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  • il y a 7 mois
Mohamed Mechmache, président et fondateur du collectif Aclefeu, était l'invité de BFMTV ce lundi 9 juin pour le forum BFM sur la justice en France et sur une potentielle panne d'autorité. 

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Transcription
00:00Oui, on se connaît.
00:01On se connaît depuis 20 ans.
00:02On s'est croisés à l'époque à Clichy-sous-Bois, après la mort de Bounaïziède à Clichy-sous-Bois.
00:06On parlait de ces jeunes qui ont changé.
00:08Ces jeunes que vous vous accompagnez depuis pas mal d'années.
00:12Est-ce que vous aussi, vous les avez vus changer ?
00:15Oui, mais avant ça, je voudrais juste faire et revenir sur quand même des sujets qui, effectivement, me choquent.
00:23Quand je dis me choquent, c'est qu'en fait, et Rosa le disait,
00:26c'est que le débat, il ne s'arrête pas à la question des habitants, des quartiers.
00:30Noirs, Arabes, je veux dire, parce que ces Noirs et ces Arabes,
00:33c'était aussi les supporters qui supportaient le Paris Saint-Germain
00:35et qui, clairement, fait aussi les beaux jours de la France ou ainsi de suite.
00:39Donc on est là toujours en train de stigmatiser cette minorité.
00:42Je ne dis pas qu'elle est excusable.
00:44Bien sûr que tous les faits sont condamnables.
00:47On est là en train de parler d'éducation.
00:49Mais moi, je connais des responsables politiques dont leurs enfants aussi ont dérapé
00:52et qui ont aussi été condamnés et ainsi de suite.
00:55On n'en fait pas un scandale, on ne les pointe pas du doigt ou ainsi de suite.
00:58Moi, ce qui me dérange, c'est qu'après 2005,
01:02c'est la plus grosse révolte sociale qu'on a pu avoir dans tous les quartiers de France.
01:06Ce n'est pas un quartier qui s'est embrasé.
01:07C'est des quartiers dans toute la France.
01:10Quelle réponse on a apporté à ce moment-là ?
01:12Des lois répressifs.
01:14Vingt ans après, on se pose encore la question
01:15et on est en train de se dire qu'est-ce qui est en train de se passer.
01:17En fait, on ne veut pas s'attaquer aux causes.
01:20On ne veut pas essayer de comprendre ce qui n'a pas été ou ce qui n'allait pas.
01:25L'État aussi investit.
01:26Mais ce n'est pas une question...
01:28Bien sûr, investir est encore heureux.
01:30On est automatiquement...
01:31On ne demande qu'une chose dans ces quartiers.
01:35C'est le droit commun, comme les autres.
01:37Pas plus, pas moins.
01:38Nos vies, elles valent autant que les autres.
01:40Mais on n'a pas, de ce côté-là, les mêmes égalités que d'autres.
01:45Je suis désolé.
01:46Dans nos écoles, ce n'est pas les meilleurs professeurs qui sont là.
01:48C'est ceux qui sortent ou ainsi de suite.
01:51Pareil pour la police.
01:52Ce n'est pas toujours les meilleurs qui sont là ou ainsi de suite.
01:55Bien sûr que ça peut ne pas vous faire plaisir, ce que je dis.
01:59Je termine, s'il vous plaît.
02:01Vous allez me parler d'un temps que les vingt ans n'ont pas connu.
02:03Je suis d'une génération...
02:05Non, non, non, je ne suis pas en train de...
02:10Ce n'est pas ce que je suis en train de dire.
02:11Ce n'est pas ce que je suis en train de dire.
02:12Savez votre interprétation, monsieur.
02:14Moi, la mienne, c'est que c'est une réalité.
02:18Et ce n'est pas ma réalité.
02:20Ce sont des discussions qu'on a pu avoir avec certains professeurs.
02:22Ils avaient même des points pour...
02:24Excusez-moi, je termine.
02:26Je ne vous ai pas coupé tout à l'heure, monsieur.
02:27Parce que pour faire le buzz, il n'y a pas de problème.
02:29Vous êtes des champions.
02:30Moi, je suis en train de vous parler d'une réalité
02:31où on vit avec les gens.
02:33On vit avec les gens au quotidien.
02:36Et au quotidien, il y a même eu des systèmes de points
02:39qui faisaient en sorte que des professeurs
02:40pouvaient rester plus longtemps que d'autres.
02:42Je suis en train d'expliquer tout simplement
02:43que ces questions,
02:45elles ont des effets beaucoup plus profonds.
02:49On est en train de vivre des conséquences.
02:51Quand il y a vingt ans,
02:52on interpellait nos responsables politiques,
02:54et ce n'est pas spécialement au gouvernement,
02:56il y en avait d'autres,
02:57et qu'on était en train de pointer le diagnostic
02:59et qu'on expliquait en gros
03:01que si on n'y apporte pas ces solutions,
03:05on va aller sur une pente glissante.
03:07Il y a eu de l'argent qui a été mis dans ces quartiers.
03:09Mais il faut regarder comment ça a été fléché.
03:11Est-ce que ça a été directement
03:12à ces personnes qui ont été
03:15ou qui sont concernées en termes d'égalité ?
03:18Il y a un déficit.
03:20Je veux dire, si aujourd'hui,
03:21on fait en sorte qu'on dédouble des classes,
03:22c'est qu'il y avait bien un petit souci
03:23et qu'il fallait rééquilibrer.
03:26Si aujourd'hui, le taux de chômage...
03:27Ça, ça va dans le bon sens pour vous.
03:28Mais bien sûr que ça va dans le bon sens,
03:29et tant mieux,
03:30et qu'il va falloir encore qu'on aille beaucoup plus loin.
03:32Et c'est une bonne chose.
03:33Mais 23% de ces jeunes dans ces quartiers
03:36sont au chômage.
03:37Et quand je dis ça, je ne cherche pas d'excuses.
03:39J'essaie d'apporter des explications.
03:40Et je vous ai dit depuis tout à l'heure,
03:41je condamne les actes.
03:43Il n'y a aucun problème là-dessus.
03:45Par contre, ce que disait Rosa tout à l'heure,
03:47c'est que pendant la crise des gilets jaunes,
03:48comme disait monsieur,
03:50excusez-moi,
03:51ce n'était pas des Noirs et des Arabes qui étaient là.
03:53C'était des gens qui étaient aussi en colère
03:55et qui ont cassé,
03:55qui ont pillé ou ainsi de suite.
03:57Donc cette violence, comme disait Rosa,
03:58il faut qu'on aille la chercher beaucoup plus profond.
04:01On ne peut pas continuer à un moment ou à un autre,
04:02je vais dire,
04:03à pointer du doigt toujours les mêmes.
04:05Et puis vous savez,
04:06cette jeunesse,
04:07qu'on veut ou qu'on ne veuille pas,
04:09une partie de cette jeunesse,
04:11j'aimerais que de temps en temps,
04:12on puisse au contraire valoriser
04:14les bonnes choses qui sortent dans ces quartiers.
04:16Parce que ça permettra de tirer les autres vers le haut.
04:18Et tant qu'on continuera à criminaliser ces jeunes,
04:21à les diaboliser,
04:23qu'on ne leur parle pas d'amour
04:24et qu'on leur dit qu'on les aime,
04:25qu'ils soient aussi l'avenir de cette France,
04:27on continuera, je veux dire,
04:28simplement à faire en sorte que ces jeunes
04:30ne l'appartiennent pas à cette presse
04:32et qu'ils ont l'impression qu'ils sont à l'extérieur de ça.
04:35Merci.
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