00:00Le Premier ministre doit remettre au Président de la République la démission du gouvernement.
00:10Monsieur le Premier ministre, nous faisons aujourd'hui l'histoire.
00:13Vous, parce que vous allez être le seul Premier ministre à être censuré depuis Georges Pompidou en 1962.
00:20Moi, parce que j'ai l'honneur de porter cette notion de censure.
00:24Le pouvoir n'est plus à l'Elysée, le pouvoir n'est plus à Matignon.
00:28Le pouvoir est ici, à l'Assemblée nationale.
00:31Il faut en finir avec l'approche verticale du pouvoir, qui est aujourd'hui mise en échec.
00:36En fait, les seules lignes rouges qui ont été abandonnées depuis trois mois, ce sont finalement celles de vos députés.
00:42À aucun moment, aucun, vous n'êtes entré en dialogue avec l'opposition de la gauche et des écologistes.
00:48Les seuls compromis que vous étiez prêts à admettre étaient ceux négociés avec vous-même.
00:53Ce budget ne s'adresse pas seulement à la France, il prend en otage les Français.
00:58Et singulièrement les plus vulnérables.
01:00Les retraités modestes, les personnes malades, les travailleurs pauvres.
01:05Les Français considérés comme trop riches pour être aidés, mais pas assez pauvres pour échapper au matraquage fiscal.
01:12Ces Français qui se posent tous une unique question, où va l'argent ?
01:21Vous n'avez même pas esquissé le moindre mouvement en faveur des amendements adoptés dans cette chambre.
01:26Ni dans le budget de la sécurité sociale, où pourtant nous réglions une grande partie des déficits des comptes sociaux
01:31en faisant, par exemple, cotiser les dividendes.
01:35Ni dans le budget de l'État, où pourtant nous apportions 56 milliards d'euros en revenant sur les cadeaux fiscaux
01:41faits éhontément aux ultra-riches et aux très grandes entreprises depuis 2017.
01:46Je vous confirme que oui, nous avons dû faire des efforts.
01:50Oui, nous avons dû faire des compromis pour aider le gouvernement et garantir la stabilité.
01:54Le choix que nous avons à faire, chers collègues, il est parfaitement clair.
01:57L'intérêt du pays ou l'intérêt des partis.
02:00Le choix de la responsabilité ou le choix du chaos.
02:05Ce choix, monsieur le Premier ministre, cher Michel, c'est celui que vous avez fait depuis trois mois.
02:12Avec dignité, avec respect, avec droiture.
02:19Je veux vous rendre hommage parce que ce comportement contraste tellement avec le visage qu'offre
02:24certains ici sur les bancs de cet hémicycle.
02:26Arrêtez ce mauvais coup porté au pays qui consiste à dire, après moi, le déluge.
02:31Le chaos est déjà là.
02:33Il est politique, économique et social.
02:37Ce n'est pas la politique économique que nous voulons qui explique les chiffres catastrophiques du déficit,
02:43les plans de licenciement massifs, le chômage qui remonte,
02:46l'incapacité à faire face aux besoins en matière d'investissement écologique.
02:50C'est votre politique économique et fiscale qui a consisté à appauvrir le pays
02:55au bénéfice des ultra-riches et du capital.
02:58Et pour le plus grand malheur du reste du pays.
03:02Et après votre chute, il y aura, tôt ou tard, un budget pour l'État.
03:06Arrêtez de faire croire que la lumière s'éteindra.
03:09La loi spéciale évitera toute shutdown.
03:12Elle permettra de passer la fin de l'année en décalant de quelques semaines l'examen du budget pour 2025.
03:17Et contrairement à votre propagande, cela ne fera pas payer d'impôts de plus aux Français
03:22puisque cette loi n'aura pas vocation à durer plus de quelques semaines.
03:26La politique du pire serait de ne pas censurer un tel budget.
03:31Un tel gouvernement, un tel effondrement.
03:34Dans pareilles situations, il y a tant à dire.
03:37Tant à dire sur l'alliance entre LFI et l'ERN qui est en train de se nouer.
03:42Fidèle à l'analyse de Tocqueville qui écrivait qu'en politique,
03:49la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés.
03:54La réalité, madame Le Pen, c'est que vous vous apprêtez à voter.
03:58Vous vous apprêtez à voter pour ceux qui traitent les policiers d'assassins.
04:02La réalité, madame Le Pen, c'est que vous vous apprêtez à voter
04:05pour ceux qui traitent les terroristes de résistants.
04:08La réalité, madame Le Pen, et honnêtement, la dignité vous imposeraient
04:12un autre comportement dans cet hémicycle.
04:14Il est manifestement devenu plus convenable de parler avec l'extrême droite
04:19qu'avec la gauche et nous ne pouvons nous résoudre à cela
04:22comme nous ne pouvons nous résoudre à la trahison du front républicain
04:26qui justifie à elle seule cette motion de censure.
04:29Je le dis ici, j'ai trop de respect pour la fonction suprême,
04:33de déférence à l'égard de nos institutions,
04:36de révérence vis-à-vis du suffrage universel
04:39pour participer à une quelconque entreprise, même parlementaire,
04:43de demande de destitution.
04:46Je laisse cela aux tchégévaristes de Carnaval
04:49qui sans nul doute se reconnaîtront.
04:51Je crois que ce que demandent les Français, c'est en somme
04:54moins de bruit et plus d'action, se taire quand on n'a rien à dire
04:58et agir quand on a la chance de pouvoir le faire.
05:01Monsieur le Premier ministre, après votre censure,
05:04il nous reviendra à l'Assemblée nationale de construire un budget
05:07qui viendra réparer ce que vous et vos prédécesseurs avez cassé,
05:11qui viendra combler le trou budgétaire que vous avez.
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