00:00Najat Vallaud-Belkacem, bonjour.
00:01Bonjour.
00:05Ces personnes qui demandent l'asile sont malheureusement, comme vous l'avez dit, stigmatisées.
00:10Le cadre est peu connu ou mal connu par les citoyens, par l'opinion publique.
00:15Y a-t-il également une forme de désintérêt de la part des citoyens
00:19qui considèrent peut-être la problématique comme trop vaste, trop complexe, voire trop européenne ?
00:25Oui, c'est vrai. Alors ça, c'est clair.
00:26Je pense que ce dont souffre le droit d'asile et donc la protection des personnes concernées,
00:33c'est que depuis quelques années, sans doute dizaines, quinzaines d'années maintenant,
00:38ce sujet a été laissé en gros entre les mains soit des populistes, des hostiles, des manipulateurs,
00:45soit des technocrates en quelque sorte.
00:48Et donc le citoyen en a été un peu désaisi.
00:51Mais c'est même son intelligence qui a été désaisie.
00:54Et ce qu'essaye de faire ce livre qu'on a écrit avec l'économiste Benjamin Michalet,
00:58c'est vraiment de redonner aux citoyens de quoi juger par lui-même.
01:03En fait, ce n'est pas possible de ne pas se sentir concerné par ce dont il est question-là.
01:09Peut-être qu'on ne se sent pas concerné parce qu'on se dit « moi, je ne serai jamais demandeur d'asile ».
01:12D'abord, on se tromperait en disant ça.
01:14Deuxièmement, on doit se sentir concerné parce qu'en fait, c'est des droits fondamentaux dont il s'agit.
01:20Et donc c'est pour ça que je vous dis, nous autres citoyens, on ne peut pas se laisser désaisir comme ça
01:23par des manipulateurs, des populistes ou des technocrates.
01:26Mais alors justement, comment réinventer le narratif ? Est-ce encore possible et comment faire ?
01:31Je pense qu'il faut se faire caisse de résonance, de cette solidarité, de cette hospitalité qui existe chez les citoyens
01:38pour dessiner le contre-récit qui sera opposable au récit qui s'est imposé ces dernières années de la part des populistes.
01:46Et s'inspirer de la société civile finalement.
01:48Et donc s'inspirer de la société civile.
01:50Je pense qu'en fait, les citoyens valent mieux que leurs caricatures.
01:53Vous savez, à un moment dans le livre, on fait un parallèle avec ce qui s'est passé avec le changement climatique.
01:58Parce que c'est vraiment très intéressant et le parallèle a vraiment beaucoup de sens.
02:02Dans la mesure où, pendant très longtemps, les politiques en fait ont été aussi assez indifférents à la question du changement climatique.
02:09Et c'est plutôt de la société civile que c'est venu.
02:12Et des scientifiques d'ailleurs, c'est très intéressant le parallèle.
02:15Et il a fallu une mobilisation énorme de la part de cette société civile
02:20pour réussir à faire pression suffisamment sur les politiques
02:24pour qu'ils deviennent enfin caisse de résonance.
02:27et qu'on engrange petit à petit finalement des politiques publiques,
02:30même si ce n'est pas encore tout à fait idéal et le bout du chemin.
02:34Mais enfin quand même, on est mieux que ce qu'on était dans les années 70
02:38quand les premiers de la société civile prêchaient dans le vide et dans le désert.
02:42Oui, la croissance zéro, la décroissance.
02:44Exactement.
02:44Et bien à l'égard des politiques migratoires, c'est un peu pareil.
02:48Parce que finalement, à force de discours hostiles ces dernières années,
02:53s'est installée chez nombre de gens une espèce de migration-scepticisme,
02:58un peu comme on a un climato-scepticisme.
03:00Et en réalité, il faut absolument refaire la place au récit des gens
03:05qui, en se confrontant à ce que sont ces nouveaux venus sur notre territoire
03:10et ce qu'ils apportent sont les mieux à même de dire.
03:14Finalement, en fait, c'est quand même très utile et très positif.
03:18Et puis franchement, accueillir dignement quelqu'un qui a fui
03:23les salles de détention et de torture de Bachar el-Assad,
03:27vous savez quoi, je me sens plus humain en fait en l'ayant fait.
03:31Je me sens même moi-même mieux, même à titre, j'allais dire, égoïste.
03:35Racontez tout ça, voyez, c'est tellement absent du débat public
03:39et c'est ça qui permettra de lutter contre ce migration-scepticisme.
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