Les députés ont voté pour la suppression des Zones à faibles émissions (ZFE), ces zones restreignant la circulation de certains véhicules polluants. De nombreux élus critiquent le dispositif depuis ses débuts en 2019, parce qu'il discriminerait une partie plus précaire de la population. David Belliard, adjoint à la mairie de Paris chargé des mobilités, et candidat écologiste aux prochaines élections municipales, est l'invité événement de RTL Soir. Regardez L'invité de Yves Calvi du 29 mai 2025.
00:00Yves Calvi, Aude Vernuccio, RTL Soir jusqu'à 20h.
00:04Bonsoir David Béliard.
00:06Bonsoir.
00:06Vous êtes adjoint à la mairie de Paris, chargé des mobilités et candidat écologiste aux prochaines municipales.
00:11Merci de nous rejoindre sur RTL.
00:12L'Assemblée nationale a donc approuvé massivement hier la suppression des LFE,
00:16ces fameuses zones à faible émission qui restreignent la circulation de certains véhicules polluants.
00:22Ce vote doit être confirmé par l'adoption du projet de loi dans son intégralité.
00:26Mais c'est déjà un camouflet pour cette mesure qui avait pour objectif d'améliorer la qualité de l'air en limitant les émissions de particules fines.
00:33David Béliard, c'est votre travail pour ne pas dire votre engagement qui est mis en cause.
00:37Comment percevez-vous tout ça ?
00:38D'abord, je suis en colère.
00:40Je suis en colère parce que derrière ce vote qui doit être confirmé, c'est la santé de milliers et des milliers de personnes qui est en jeu.
00:46Parce que la pollution de l'air, on l'oublie souvent, elle tue des milliers de personnes.
00:51Et ces personnes sont d'abord les personnes qui sont les plus pauvres.
00:54Vous savez, c'est celles et ceux qui habitent par exemple à proximité des autoroutes, des grands axes routiers, du périphérique par exemple en Ile-de-France.
01:01Et bien ça, c'est la santé de ces gens qui est aujourd'hui mise en cause.
01:05Nous avons fait des progrès ces dix dernières années parce que nous avons une politique volontariste très très forte à Paris
01:10ou dans la métropole et dans la métropole du Grand Paris.
01:13La qualité de l'air, par exemple à Paris et dans la métropole, elle s'est considérablement améliorée.
01:18Cette décision, si elle venait à être confirmée, cette fin des zones à faible émission,
01:23elle marquerait un stop sur cette progression et donc elle mettrait en danger, véritablement en danger, la santé de milliers et de milliers de personnes.
01:32D'abord, mon sentiment, c'est d'abord un sentiment de colère.
01:36Alors, vous nous dites que c'est injuste parce que ce sont les pauvres qui meurent de la pollution de l'air.
01:40On pourrait vous rétorquer aussi que ce sont aussi les plus pauvres qui n'ont pas les moyens d'avoir un véhicule propre.
01:45Mais je suis d'accord avec ça.
01:46Et d'ailleurs, ça fait des années et des années que nous demandons au gouvernement de prendre des mesures pour accompagner,
01:53pour aider les plus vulnérables, les plus précaires, les plus modestes,
01:57à avoir d'abord des alternatives à la voiture individuelle, les transports en commun qui sont des transports en commun de qualité,
02:03mais aussi, lorsque ce n'est pas possible, des véhicules qui sont des véhicules plus propres.
02:07Par exemple, en Ile-de-France, on estime que c'est 46 000 foyers qui sont obligés d'utiliser leur voiture
02:13et qui sont dans une situation financière modeste.
02:17Nous avons porté, j'ai porté auprès de la ministre, une demande très spécifique pour aider, par exemple,
02:22ces 46 000 foyers, ces 46 000 personnes qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler.
02:28Mais face à ces demandes que nous portons depuis des années et des années,
02:31et ce n'est pas simplement les écologistes, l'ensemble des élus des métropoles qui sont concernés,
02:37nous avons un gouvernement qui est aux abonnés absents,
02:40parce que ce que nous payons aujourd'hui avec ce vote,
02:42c'est le fait que le gouvernement n'a rien fait depuis 10 ans,
02:45Macron n'a rien fait depuis 10 ans sur la question de la qualité de l'air,
02:49laissant ses zones à faible émission, et vous avez raison de le souligner,
02:52je sais que c'est le débat, dans cette situation un peu bizarre,
02:55où c'est le seul outil que nous avons pour pouvoir améliorer,
02:58en tout cas c'est un outil important que nous avons pour améliorer la qualité de l'air,
03:02mais en effet, il est parfaitement inégalitaire,
03:05et nous avons besoin de plus d'égalité sociale,
03:07mais au lieu de le supprimer, améliorons-le.
03:11C'est ça que nous portons et c'est ça que je porte.
03:13David Béliard, soyons très concrets,
03:15les 46 000 qu'il faudrait aider,
03:17vous venez de l'évoquer il y a quelques instants,
03:19on les aide comment très concrètement ?
03:21C'est de l'argent ?
03:22C'est un enjeu, et c'est donc un enjeu d'argent public ?
03:26Ah, c'est un enjeu d'argent public, bien sûr,
03:29parce que ce qui se joue là,
03:31ce sont les investissements que nous mettons,
03:33les investissements qu'on met, par exemple,
03:35pour améliorer les transports en commun.
03:37Mais ces gens-là, ils ont besoin de leur voiture,
03:39maintenant, demain, pour aller travailler.
03:40Comment les aident-on ? C'était ma question.
03:43Ah, mais ce sont des aides,
03:44ce sont des aides qui ont été supprimées en décembre
03:46par le gouvernement Bayrou,
03:48qui sont des aides à la conversion,
03:49c'est-à-dire des aides pour acheter des véhicules
03:52qui sont des véhicules plus propres.
03:53Et bien, de la même manière,
03:54pour ces 46 000 personnes,
03:55il faut des aides, c'est à peu près,
03:57nous, on estime à peu près à 500 millions d'euros,
03:59oui, c'est de l'argent,
04:01mais pour permettre à ces gens,
04:02eh bien, de pouvoir continuer à circuler,
04:04surtout, tout simplement,
04:05de pouvoir continuer à travailler et à vivre,
04:08parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens que la voiture,
04:10et que, évidemment, tout ça n'est pas suffisant.
04:13Il faut investir dans les transports en commun,
04:15nous avons pris trop de retard,
04:17même si en Ile-de-France,
04:18nous ne sommes pas les moins bien dotés,
04:20dans les autres régions françaises,
04:22mais je pense à d'autres métropoles,
04:23d'autres villes peut-être de plus petite taille,
04:25eh bien, on voit bien
04:26que nous sommes très en retard
04:28sur les transports en commun,
04:29ça n'a pas été la priorité d'Emmanuel Macron,
04:32et aujourd'hui, eh bien, on le paye.
04:34Comment on change les choses,
04:35par exemple, justement, en province,
04:36avec des bus, des cars ?
04:38Vous avez des bus,
04:39vous avez des RER,
04:40vous savez, oui, mais vous savez,
04:42quand vous mettez 50 personnes dans un bus,
04:43ça pollue toujours moins que 50 voitures.
04:46Donc, c'est toujours aussi une question de comparaison.
04:49Moi, je suis pour le droit à la mobilité.
04:51Je pense qu'il faut que chacun et chacune
04:53puissent avoir une alternative à la voiture individuelle,
04:56partout sur le territoire français.
04:58Et je pense que c'est possible.
04:59Le bus, c'est qu'une des solutions,
05:00mais ce n'est pas la seule.
05:01Nous avons des réseaux ferrés
05:03sur lesquels il nous faut investir
05:05pour créer, par exemple,
05:07eh bien, du train du quotidien,
05:08du RER, du TER.
05:10Mais tout ça, ça nécessite beaucoup d'investissement,
05:13ça nécessite beaucoup d'argent,
05:14et ça nécessite que sur les questions d'écologie
05:16et sur les questions de santé,
05:17eh bien, on parle peut-être un peu moins
05:19et on agit un peu plus.
05:21Alors, les directives environnementales
05:22ne sont pas souvent comprises
05:24ou bien comprises par les Français.
05:26Est-ce que vous vous en rendez compte ?
05:27Ah oui, elles sont même très instrumentalisées.
Écris le tout premier commentaire