- il y a 7 mois
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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie nationale ?
00:20Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Une fois le travail terminé, la plupart d'entre nous ont un hobby.
01:05Mais je n'échappe pas à la règle.
01:07Mon hobby à moi est pour le moins assorti à ma profession.
01:11Oui, en effet, je suis docteur en criminologie et détective privé à mes heures perdues.
01:17Je me suis souvent demandé pourquoi on appelait ces heures extra-professionnelles « heures perdues ».
01:25Parce qu'en ce qui me concerne, elles sont plutôt bien remplies.
01:30Mes activités extra-professionnelles ne sont inscrits pour personne.
01:34Surtout pas pour mon frère, qu'elles font bien sourire.
01:38Mon frère Ed est lieutenant de police de la ville de New York.
01:41Mais enfin, de là, à ce qu'un jour, le grand patron de la faculté où je travaille, le docteur Larnum, fasse appel à mes services.
01:52Ce soir-là, quand il sonne à ma porte, il a l'air très embêté.
01:56« Bonsoir, docteur Hanley. Je me suis permis une petite visite. J'espère qu'elle ne vous dérange pas. »
02:03Si elle ne me dérange pas, elle me surprend plutôt.
02:07« Non, au contraire, docteur. Prenez la peine d'entrer, je vous prie. »
02:12« Voilà, docteur Hanley. J'aimerais que vous miez une petite enquête sur l'un de vos collègues. »
02:19« Mais je comprends que cette enquête peut vous surprendre, d'autant qu'il s'agit du docteur Smetters. »
02:26« Smetters ? Le prix Nobel de psychologie ? Celui que vous avez fait entrer à si grand frais à l'université ? »
02:35Larnum hoche la tête en regardant son verre.
02:38« Je sais, je sais, docteur Hanley. Je subis peut-être une crise de paranoïa depuis qu'on a découvert ce cadavre sur le campus. Vous savez, ce clochard, nu comme un verre. »
02:50« Oui, mais quel rapport avec le docteur Smetters ? »
02:53« Vous connaissez le docteur Tipper du département d'anglais, n'est-ce pas ? »
02:57« Eh bien, il m'a juré avoir reconnu l'assistant du docteur Smetters. »
03:02« Si vous étiez plus précis, docteur. »
03:06« Eh bien, il m'a juré que Charles Cortot, l'assistant du docteur Smetters, appartenait il y a quelques années à un groupuscule d'extrémistes. »
03:17« Enfin, docteur, comment peut-il le prétendre ? »
03:19« Il n'a pas voulu me le dire, mais il m'a juré, c'est grand Dieu, qu'il ne se trompait pas. »
03:25« Vu le renom de notre université, je me suis dit qu'une petite enquête ne serait pas superfétatoire. »
03:33« Superfétatoire, il a de ses mots, là, non ? »
03:39J'hoche la tête avant de discuter, d'une manière plus terre-à-terre, du montant de mes honoraires.
03:46Le lendemain matin, je traverse le campus pour me rendre à Martin Hall, le département de psychologie.
03:53Je m'aperçois rapidement qu'on n'engage pas facilement la conversation avec un prix Nobel.
03:58Dans le cas présent, il me faut passer par Mme Fatt, sa secrétaire, qui ressemble plus à un rugbyman travesti qu'à une secrétaire.
04:06Comme je m'y attendais, elle me signale que le docteur Smetters et le docteur Cortot, son assistant, n'ont pas le temps d'accorder le moindre rendez-vous.
04:15« Bien, dans ce cas, fais-je en la quittant. »
04:20Je sais que Smetters a ses bureaux et ses laboratoires au dernier étage.
04:25Mine de rien, j'emprunte l'escalier de service et je sors au quatrième, dans un petit vestibule barré d'une porte en acier,
04:32avec la mention « Interdit à toute personne non autorisée ».
04:36Ben voyons.
04:39Je sors de ma poche un jeu de rossignol et m'active sur la serrure qui s'ouvre à la troisième tentative.
04:44Je suis surpris de constater que tout est insonorisé.
04:51L'intérieur de la porte, les murs, le plafond.
04:54Curieuses dépenses pour un département de psychologie.
04:59Les travaux sur les aberrations mentales ne font pas tant de bruit.
05:03J'emprunte un escalier et je me trouve au bout d'un long corridor avec des bureaux vitrés d'un côté et des portes fermées de l'autre.
05:09Je pousse une des portes et entre dans un vaste laboratoire, insonorisé bien entendu.
05:18Il comporte une quantité d'appareils de contrôle, d'ordinateurs et autres machines sophistiquées,
05:23toutes reliées, semble-t-il, à un réservoir empli d'eau.
05:28Un aquarium de trois mètres de long sur un mètre cinquante de large et de profondeur.
05:33Des électrodes sont encastrées dans la paroi de verre et des sangles de caoutchouc noir flottent à la surface de l'eau.
05:42Je suis perdu dans mes réflexions quand j'entends claquer une porte au fond du couloir.
05:49Inutile de tenter de me cacher, je sors du labo et aperçois le docteur Cortot qui me regarde la bouche ouverte.
05:55Je me contente de lui faire un petit signe amical avant de regagner l'air libre
06:02et de retourner à mon bureau, attendre la visite inévitable de Smedder's.
06:09Effectivement, il frappe à ma porte dans la demi-heure qui suit.
06:13Il est furieux.
06:15« Que faisiez-vous dans mon bureau, docteur Hanley ? »
06:17« Je voulais vous voir pour une consultation, docteur. »
06:21« De grâce, ne grondez pas, madame Fatt, la porte était ouverte. »
06:25« Si vous désirez porter plainte, n'hésitez pas.
06:28Le docteur Larnum, notre doyen, aimerait sans doute savoir ce que vous faites de si important
06:32pour le protéger par une porte d'acier. »
06:36Ma tirade leur froidit.
06:38« N'égard de temps à gaspiller à cela.
06:41Je vous conseille toutefois de ne jamais plus agir de la sorte.
06:43Jamais, m'entendez-vous ! »
06:45dit-il avant de me quitter, rouge de colère.
06:49Après son départ, je téléphone au docteur Larnum.
06:54« Docteur, quel est au juste l'objet des recherches du docteur Smedder ? »
06:59« Il a réalisé des expériences d'avant-garde sur la privation sensorielle. »
07:04« Quoi ? Supprimer tous les sens chez l'homme ? »
07:08« Oui, il a vu l'odorat ? »
07:09« Oui, c'est bien cela.
07:11Néant déterminé les effets.
07:13La NASA s'intéresse à ses travaux, d'ailleurs. »
07:16« Dites-moi, où exerçait-il avant de venir ici ? »
07:20« L'Institut Platt, près de Boston. »
07:23« Mais comment se fait-il qu'il ne l'ait pas gardé ?
07:25Les prix Nobel ne courent pas les rues. »
07:28« Je n'en sais rien. »
07:31murmure Larnum après un long silence.
07:34« Il avait d'excellentes lettres de recommandation et son prix Nobel. »
07:41J'essaie de joindre le docteur Tipper pour en apprendre plus long, mais on m'informe qu'il est parti ce matin pour un long week-end.
07:48C'est alors que je pars à la recherche de John Julian Crerine, un étudiant en psychologie avec lequel j'ai de fort bons rapports.
07:57Comme prévu, il est à la bibliothèque.
07:59« Ce metteur s'est montré en tout et pour tout une seule fois à un de nos séminaires, m'apprend-il. »
08:08« Dites-moi, John, que se passe-t-il quand on prive quelqu'un de ses perceptions sensorielles ? »
08:16« Son esprit le quitte. Il devient comme un nouveau-né, sans passé ni présent ni avenir. »
08:22Répond-il, légèrement surpris.
08:25« Mais pour cela, il faut que le sujet soit dans un milieu donné. »
08:29« John, de l'eau, par exemple ? »
08:32« Oui, de l'eau, ça ferait l'affaire. »
08:36« Mais où voulez-vous en venir, docteur Hanley ? »
08:38« Ah, simple curiosité, John. Dites-moi, que pensez-vous du docteur Cortot ? »
08:46« Oh, je m'en méfie si vous voulez mon avis, docteur. »
08:49« Vous avez entendu parler de ce pauvre clochard du Bovry, trouvé mort sur le campus ? »
08:54« Eh bien, figurez-vous que je l'ai croisé un jour à Martin Hall, précisément en compagnie du docteur Cortot. »
09:01« Bizarre, non ? »
09:03« Oui, bizarre, en effet. »
09:06« À tel point que je retourne au bureau téléphoner à mon frère, lieutenant de police au commissariat du 87e. »
09:14« Je suppose que t'as besoin d'un tuyau ? »
09:17Grommelle-t-il d'emblée.
09:19« Tout juste, Auguste. De préférence pas crever. »
09:22« Dis-moi, qu'est-ce que tu sais du clochard trouvé mort sur le campus ? »
09:26« Un instant, petit frère. »
09:28Dit-il en enclenchant son ordinateur.
09:30« Voyant. »
09:32« Bayard Manning, seul adresse connu, un asile de nuit du Bovry. »
09:35« Alcoolique invétéré, cirrhose et cerveau atteint. »
09:38« Ah, il y a un fait curieux. »
09:40« Le légiste spécifie qu'il n'avait pas bu une goutte d'alcool depuis au moins un mois. »
09:44« Qu'il avait séjourné dans l'eau avant sa mort et qu'il tenait un tube à transistor quand il a été tué. »
09:50« De plus, ses tympans étaient crevés. »
09:54« Mon frère Ted m'a appris également qu'une enquête superficielle menée après sa mort avait révélé que, depuis un mois également, on ne l'avait pas revue dans ses bars de prédilection. »
10:06« Est-il utile de préciser que j'ai ma petite idée là-dessus ? »
10:10« Comme vous le constaterez dans quelques instants. »
10:15« Je suis docteur en criminologie et détective privé à mes heures perdues. »
10:26« Oui, le crime, j'aime ça. »
10:30« Le doyen de l'université m'a chargé d'enquêter sur le docteur Smithers, un prix Nobel récemment entré à la faculté de psychologie. »
10:38« Son assistant, le docteur Cortot, est soupçonné d'avoir appartenu à un mouvement extrémiste. »
10:44« Et puis, il y a ce cadavre de clochard qu'on a trouvé nu sur le campus. »
10:52« Quel lien peut-il y avoir entre le docteur Smithers, son assistant, et ce cadavre ? »
10:59Alors que je visitais discrètement son laboratoire, mieux gardé que Pharnox,
11:04j'ai découvert une sorte de grand aquarium destiné à recevoir un sujet d'expérience sur la suppression des sens.
11:13Or, le cadavre du campus avait séjourné dans l'eau avant d'être tué.
11:19Je passe un dimanche agité à essayer de lire le New York Times et à regarder les avions dans le ciel.
11:32Mon dossier s'étoffe.
11:34J'ai tissé autour de Smithers une toile d'araignée qui se resserre de plus en plus.
11:39Une chose me chiffonne, cependant.
11:45Pourquoi, diable, un prix Nobel risquerait-il son avenir et sa réputation en mettant le doigt dans un engrenage qui pourrait le détruire ?
11:55Je décroche le téléphone et appelle le docteur Tipper, dans l'espoir qu'il soit rentré de son week-end.
12:00N'est-ce pas lui qui a affirmé que le docteur Cortot, l'assistant de Smell, avait fréquenté des mouvements extrémistes ?
12:07Ça ne répond pas, mais il est possible qu'il ait décroché son poste.
12:13Aussi, je fais une petite pointe jusque chez lui.
12:17En arrivant, je suis agréablement surpris de voir sa voiture garée devant sa maison.
12:22Mais mon plaisir se transforme rapidement en inquiétude alors que personne ne répond à mes coups de sonnettes.
12:29Je sors mes fausses clés et ouvre la porte.
12:34Le docteur Tipper n'est allé nulle part en week-end.
12:37Il n'a même pas quitté son cabinet de travail où il gît, la nuque brisée.
12:44Possible qu'il ait surpris un cambrioleur étant donné que la maison est mise à sac.
12:48Remarquez, honnêtement, j'en doute.
12:53Un quart d'heure plus tard, mon frère débarque avec ses hommes et cherche tout naturellement à me cuisiner.
12:59Je parviens à le faire patienter en lui jurant de venir tout lui raconter après une dernière démarche.
13:06Heureusement que je suis son frère.
13:08Sinon...
13:09Je sais qu'il est inutile de poser des questions aux responsables de l'Institut Platt de Boston.
13:16Il ne tarirait pas d'éloge sur Smeller, c'est la règle.
13:19Bousillez votre travail, on vous demande votre démission et, dès que vous l'avez donnée,
13:23on vous écrit les meilleures lettres de recommandation, c'est la vie.
13:27Aussi, en débarquant de l'avion, je me suis adressé à la meilleure source de renseignement possible.
13:32Le lendemain, à 13h, j'étais de retour à la fac.
13:44Il est temps que je fasse un rapport à mon frère sur la tempête qui se prépare.
13:48Je laisse un message à son bureau en lui demandant de passer dans une heure.
13:54Madame Fatt, la secrétaire, est à son poste, plus imposante que jamais.
13:57« Je vous ai dit que le docteur Smeller n'accordait pas de rendez-vous », dit-elle sans lever les yeux du clavier de sa machine à traitement de texte.
14:06« Eh bien, je pense qu'il va faire une entorse à ses habitudes, madame. Dites-lui que je reviens de l'Institut Platt. »
14:14Elle décroche le téléphone intérieur en ronaclant, mais son visage change plusieurs fois de couleur tandis qu'elle écoute.
14:22« Le docteur Smeller vous prie de le rejoindre dans son laboratoire, docteur. »
14:27La porte d'acier n'est pas verrouillée. Je la pousse et monte l'escalier insonorisé.
14:33Smeller m'attend dans le laboratoire contenant le grand aquarium.
14:38« Vous êtes au courant, docteur Hanley ? »
14:42« Oui, docteur Smeller. Je sais que des pressions ont été exercées sur vous pour vous obliger à quitter l'Institut Platt.
14:49Vous avez réalisé des expériences légalement et médicalement interdites. »
14:56« Pourquoi vous acharnez sur moi, docteur Hanley ? »
14:59« Je lui montre ma licence de détective. »
15:03« J'ai été engagé pour enquêter sur vous, docteur Smeller. »
15:06« Inutile de me demander qui ? »
15:08« Secret professionnel. »
15:10« Des imbéciles, tous ! »
15:11« Je suis sur le point de faire une découverte capitale et on ne peut pas me laisser travailler en paix. »
15:16« En pratiquant ce qu'on appelle à tort et vulgairement le lavage du cerveau, je peux soigner les drogués, les alcooliques, les criminels ! »
15:24« En leur crevant le tympan ? »
15:27« Docteur Smeller ? »
15:30« Ah, vous savez cela aussi, Hanley. »
15:33« Manning venait de son plein gré, mais il était rétribué. »
15:37« Un jour, il s'est affolé et il a trépoté certaines commandes qui lui ont crevé le tympan. »
15:42« Je l'aurais soigné, mais il s'est enfui. »
15:44« J'étais prêt à aller trouver les autorités pour tout leur raconter, mais quand j'ai appris qu'il était mort, je me suis dit que c'était inutile de remuer tout ça. »
15:53« Plutôt pratique comme raisonnement, n'est-ce pas, Docteur Smeller ? »
15:57« Ne vous est-il jamais venu à l'esprit que vos techniques pourraient modifier l'esprit d'un homme au point d'altérer son comportement politique ? »
16:07« Il me regarde complètement abasourdi. »
16:11« Je suis un savant, pas un politicien, Hanley. »
16:15« Docteur Smeller, comment avez-vous rencontré Cortot ? »
16:20« Le docteur Cortot ? »
16:22« À un congrès. »
16:24« Il m'a dit qu'il travaillait pour le gouvernement et qu'il pourrait me faciliter, si je le désirais, des tas de formalités. »
16:32« Vous êtes un naïf, Docteur Smeller, parce que voyez-vous, je crains fort qu'il n'ait tué Manning et le docteur Tipper de la faculté d'anglais. »
16:41« Quoi ? Mais vous déraisonnez, Hanley ! »
16:44« Là, j'aurais dû me méfier dès que son regard a changé. »
16:49« Car j'ai reçu un coup terrible sur la nuque et tout a sombré. »
16:56« Je suis maintenant dans une obscurité totale. Je ne sens plus mon corps. »
17:02« Quelque part, une voix m'appelle. »
17:05« Qu'est-ce passe-t-il ? Où suis-je ? »
17:09« Docteur Hanley ? Ici le docteur Cortot. Comment vous sentez-vous ? Hein ? »
17:18« Peu à peu, je me souviens. »
17:21« Smeller, le coup sur la nuque. »
17:25« Je suis dans l'aquarium, n'est-ce pas ? »
17:28« On peut appeler ça ainsi, Docteur Hanley. »
17:31« Croyez bien que je suis heureux d'avoir la possibilité d'expérimenter un esprit tel que le vôtre. »
17:39« À tout bientôt, Docteur Hanley. »
17:43« À bientôt, à bientôt. À quand ? »
17:48« Mes bras et mes jambes sont sanglés, ma tête enveloppée d'une cagoule noire dans laquelle de l'oxygène est insufflé. »
17:57« Le temps s'écoule, dissolvant lentement ma conscience. »
18:03« Au bout d'une éternité, un éclair me fout droit. »
18:07« Le soleil broie à ma conscience. »
18:08« Je pousse un gémissement. »
18:10« Tisez-vous ! »
18:11« Me murmure le Docteur Smellers en enlevant ma cagoule. »
18:16« Jusqu'à ce jour, j'ignorais que la lumière fut si cruelle. »
18:21« Smellers me prend sous les aisselles et m'aide à sortir. »
18:23« J'ai les jambes en coton. »
18:26« Mes travaux sont très importants, »
18:28« dit Smellers, mais pas au point de finir en prison. »
18:31« Allez, aide-les, pressons ! »
18:33« Passez vite ! »
18:35Fait une voix derrière nous.
18:38Corot nous considère avec un sourire sardonique,
18:42revolver au point.
18:44Je fais mine de m'appuyer contre le rebord de l'aquarium
18:46et le fais basculer en pesant de tout mon poids.
18:50Cortot, surpris, tire et atteint Smellers,
18:53tandis que des centaines de litres nous renversent.
18:55Rassemblant toutes mes forces,
18:56je bondis sur une console de commande
18:58et arrache le plus de fils possible.
19:00Il faut croire que Corot a prévu ce que je vais faire,
19:02car quand je les plonge dans l'eau qui recouvre le sol,
19:05il fait un bond sur une chaise en perdant son arme.
19:07Des étincelles crépitent de partout.
19:10« Bien joué, docteur ! »
19:12dit-il en sautant sur une console à côté du disjoncteur.
19:16Il coupe le courant, nous plongeant dans l'obscurité.
19:20Je devine ses intentions.
19:22Reprendre son arme,
19:23me tuer et me faire endosser le meurtre de Smellers.
19:27Le revolver est trop loin pour que je m'en empare le premier.
19:29Je n'ai pas le choix.
19:31Je saute et cherche la sortie à tâton.
19:34À tâton, mais le plus vite possible,
19:36car j'entends Corot descendre de son perchoir
19:38pour reprendre son revolver.
19:41Je n'ai qu'une pensée en tête.
19:43Il faut que la porte d'acier soit ouverte.
19:46Il le faut absolument.
19:52Parvenu dans le couloir,
19:53je me mets à courir et dégringole l'escalier
19:55en prenant soin de ne pas perdre l'équilibre.
19:57La porte du bas est verrouillée.
19:59Je la martèle avec rage,
20:00tandis que j'entends Corot qui descend calmement.
20:05Il s'arrête à quelques marches de moi.
20:09Si je n'avais pas séjourné tant d'heures dans l'eau,
20:12j'aurais eu la force de tenter n'importe quoi.
20:16Je me contente de me laisser tomber,
20:19attendant le coup fatal.
20:20Au lieu de quoi, j'entends un petit déclic,
20:24comme celui d'un briquet vide.
20:27L'eau a faussé le mécanisme du revolver.
20:30Un flot d'adrénaline mérite farouchement le sang.
20:33L'espoir, ça s'appelle.
20:34Aussi mince soit-il.
20:36Je plonge à l'endroit présumé des chevilles de mon adversaire,
20:38qui tout double.
20:39La chance est avec moi.
20:40Je saisis une cheville à deux mains
20:41et tire de toutes mes forces.
20:43Corteau déséquilibré tombe à la renverse.
20:45Au bruit mou de son corps heurtant les marches,
20:48s'ajoute un sinistre craquement.
20:51Le craquement d'une nuque qui se brise,
20:55comme la nuque du malheureux docteur Tipper.
21:00J'ai un goût de sang dans la bouche.
21:04La tête me tourne.
21:06Toute mon énergie m'a abandonné.
21:10Je m'assieds sur les marches, dans le noir,
21:13et me mets à attendre.
21:16Tôt ou tard,
21:18quelqu'un ouvrira la porte.
21:21Ce sera peut-être mon lieutenant de frère
21:23qui me demandera alors,
21:25sur un ton acide,
21:27de lui expliquer ce que je fabrique là,
21:30tout nu
21:30et tout mouillé,
21:34près d'un cadavre.
21:34Vous venez d'écouter
21:41Au cœur du crime,
21:43un podcast issu des archives d'Europe 1.
21:46Réalisation,
21:47Julien Tarot.
21:48Production,
21:49Romy Azoulay.
21:50Patrimoine sonore,
21:52Sylvaine Denis,
21:53Laetitia Casanova,
21:54et Antoine Reclus.
21:55Promotion,
21:56Marie Corpet.
21:57Au cœur du crime,
21:58est disponible sur le site
22:00et l'appli Europe 1.
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22:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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