00:00Il est 9h50, où elle a présenté son premier long métrage hier soir au Festival de Cannes, à la semaine de la critique.
00:09Et la salle était en larmes. On va entendre parler de ce Nino, film d'une immense finesse qui pourrait ramener la caméra d'or.
00:18Pauline Loques est notre invitée.
00:30Bonjour Pauline Loques.
00:34Bonjour.
00:35On écoute ce magnifique titre des Irlandais de Fontaines d'ici qui accompagne le générique de fin de ce Nino, ce premier film, oui, qui est très fin, qui est extrêmement bien écrit, extrêmement bien filmé,
00:46que vous avez présenté hier soir au Festival de Cannes, à la semaine de la critique.
00:49Vous êtes à Cannes, d'ailleurs, en duplex, on vous aperçoit là, dans nos petits écrans du studio.
00:54Et comment c'était du coup ? Il paraît que tout le monde a pleuré, qu'il y avait une émotion de dingue dans cette salle.
00:59Comment vous l'avez vécu, vous ?
01:00Oh là là, beaucoup, beaucoup, beaucoup d'émotions. J'ai vu des visages, j'ai vu des larmes, j'ai vu, voilà, mélangé à la lumière et l'éblouissement.
01:07Donc c'était, oui, très fort. Et c'était la première fois qu'on montrait le film, évidemment. Donc c'était un moment très fort.
01:13Avec de longs applaudissements. Vous savez, à Cannes, on commence toujours un peu à mesurer la réception des films.
01:18Vous, les applaudissements étaient longs.
01:21Je ne me suis pas rendue compte.
01:22Et on lui souhaite une longue vie. D'ailleurs, on va revenir à l'histoire du film, mais ce n'est pas rien pour vous de le présenter à Cannes.
01:28C'est-à-dire là où vous êtes allée au cinéma pour la première fois.
01:31Pauline Locasque, vous avez grandi à Saint-Raphaël, au-dessus du magasin de vos parents.
01:35Et c'est votre grand-mère qui vous emmenait au cinéma à Cannes ?
01:37Oui, ma grand-mère me gardait les mercredis après-midi et les vacances.
01:40Et elle était assez loin du milieu artistique et culturel, puisqu'elle était couturière.
01:45Et elle prenait son petit journal, son petit nid ce matin, et elle entourait les séances de cinéma pour qu'on aille les voir ensemble.
01:50Donc j'allais dans les salles de cinéma de Cannes. C'est là où j'ai découvert le cinéma.
01:54Et c'est quoi votre premier choc à ce moment-là ? Vous vous souvenez d'un film en particulier ?
01:58Je pense que je l'ai emmené voir Titanic vraiment quatre fois.
02:00À l'époque où en plus, on coupait le film en deux parce qu'il était trop long, il fallait changer de bobine et tout ça.
02:06Et elle a accepté à la 91 ans. Votre grand-mère, elle verra votre film ce soir dans une projection à Valbonne.
02:12C'est elle que vous l'avez impressionnée ? C'est votre jury numéro un ?
02:15Oui, la pression c'est pour ce soir en fait.
02:18Hier c'était rien du tout, Rodrigo, le président du jury, tout le festival. Non, la pression c'est là.
02:25Le soir, elle vient avec toutes ses copines en plus, donc la pression est très grande.
02:29En tout cas, votre film, on va en entendre parler de ce Nino, et c'est vrai qu'il pourrait ramener la caméra d'or.
02:34Théodore Pellerin, votre acteur principal qu'on adore, qu'on a reçu ici dans Nouvelle Tête pour son rôle de Jacques de Bachère,
02:39dans la série sur Karl Lagerfeld, c'est votre Nino, ce personnage qu'on suit trois jours entre l'annonce de son cancer et le début de son traitement,
02:46prioritaire, parce que c'est très grave, parce qu'il est jeune, parce que les cellules cancéreuses se reproduisent vite.
02:51Théodore Pellerin, il a vu le film terminer hier soir pour la première fois.
02:55Je le sais, car quelqu'un était dans la salle, il vous a parlé à l'oreille, il vous a dit quoi ?
03:01Il avait bon vu aucune image, c'était son choix, il voulait le découvrir dans la salle comme ça.
03:05Et puis en fait, Théodore déteste systématiquement la première fois qu'il se voit dans des films, donc j'avais peur.
03:09Et non, il était très ému, il m'a juste dit, c'est magnifique.
03:13Je pense que c'est assez vrai, on écoute tout de suite un extrait de Nino,
03:16quand il essaye d'enregistrer une note vocale pour demander à son pote d'être la personne de confiance
03:20qui peut l'accompagner au début de son traitement.
03:23Hello, je voulais te demander si lundi tu ne pouvais pas m'accompagner à un rendez-vous médical,
03:33parce qu'on m'a demandé de...
03:35Est-ce que ça en fait...
03:38Il faut peut-être que je te parle dans le truc, parce que lundi j'aurais peut-être besoin que tu m'accompagnes.
03:47Et puis, Juliette...
03:49Et voilà, impossible de finir cette note vocale.
03:57Le métro arrive de l'autre côté, il y a une scène de fête.
04:00Et lui, il est dans cette autre vie, de l'autre côté, en fait.
04:04C'est un très beau moment, parce que c'est ce modern world, là, ce monde moderne qu'on écoutait dans Fontaine Dissi,
04:10que vous voulez raconter, Pauline Loquesse.
04:11La solitude de l'individu dans la ville, avec sa note vocale avortée.
04:15Oui, bien sûr, en fait, il y avait quand même l'idée de quelqu'un qui vit dans une ville bien plus grande que soi.
04:20Et quand lui, il reçoit cette annonce, pour lui, la vie s'arrête.
04:23Mais en fait, il sort de l'hôpital, et puis autour de lui, rien n'a changé.
04:27La vie continue, c'est une vie parmi d'autres.
04:28Le rythme de la ville ne s'arrête pas, les problèmes des gens, grands ou petits, ne s'arrêtent pas.
04:33Donc, il est plongé dans une réalité qui n'a pas changé.
04:37C'est que son intériorité qui a changé.
04:39Et qu'est-ce que vous vouliez donner avec cette dimension en trois jours ?
04:42Pourquoi ça vous intéresse de centrer le récit sur trois jours, Pauline Loquesse ?
04:46Parce que je crois que j'aime vraiment l'anodin, le quotidien,
04:49et que j'avais vraiment une vraie curiosité de qu'est-ce qui peut se passer après une annonce comme ça d'un cancer.
04:54Et après, entre deux gros événements, le diagnostic et le début du traitement,
04:59je me disais, mais il y a quand même bien des jours à vivre dans tout ça.
05:02Comment on les traverse ?
05:04À qui on en parle ?
05:07Est-ce que tout a basculé, mais rien n'a vraiment changé pour lui ?
05:10Est-ce qu'on est dans un déni ?
05:12Enfin bon, j'avais envie d'explorer toutes ces questions-là.
05:16On pense au cinéma de Joachim Trier, que vous aimez beaucoup aussi,
05:19qui avait adapté Le Fofolet, avec aussi cette idée de drame et de solitude dans la ville.
05:25Vous avez aussi des références comme les comédies romantiques avec Julia Roberts.
05:29Ça fait partie de votre cinéphilie.
05:31Mais ce qui est intéressant aussi, Pauline Loquesse,
05:33c'est qu'un petit peu comme Amélie Bonin, qui démarre à 40 ans une nouvelle carrière,
05:37c'est que vous, vous ne venez pas du tout du cinéma.
05:38Vous venez même d'ici, France Inter.
05:40Vous avez été programmatrice à la matinale, on peut le dire ?
05:43Ah oui, on peut le dire, j'en suis très fière.
05:45Vous avez commencé une formation de scénariste et vous êtes lancée.
05:48Qu'est-ce qui fait que tout d'un coup, on se dit, ça y est, je vais y aller, je vais faire des films ?
05:52Aussi parce que travailler à France Inter ou dans d'autres émissions,
05:55c'est vraiment un poste d'observation de plein de choses.
05:58On voit passer des gens toute la journée très convaincus,
06:02qui défendent leurs idées, qui ont leurs espaces de création.
06:05Moi, j'ai été dans le poste d'observation pendant longtemps.
06:06Et puis à un moment, je me suis dit, j'aimerais bien aussi avoir mon espace de création à moi.
06:10Donc voilà, c'est venu par l'écriture d'abord,
06:12mais ça m'a beaucoup inspirée en fait,
06:14de tous les jours, de voir passer tous ces gens-là,
06:17toutes ces idées, tous ces sentiments.
06:18Vous êtes réel à quelle époque aussi ?
06:20Oui.
06:21Est-ce qu'on peut dire qu'on est hyper fière d'elle ?
06:24Est-ce qu'on peut dire qu'elle a travaillé avec nous à la matinale d'Inter,
06:27qu'elle nous aidait pour les interviews au début,
06:30qu'ensuite elle a travaillé aussi sur quelle époque ?
06:32Et qu'on a toujours senti chez Pauline une sensibilité, quelque chose en plus,
06:37et qu'on est tellement fière.
06:38On n'a pas encore vu Nicolas et moi.
06:40On a vu le film naître et grandir.
06:43Et on ne l'a pas vu encore pour de vrai,
06:45et on croise les doigts pour elle,
06:46et on est tellement fière d'elle.
06:47Merci.
06:49En tout cas, vous pouvez,
06:50parce que moi qui ai eu la chance de voir le film,
06:52je trouve qu'il a une profondeur vraiment romanesque en fait.
06:55C'est étonnant, on a l'impression que vous auriez pu écrire un roman
06:58pour aller dans cette finesse, dans ces détails.
07:00Et finalement, vous avez choisi le cinéma, la langue par l'image.
07:03Alors que finalement, aussi, vous écriviez des interviews,
07:05vous écriviez beaucoup.
07:07Pourquoi c'est l'image qui est venue ?
07:08Mais la question s'est posée longtemps,
07:10même après avoir écrit le scénario,
07:11je doutais que ça puisse faire un film.
07:13Je me disais peut-être que ça va faire un roman,
07:14et ce sera très bien comme ça.
07:15Et quand j'ai rencontré Théodore Pellerin,
07:17je me suis dit, ah non, non, il faut que ce soit un film,
07:19parce qu'il faut le filmer en fait.
07:21C'est à ce moment-là que j'ai cru que ça pouvait faire un film.
07:24En tout cas, j'ai une dernière question pour vous.
07:25Il paraît que vous êtes en mission à Cannes aussi,
07:27avec un objectif, vous devez remettre une lettre à Josh O'Connor.
07:31Oui, un acteur anglais que j'adore.
07:34Et mon rêve, c'est d'écrire un film pour lui et Théodore.
07:37Et c'est vrai que lui, c'est sa manière de faire.
07:38Il a déjà écrit des lettres comme ça,
07:39qu'il a envoyées en Italie à des réalisatrices sans avoir son adresse.
07:43Et je me suis dit, je vais faire pareil,
07:44je vais peut-être essayer de...
07:45Donc j'ai une lettre dans ma poche tout le temps,
07:46et puis si je le croise, je lui donne.
07:48Et vous ne l'avez pas encore croisé ?
07:50Non, pas encore.
07:50On suivra ce récit,
07:52et bien sûr, on vous accueillera sous les OURA,
07:54ici à France Inter,
07:55quand vous serez de retour avec un de vos prix,
07:58j'en suis sûre.
07:59Bravo pour ce Nino Pauline Loquès.
08:01Bonne route et bon festival.
08:02Merci beaucoup Mathilde, merci.
Commentaires