00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:03Il est 18h41, bonsoir Jean-Éric Branard.
00:06Bonsoir Yves Calvi.
00:07Vous êtes spécialiste de la politique américaine, merci de nous rejoindre sur RTL en cette journée d'indépendance.
00:13Nous sommes le 4 juillet, jour de fête nationale aux Etats-Unis.
00:16Et pour fêter ça, en plus de décélébration, Donald Trump va signer ce soir, je cite, sa grande et belle loi budgétaire.
00:23C'est son texte.
00:23Le texte vient d'être adopté par le Congrès américain, malgré la réticence de certains républicains.
00:29Trump l'a décrit comme une déclaration d'indépendance face au déclin national.
00:33Expliquez-nous, de quoi parle-t-on exactement ?
00:36D'abord, très bonne fête d'indépendance à tous ceux qui nous écoutent et qui sont américains, puisque c'est quand même une très grande journée.
00:43Maintenant, c'est vrai que Donald Trump utilise beaucoup d'emphase pour cette loi.
00:48Alors, disons-le tout de suite, c'est du marketing.
00:50On est avec des noms publicitaires.
00:52Mais si on regarde de plus près ce dont il s'agit, on a de quoi être déçu quand même,
00:57puisque Donald Trump promettait en réalité beaucoup plus.
01:01Mais il a eu affaire d'abord à sa chambre des représentants, puis à son Sénat,
01:06et surtout à la responsable du Sénat qui a édulcoré ce texte,
01:12puisque beaucoup de ce qu'il y avait mis, c'était un vrai fourre-tout, a été retiré à la sortie.
01:17Alors, on arrive aujourd'hui quand même avec un texte voté, dans un temps très court.
01:23Il faut quand même le remarquer.
01:26Son premier texte, lors de son premier mandat, avait été voté en décembre.
01:30Donc là, on est en avance.
01:32Ceci dit, ce n'est que la répétition de ce fameux texte qui avait été voté en décembre 2017,
01:38c'est-à-dire des baisses d'impôts, principalement pour les entreprises ou les gens très riches.
01:43Il faut quand même préciser cela.
01:45Si vous avez un revenu supérieur à 150 000 dollars, et encore mieux, à 750 000 dollars,
01:51vous avez des chances de faire quelques affaires avec ce texte.
01:54Si vous êtes, comme la plupart des Américains, dans un salaire moyen, à 40 000 dollars,
01:58eh bien, c'est très limité.
02:00Vous avez environ 20 dollars de réduction d'impôt par mois.
02:05C'est ça, c'est pour les données brutes.
02:07Mais alors, peut-on quand même parler de victoire majeure pour Donald Trump, Jean-Éric Branat ?
02:13On peut parler de victoire.
02:16Alors, majeure, c'est des mots qui ne veulent vraiment rien dire.
02:19On sera tous d'accord.
02:20Mais on peut parler de victoire parce que ce qu'il a réussi à faire,
02:23ce qu'il a fait passer, c'est quand même l'idée qu'il fallait attaquer l'immigration.
02:30Et donc, il y a un très fort volant en faveur de l'ICE, la police des frontières,
02:36et de tout ce qui concerne la lutte contre l'immigration,
02:40des locaux qui vont permettre d'enfermer les migrants,
02:43des bracelets électroniques pour les empêcher de partir.
02:47Voilà, beaucoup de choses comme ça qui coûtent assez cher,
02:49des drones pour surveiller la frontière.
02:51Il y a même un petit peu de fond pour le mur.
02:54Vous savez, ce fameux mur dont on parlait tant pendant son premier mandat
02:57et dont on ne parle quasiment plus.
02:59Bon, il ne finira pas.
03:00Là, il a de quoi faire environ 400 à 500 kilomètres.
03:04Ça va avancer quand même un petit peu.
03:06Mais comme il y a beaucoup de réparations à faire sur le mur existant,
03:09on risque de ne pas aller au bout.
03:12Et pour le reste, il y a, à mon sens, une disposition qui est très intéressante,
03:18qui est 25 milliards pour les hôpitaux dans les zones rurales.
03:25Parce qu'aujourd'hui, pour aller trouver un hôpital,
03:28il faut faire 100 kilomètres quand on est aux zones rurales.
03:31Donc, ça peut être très problématique.
03:33Et là, il s'agit de rapprocher les citoyens des hôpitaux
03:38en consolidant ce qui existe,
03:41peut-être en mettant des mesures intermédiaires,
03:43voire de la médecine à distance.
03:46Pardonnez-moi, vous nous dites que la première puissance économique au monde
03:49manque d'hôpitaux ?
03:51Ah oui, oui, absolument.
03:52Mais elle manque absolument de tout au niveau santé.
03:54Et d'ailleurs, dans ce texte, ce qui pose problème,
03:57c'est que désormais, pour avoir droit à Medicaid,
03:59c'est-à-dire l'assurance santé pour les plus pauvres,
04:01qui est donc l'aide d'État,
04:03eh bien, il faudra donner de son temps,
04:05soit à des associations, soit à l'État.
04:07Il faudra travailler.
04:08Alors, je ne peux pas vous dire combien de temps,
04:10puisque ce sera sur la base du volontariat dans les États,
04:12ils vont décider dans combien de temps il faudra travailler.
04:17On prévoit qu'il faudra donner environ 20 heures
04:20pour avoir droit à cette aide.
04:23Mais ça, c'est une vieille idée américaine
04:24qui, même depuis le début du XXIe siècle,
04:29on a cette idée que les aides doivent être retirées
04:33et qu'il faut donner quelque chose en échange.
04:35Donc, Donald Trump ne fait que poursuivre
04:38ce qui était déjà assez largement réclamé
04:42depuis très longtemps par la classe politique américaine.
04:45Mais très concrètement,
04:46quelles vont être les conséquences de cette loi
04:48pour l'économie américaine ?
04:51Alors, elle ne devrait être pas mauvaise,
04:54puisque c'est les entreprises qui bénéficient de cet argent.
04:59Beaucoup, beaucoup, beaucoup d'allègements d'impôts
05:04pour les entreprises ou de déductions fiscales de toutes sortes.
05:07Et plus elles sont grosses, plus elles touchent.
05:09C'est un peu le principe chez Donald Trump.
05:11Ils considèrent que ceux qui sont très riches
05:13donnent beaucoup d'emplois à d'autres.
05:16Donc, ils ont droit à plus d'aide.
05:19C'est là où il y a un vrai différentiel avec les démocrates
05:23qui veulent répartir les richesses entre tout le monde.
05:27Mais les entreprises sont les grandes gagnantes,
05:29effectivement, dans ce package,
05:34avec quand même un point qui pose problème,
05:37c'est la dette.
05:39Et là où on avait promis l'élimination du déficit en 10 ans,
05:43on se retrouve avec un creusement de la dette
05:45de près de 4 000, entre 3 400 et 4 000 milliards de dollars
05:49d'ici 2032.
05:52Donc, Donald Trump, en réalité, va faire payer tout le monde
05:55et pour très longtemps.
05:57Alors, Jean-Éric Branat, la semaine prochaine sera marquée
05:59par la fin du moratoire de 90 jours
06:01dessiné par Donald Trump sur ses droits de douane
06:04réciproques à l'encontre des importations du reste du monde.
06:08D'abord, est-ce que vous pouvez nous rappeler
06:10en quelques mots de quoi il s'agit ?
06:11Plus de 170 pays allant de Taïwan à l'Union Européenne
06:14seraient concernés.
06:15La valeur des droits de douane variera entre 60 et 70%
06:19ou 10 ou 20% a prévenu Trump.
06:21C'est du Trump dans le texte, non ?
06:24Oui, ce qu'il faut comprendre, c'est que Donald Trump
06:26avait promis beaucoup aux citoyens
06:28et que ça devait être financé par les tarifs douaniers.
06:31C'est-à-dire que chaque produit qui rentre dans le pays
06:34allait être taxé et tout cet argent
06:36devait être ensuite reversé aux Américains.
06:38D'abord, il avait promis qu'il y avait une suppression
06:41de l'impôt sur le revenu.
06:42Ça ne peut pas se faire puisque pour l'instant,
06:43ces mesures tarifaires n'ont pas fonctionné.
06:46Il avait annoncé au départ un tarif global de 20%
06:50sur tous les produits européens,
06:52puis de 50%.
06:53Finalement, il a redescendu à 10%
06:56avec ce moratoire que vous signaliez.
06:58Moratoire qui s'arrête.
06:59Et s'il n'y a rien de signé d'ici le 9 juillet,
07:02il va y avoir des taxes automatiques de 20%,
07:04voire 50% pour certains produits
07:06qui vont s'appliquer.
07:07Donc, un vrai choc pour l'Europe.
07:09Et c'est vrai que là, on a de quoi être inquiets
07:13puisque Donald Trump ne pourra pas reculer
07:16une fois de plus sans se couvrir de ridicule.
07:19Il faut quand même le dire.
07:21Même si les marchés financiers commencent à tanguer ?
07:24Mais même si les marchés financiers, ça commence déjà.
07:26Oui, c'est pour ça.
07:28Il a déjà reculé à cause de ça.
07:30Oui, il a déjà reculé à cause de ça.
07:32Mais actuellement, il est de son avis
07:37sur une pente ascendante
07:40qui en réalité, comme je le disais à l'ouverture,
07:42c'est surtout des phrases publicitaires
07:45puisqu'il n'y a aucune ascendance
07:47et aucune réalité forte pour les Américains
07:51au jour le jour.
07:53Mais vis-à-vis de tout ce qu'il avait annoncé d'autre
07:56pour que les Américains aient l'impression
07:59qu'il se passe quelque chose,
08:01il va bien falloir qu'il fasse rentrer de l'argent
08:03et qu'il y ait une réussite quelque part.
08:07Vous savez, bombarder l'Iran,
08:09puis dire qu'on a fait la paix,
08:11faire une grande loi
08:12qui finalement ne bénéficie pas aux Américains,
08:17si ce n'est, comme je l'ai dit,
08:1820 dollars par mois,
08:20ce n'est pas suffisant.
08:22Il va y avoir du mécontentement
08:23extraordinairement puissant très rapidement,
08:26surtout si, comme on le pense,
08:28l'économie commence à payer le prix
08:31de cette guerre qu'il y avait eue,
08:34guerre tarifaire, au début de son mandat.
08:36Donc là, il va falloir qu'il montre sa force
08:39et les muscles
08:39et on peut s'attendre effectivement
08:42à un moment très difficile à passer pour les Européens.
08:46On a parfaitement compris
08:47que la fin de ce mandat serait bien particulière.
08:49Merci infiniment Jean-Éric Branat,
08:51spécialiste des Etats-Unis.
08:52Je rappelle votre livre
08:53sur les textes fondateurs de la Révolution américaine,
08:56expliquées et commentées,
08:58parues aux éditions Ellipse.
08:59Dans un instant, Agnès,
09:00nous allons voir de belles bleues,
09:01des très jolies rouges,
09:02des mauves, des jaunes,
09:03des pauvres, des paraboliques.
09:05Direction Cannes
09:05pour le Festival d'art pyrotechnique.
09:07J'ai hâte !
09:08RTL Soir
09:10Yves Calvi et Agnès
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