- il y a 7 mois
Documentaire le Film Les dents de la mer (1975) un succes monstre ARTE Cinema
ARTE Site officiel : https://www.youtube.com/@arte
ARTE Site officiel : https://www.youtube.com/@arte
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Bienvenue sur l'île d'Amiti, plus connue sous le nom de Marta's Vineyard.
00:19Et il n'y a aucun requin à signaler.
00:20En 1975, le réalisateur Steven Spielberg fait trembler le cinéma mondial
00:31et la paisible communauté d'Amiti, avec une mâchoire meurtrière, un aileron et deux petites notes iconiques.
00:40Vous voulez parler de la musique ?
00:43Réveillant en nous une peur primitive, les dents de la mer réédite pour la baignade,
00:54ce que Psychose avait fait pour la douche.
00:58Il traumatise des générations de spectateurs.
01:03Et sur les plages, il y aura clairement un avant et un après.
01:07J'ai voulu que tout le monde ait peur de ce que j'avais peur.
01:13Mais à 27 ans, Spielberg ne se contente pas de signer le plus gros carton du cinéma jusqu'alors.
01:21Il lance aussi une des premières franchises, et vient surtout, sans le savoir,
01:26de trouver une formule commerciale magique.
01:30Une formule qui révolutionne la manière de produire et consommer un film.
01:34Hollywood va en effet faire des dents de la mer, le prototype des blockbusters de l'été,
01:44ses superproductions lancées chaque année, à grand renfort de marketing.
01:48On ne s'attendait pas à un tel succès.
01:50On s'attendait plutôt à un désastre.
01:53Météo d'enfer,
01:55casting explosif,
01:57requin mécanique en grève et équipe au bord de la crise de nerfs.
02:01Le tournage était pourtant au bord du naufrage.
02:08Mais comme par miracle,
02:10ce sont les galères et les accidents
02:12qui ont transformé ce petit film de suspense aquatique
02:16en chef-d'oeuvre précurseur.
02:1750 ans après,
02:39le présentateur vedette Stephen Colbert
02:41s'amuse encore du choix surprenant de Steven Spielberg
02:44et de son compositeur John Williams
02:46pour la musique des dents de la mer.
02:51Une partition minimaliste,
02:54très loin de l'univers symphonique habituel du musicien,
02:57qui a créé les bandes-sons des films catastrophes
02:59des années 1970.
03:03Le réalisateur,
03:04qui attendait une mélodie de film de pirate,
03:07n'imaginait d'ailleurs pas que ces deux notes toutes bêtes
03:09nous feraient un tel effet.
03:11Si la bande-annonce du film
03:27joue d'emblée sur cette ritournelle
03:29de notes très basses,
03:31comme surgit des profondeurs,
03:33c'est parce qu'elle nous saisit aux tripes.
03:35Elle suggère une force invisible,
03:39une menace imminente.
03:40Et on sait dès la première attaque du monstre
03:46que l'issue sera fatale.
03:48Je me souviens être dans cette petite pièce,
04:10avec un écran pas très grand,
04:12regarder le film
04:13et être terrifié.
04:18Et puis, peu de temps après,
04:19j'ai fait un rêve dans lequel des requins
04:21nageaient autour de mon lit.
04:31Je ne voulais plus me baigner,
04:32même dans une piscine,
04:34parce que j'aurais entendu la musique.
04:35inscrite à jamais dans notre imaginaire collectif,
04:44la terreur suscitée par les dents de la mer
04:46va surtout provoquer un changement radical à Hollywood.
04:51En révélant presque par hasard,
04:53un marché peu exploité.
04:55Le phénomène les dents de la mer,
04:59c'est que les ados allaient voir le film
05:01une, deux, trois fois.
05:03C'est devenu une habitude
05:05d'aller voir un film plusieurs fois d'affilée.
05:07Les multiplexes n'existaient pas
05:10avant le milieu des années 70.
05:12C'est à ce moment-là
05:13qu'ils ont vraiment commencé à se développer,
05:15parce que les distributeurs voulaient répondre
05:17à la demande pour ce type de divertissement.
05:21Comment ?
05:23En diffusant le même film
05:24dans cinq salles différentes du même cinéma.
05:32En devenant le succès surprise de l'été 1975,
05:36le film va même faire de juin, juillet et août,
05:39saison des glaces et des grandes vacances,
05:41le moment phare du cinéma.
05:45Après les dents de la mer,
05:46tout le monde a compris l'intérêt
05:47d'une grosse sortie estivale.
05:50C'est même devenu un jeu entre les studios.
05:52Quel film sortirait ?
05:53Et qu'elle s'emmène.
06:06Bienvenue à Martha's Vineyard.
06:08C'est ici que le film
06:09Les dents de la mer a été tourné.
06:11Il est basé sur le livre
06:12de mon défunt mari Peter Benchley.
06:15Et je vais vous en dire un peu plus
06:16sur cette aventure.
06:21À l'origine des dents de la mer,
06:23il y a donc un livre,
06:25toujours classé dans les meilleures ventes
06:27du XXe siècle.
06:28Jaws, soit en français,
06:30mâchoire.
06:31Peter écrivait des discours pour Lyndon Johnson,
06:36le président des Etats-Unis.
06:37Et quand Johnson a choisi
06:40de ne pas se représenter,
06:41il a décidé de devenir écrivain.
06:43Mais c'est assez difficile
06:45de vivre de sa plume
06:46quand on a deux enfants.
06:49Il avait depuis toujours
06:50deux idées de romans en tête,
06:51l'une sur des pirates
06:53et l'autre sur un grand requin blanc.
06:56Et je lui ai dit,
06:56chérie, je ne suis pas sûre
06:57que ce soit une très bonne idée.
07:04Mais Dieu merci,
07:06il ne m'a pas écoutée.
07:07Il y a cru
07:07et il a écrit le livre.
07:09Inspiré par
07:14Un ennemi du peuple,
07:16une pièce du Norvégien
07:17Hendrik Ibsen
07:18dans laquelle un homme
07:19tente de dénoncer
07:20un scandale sanitaire,
07:22le roman de Peter Benchley
07:23lâche un monstre sanguinaire
07:25sur une paisible station balnéaire
07:27du Massachusetts.
07:29Un concept simple
07:30et donc imparable.
07:33Pourquoi vous écriviez votre livre ?
07:35C'était mon propre curiosité.
07:36J'ai étudié les chars
07:37depuis que j'étais enfant.
07:38J'ai étudié en Nantucket.
07:39Et puis en 1964,
07:41un grand grand chars blanc
07:43le man-eater,
07:44le qui est appellé en Australie
07:45comme « White Death »
07:46a été appris au Montauk,
07:47Long Island.
07:48Et j'ai dit à moi,
07:48« Lord,
07:49ce serait-ce qu'il y aurait
07:49si un de ces animaux
07:50venait dans une région
07:51et ne rentrait pas ?
07:52Qu'est-ce qu'il ferait
07:53à l'économie ?
07:53Comment les gens
07:54réagiraient
07:55à une défaite
07:56à leur survie ? »
07:57Pour moi,
08:01le vrai sujet du livre
08:03c'est ce que ça implique
08:05de voir son gagne-pain
08:06menacé par une force
08:08qu'on ne contrôle pas.
08:11On ne sait pas
08:12comment contrôler.
08:13C'est l'aspect
08:15le plus puissant du livre,
08:16en plus du grand requin blanc.
08:18A l'époque,
08:25le cinéma n'a encore jamais
08:27raconté l'histoire
08:28d'un grand squal
08:29mangeur d'hommes.
08:32Une terreur susceptible
08:33de nous mener
08:34dans le sillage
08:35du chef Brody,
08:37le héros horrifié
08:38par les vraies images
08:38d'attaque,
08:40à la frontière
08:41du réalisme
08:41et du fantastique,
08:43de l'histoire vraie
08:45et de la fable mythologique.
08:46dans un climat
08:48de tension palpable.
08:49Oh, God,
08:52you scared me.
08:53I'm talking to the most
08:54successful film producers
08:56in the world.
08:57Mr. Richard Zanuck
08:57on the left
08:58and Mr. David Brown
08:59on the right.
09:00You bought the rights
09:00to the book
09:01before it was even published.
09:02It hadn't even
09:03been issued
09:03at that stage.
09:04Now, what...
09:05which of you to start
09:06with first read the book
09:07first read the book?
09:07We read it simultaneously.
09:09Actually,
09:10the manuscripts
09:10reached us
09:11on both coasts
09:12in New York
09:13and in Los Angeles
09:14at the same time
09:16and we came to
09:17the same affirmative opinion.
09:19This was long
09:19before publication, Jim.
09:21Yeah.
09:22And what attracted you
09:23about the book
09:23as a film property?
09:24It just seemed
09:25like a super movie idea.
09:27Had it never been published
09:28as a book,
09:29I think we would have bought it.
09:30I think we would have bought it
09:31on the first chapter alone.
09:32Action.
09:33A tout juste 27 ans,
09:38Steven Spielberg
09:39est de son côté
09:40entre deux films.
09:43Sugarland Express,
09:44sa première réalisation
09:45pour le cinéma
09:46n'est pas encore sortie.
09:51Quant à Rencontre
09:52du Troisième Type,
09:53ce n'est encore
09:54qu'un projet en gestation.
09:58Le jeune homme
09:59cherche donc
10:00de quoi s'occuper
10:01et traîne son impatience
10:02à Universal,
10:04le studio
10:04qu'il emploie
10:05depuis 1969.
10:09Selon la légende,
10:10il repère
10:11les épreuves
10:11du livre
10:12de Peter Benchley
10:13dans le bureau
10:14de ses producteurs.
10:15Il les embarque
10:16sans demander,
10:17harponné par ce titre
10:18en quatre lettres
10:19qui claque
10:20comme une mâchoire
10:21et lui rappelle
10:22et lui rappelle ce film
10:23sur un camion fou
10:24qu'il avait réalisé
10:25pour la télévision
10:26quelques années auparavant.
10:27Duel et son camion,
10:34les dents de la mer
10:35et son requin,
10:36il y a une menace parallèle
10:38émanant de cette créature
10:39insensée
10:40et comme venue
10:41d'un autre monde.
10:48Ce camion,
10:49c'est une force de la nature,
10:50comme ce requin.
11:17C'est comme ce film
11:18feeds on your fear.
11:19pour ce jeune cinéaste
11:26qui se cherche encore,
11:28ce grand requin
11:28est aussi une promesse,
11:30celle d'allier son goût
11:31pour un cinéma populaire
11:33avec les aspirations réalistes
11:35en vogue
11:36dans sa génération.
11:39Une ambition
11:40dont le cinéaste
11:41Matthew Robbins,
11:42son compagnon de route,
11:44a été le témoin privilégié.
11:47Je donne une interview
11:48sur les dents de la mer
11:49aujourd'hui.
11:52Tu sais où est cette photo
11:53de Steven avec le requin ?
11:55Elle est toujours dans la maison.
11:57Celle-ci ?
11:57Celle accrochée ?
11:59Elle est juste là ?
12:00Là, voilà.
12:02Elle est là depuis toujours ?
12:04Toutes ces années,
12:07assez stompées,
12:08comme nous.
12:09Ses dents sont plus effrayantes
12:10que celles du requin.
12:12Je savais que ce film
12:13serait un gros succès.
12:14Tu avais raison.
12:15Oui, j'avais raison.
12:18J'ai souvent raison.
12:22Il faut dire
12:23qu'en ce début
12:23des années 1970,
12:26l'industrie du film,
12:29orchestrée par les grands studios,
12:31est à bout de souffle.
12:31Et une jeune génération
12:35rassemblée autour
12:36de Francis Ford Coppola,
12:37la génération du nouvel Hollywood,
12:40cherche à imposer
12:40un autre type de cinéma,
12:42plus personnel
12:43et plus libre.
12:46Il y avait un épuisement
12:47au sein des studios américains.
12:50Alors oui,
12:51nous n'étions pas physiquement loin,
12:53mais pour nous,
12:54l'industrie,
12:55c'était vraiment autre chose.
12:57C'était une autre génération
12:58qui fonctionnait
12:59avec ses méthodes à elle.
13:02Nous n'avions aucune ambition
13:03d'intégrer ce monde.
13:09Mais au sein
13:09de ce groupe d'ambitieux,
13:11Spielberg,
13:12qui a déjà les deux pieds
13:13dans le système,
13:14est un cas à part.
13:18Steven avait une sorte
13:19de fascination enfantine
13:21pour le cinéma classique.
13:23Il n'y avait chez lui
13:24pas le moindre atome
13:25de cet esprit indépendant
13:26et bohème
13:27qui émergeait
13:28parmi nous
13:28et dans les écoles
13:30de cinéma.
13:35Nous n'étions pas allés
13:36jusqu'à abandonner
13:37les voitures
13:38que nous conduisions,
13:39des Volkswagen.
13:42Steven, lui,
13:42roulait en Mercedes.
13:44Une petite,
13:45mais ça restait
13:46une Mercedes.
13:48Et on se disait,
13:49mais où a-t-il eu
13:49cette voiture ?
13:50Il l'a empruntée
13:51à son oncle ?
13:52Mais non,
13:52c'était sa voiture.
13:53installé au volant
14:01du projet,
14:02le jeune cinéaste
14:03va changer
14:04les codes
14:04de l'intérieur.
14:06Car les dents
14:07de la mer,
14:08sous ses airs
14:08de superproduction,
14:10est un film
14:11farouchement indépendant.
14:14Une œuvre
14:14au réalisme
14:15quasi-documentaire.
14:17Le premier acte fort
14:26du réalisateur
14:27est ainsi
14:28la recherche d'acteurs
14:29en rupture
14:30avec le star-système
14:31hollywoodien.
14:34Roy Scheider,
14:35remarqué dans
14:36French Connection
14:37de William Friedkin,
14:38qui joue le chef
14:39de la police locale.
14:40Qui êtes-vous ?
14:41Matt Hooper,
14:42je suis de l'Institut Oceani-Graphic.
14:43Ou Richard Dreyfus,
14:45le héros d'Américaine
14:46graffiti de George Lucas,
14:48choisi pour être
14:49le scientifique
14:50un peu geek
14:50qui se présente
14:51à lui
14:52afin de l'épauler,
14:53sont les figures
14:54dans lesquelles
14:54n'importe qui
14:55peut se reconnaître.
14:59Et pour pimenter
15:00son casting,
15:01Spielberg donne
15:02le rôle de Quint,
15:03le chasseur de requins,
15:05au brillant acteur
15:05et dramaturge britannique
15:07Robert Shaw.
15:10Sa stridente
15:11première apparition
15:12fait monter d'un cran
15:14la tension qui pèse
15:15sur la petite communauté.
15:16Mon père ne voulait pas
15:22faire le film.
15:23Il trouvait que le scénario
15:25n'était pas bon,
15:26qu'il était nul même.
15:28Et c'est ma mère
15:28qui voulait aller
15:29à Martha's Vineyard
15:30qui l'a fait changer d'avis.
15:35Spielberg,
15:36animal déjà rodé
15:37aux jeux politiques
15:38de l'industrie,
15:39offre aussi,
15:40heureux hasard,
15:41la première place
15:42au générique
15:43à l'actrice
15:43Lauren Garry,
15:44épouse de son patron,
15:46le président
15:47d'Universal,
15:48Sid Scheinberg.
15:51Incarnant la femme
15:52du capitaine Brody,
15:53son personnage
15:54tout en douceur
15:55et en compréhension
15:56nous dévoile
15:56les traumatismes intimes
15:58de ce bon père
15:59de famille.
16:12Steven avait vraiment aimé
16:15mon travail
16:16sur le pilote
16:16de la série Kojak
16:17et je viens de New York
16:19d'où Hélène
16:19et Martine Brody
16:20sont originaires.
16:31On m'a toujours soupçonné
16:34d'avoir obtenu le rôle
16:36parce que Sid était
16:37à la tête du studio
16:38et ça m'a toujours agacée.
16:40Non, je crois
16:41qu'il a fait
16:41un casting brillant.
16:43J'étais un excellent choix.
16:44Mais la vraie star
17:01du casting,
17:03c'est lui bien sûr.
17:07Et si en 1975,
17:10Spielberg est loin
17:10d'imaginer que son requin
17:12finira au musée
17:13des Oscars d'Hollywood,
17:15le cinéaste
17:16ne manque pas d'ambition
17:17pour ce monstre marin
17:18devenu monument
17:20de la pop culture.
17:28Ça marche ?
17:30Je suis Joe Alves.
17:33J'étais chef décorateur
17:34sur les dents de la mer.
17:37Le premier défi
17:38pour Joe Alves,
17:40chargé d'imaginer
17:41et dessiner la bête
17:42et de trouver
17:43la bonne taille
17:44pour ce poisson apocalyptique.
17:54Là, c'est le moment
17:55où nous voyons le requin
17:56pour la première fois.
17:58Et Shider dit
17:59« Il va nous falloir
18:00un plus gros bateau. »
18:04Un cauchemar
18:05qui révèle sa puissance
18:06au capitaine Brody
18:07lors de leur première rencontre.
18:11Et voici le petit
18:16Kintner.
18:18Dans le livre,
18:19quand il mange le gamin,
18:21il dévore aussi le pêcheur.
18:23Et tout ça,
18:23on ne l'a pas fait.
18:25Je l'ai dessiné
18:26comme je l'ai lu.
18:28Le requin arrive
18:29et il mange l'enfant.
18:32En analysant tout ça,
18:34on s'est rendu compte
18:35que c'était peut-être trop.
18:36On s'est alors éloigné
18:39du livre,
18:39du visuel.
18:41Puis j'ai commencé
18:42à étudier les requins blancs
18:44pour pouvoir au moins
18:45les dessiner avec précision.
18:49S'il avait fait
18:50un requin de 9 mètres,
18:51ça n'aurait été
18:52qu'un film de monstres.
18:56Spielberg a compris
18:57qu'il devait le rendre
18:58plus grand que la réalité
18:59pour qu'il soit
19:00vraiment terrifiant,
19:02mais pas trop grand non plus.
19:03Un film de monstre.
19:06Personnage récurrent
19:09du cinéma de série B
19:10des années 50 et 60,
19:12le monstre aquatique
19:13prête plus souvent
19:14à sourire qu'à frémir.
19:16Qu'il est la forme
19:17d'un crabe géant,
19:20d'un énergumène
19:21mi-tétard,
19:22mi-grenouille
19:22qui vient gâcher la soirée,
19:24ou encore d'une pieuvre
19:25aux 10 000 tentacules.
19:32Spielberg demande donc
19:33à son collaborateur
19:34d'imaginer plusieurs modèles
19:36de maquettes
19:36en fibres de verre.
19:39On avait trois requins
19:40en tout.
19:41Un pour le plan
19:42de gauche à droite
19:43et un pour ceux
19:44de droite à gauche.
19:45Ils étaient remarqués
19:46par un bateau.
19:48Et puis pour les gros plans,
19:50on en avait un
19:50qui était sur une plateforme.
19:52Vous pouvez voir
19:52la complexité de tout ça.
19:54Il y a énormément
19:54de câbles.
19:56Et tous ces fils électriques
19:57devaient être au contact
19:58de l'eau salée.
19:59Ce qui était assez effrayant.
20:01Il faut dire que le naïf cinéaste
20:08rêve d'un poisson
20:09aussi gracieux
20:10qu'Esther Williams,
20:11la star des comédies
20:12musicales aquatiques
20:13de son enfance.
20:17Son équipe se tourne donc
20:18pour sa fabrication
20:19vers un génie
20:20des effets spéciaux,
20:22Robert Maté,
20:23oscarisé en 1955
20:24pour avoir conçu
20:26la pieuvre géante
20:27de 20 000 lieux
20:28sous les mers
20:28avec Kirk Douglas.
20:29Il était à la retraite
20:32et beaucoup plus âgé
20:33que nous,
20:33une bonne soixantaine
20:34d'années.
20:36Donc je le rencontre.
20:37C'était un homme
20:38très positif.
20:39Il disait,
20:39oui, je pourrais faire
20:40ceci et cela.
20:42Donc on s'est mis au boulot.
20:43On devait être
20:44à la fin du mois d'octobre.
20:46Puis le livre sort
20:47en février.
20:48Et c'est un gros succès.
20:51Et là, le studio nous annonce
20:52on va tourner le film
20:53dans deux mois.
20:54Quoi, vous êtes sérieux ?
20:55On vous a dit
20:56qu'on avait besoin
20:57de un an et demi
20:57pour fabriquer le requin.
20:59Non, le livre est populaire.
21:01Il faut battre le fer
21:02tant qu'il est chaud.
21:03Mais le requin
21:04ne sera jamais prêt.
21:05Tant pis,
21:06on va commencer à tourner.
21:07Les dirigeants
21:08s'en fichaient complètement.
21:12Le requin mécanique
21:13n'est pas prêt.
21:14Le scénario non plus.
21:16Mais le tournage
21:17doit commencer
21:17sans attendre.
21:21Steven Spielberg
21:22et son équipe
21:22de 200 personnes
21:23s'envolent donc
21:24pour la côte Est
21:25et abordent
21:26à Martha's Vineyard.
21:29Une petite île
21:33située au large
21:33de Boston
21:34tranquille
21:35et authentique.
21:40Tout à son souci
21:40de réalisme
21:41qui suppose
21:43de tourner
21:44en décor naturel
21:45Spielberg
21:48est persuadé
21:49que Martha's Vineyard
21:50est l'endroit idéal.
21:51Je pense que ce qu'ils ont vu
21:56à Martha's Vineyard
21:57c'est une communauté
21:59qui ressemblait
21:59à ce qu'amitié
22:00était censée être
22:01dans le film.
22:03Une ville
22:04dont la survie économique
22:05dépend du nombre
22:06de personnes
22:06qui viennent y passer
22:08l'été.
22:09J'imagine qu'ils se sont dit
22:11que ça donnerait
22:12de l'authenticité
22:13au film.
22:14C'est un endroit
22:16très paisible
22:17et donc parfait
22:18pour être détruit
22:19par un requin-géant.
22:24Avec ses pelouses
22:26manucurées,
22:27ses charmantes
22:28clôtures blanches,
22:30sa fanfare
22:31du 4 juillet
22:32et ses échoppes
22:33d'un autre temps,
22:35Martha's Vineyard
22:36campe une Amérique
22:37qui peut encore
22:38croire à ses idéaux.
22:39Beau Van Rieper,
22:50le conservateur
22:51du musée local,
22:52gamin à l'époque
22:52du tournage,
22:54s'amuse ainsi
22:54de voir son île
22:55devenir un personnage
22:57du film
22:57à part entière.
23:02Personne sur l'île
23:03n'avait jamais vu ça.
23:05Tout le monde
23:05était stupéfait
23:06par le nombre
23:07de personnes,
23:08de camions,
23:09et de choses
23:10apportées par
23:10l'équipe de tournage.
23:15On avait l'impression
23:17d'être envahis
23:18par une petite armée.
23:20Tout à coup,
23:20il y avait
23:21des camions
23:22des deux côtés
23:23de la rue,
23:23le long des plages
23:24ou des dunes
23:25où ils allaient filmer.
23:26Et pour nous,
23:27c'était aussi
23:28waouh, génial !
23:29La saison n'a pas
23:31encore commencé,
23:32les touristes
23:33ne sont pas encore
23:34arrivés
23:34et ces gens
23:36consomment dans
23:36les restaurants,
23:37louent des chambres
23:38d'hôtel.
23:39On est donc
23:40passé d'un
23:41« waouh,
23:41c'est vraiment cool »
23:42à une véritable
23:43relation d'amour-haine.
23:54Car très vite,
23:56une tempête de galère
23:58s'abat sur Spielberg
23:59et son équipe
23:59venue de Californie.
24:00« La météo est horrible,
24:03l'eau glaciale
24:04et les forts courants
24:06marins ralentissent
24:07sans cesse
24:08la mise en place
24:09des caméras. »
24:10« Frater ! »
24:11« Je dois parler avec vous,
24:12frère.
24:12Faites-moi,
24:12on ne fait pas. »
24:13Pour tout arranger,
24:17Spielberg a aussi décidé
24:18de filmer l'horca,
24:19le bateau du film,
24:21en cinémascope,
24:22face à l'horizon,
24:24afin de mettre en relief
24:25la fragilité de ses héros
24:27face à l'immensité
24:28de la mer
24:29et à l'inconnu
24:30des profondeurs.
24:31« Stephen ne voulait
24:33voir aucun autre bateau.
24:35Il voulait que ses trois hommes
24:36soient seuls sur l'eau.
24:39Et l'endroit était parfait
24:40pour ça en janvier.
24:41Mais en mai et juin,
24:44il y a des régates
24:44et plein de bateaux.
24:46La baie est noire de monde.
24:48Résultat,
24:48il fallait une éternité
24:49pour tourner des plans.
24:50C'était une lutte,
24:52plan par plan par plan. »
24:53« Sur le tournage,
24:57tout le monde commence
24:58à s'agacer
24:58de ce jeune cinéaste
25:00qui ne maîtrise
25:01pas du tout son affaire.
25:03Ces comédiens,
25:04chacun avec son style,
25:05ironique ou ronchon,
25:07s'en ouvrent même
25:08auprès de la télévision locale,
25:10jetant un doute
25:11sur ses compétences.
25:12« Ce n'est pas le temps
25:13qu'il faut,
25:14le temps qu'il faut,
25:15le temps qu'il faut.
25:16C'est le temps qu'il faut
25:17entre les temps
25:18qu'il faut,
25:18le temps qu'il faut. »
25:20« Nous avons tous
25:21différents méthodes.
25:22Je tente de drinker
25:24quand totalement bourd.
25:26Roy fait des exercices.
25:27Dreyfus parle,
25:28Dreyfus parle,
25:30interminable. »
25:31Richard Dreyfus,
25:33plus déprimé que jamais,
25:35semble lui franchement
25:36sur le point
25:37d'abandonner le navire.
25:38« Je me suis only criticising
25:39myself,
25:41but as an actor,
25:42c'est un erreur. »
25:49Doucement,
25:49mais sûrement,
25:50le jeune capitaine Stephen
25:52sent un vent de mutinerie
25:54se lever dans son dos.
25:58« Stephen avait tout juste
25:5928 ans.
26:00Et en tant que Benjamin
26:02sur le plateau,
26:03il avait beaucoup de mal
26:04à gagner le respect
26:05et la coopération
26:06des équipes,
26:07des vieux de la vieille
26:07du studio,
26:08des durs à cuire. »
26:11Mais ça,
26:13finalement,
26:14ce n'est rien
26:14à côté de ce
26:15qui l'attend encore.
26:16Is it true
26:17that when Bruce
26:19made his first foray,
26:20he sank
26:21to the bottom
26:21of the sea?
26:23Yeah,
26:23it was a terrible sight.
26:24The shark
26:25comes out of the water
26:26tail first,
26:27wagging like flipper.
26:29The tail comes down
26:33into the water
26:34and then it sinks
26:36and then there's
26:36another explosion
26:37of white water
26:37and all these
26:38pneumatic blue cables
26:39come out like snakes
26:41everywhere,
26:42just flying around.
26:44And then that got quiet.
26:46Then there was
26:46one last belch of bubbles
26:48and that was the last
26:50we saw the shark
26:50for about three weeks.
26:52It was gone.
26:53It was over.
26:53C'était un désastre.
27:00Il fallait trouver
27:01une solution.
27:02Et ce que nous avons
27:03découvert,
27:04c'est que l'eau salée
27:05s'infiltrait
27:05dans la partie électronique.
27:07C'était le problème.
27:12L'acteur principal
27:13du film qui coule,
27:15c'est tout le tournage
27:16qui prend l'eau.
27:17Et Spielberg,
27:19jusqu'ici,
27:19si sûr de lui,
27:21ne peut rien faire d'autre
27:22qu'avouer sa détresse
27:23face caméra.
27:31Tout le monde commençait
27:37à se regarder
27:37et à se dire
27:38mais ces gars
27:39vont-ils finir
27:40par lever le camp ?
27:41Vont-ils un jour
27:41terminer ce film
27:42et retirer tous ces camions ?
27:44Mais heureusement,
27:45au moins,
27:46on pouvait se moquer d'eux.
27:47Je me souviens
27:53d'une fête à Hollywood.
27:55Je ne sais plus
27:56chez qui,
27:56mais il y avait
27:57un tas de gens
27:57du cinéma
27:58et ils se moquaient
27:59de ce qui se passait
27:59à Martha's Vineyard.
28:01Vous êtes au courant ?
28:02Oui, c'est ridicule.
28:03Ils ont un requin mécanique.
28:05Il va les manger
28:05tout cru.
28:06Le requin va mettre
28:07ce film en pièces.
28:08Depuis Hollywood
28:12et la tour de contrôle
28:14des studios universales,
28:16le naufrage
28:16des dents de la mer
28:17semble inéluctable.
28:20À ce moment-là,
28:22nous étions déjà
28:22hors budget.
28:24Steven était
28:24sur un siège éjectable.
28:26Les dirigeants
28:27sont venus voir
28:28comment ça se passait.
28:29Ils étaient prêts
28:29à arrêter le tournage,
28:31envoyer tout le monde
28:31à Los Angeles,
28:33finir le film
28:33sur un lac,
28:34le sortir tel quel
28:35et tenter de récupérer
28:36leur argent.
28:38Après les producteurs,
28:43c'est au tour
28:43du président
28:44Sid Scheinberg
28:45de se rendre sur place
28:46pour constater les dégâts.
28:48Je ne sais pas
28:49si ça a joué,
28:50mais la présence
28:50de l'épouse du président
28:51dans le film
28:52a peut-être eu une influence.
28:55Lorraine ne serait pas
28:55contente d'entendre ça.
28:58Contre toute attente,
29:00Scheinberg,
29:01l'homme qui a découvert
29:02Spielberg,
29:03prend en effet
29:04une décision
29:05qui va changer
29:06le cours
29:06de l'histoire du cinéma.
29:08Il double sa mise
29:09sur le film
29:10et protège son poulain
29:11contre vents et marées.
29:15Moi, je n'ai jamais senti
29:17que le film
29:17était en danger.
29:19Sid adorait Steven
29:20et ce,
29:21dès le début.
29:22Ils avaient
29:22tous deux SS
29:23comme initial.
29:24Ils n'étaient
29:25ni de Californie
29:26ni de New York,
29:28étaient tous les deux juifs
29:29et sont donc
29:30tombés amoureux
29:31en quelque sorte.
29:32Sid était comme
29:33un grand frère
29:34ou un père
29:34pour lui.
29:39Le requin
29:40est évidemment
29:40le personnage principal
29:42et comme nous étions limités
29:43par la mécanique du requin,
29:45pas de requin,
29:46pas de film,
29:47il a donc fallu
29:47tourner autre chose.
29:48C'est à ce moment précis
29:53que l'histoire
29:55du tournage
29:55des Dents de la Mer
29:56bascule en success story.
30:01Je suis Alexandre Ajax,
30:02je suis réalisateur
30:03et énorme fan
30:05des Dents de la Mer.
30:07Et que Steven Spielberg
30:09devient l'idole
30:10de génération
30:11entière de cinéphiles.
30:12Là où pour moi
30:16j'en tire
30:16la plus grande leçon
30:17de cinéma,
30:18c'est surtout
30:18que je vois
30:19un réalisateur
30:20qui va transformer
30:21chaque adversité
30:22comme une idée,
30:24une inspiration,
30:24une idée de génie.
30:29L'absence du requin
30:32n'est-elle pas,
30:33finalement,
30:34une chance
30:35qui pousse
30:35le cinéaste
30:36à repenser
30:37son petit duel aquatique
30:38afin de le transformer
30:40en chef-d'œuvre
30:41de l'angoisse ?
30:42Steven et moi
30:45connaissions le film
30:46Le Météore de la Nuit.
30:48Nous savions
30:49que c'était
30:49un film d'horreur
30:50à suspense
30:51très réussi.
30:52Mais surtout
30:53qu'une partie
30:53de ce qui faisait
30:54le suspense
30:54venait du fait
30:55qu'on ne voyait
30:56pas le méchant.
31:02Plutôt que de la montrer,
31:03Spielberg suggère ainsi
31:05durant les deux premiers
31:06tiers du film
31:06sa créature.
31:08Ce qui a pour effet
31:09d'affoler
31:10l'imagination
31:11du spectateur.
31:12Les deux gars
31:14sur le ponton
31:14qui tombent à l'eau,
31:16c'est un exemple
31:16parfait pour montrer
31:17la puissance du requin.
31:20Et pourtant,
31:20on ne le voit jamais.
31:25Si la scène d'ouverture
31:26est entrée au panthéon
31:27du cinéma d'horreur,
31:29c'est justement
31:29parce qu'elle ne montre
31:30rien.
31:32La belle nageuse
31:34disparaît du plan.
31:36La caméra,
31:37elle,
31:39reste à la surface
31:40de l'eau.
31:46Un autre coup
31:47de maître
31:48du réalisateur
31:49est de s'autoriser
31:50de longues scènes
31:51pour installer
31:52des personnages
31:53auxquels on s'attache.
31:56Comme dans
31:57ces moments intimes
31:58chez le couple
31:58Brody
31:59qui humanise
32:01le héros
32:01et sa famille
32:02menacée.
32:02lui.
32:04Le héros
32:05un gif.
32:07Pourquoi ?
32:07Parce qu'elle
32:10Je vais vous dire la vérité sur ma relation avec Roy.
32:35On ne s'appréciait pas.
32:36Celui qui aurait pu mettre fin à mon mariage, c'était Robert Shaw.
32:41C'était l'homme le plus séduisant de la Terre.
32:50Quand on se demande pourquoi un film comme celui-ci peut perdurer et avoir encore un tel effet sur les gens,
32:58c'est parce que lorsqu'on se rapproche assez des personnages, qu'on s'y attache,
33:01et qu'ensuite on les met en danger comme le fait le film,
33:04c'est comme dans Psychose, par un autre grand cinéaste à qui l'on donne une situation simple.
33:10Une femme seule et coupable, tourmentée par ce qu'elle a fait.
33:13On est impliqué dans ses émotions et ses regrets.
33:16Et l'instant d'après, elle est nue sous la douche avec une vieille folle qui se jette sur elle avec un couteau.
33:23Spielberg connaît ses classiques et puise dans ses références.
33:32L'ombre des films d'Alfred Hitchcock, qu'il admire depuis toujours,
33:37plane même sur plusieurs scènes fortes des dents de la mer.
33:42Comme dans Les oiseaux, le monstre s'en prend au plus innocent, les enfants.
33:47Il y a également la longue scène de plage,
33:53au cours de laquelle le chef Brody observe les baigneurs avec inquiétude.
33:59Une vraie leçon de suspense Hitchcockien.
34:01Quand l'invisible monstre attaque finalement un jeune baigneur,
34:25c'est d'ailleurs par un travelling qu'on pensait,
34:28cet effet de caméra inventé par Hitchcock pour son film « Sueur froide »,
34:32que Spielberg nous fait partager l'impuissance de son héros.
34:37« Chief Brody's nightmares are fulfilled in that one moment
34:43where the camera trombones or zoom dollies
34:47to stretch his paranoia in the reality,
34:51which was the whole purpose of that particular shot.
34:55I've always wanted to do that shot,
34:56but I wanted to save it for a very important place in that movie to use it. »
35:00Révélant sa nature de moderne dans le classicisme,
35:10à travers cet hommage,
35:13Spielberg n'oublie tout de même pas d'ajouter sa touche personnelle.
35:18Un humour enfantin et naïf
35:20qui surgit dans un moment de tension extrême.
35:25À travers la mauvaise blague de deux sales gosses du village
35:28munis d'un faux zéleron.
35:30Mais si Bruce, le requin des dents de la mer,
35:44nous fascine toujours 50 ans après,
35:47c'est aussi parce qu'il porte en sous-texte
35:49une critique de nos sociétés modernes
35:51et de l'Amérique des années 70.
35:54« Il y a une anecdote merveilleuse
35:57où le journaliste Frank Mankiewicz
35:59parle avec Fidel Castro.
36:00Castro est en train de lire les dents de la mer
36:03et Mankiewicz lui demande pourquoi.
36:06Castro lui répond
36:07« Ah, parce que c'est une critique du système capitaliste
36:11et de ses effets pervers. »
36:17Et si finalement, le vrai méchant du film
36:19n'était pas ce poisson psychopathe,
36:21mais un autre requin,
36:24le merveilleux Damity joué par Murray Hamilton.
36:27« Nous dépendons des gens de la mer
36:29pour nos vies. »
36:30« Et si vous fermez ces biches, nous sommes finis. »
36:33« Nous ne devons que les biches, nous devons que les biches »
36:34« Nous devons que les biches de la mer
36:35qui dépeint l'Amérique en miniature. »
36:39« Dans cette allégorie qui dépeint l'Amérique en miniature, »
36:43« dans ses retranchements. »
36:45« Je suis fascinée par les relations politiques
36:53et par le personnage de Murray Hamilton. »
36:55« Le maire veut garder son poste. »
36:58« Comme certains politiciens qui veulent garder le leur
37:01et sont dans le déni. »
37:03« La réalité l'emporte souvent sur d'autres décisions. »
37:07« Pour Christ's sake, demain, c'est le 4e juillet
37:09et nous serons open pour le business. »
37:11« C'est l'un des best sommets que nous avons eu. »
37:13« Si vous êtes concernés par les biches,
37:15faites ce que vous devez pour les faire safe. »
37:17« Steven Spielberg n'est pas un contestataire. »
37:24Mais au cœur de ses années troubles,
37:25le film lui permet de capter un certain air du temps,
37:29du massacre de Sharon Tate au scandale du Watergate,
37:33en passant par le fiasco militaire que vient de connaître son pays.
37:40« On devine l'ombre de la guerre du Vietnam.
37:45Laisser des jeunes se faire tuer,
37:50tout ce sang dans l'eau
37:52et le fait que les autorités s'en fichent
37:55parce qu'il y a trop d'argent en jeu. »
37:58« Mais ce qui est bien, selon moi,
37:59c'est que ce message n'est pas martelé. »
38:01« On n'est pas dans Platoon ou ce genre de film. »
38:03« C'est là pour qui veut l'entendre. »
38:05Dans sa seconde partie,
38:13le film se fait plus métaphysique encore,
38:16lorsqu'il se resserre autour des trois mercenaires
38:18chargés par la communauté de tuer le requin.
38:21« En fait, ici, on a un peu l'impression que Robert est le père,
38:28Roy la mère et Richard le fils. »
38:35Se transformant en buddy movie,
38:37un genre cinématographique jouant sur le choc de personnalités opposées,
38:41le scénario pousse le shérif intègre,
38:44le vieux loup de mer
38:45et le jeune Blanbec Intello
38:47à faire équipe bien malgré eux.
38:49Et forcément,
38:50il se crêpe le chignon
38:51façon lutte des classes.
38:52« Il suffit de les regarder
39:02se défier du regard
39:03et de la canette
39:04pour comprendre
39:06qu'ils sont à deux doigts de s'entretuer. »
39:07« Y compris quand la caméra
39:13cesse de tourner. »
39:15« Il y avait une relation d'amour-haine
39:17entre Richard Dreyfus et mon père.
39:20Richard n'était pas encore très célèbre à l'époque
39:22et je pense que mon père le trouvait présomptueux.
39:26Par exemple, Richard était arrivé tout fier sur le tournage
39:28avec des articles élogieux sur son film
39:31« L'apprentissage de Didi Kravitz. »
39:33Robert s'en est agacé.
39:35Il voulait le remettre à sa place.
39:41Richard en plus parlait beaucoup.
39:43Il avait d'énormes sautes d'humeur.
39:44A l'époque, on ne disait pas bipolaire.
39:46On appelait ça être maniaco-dépressif.
39:49Bref, Richard lui tapait sur le système
39:51et Robert buvait trop.
39:55Tourné en 159 jours au lieu des 65 prévus initialement,
40:21un dépassement de calendrier historique.
40:25« Les Dents de la Mer » sort le 20 juin 1975 aux États-Unis.
40:51En plein été, le film entraîne une affluence encore jamais vue
40:59dans les salles de cinéma du pays.
41:01La première fois que nous l'avons vu en public, c'était à New York et les spectateurs étaient
41:09surexcités.
41:10Les gens applaudissaient, criaient et à la fin, il y a eu une standing ovation.
41:17Nous sommes sortis sur Broadway et Richard Dreyfus sautait dans tous les sens en disant « C'est
41:22un carton ! C'est génial ! C'est incroyable ! »
41:28Mais dans les immenses files de spectateurs apparaît aussi un autre phénomène, une psychose
41:33mêlée d'angoisse et de fascination.
41:40Dans les stations balnéaires, sur les plages, la Jawsmania va même provoquer tout l'été
41:59un frisson incontrôlable.
42:04Il y a même une station balnéaire en Floride qui a voulu nous faire un procès pour avoir
42:19fait fuir les gens des plages.
42:21Devenu le tube de l'été, le requin est évidemment vite tourné.
42:26décliné à toutes les sauces.
42:27Devenu le tube de l'été, le requin est évidemment vite décliné à toutes les sauces.
42:52Il s'affiche sur les t-shirts, se vend en pendentifs, en bracelets, casquettes, jeux vidéo et s'achète même en bocal.
43:04Même la presse sérieuse ne peut résister à la folie du requin.
43:17Il devient, grâce au film, le personnage récurrent des caricatures politiques ou économiques.
43:22Que ce soit pour nous parler d'inflation, d'impôts ou des relations internationales.
43:35Revers de la médaille, le grand prédateur est désormais l'ennemi public numéro un.
43:41Nous avons eu beaucoup de chance que le film connaisse un tel succès.
43:47Mais nous avons aussi été totalement horrifiés que les gens prennent le film pour la réalité.
43:52Il s'agissait d'une histoire.
43:53Ce n'était pas réel.
43:55Pourtant, il y a eu une recrudescence de chasse aux requins et de gens qui prenaient la mer en disant « on va tuer le monstre ».
44:05Mais évidemment, les requins ne sont pas des monstres.
44:08Ils sont un élément indispensable des océans.
44:12« Jaws » va être nominé dans 11 catégories.
44:20Vous allez voir les nominations.
44:23Si vous avez tous un seat, nous allons continuer.
44:27Grisé par son succès, Steven Spielberg tient en février 1976 à se mettre en scène le jour des nominations aux Oscars.
44:35Il est persuadé qu'il ne va faire qu'une bouchée de ses concurrents au titre de meilleure réalisation.
44:41« Stanley Kubrick » pour Barry Lyndon.
44:45« Sidney Lumet » pour « I didn't get it »
44:48« I didn't get it »
44:50« I wasn't nominated »
44:52« I got beaten up by Fellini »
44:56Sa déception touchante ne l'empêche pas d'ouvrir une nouvelle ère pour l'industrie, celle des blockbusters modernes.
45:03Portée par une campagne marketing inédite avec des spots de 30 secondes à la télévision.
45:15« Jaws »
45:16Et sorti dans 400 cinémas simultanément, « Les Dents de la Mer » est le premier film de l'histoire à avoir rapporté plus de 100 millions de dollars.
45:29Le modèle économique mis en place par Universal devient l'exemple à suivre à Hollywood, qui depuis ne cesse d'inonder le monde de méga productions estivales, pour le meilleur ou pour le pire.
45:43Après ça, ils ont réalisé que même avec un navet, grâce au marketing, vous pouviez récupérer votre mise en deux semaines en projetant le film sur 3000 écrans.
45:55C'est devenu le paradigme. Avoir un maximum de salles et vite récupérer son argent. Après, ce n'est que du profit.
46:04« L'argent est devenu beaucoup plus important que raconter une belle histoire. Demandez à Marvel. Dans leurs films, il y a juste une grosse chose effrayante, et vous devez la détruire avant qu'elle ne vous détruise. »
46:24L'une des raisons pour lesquelles le streaming a pris aujourd'hui une telle importance, s'imposant presque comme une nouvelle forme d'art, c'est que dans les histoires qui durent 10, 12 chapitres ou 5 saisons, il y a assez de temps pour s'impliquer dans le destin des personnages.
46:40Ils deviennent des membres de votre famille, ils comptent pour vous.
46:44Hélas, pour le cinéma, à l'ère des super-héros, ce sentiment est passé à la trappe, selon moi, dans beaucoup trop de films hollywoodiens.
46:54Super-connu et super-rentable, le super-requin est évidemment vite remis à l'eau.
47:07Les dents de la mer devient même une saga à partir de 1978, mais sans Spielberg.
47:13Les épisodes, plus ou moins réussis, placent ainsi Bruce au sommet de la pop-culture d'un cinéma adolescent qui se construit dans les années 80.
47:27Avec, en point d'orgue, une apparition dans « Retour vers le futur 2 ».
47:32Dans cette brèche ouverte par le film, s'engouffre aussi tout un bestiaire, orque, piranhas, crocodiles.
47:51L'horreur aquatique est un terrain de jeu pour de jeunes cinéastes, comme Joe Dante, James Cameron ou plus récemment le français Alexandre Aja.
47:59Moi, j'ai eu la chance de faire des films sur l'eau, dans l'eau, sous l'eau, que ce soit Piranha ou que ce soit Crawl.
48:08Évidemment, ces films-là n'existeraient pas sans les dents de la mer.
48:11Ces films-là, les survivals, c'est toujours des questions ouvertes au public.
48:15Qu'est-ce que vous feriez si vous étiez dans cette situation ?
48:17Qu'est-ce que vous feriez s'il y avait un requin sur la plage et que vos enfants étaient dans l'eau à ce moment-là ?
48:22Et c'est toujours cette mise en abyme, ce questionnement qui fait qu'évidemment, les spectateurs sont dans le film et ne peuvent pas y échapper.
48:29Une des conventions du genre, c'est la scène d'ouverture-choc, un moment paisible qui tourne au cauchemar.
48:38Dans Piranha 3D, elle a même été imaginée comme un hommage appuyé aux dents de la mer.
48:44À un moment donné, à l'écriture, je me souviens de ce moment où on s'est dit, ce serait génial si c'était Matt ou Paul.
48:50En fait, ce serait génial si le Richard Dreyfus des dents de la mer, après le traumatisme de Amity et de son expérience avec les requins, avait pris sa retraite sur un lac.
49:06Sur un lac où donc, il n'y a pas de requin, il n'y a pas de danger, apparemment, il ne peut rien se passer.
49:10Et puis, cette idée qui était un petit peu un délire de scénariste au départ, et Dreyfus a dit, ouais, pourquoi pas ?
49:16Et c'est vrai que c'était un moment où tout d'un coup, on avait, pour notre plaisir de cinéphile, on a fait fait revivre un des personnages qui avait changé nos vies.
49:27J'approche de mes 90 ans et je reçois encore des lettres de fans. C'est complètement fou.
49:42Les gens m'envoient, pouvez-vous signer ça, signer ça ? Ça arrive deux ou trois fois par semaine. Ça n'arrête jamais.
49:49Pendant la crise du Covid, je suis tombée sur des articles de presse qui comparaient le virus aux dents de la mer.
49:56Ça m'a stupéfié.
49:59Les dents de la mer a su parler à nos frayeurs intimes et raconter les conflits intérieurs de l'Amérique des années 1970.
50:08Devenu un succès monstre, le film a aussi offert indépendance et liberté à Spielberg, qui a affirmé son style.
50:16Dans tous les films de Spielberg, il y a toujours une scène de suspense.
50:20Dans n'importe quel de ces films, on va trouver un moment où on va revoir le réalisateur des dents de la mer.
50:29Traumatisé, Steven Spielberg se fait une promesse, tourné à l'avenir exclusivement sur la terre ferme.
50:35Dominant le cinéma de divertissement des années 80, il s'installera à jamais comme le roi du blockbuster,
50:46ce produit que les dents de la mer a réinventé sans le vouloir.
50:50Les dents de la mer est un heureux accident.
50:55Depuis, on peut tous aller voir un film dès sa sortie, car il y a toujours une salle pas loin pour le projeter.
51:02Dans ce sens, nous avons laissé une empreinte indélébile dans l'histoire du cinéma.
51:06Dans ce sens, nous avons laissé une empreinte indélébile dans l'histoire du cinéma.
51:36Sous-titrage Société Radio-Canada
52:06Sous-titrage Société Radio-Canada
52:08...
52:09...
52:10...
52:11...
52:12...
52:13...
52:15...
52:16...
Écris le tout premier commentaire