00:00Aujourd'hui, l'espérance de vie, elle ne progresse plus.
00:02L'enjeu, ce n'est pas de rajouter des années à la vie,
00:04mais c'est de rajouter de la vie aux années.
00:05Les personnes âgées ne veulent plus juste être pris en charge,
00:08mais ils veulent bien vieillir. Et là, c'est autre chose.
00:10Aujourd'hui, avec Néo, on va parler d'un sujet qui d'habitude est traité négativement,
00:13qui fait peur. Le grand âge, la vieillesse.
00:15Ensemble, on va voir comment on peut construire une nouvelle société
00:17grâce aux personnes âgées.
00:19Notre société n'aime pas la vieillesse, mais elle aime les vieux.
00:22Et elle n'est pas satisfaite de la manière dont on les accompagne
00:23quand ils perdent leur autonomie.
00:25On l'a vu de manière criante avec l'affaire Orpère,
00:27avec la maltraitance dans les EHPAD qui a été dénoncée grâce à un livre coup de poing.
00:30Au-delà du scandale, ce qui est fascinant, c'est qu'on s'est indigné.
00:3370% du cours de bourse des opérateurs d'EHPAD qui est tombé en quelques jours.
00:37Ça montre qu'en réalité, on a envie de construire une nouvelle société
00:40pour nos personnes âgées.
00:41Ce qu'on a observé depuis ce scandale, c'est que le sujet est maltraité.
00:44On est un peu en disque rayé.
00:45On résume finalement l'accompagnement des personnes âgées à de la maltraitance presque généralisée.
00:49Et en réalité, c'est évidemment pas ça.
00:50Nous, on pense que le bien vieillir, ça peut aussi être un récit positif
00:53où on n'est pas forcément en train de se demander qui est le coupable,
00:56mais surtout, quelles sont les solutions.
00:57Ce constat et ces solutions, on les a développés dans un livre qui s'appelle Bonjour V.I.S.
01:01et c'est de ce livre dont on voudrait vous parler aujourd'hui.
01:03Dans ce livre, on a voulu raconter des histoires pour montrer finalement qu'aujourd'hui,
01:07ce changement de regard, il est déjà un peu partout.
01:08Une histoire qu'on peut raconter qui est assez frappante, c'est l'histoire de Jacqueline
01:11qui est atteinte de la maladie d'Alzheimer et qui intègre une colocation.
01:16Jacqueline, ce qui est important de savoir, c'est qu'elle était kinée dans son ancienne vie.
01:20Donc Jacqueline va s'intégrer dans la maison et, peu à peu, va repérer chez certains de ses colocataires
01:25des gènes, des mal de dos et elle va les aider, elle va les masser un petit peu.
01:30Ensuite, elle va aussi repérer ça chez les professionnels qui travaillent dans la maison.
01:33Et donc là, c'est pareil, elle va prodiguer certains gestes pour les soulager.
01:37Jacqueline, au début, elle est arrivée dans la maison en tant que personne aidée
01:41et finalement, elle s'est transformée en personne aidante.
01:43Et donc ça, ça nous montre que dans la vie, on est tous aidés et aidants à un moment.
01:46Ces histoires, qui sont très simples, montrent à quel point le fait de penser différemment
01:51et d'aborder l'accompagnement un peu différemment, ça peut tout changer.
01:54On voit bien, aujourd'hui, le système est critiqué, les EHBAD notamment sont critiqués.
01:58Maintenant, nous, il nous a semblé très important de réhabiliter un peu l'histoire.
02:01L'espérance de vie, elle est passée de 65 ans à 82 ans, en quelques dizaines d'années en France.
02:06Il y a 50 ans, quand il y avait encore aux portes de Paris des personnes âgées
02:09qui vivaient à 10 dans une chambre, dans des hospices,
02:12les gens n'auraient pas cru qu'on arriverait en quelques décennies
02:14à permettre à tous d'avoir accès à des conditions matérielles et sanitaires dignes pour la vieillesse.
02:19Donc il y a quand même une vraie réussite du système du point de vue des attentes des 30 Glorieuses.
02:24Mais aujourd'hui, les attentes se sont déplacées.
02:25Aujourd'hui, ce qu'on va attendre pour ces personnes âgées,
02:28c'est qu'elles puissent continuer à avoir une participation sociale,
02:31d'exercer leur rôle de citoyen,
02:32de pouvoir exercer un libre choix,
02:34de pouvoir avoir un projet de vie, quel que soit leur âge ou leur état de santé.
02:37Ce qui est intéressant, c'est que les ingrédients qui ont fait le succès
02:41de la période qu'on appelle nous la période de la prise en charge,
02:43donc des années 70 jusqu'à maintenant,
02:45eh bien, ces ingrédients qui étaient principalement l'établissement de normes
02:48sont précisément les ingrédients qui nous empêchent en ce moment de rentrer dans la période suivante.
02:52Parce que quand il s'agit d'aider les personnes âgées à avoir une vie sociale,
02:55à s'épanouir, à conserver une utilité,
02:57c'est pas d'écrire des normes qui changent quelque chose.
03:00C'est un millier de petits facteurs du quotidien qui sont très différents
03:03d'une région, d'un endroit, d'une ville à l'autre,
03:05et qui se jouent pas du tout sur un aspect réglementaire.
03:07Et le problème, c'est que ça nous a aussi conduit à simplifier des choses plus complexes.
03:11Prenons le cas de la maltraitance.
03:12La maltraitance, évidemment, ce n'est pas que de la violence verbale ou physique.
03:16C'est avant tout une rencontre qui n'a pas lieu entre des professionnels
03:19et les personnes qui les accompagnent.
03:21On ne prend pas assez de temps, on ne peut pas assez le prendre,
03:23on n'est pas assez formé.
03:24Voilà, il y a une multitude de facteurs qui fait qu'on peut avoir un comportement maltraitant.
03:27On peut faire des chartes de bientraitance, faire des normes là-dessus.
03:29Peut-être que ça rassure, mais c'est pas ça fondamentalement
03:31qui règle tous les problèmes composés de plein de facteurs de la maltraitance.
03:35L'État, au lieu d'être dans l'injonction, doit vraiment accompagner
03:38et créer des conditions, contribuer à changer la culture finalement dans le secteur.
03:41Croire qu'en sous-traitant l'accompagnement d'une personne âgée,
03:43les dilemmes éthiques vont disparaître et qu'on va pouvoir exiger
03:45une forme de qualité parfaite, mesurable, de la part de l'EHPAD
03:48ou de la structure d'aide à domicile, là c'est une erreur.
03:51On pense qu'il faut un peu sortir de cette logique consumériste
03:53et plutôt aller vers une forme de co-responsabilité.
03:55Une des solutions, nous, qu'on a vraiment identifiées
03:57et qui marchent dans beaucoup d'endroits,
03:59c'est de faire participer les familles à la gouvernance.
04:01Et donc le fait de se rencontrer, de se mettre à la place de l'autre,
04:04ça va permettre de faire avancer les réflexions
04:06et de trouver des solutions les meilleures.
04:07L'autre grand malentendu, c'est autour des métiers du lien,
04:09des métiers du prendre soin.
04:10On a tendance à les résumer à des listes de tâches,
04:12que ce soit du soin ou du ménage ou autre.
04:14La réalité sur le terrain, c'est qu'en fait,
04:16c'est de la création de lien, c'est de l'empathie.
04:18Donc nous, on milite pour une reconnaissance fondamentale
04:21de la dimension humaine de ces métiers,
04:22cette manière de les valoriser parce qu'aujourd'hui,
04:24ces métiers sont peu reconnus.
04:25Les métiers du care ne sont pas valorisés
04:27parce qu'on ne valorise pas le care dans les métiers en général.
04:29Le care, c'est vraiment le fait de prendre soin,
04:31d'accompagner l'autre, d'aider l'autre.
04:33Reconnaître la dimension humaine,
04:34la dimension empathique de ces métiers et la valoriser,
04:37en réalité, ça demande de le faire dans toute la société.
04:38Aujourd'hui, de ce secteur peut aussi partir
04:40une nouvelle vision du travail,
04:42plus centrée sur l'empathie, sur le prendre soin.
04:44Et Dieu sait qu'elle est nécessaire aujourd'hui
04:46dans beaucoup de contextes de travail
04:48où les gens partent en burn-out,
04:51ont des problèmes psychosociaux.
04:52Au départ, on a voulu comprendre
04:53comment on pouvait améliorer les choses dans le secteur du care.
04:55On s'est rendu compte qu'en fait,
04:56Deria, ça demandait de construire une nouvelle société,
04:59une société du care.
05:00Et ce qui est assez enthousiasmant
05:01dans cette manière de voir le bienveillir,
05:03c'est son caractère profondément transformatif.
05:05Et on s'aperçoit que c'est du bienveillir
05:08et de cette manière de regarder les choses
05:10qu'on peut transformer l'ensemble de la société.
05:13Ce qui est frappant,
05:13c'est que quand on accompagne une personne âgée,
05:15on voit que quand on arrive à lui redonner
05:16un sentiment d'utilité sociale,
05:18eh bien tout change.
05:19Et bien en fait, ça, c'est vrai aussi à l'échelle
05:20d'un EHPAD, d'un habitat partagé.
05:22Dès qu'il y a une action comme une crèche intergénérationnelle,
05:25un co-working, une ouverture sur la société,
05:27toute la dynamique change.
05:28Les professionnels, les personnes qui sont dans la structure
05:31s'animent parce qu'il y a un vrai projet
05:33et parce qu'on se met au service de l'ensemble de la société.
05:35De ce secteur peut partir une transformation plus globale
05:38de la société,
05:38un monde où on repense aux liens sociaux,
05:41à la proximité, à la rencontre,
05:42où on revalorise la vulnérabilité.
05:44C'est ça qui nous anime vraiment aujourd'hui.
05:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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