00:00RTL Matin
00:02Et tout de suite l'invité de RTL Matin, Thomas, vous recevez aujourd'hui Elisabeth Borne,
00:07ancienne première ministre, ministre de l'éducation nationale, ministre d'état, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
00:13Bonjour et bienvenue sur RTL, Elisabeth Borne.
00:15Bonjour.
00:15Madame la première ministre, aujourd'hui notre école, l'école de la République, est-elle devenue une machine à fabriquer des barbares ?
00:22Alors notre école, elle forme des citoyens et on a notamment des programmes d'éducation morale et civique.
00:30Évidemment, dans nos cours, nos différents cursus, on propose une éducation au respect de l'autre, au respect de soi.
00:39Mais vous savez pourquoi je vous pose la question ?
00:40Oui, je vois bien.
00:41Non, non, mais je vois bien.
00:43Bruno Rotario met en cause l'éducation pour expliquer les comportements, dit-il, de barbares, donc de ceux qui ont cassé, volé, pillé après le match du PHG.
00:50Je pense qu'on doit agir naturellement avec les parents pour apprendre le respect d'autorité.
00:56C'est un sujet qu'on doit porter collectivement, je vous dis, avec les élus locaux, avec les parents, avec l'école.
01:03En tout cas, l'école, il prend sa part.
01:04Est-ce que l'école a une part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd'hui ?
01:07Dans l'augmentation de la violence, moi, je parlerais plutôt des réseaux sociaux, et c'est notamment pour ça que je souhaite protéger les élèves de la surexposition aux écrans,
01:20avec la banalisation de la violence que vous pouvez voir sur les réseaux sociaux.
01:23C'est un sujet auquel il faut s'attaquer.
01:25C'est pour ça que j'ai annoncé la généralisation de la pause numérique, c'est-à-dire qu'on range son portable quand on arrive au collège.
01:33Ça, c'est clair, c'est réglé, portable interdit au collège dès la rentrée pour tout le monde ?
01:37Oui, moi, j'en reparlais hier avec le président du département de France, François Sauvadet.
01:42Il faut que chaque chef d'établissement, chaque principal de collège puisse discuter avec le conseil départemental sur la bonne solution qu'on trouvera.
01:51Vous savez qu'il peut y avoir des casiers, puis il peut y avoir des pochettes.
01:53En tout cas, je pense que c'est important que le temps qu'on passe au collège, ce soit un temps sans écran.
01:59On a aussi, enfin, j'ai pris la décision aussi qu'on ne mettrait plus à jour ce qu'on appelle les espaces numériques de travail des logiciels de vie scolaire,
02:08le fameux pronote, entre 20h et 7h du matin et tout le week-end, pour que ce ne soit pas une occasion pour les élèves d'être à nouveau sur leur écran.
02:17Et donc, je pense qu'il faut aussi qu'on éduque, naturellement, à l'utilisation des portables, des écrans, des réseaux sociaux.
02:23Et ça fait partie des enseignements qu'on propose aux élèves.
02:26Vous l'entendez, un vocabulaire qui est parfois dur, des mots qui sont employés à dessein, une école qui est mise en cause.
02:34Vous êtes, et vous l'assumez, Isabelle Borne, une femme de gauche.
02:37Femme de gauche dans un gouvernement qui pense...
02:39Femme de plus centre, du centre.
02:40Du centre, mais plus centre gauche plutôt, non ?
02:42Oui, oui, depuis 2017, je peux vous assurer que je suis engagé derrière Emmanuel Macron.
02:46Sur l'échelle de Bruno Retailleau et de Gérald Darmanin, vous êtes plutôt à gauche, non ?
02:49On peut dire ça, je pense.
02:50Est-ce que vous êtes encore à votre place dans ce gouvernement ?
02:51Est-ce que vous êtes à l'aise, justement, autour de Gérald Darmanin, de Bruno Retailleau, même de Gabriel Attal,
02:56qui, rappelons-le, veut interdire le voile au moins de 15 ans ?
02:59Écoutez, moi, je suis sur une ligne qui me paraît nécessaire pour notre pays de porter un projet au centre,
03:06de ne pas être sur des réponses toutes faites, des réponses souvent qu'on ressort régulièrement.
03:13Je pense que nos concitoyens, on leur doit des vraies réponses qui sont conçues de façon réfléchie, posée.
03:22Écoutez, je pense que vous avez vous-même la réponse.
03:25Absolument.
03:26Non, mais je pense que vous avez la réponse.
03:27Je pense que sur des sujets compliqués, et moi, je n'ai pas de doute,
03:31qu'il y a une montée de la violence dans la société, qu'il faut y répondre,
03:35que nos concitoyens attendent des réponses fermes,
03:38mais que des réponses efficaces, il faut prendre le temps d'y réfléchir
03:42pour proposer des solutions qui soient réellement opérantes.
03:45Et vous pensez que vous pouvez toujours peser dans ce gouvernement ?
03:47Je vous repose la question, est-ce que vous êtes encore à votre place ?
03:49Oui, je vous assure, je tiens ma place dans le gouvernement,
03:51et je suis très attachée à cette ligne centrale
03:54qu'Emmanuel Macron a incarnée en 2017 et en 2022,
03:59parce que je pense que c'est fondamental pour notre pays
04:01qu'on continue, non pas à s'enfermer dans des réponses toutes faites,
04:06mais dans un monde qui change, qui fait face à de nombreux défis,
04:10qu'on porte cette force centrale,
04:12qui est en plus un facteur d'équilibre pour notre pays, pour notre démocratie,
04:16qui peut faire des coalitions, qui peut trouver des accords
04:19avec à la fois la gauche modérée, la droite républicaine,
04:23et que c'est comme ça que notre pays pourra avancer.
04:25On en vient à votre réforme de l'orientation pour le secondaire
04:27comme pour le supérieur, qui entrera en vigueur à la rentrée de septembre,
04:31je parle sous votre contrôle, avec ce que vous avez appelé votre plan à venir.
04:34En quelques mots, madame la ministre de l'éducation,
04:36comme si vous parliez à une classe pas très attentive,
04:38qu'est-ce qui va changer ?
04:40Alors d'abord, le constat, je pense qu'on peut tous le partager,
04:43c'est que l'orientation c'est un facteur de stress
04:45pour beaucoup d'élèves, pour beaucoup de parents,
04:47et on sait aussi que c'est un facteur de reproduction des inégalités.
04:52On peut parler des inégalités sociales,
04:54on sait qu'on a neuf enfants sur dix de cadres
04:56qui accèdent à une seconde générale ou technologique,
04:59et c'est un enfant d'ouvriers sur deux.
05:02C'est-à-dire que l'ascenseur social ne fonctionne pas dès l'école ?
05:04En fait, dès l'école, on ne n'ouvre pas suffisamment de possibilités
05:09à nos élèves, et les choix sont déterminés,
05:12je le disais, en fonction de votre milieu social,
05:14aussi en fonction de là où vous habitez,
05:16on sait notamment qu'il y a des grosses inégalités territoriales,
05:20là encore, trois quarts des élèves qui vivent en centre-ville
05:23accèdent à une seconde générale ou technologique,
05:26et on a moins de 50% des élèves dans les zones rurales.
05:30Alors ça c'est le constat, mais comment vous faites ?
05:31Eh bien donc, je pense que ce qui est important,
05:33c'est de se dire que l'orientation,
05:35ça s'apprend, ça s'enseigne,
05:38et du coup, nos professeurs principaux nous le disent souvent,
05:41ils ont besoin d'être mieux formés, d'être mieux outillés,
05:45donc on va former tous nos professeurs principaux
05:47en démarrant par les 30 000 professeurs de troisième
05:50qui auront une formation d'une demi-journée dès la rentrée.
05:53Et puis, on doit proposer un vrai programme d'éducation à l'orientation,
05:57et on va donc publier un programme avec des compétences
06:00à acquérir de la cinquième à la terminale.
06:02Il y a que l'orientation devient une matière scolaire ?
06:04Ça devient un sujet d'éducation,
06:07parce qu'il faut apprendre à faire des choix,
06:09il faut apprendre à se connaître,
06:11à voir quels sont les métiers qui peuvent vous attirer.
06:15Donc, ça veut dire qu'il faut non seulement avoir ces quatre demi-journées,
06:18elles vont permettre d'avoir une éducation à l'orientation,
06:21puis elles permettront aussi la découverte des métiers,
06:23d'aller dans les forums organisés par les régions
06:26pour ouvrir ces horizons.
06:27Ça, dès la rentrée prochaine, du coup ?
06:29Bien sûr, on va démarrer dès la rentrée prochaine.
06:31Et puis, peut-être le dernier point,
06:33c'est aussi de se dire qu'on doit tenir compte
06:36des rythmes différents des élèves,
06:40certains qui ont besoin de plus de temps pour choisir,
06:43certains qui ont besoin,
06:44avant de démarrer leur parcours dans l'enseignement supérieur,
06:47d'avoir un renforcement de leurs compétences
06:51dans certaines disciplines.
06:52C'est pour ça que moi, je crois beaucoup
06:53qu'il faut s'adapter aux différents profils.
06:56Je veux encourager la possibilité
06:58de faire une année de césure après le bac,
07:01d'aller dans une ONG.
07:02C'est cher, tout le monde ne peut pas se le permettre,
07:03l'année de césure.
07:04Ça dépend de ce qu'on fait.
07:05Vous pouvez faire un service civique,
07:07par exemple, vous pouvez aller travailler dans une ONG,
07:09vous pouvez aller voyager,
07:10et puis ensuite reprendre le cursus
07:12et bénéficier de ce qui vous a été proposé
07:15dans Parcoursup,
07:17et vous aurez ce qu'on appelle des crédits ECTS,
07:20c'est-à-dire, c'est des points en plus
07:22pour valider des enseignements,
07:25donc c'est un système européen,
07:26donc c'est pour encourager
07:27à faire cette année de césure.
07:29Peut-être dire aussi qu'on veut développer
07:31ce qui s'appelle des années de propédeutique,
07:33c'est des années pluridisciplinaires,
07:35où vous pouvez conforter vos compétences
07:37avant de vous engager dans le supérieur.
07:39Si je peux me permettre,
07:40pour les dispositifs faites simples,
07:41parce qu'entre l'ENT, Parcoursup,
07:43et tout le reste,
07:44on est un peu perdu.
07:45C'est riche, c'est un secteur
07:46où il y a beaucoup de dispositifs.
07:49Elisabeth Borne, à Sens, dans Lyon,
07:50une prof du lycée Jeannot-Curie
07:52a autorisé ses élèves de seconde
07:53à observer une minute de silence
07:54en hommage aux victimes de la guerre à Gaza.
07:56C'était le 26 mars,
07:57elle a été suspendue pour 4 mois
07:59à titre conservatoire.
08:00Aujourd'hui, cette enseignante
08:01demande sa réintégration.
08:03Y êtes-vous favorable ?
08:04Alors, il y aura une décision.
08:06La suspension, comme vous l'avez dit,
08:07elle était conservatoire.
08:09Je pense qu'il ne faut pas confondre deux choses.
08:12La liberté d'enseigner,
08:13on a effectivement le droit d'aborder...
08:15C'est ce qu'elle ne l'a pas imposée aux élèves.
08:16Les élèves ont demandé à le faire
08:18et ceux qui le souhaitaient
08:19ont observé cette minute de silence
08:20pendant une récré.
08:22Il y a une liberté d'enseigner
08:23et donc de parler du conflit au Proche-Orient.
08:26On ne décide pas.
08:27Ça se fait dans un cadre organisé
08:30à l'éducation nationale
08:31de faire une minute de silence.
08:34Je pense que parler du conflit israélo-palestinien,
08:37c'est une chose.
08:38Ensuite, prendre une position politique
08:41dans ce conflit, c'est autre chose.
08:42Et là, il y a une obligation de réserve
08:43de nos enseignants.
08:44Elle a fait une faute ?
08:45Je vous dis,
08:46elle est sortie du principe de neutralité
08:49qui s'applique à nos enseignants.
08:51À Dijon, l'Académie,
08:52elle a lancé une expérimentation
08:54permettant à des enseignants
08:55d'autres matières d'enseigner le français
08:56après un entretien de 30 minutes.
08:58Là, on est bien dans l'école low-cost,
09:00c'est les profs au rabais.
09:01Déjà, on recrutait les profs en speed dating.
09:04Maintenant, 30 minutes,
09:05et hop, tu deviens prof de français.
09:07D'abord, il y a une réponse structurelle
09:09qui est la réforme du recrutement
09:10et de la formation de nos professeurs.
09:12Depuis qu'on recrute à Master 2,
09:14on a perdu 45% de nos candidats
09:16dans le premier degré,
09:1720% dans le second degré.
09:18Donc, d'où la réforme du recrutement
09:20qui se mettra en place
09:21dès l'année prochaine.
09:22Ensuite, ce n'est pas n'importe qui
09:24qui s'adresse.
09:26Ce sont des professeurs certifiés
09:28qui ont une expérience d'enseignants
09:30qui doivent justifier
09:32d'avoir des compétences,
09:34notamment dans le domaine
09:35vers lequel ils veulent aller.
09:37Ils seront naturellement...
09:40On validera,
09:41on vérifiera leurs compétences
09:42en amont.
09:43Ils seront accompagnés.
09:44Donc, c'est une expérimentation
09:45que l'académie a voulue.
09:45Qui pourrait être généraliste.
09:47Ça fonctionne bien ?
09:47Je ne me prononce pas à ce stade.
09:49Ce sera quelques enseignants
09:50qui pourront tester cette voie.
09:52Et je redis,
09:53c'est des professeurs certifiés
09:54qui savent enseigner
09:55et qui pourront tester cette voie.
09:57Puis, on évaluera naturellement
09:58l'expérimentation
09:59qui est menée à Dijon.
10:00J'ai une dernière question,
10:01Elisabeth Borne.
10:01Dans quelques jours,
10:02ce sera l'épreuve du bac philo.
10:03La question,
10:04quand on n'est pas tout à fait d'accord
10:05avec ses partenaires,
10:06vaut-il mieux se résigner
10:08ou se présenter à l'élection présidentielle ?
10:10Vous répondez quoi ?
10:10Et comme on n'a pas 4 heures,
10:11si vous pouviez aller directement
10:12à la conclusion,
10:12ça m'arrangerait.
10:13Non, je pense que
10:14quand on a une voie à porter,
10:15il faut le faire.
10:16Quitte à la porter jusqu'au bout ?
10:18Après ça,
10:19il faut apprécier effectivement.
10:20À la fin,
10:21l'objectif n'est pas
10:22que le Rassemblement National
10:24ou la France Insoumise
10:24remportent la prochaine élection.
10:26Pour dire les choses clairement,
10:26vous pourriez être candidate ?
10:27Vous n'excluez rien ?
10:28On en reparlera.
10:29Vous n'excluez rien ?
10:30Je ne vois pas pourquoi
10:31j'exclurai quand je vois aujourd'hui
10:32que chacun est candidat
10:34à l'élection présidentielle.
10:35Il y aura bientôt plus
10:35de candidats que d'électeurs.
10:36Merci beaucoup à vous
10:37Elisabeth Borne
10:38d'être venue ce matin.
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