00:00C'est un constat, depuis les années 2020, le marketing d'influence a connu une véritable
00:12révolution. Fini le temps où seules les célébrités dictaient vraiment les tendances.
00:20En fait, nous assistons à une démocratisation de l'influence où de simples blogueurs culinaires,
00:26passionnés de mode ou experts en bricolage, peuvent devenir des leaders d'opinions
00:32influents sur TikTok, Snapchat, Instagram, YouTube. Cette transformation a donné naissance
00:40aux « call », aux « key opinion leaders », ces personnalités ordinaires qui ont su
00:47gagner la confiance de leur communauté par leur autonomicité et leur expertise dans
00:53des domaines spécifiques dits de niche. Alors aujourd'hui, les entreprises adaptent leur
00:59stratégie d'influence en conséquence. Elles privilégient de plus en plus les partenariats
01:04avec des micro-influenceurs, c'est-à-dire les influenceurs qui comptent entre 10 000 et 100 000
01:10abonnés, réputés plus authentiques, plus proches de leurs audiences, plutôt qu'avec
01:16des macro-influenceurs dépassant le million d'abonnés. Cette approche d'influence permet
01:23en effet un engagement plus élevé et une meilleure conversion, tout en étant plus accessible
01:29financièrement. Pourtant, un travail scientifique publié en 2023 dans le Journal of Business Research
01:35vient bousculer nos certitudes en marketing d'influence. Contre toute attente, ce travail révèle
01:44que l'achat de faux abonnés, une pratique largement décriée, pourrait être bien plus
01:50efficace qu'on ne le pensait. Cette découverte met en lumière ce que les chercheurs appellent
01:55l'effet du simple nombre. En fait, les consommateurs perçoivent un influenceur comme plus puissant
02:02simplement parce qu'il affiche un grand nombre d'abonnés, même lorsqu'ils savent que certains
02:08sont artificiels. Cette réaction s'explique par notre tendance naturelle à associer popularité
02:15et statut social. Le nombre d'abonnés sert de raccourci mental pour évaluer l'influence potentielle
02:22d'une personnalité. Il s'agit de là d'un biais cognitif, profondément ancré, qui fait
02:28que nous percevons comme plus attractifs ceux qui occupent une position importante dans leur
02:34réseau, dans leur réseau social. Et la recherche en question confirme cette hypothèse
02:38de manière robuste. Même lorsque les participants étaient explicitement informés de la présence
02:44de faux comptes, leur perception du pouvoir d'influence restait positivement corrélée
02:51au nombre total d'abonnés. Donc nous sommes ici très loin de l'idée selon laquelle l'achat
02:57de followers, de faux abonnés nuiraient à la crédibilité. Cependant, cette stratégie
03:04n'est pas infaillible. Une variable vient modérer cet effet. Il s'agit de l'expertise
03:11démontrée de l'influenceur. Quand un créateur de contenu fait preuve d'une expertise reconnue
03:17dans son domaine, les consommateurs se fient moins au simple décompte d'abonnés pour évaluer
03:25son influence qu'à son expertise. Donc tous ces résultats révèlent en fait un paradoxe
03:32troublant. Dans un marché qui prône l'authenticité, la tromperie peut paradoxalement fonctionner.
03:41Elle explique la persistance de pratiques que l'on croyait contre-productive et remet
03:46en question notre compréhension des mécanismes de persuasion des digitales. Pour les marques,
03:52ces insights suggèrent qu'elles doivent affiner leurs critères de sélection d'influenceurs en ne
03:58se fiant pas uniquement aux métriques de surface, mais bien à l'expertise et à la notoriété
04:05réelle des influenceurs. L'expertise et la notoriété restent in fine les seuls remparts
04:13en effet contre cet effet de nombre trompeur.
Commentaires