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  • il y a 1 an

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Transcription
00:00En tout cas, en ce 18 juin, vous en parliez, Nathan Devers, 13h51, on va y revenir maintenant, la symbolique de l'appel du 18 juin, qu'en reste-t-il ?
00:09Alors on va en parler, mais je vous propose d'écouter justement un extrait de cet appel du 18 juin 1940, il y a 85 ans.
00:15L'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la patrie commande à tous les Français libres de continuer le combat.
00:25Moi, général de Gaulle, j'entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale. Vive la France, libre, dans l'honneur et dans l'indépendant.
00:37Alors cette période où le wokisme et la cancel culture sont partout, que reste-t-il de cet appel du 18 juin, Nathan Devers ?
00:45Quelle beauté immense d'entendre...
00:47Alors on se rappelle que c'est une voix qui a été reconstituée, puisqu'il n'y a aucun enregistrement...
00:50Exactement, mais quelle beauté immense quand même d'entendre, même si ça a été reconstitué.
00:55Quelle grandeur dans l'appel du 18 juin, parce que outre ce que je disais tout à l'heure, je crois que le sens le plus profond du 18 juin,
01:04c'est qu'au moment où la France était humiliée, au moment où une partie de la France perdait son âme,
01:10des gens de tous les milieux ont décidé de résister.
01:14Le général de Gaulle, avant...
01:15Il était encore inconnu à cette époque, on le rappelle.
01:17Bien sûr, il était inconnu, mais surtout, son horizon intellectuel, celui où il avait grandi,
01:21c'était un idéal plutôt proche, entre guillemets, de Maurras, d'une France très enracinée.
01:27Rien ne pouvait prévoir qu'il allait se comporter ainsi.
01:30Il y a eu des gens qui sont venus de tous les horizons politiques pour résister.
01:34Il y a eu, alors, les fameux marins, il y a eu...
01:36Le général de Gaulle disait, les premières personnes qui ont écouté l'appel du 18 juin,
01:39c'est des juifs, des marins, des gens de l'action française, des gens de gauche...
01:42Et Jean-Paul Sartre a dit du général de Gaulle qu'il était le lien géométrique
01:45de nos impuissances et de nos contradictions.
01:48Mais c'est drôle, vous avez lu dans ma tête, je voulais citer un texte de Jean-Paul Sartre
01:50qui est très beau, qui s'appelle Qu'est-ce qu'un collaborateur ?
01:53Et où il dit les collabos, et ça marche à l'envers pour les résistants,
01:56il dit les collabos, c'est des gens qui venaient de tous les milieux sociaux.
01:59C'est des gens qui venaient de toutes les idéologies,
02:00qui venaient parfois de l'extrême droite, mais qui venaient aussi parfois de la gauche.
02:03Et en fait, ils partageaient un seul point commun, c'est le fatalisme.
02:05Parce que la France a perdu une bataille, on se couche devant les faits,
02:08on refuse la liberté et on s'écrase.
02:10Et le général de Gaulle, et les gens qui l'ont suivi, c'est précisément l'inverse.
02:14Et c'est ça la grandeur métaphysique du gaullisme et de ce qui doit aujourd'hui, j'espère, en rester.
02:18Ophélie Roque, professeure de français, ça a un écho tout particulier pour vous.
02:22Que reste-t-il aujourd'hui de cet appel du 18 juin ?
02:24C'est compliqué à vous dire, parce que maintenant, la société est tellement fragmentée chez une partie des jeunes
02:30que si vous leur demandez de choisir le pays, par exemple, moi je vois dans mes classes,
02:34ils sont adorables, mais si je leur demande de choisir un drapeau,
02:36ce n'est pas le drapeau français qu'ils choisiront.
02:38Que choisiront-ils ?
02:39Le drapeau de leurs grands-parents, de leurs parents, de...
02:45Moi, par exemple, sur nos salles de classe, on n'a que des drapeaux étrangers qui sont gravés.
02:51Parce qu'il y a une partie de la jeunesse, je pense que ce message du 18 juin,
02:55déjà, je pense que les professeurs d'histoire le font en classe.
02:58Est-ce que ça résonne dans les mémoires ? Je n'en suis pas certaine.
03:01Ce qui est certain, en revanche, c'est que moi, chaque année,
03:04je constate que les élèves sont de plus en plus indifférents à leur statut de français.
03:08Mais c'est pour ça, c'est à la fois l'appel du général de Gaulle,
03:14il est à la fois tout proche et tout loin, d'une certaine manière.
03:17C'est-à-dire qu'il est 70 ans, 80 ans, c'est rien.
03:20C'est un symbole de la résistance aussi, et quand on aborde, effectivement...
03:25Non, non, le symbole, encore une fois, le symbole est beau,
03:27mais je réfléchissais sur qu'est-ce qu'il signifie,
03:30non pas pour des gens de mon âge,
03:32non pas pour des gens plus âgés, mais pour des gens plus jeunes.
03:35Et je ne suis pas sûre que ce message-là, ils le comprennent très bien.
03:38Nathan Devers ?
03:39Je pense qu'on ne peut précisément pas savoir.
03:42Il faudrait imaginer, touchons du bois,
03:45que la France soit confrontée à une expérience de quasi-mort,
03:50parce que c'était ça, 40.
03:51Et la leçon aussi du 18 juin, c'est qu'une partie des élites françaises s'est couchée.
03:57Ce sont les élites qui se sont couchées.
03:59Et ça, ça doit aussi nous faire réfléchir.
04:00Oui, enfin, les élites, il y a aussi...
04:02Le mythe de la France résistance, c'est quand même une construction aussi a posteriori.
04:06C'est-à-dire que je pense que la majorité des gens n'ont rien fait.
04:10C'est-à-dire que la grande majorité, c'est qu'on continue à vivre coûte que coûte.
04:14Après, ça ne veut pas dire qu'il y en a qui n'ont pas pris les armes, heureusement.
04:19Mais je pense que si vous regardez le nombre de gens qui ont choisi la voie de la collaboration
04:23et des gens qui ont choisi la voie de la résistance,
04:25ils sont hélas quasiment le même pourcentage, en fait.
04:28La majorité, c'est le ventre mou.
04:29Bien sûr, mais dans le gouvernement auquel appartenait le général de Gaulle,
04:33c'est le seul qui a eu du cran.
04:34S'il n'avait pas été là, la France aurait été piétinée, humiliée,
04:38après, au sortir de la guerre, vous imaginez, on aurait été sous occupation américaine.
04:42Cet homme a littéralement sauvé notre nation par son génie.
04:46Et le général de Gaulle, j'aimerais juste dire une chose aussi qui est importante,
04:49c'était un grand intellectuel.
04:51C'était un grand écrivain.
04:53Et c'est quelque chose dont on ne parle pas assez.
04:54Alors Churchill, qui a eu le prix Nobel de littérature,
04:56Pierre Assouline a fait un beau documentaire pour dire entre eux,
04:58Churchill et de Gaulle, l'écrivain c'est de Gaulle.
05:00De Gaulle, c'est quelqu'un qui aimait la France par son idée.
05:03C'est le début de ses mémoires, la fameuse phrase sur la certaine idée de la France.
05:06Et c'est ça ce qui a fait, je crois, qu'il a toujours été beaucoup plus grand
05:10que le petit monde politicard ou le petit monde militaire auquel il appartenait.
05:14Parce que précisément lui, quand il pensait France,
05:16il ne pensait pas à la réalité concrète de la France.
05:19Il pensait à son âme.
05:20L'âme est de l'ordre de l'invisible,
05:22mais c'est l'âme qui régit les pays dans les moments de crise.
05:25Eh bien merci beaucoup Nathan Devers.
05:27On va y réfléchir.
05:29J'espère que ça nous inspirera toute la journée sur Europe 1.
05:31Bien sûr que Pierre Deville nous y reviendra ce soir sur cet appel des 10 juillet.
05:35Merci Ophélie Roch.
05:35C'est un plaisir de vous accueillir dans ce studio pour la première fois.
05:38Nous on se retrouve demain.
05:39Merci à tous.
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