:58Donc voilà, il y a à la fois le sentiment de l'urgence et le sentiment parfois, souvent, de se dire à quoi tout ceci sert,
05:06puisque à la fin, même si on a gagné un vote, il n'est pas pris en compte, on revient dessus en catimini, etc.
05:12Donc voilà, il y a quelque chose qui peut être à la fois très frustrant, mais en même temps, voilà, de passionnant,
05:19parce que chaque voix compte, et donc chaque parole portée peut avoir un effet, chaque présence peut avoir un effet,
05:25même si c'est évidemment toujours très compliqué à gérer.
05:29Oui, et justement, quand vous retournez en circonscription, que vous disent les normands quand ils voient ces images,
05:35parfois vraiment houleuses à l'Assemblée nationale ?
05:40C'est vrai que cette...
05:42On va dire, comme l'hémicycle est devenu un espèce de chaudron où tout peut bouger,
05:49donc ça donne quelque chose d'extrêmement instable,
05:51il y a aussi évidemment des fois des moments un peu violents,
05:57ça donne une image en effet qui n'est pas forcément toujours très bonne et très bien perçue.
06:02Et donc, quand on revient, quand on rentre en circonscription,
06:05c'est-à-dire que finalement toutes les semaines, la moitié de la semaine, on est à Paris,
06:08l'autre moitié en circonscription,
06:10moi, quand les gens me disent, mais enfin, qu'est-ce que vous renvoyez comme image ?
06:14Et je leur dis, en effet, mais c'est la conséquence aussi d'un déséquilibre au sein du Parlement,
06:22mais qui, d'une certaine manière, fait de notre hémicycle le cœur battant de la démocratie.
06:27Moi, je fais partie de ceux qui croient dans le parlementarisme.
06:30Même si j'aurais préféré, évidemment, qu'il y ait une large majorité à gauche,
06:34voilà, c'est ce que j'aurais préféré.
06:36Aujourd'hui, je considère que l'Assemblée est à l'image de la société.
06:39Elle est globalement représentative des différents courants de pensée.
06:43Et donc, bon, ben voilà, ça donne quelque chose qui est souvent surprenant,
06:48parfois agaçant, parce que les débats peuvent être caricaturaux,
06:52mais en même temps, ça renvoie aussi à la pluralité du débat.
06:56Et il faut aussi dire que c'est sain d'avoir un Parlement qui fonctionne.
07:00Donc, moi, même s'il ne fonctionne pas de la manière qu'on souhaiterait,
07:04les débats ont lieu.
07:05Et je fais partie des défenseurs du Parlement,
07:08même si ce n'est jamais quelque chose d'évident,
07:11et même si, voilà, il y a toujours ce travail de pédagogie à faire,
07:14parce que, voilà, il y a des débats qui sont diffusés,
07:17mais on prend toujours les moments où ça fait le buzz.
07:20Si on regarde plus largement ce qui se passe dans l'hémicycle,
07:23et moi, j'accueille assez régulièrement des groupes à l'Assemblée nationale,
07:26ils me disent, ah ben tiens, c'est plus calme que l'image qu'on s'en faisait.
07:29Et c'est bien souvent le cas.
07:31Une Assemblée fracturée un peu comme la France sur les idées.
07:36Est-ce que vous croyez en l'hypothèse d'une possible nouvelle dissolution,
07:40peut-être à la fin de l'année, en tout cas si une nouvelle censure
07:43pourrait avoir lieu après notamment l'examen de la question du budget à l'Assemblée ?
07:48Moi, je ne croise à rien, mais je me prépare à tout,
07:53parce que personne n'avait prédit vraiment la dissolution,
07:57et demain, personne ne peut savoir ce qu'il en sera.
08:00Mais je suppose qu'Emmanuel Macron a vu les conséquences de ses choix hasardeux,
08:06et qu'il avait reculé dans l'hémicycle, qu'il avait perdu du pouvoir.
08:11Et je ne crois pas qu'il soit en capacité demain, s'il dissout,
08:13par exemple en novembre ou en décembre,
08:16de regagner quelques places à l'Assemblée nationale,
08:19et donc qu'il n'y ait pas de changement fondamental dans les équilibres
08:22qui sont les nôtres actuellement.
08:24Et donc ça serait une dissolution coup d'épée dans l'eau
08:26qui nous ferait perdre plus de temps qu'autre chose,
08:28en particulier sur la nécessaire adoption d'un budget.
08:31Donc une démission d'Emmanuel Macron serait une hypothèse dans ce cas-là ?
08:36Je n'y crois pas plus, vous savez, je pense qu'il est parti jusqu'en 2027,
08:39il ne va pas lâcher le pouvoir pour l'ombre.
08:43Donc non, non, je ne crois pas qu'Emmanuel Macron non plus soit en mesure de démissionner.
08:48Mais voilà, encore une fois, je ne peux rien prédire.
08:52Juste vous dire la manière dont je analyse les choses aujourd'hui.
08:55Je crois qu'ils montrent, les macronistes, qu'ils arrivent,
08:57malgré leur faiblesse numérique, à faire passer quelques textes,
09:03à continuer à gouverner de manière brinque-ballante,
09:07et peut-être qu'ils s'en satisfont.
09:09Une dernière question, Arthur Delaporte.
09:11On a parlé de cette année, évidemment, marquée par les questions budgétaires,
09:16là aussi, on s'en souvient, au début d'année, évidemment, après la censure.
09:19La rentrée sera à nouveau, et l'automne, marquée par ces débats-là à l'Assemblée.
09:24Quelles sont vos craintes ?
09:25Et qu'est-ce que vous espérez de ces débats à venir,
09:28et notamment des annonces de François Bayrou, cet après-midi ?
09:32J'attends une chose, c'est que François Bayrou se rende compte que la politique qui est menée depuis huit ans
09:38est particulièrement injuste, particulièrement inégalitaire,
09:42en particulier en faveur des classes les plus aisées, des ultra-riches,
09:47et donc qu'ils disent que, oui, demain, ils vont taxer les super-riches.
09:51Voilà, ça permettrait d'équilibrer le budget.
09:52Bon, mais peut-être que je me fais, une fois encore, des illusions sur leur capacité
09:58à voir les effets réels de leur politique injuste.
10:01Mais voilà, ça, c'est mon côté raisonnablement optimiste.
10:06Merci beaucoup, Arthur Delaporte, d'avoir été en direct avec nous sur BFM2,
10:10député socialiste du Calvados, pour tirer le bilan de cette année parlementaire.
10:16Évidemment, on retiendra ce terme d'année singulière que vous nous avez qualifié pour parler.
10:22Évidemment, de ces débats après la dissolution, évidemment, de l'an dernier,
10:28on s'en souvient, on continuera sur BFM2 cet été,
10:32à vous dresser ce bilan, évidemment, politique de cette année
10:37et de la rentrée qui s'annoncera, elle, à nouveau, très politique.
10:40Elle aussi, évidemment. Restez bien avec nous sur BFM2.
10:43Merci à tous, très bonne journée.
10:44Merci.
10:45Merci.
10:46Merci.
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