00:00J'ai eu deux témoignages qui m'ont super fait plaisir.
00:02Un pote que je n'ai pas vu depuis 30 ans, il dit « Salaud, tu m'as fait pleurer. »
00:06À cause de toi, j'ai été obligé d'appeler ma mère pour lui dire que je l'aime.
00:09Moi, je m'appelle Namir Abdelmessé et je suis ici pour présenter « La vie appréciable ».
00:15Moi, j'ai vraiment commencé à filmer comme un acte de survie.
00:19Le jour de la mort de ma mère, quasiment, on avait déjà fait un autre film ensemble
00:22et il y avait une promesse que je lui avais faite, qu'on ferait un autre film ensemble.
00:25Il y a eu une espèce de réflexe de survie, de « Non, elle n'est pas morte, on va faire un autre film ensemble.
00:30Et puis après, j'ai enterré tout ça parce que je n'ai pas vu la matière à un film.
00:34C'était trop intime, c'était trop personnel, c'était trop douloureux pour moi de revoir toutes ces images.
00:39Et c'est quelques années plus tard, où un copain monteur qui passait à la maison
00:43et je lui dis que j'ai arrêté de faire des films, j'ai arrêté le cinéma.
00:46Je lui ai montré quelques images, justement des scènes que j'ai filmées au moment des funérailles et tout ça.
00:51Il m'a dit « Mais il y a un film ».
00:53Le film raconte un processus d'évolution où j'ai des regrets par rapport à la mort de ma mère, par exemple.
01:00« J'aurais aimé lui dire ça, j'aurais aimé connaître son histoire. »
01:03Et quelque chose qui est de l'ordre de vouloir retenir quelqu'un, de vouloir retenir une histoire et d'une forme de frustration.
01:11Et un rapport plus apaisé, on va dire, qui se joue avec mon père, en fait.
01:16Parce que ça raconte aussi le départ de mon père, ce film et sa mort.
01:19Avec quelque chose qui est plus de l'ordre de savoir dire au revoir.
01:24Lui, il n'avait pas prévu qu'elle meure avant lui, puisqu'il est plus âgé qu'elle.
01:28Et moi, en fait, non plus.
01:29Donc on se retrouve tous les deux un peu comme des cons, avec une nouvelle configuration familiale
01:33de comment faire entre deux mecs qui n'aiment pas trop...
01:37Un peu pudiques, on va dire, quand il n'y a plus la personne qui faisait le lien.
01:41Et donc ça oblige à réinventer une nouvelle relation, à découvrir une nouvelle relation.
01:46Et on s'est rencontrés, en fait, autrement, après la mort de ma mère.
01:51Et moi, j'ai mis du temps à le comprendre.
01:52Il n'attendait rien de moi.
01:54Donc je n'ai pas à le forcer à oublier sa tristesse, ou à le forcer à aller mieux,
02:00ou à aller essayer de lui dire, essayer d'être connecté à la vie.
02:03À un moment, s'il n'a plus envie, moi, je suis assez grand aujourd'hui pour être capable de comprendre
02:08que je n'ai pas à essayer de le forcer à aller bien.
02:11Et que je peux juste accepter de profiter des moments que j'ai avec lui.
02:16Et ça a changé quelque chose dans notre relation.
02:18J'ai eu deux témoignages, moi, qui m'ont super fait plaisir.
02:21C'est un pote que je n'ai pas vu depuis 30 ans, qui a vu le film à Cannes.
02:26Il dit, salaud, tu m'as fait pleurer.
02:28À cause de toi, j'étais obligé d'appeler ma mère pour lui dire que je l'aime.
02:31Une autre personne a dit, après ton film, on ne peut pas s'empêcher de se dire
02:34qu'il faut qu'on appelle nos parents.
02:36Rien que ça, en fait. Je trouve ça génial.
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