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  • il y a 9 mois
DB - 18-05-2025

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00:00Elle était la plus belle, la plus célèbre, la plus désirée.
00:05Elle aimait la fête, chanter et danser.
00:10Elle aimait les hommes, l'amour et la vie.
00:15Elle avait le monde à ses pieds.
00:18A 38 ans, à l'apogée de sa gloire et de sa beauté,
00:21elle abandonne pourtant un statut de star mondial pour une religion dévorante, la défense des animaux.
00:27Je suis l'avocat des bêtes, des animaux.
00:311977, c'est sur la banquise canadienne que Bardot, la star, devient Sainte-Brigitte, mère protectrice des animaux.
00:39En 50 ans, elle a construit une véritable machine de guerre à leur service.
00:43Pour la première fois, elle a accepté de revenir avec nous sur cette épopée méconnue, ambitieuse, douloureuse mais passionnante.
00:52Ma vie, maintenant, elle appartient au sauvetage d'animaux. Elle ne m'appartient plus.
01:14Colline n°545, première.
01:19Partez !
01:23Ces images sont historiques. C'est la dernière fois que Brigitte Bardot fait l'actrice.
01:28Cette chanson, de quoi parle-t-elle ?
01:31Elle ne parle de rien. C'est un trobar clous.
01:35Un trobar clous ?
01:37Une chanson close, obscure.
01:41Sur le tournage de Colline aux trousses chemises, son 51e film, Brigitte Bardot a l'esprit ailleurs.
01:47Attention au bonheur !
01:49Depuis un moment déjà, Bébé vit un véritable dilemme.
01:52Le cinéma l'intéresse de moins en moins, alors que les animaux l'obsèdent de plus en plus.
01:56Un dilemme qui sera tranché le 6 juin 1973 à cause d'une étrange rencontre.
02:03On était en train de tourner une scène où j'étais habillée avec un M, un machin, le truc moyenâgeux.
02:11Et il y avait une dame qui faisait de la figuration avec une chèvre.
02:16Moi, évidemment, qu'est-ce que j'ai fait ?
02:19Aller directement vers cette dame avec sa chèvre.
02:22Je lui ai dit, elle est mignonne votre chèvre et tout.
02:25Et elle me dit, dépêchez-vous de finir votre film là,
02:28parce que dimanche, je fais un méchoui avec ma chèvre pour la communion de mon petit-fils et je sais pas quoi.
02:36Putain, là, je croyais que j'allais mourir.
02:39J'ai dit, vous allez la tuer ?
02:41Bien sûr, on va faire un méchoui.
02:44J'ai acheté la chèvre.
02:47J'ai quitté le plateau, je suis partie avec ma chèvre dans mon 5 étoiles.
02:52Je l'ai mise dans mon lit avec la sienne et moi.
02:56Ça fait un bordel dans l'hôtel.
02:59Et je me suis vue dans une glace.
03:03Je me suis dit, mais qu'est-ce que je fous là, déguisée ridicule,
03:08alors qu'une chèvre allait mourir dimanche pour faire un méchoui.
03:15Mais la vie de cette chèvre, elle est bien plus importante que n'importe quoi.
03:20Et là, j'ai pris conscience qu'une vie d'animal était plus importante que toutes ces singeries que j'étais en train de faire de ma vie.
03:35Et j'ai décidé de ne plus les faire.
03:37Je veux passer mon temps à m'occuper de la défense animale.
03:42Et je crois que j'aurai beaucoup de travail.
03:44C'est pour ça qu'il vaut mieux que je fasse plus de cinéma.
03:46C'est peut-être son dernier film que Brigitte Bardot est en train de tourner à Sarlat dans le périple.
03:51Il faudra donc s'y faire. Brigitte Bardot plante les caméras pour aller planter ses choux.
03:55Voilà, c'est fini.
03:58Quand à l'issue de ce tournage, Brigitte Bardot abandonne le 7e art, son bilan est flamboyant.
04:0451 films dont une poignée de chefs-d'oeuvre.
04:09Un répertoire musical promis à la postérité et une iconographie qui magnétisera encore longtemps les pages des magazines.
04:15Avec un tel palmarès, qui pouvait croire à une décision aussi radicale de sa part ?
04:20Elle est sans doute la seule, en juin 1973, à savoir que ses adieux au cinéma sont irrévocables.
04:27Quand je prends une décision, je la prends en ayant mûrement réfléchi à ce que je fais.
04:36Je ne reviens jamais dessus. Jamais.
04:42Pourtant, à l'époque, dans la presse comme auprès du public, c'est le scepticisme qui l'emporte.
04:48Pourquoi cette blonde incandescente, devenue non pas une star parmi d'autres, mais LA star internationale,
04:54claquerait-elle la porte du cinéma qui lui a tout donné ?
04:58D'autant qu'il est si simple de la confondre avec ses rôles.
05:01L'héroïne d'une ravissante idiote, ou de La femme et le pantin, est-elle à même de prendre une décision réfléchie ?
05:11C'est qu'on est à mille lieux d'imaginer le rejet violent et irréversible qu'elle éprouve depuis longtemps pour le cinéma.
05:18J'étais traitée comme une reine, mais ça ne correspondait pas à ce que j'avais en moi profondément, voilà.
05:28C'était du faux, des faux sentiments, des faux décors, des faux trucs, des faux mots qu'on dit aux autres.
05:40Bardot est en quête d'authenticité. Une authenticité qu'elle ne trouve qu'auprès des animaux.
05:47Entre elle et eux, c'est du sérieux. Une histoire d'amour de toujours qu'on ne voulait pas voir et dont elle ne s'est pourtant jamais cachée.
05:55D'ailleurs, toute sa carrière cinématographique pourrait être revue à l'aune de cette passion dévorante.
06:01Sur les tournages qu'elle trouve interminables, tout l'énerve.
06:05Je sais que ça fait un mal au genou, c'est terrible.
06:13C'est pas confortable. J'ai mal.
06:17Un ancien vendeur.
06:21Les animaux sont son échappatoire. Ses alliés et ses amis, son unique moyen de se connecter au monde réel, dont son statut l'a irrémédiablement coupé.
06:31Quand ils ne sont pas naturellement présents sur les plateaux, Bardot s'arrange toujours pour les y inviter.
06:37Il y avait toujours des animaux.
06:40Ça me stimulait, j'étais contente. Ils étaient là, je les caressais.
06:44Que ce soit un âne, un cheval, une vache, un chien, un chat, un canard.
06:55Sur le tournage de vie privée de Louis Malle, bébé sauve de la mort une fratrie de canetons orphelins en les couvant littéralement dans son décolleté.
07:05J'en ai rendu plus d'une folle, les abysses, les pauvres.
07:09Avec tous les animaux que je me trimballais.
07:15Aussitôt qu'elle le peut, Bardot fuit les plateaux de cinéma où elle s'ennuie à mourir pour investir les refuges de la SPA.
07:27La SPA s'est allé prendre en charge.
07:30Avec tous les chats et tous les chiens.
07:33La SPA, c'est à l'époque la seule organisation dédiée à la défense des animaux et essentiellement à l'accueil des chiens et des chats errants.
07:40Quand ils ne sont pas adoptés rapidement, ils sont supprimés.
07:43Moi je ne savais pas qu'on piquait les chiens à la SPA.
07:46Je croyais que c'était pas un paradis pour animaux, mais enfin en tout cas un asile sûr dans lequel ils pouvaient vivre en attendant un maître.
07:59J'ai pris dix chiens, vingt chats.
08:08Et j'ai mis tous les chiens derrière avec moi, dix chiens.
08:13Et c'est drôle parce qu'il y avait un truc qui a séparé le chauffeur de derrière.
08:21Il y avait vingt chats avec le chauffeur devant et le truc fermé.
08:25Et le chauffeur ne pouvait pas conduire parce qu'il avait les chats qui lui grappaient sur la tête.
08:37Je suis arrivée sur les plateaux de boulogne.
08:40Je suis rentrée dans tous les plateaux qui tournaient et j'ai dit bon écoutez, j'ai des chiens à placer.
08:48Si vous n'en prenez pas, je ne tourne plus.
08:52Je fais la grève.
08:55J'ai placé tous mes chiens.
08:58Je les ai sortis de cages ignobles, affreuses, sales, où ils étaient dans un état de détresse.
09:05Mais j'en aurais pris bien plus.
09:10Pour Bardot, le cinéma fut donc toujours un moyen plutôt qu'une fin.
09:14Chez elle, aucun rêve de gloire ou d'argent.
09:17Ses ambitions sont bien plus surprenantes et traduisent déjà ses véritables priorités.
09:22Je voulais faire du cinéma pour m'acheter une ferme où on ne tuerait pas les animaux.
09:29Ça, ça a toujours été dans ma tête.
09:37Bazoche, maison de poupées acquise en 1959 dans une vallée cossue de la région parisienne, donnera une réalité à son rêve.
09:52Une maison qui nous restitue encore aujourd'hui, intacte, le charme et la simplicité de sa vie à la campagne dans les années 60.
09:59Très loin des paillettes de stars.
10:02Sa guitare trône dans le salon, tout près du piano sur lequel Serge Gainsbourg a composé pour elle quelques chefs-d'oeuvre.
10:21L'amour incandescent entre Bardot et Gainsbourg semble irradier encore ce lieu que la star a pensé comme un paradis pour elle.
10:29Et pour les animaux qu'elle accueille en grand nombre.
10:40Une fée, des animaux, un décor bucolique.
10:45On se croirait presque dans un dessin animé.
10:48Ce n'est pas un hasard.
10:52J'avais une passion pour Blanche-Neige.
10:55Parce qu'elle était entourée d'animaux.
10:58C'était extraordinaire, tous ces petits oiseaux qui lui apportaient sa robe, qui venaient tirer ses rideaux le matin.
11:12À l'époque où Brigitte Bardot était le sex-symbole absolu, on nous aurait dit que son rêve et son fantasme absolu à elle, c'est Blanche-Neige.
11:21Avec cette nain, on aurait ri, évidemment, parce que c'est carrément à l'opposé de l'image qu'on s'en faisait.
11:26Et cependant, quand on voit que sa trajectoire l'a amené en effet à devenir Blanche-Neige et parlant à tous les animaux autour d'elle, oui, c'était son fantasme inaugural.
11:36Brigitte Bardot se rêve donc en Blanche-Neige, cette icône asexuée de Disney.
11:41Tout en incarnant pendant toute une partie de sa vie une femme libre, provoquante, qui dévore la vie à pleines dents.
11:48Elle collectionne les amants au gré de ses coups de cœur et de ses envies.
11:54Et c'est ce qu'elle fait.
11:56Brigitte Bardot, c'est une révolution sexuelle à elle toute seule bien avant mai 68.
12:01Et notre révolutionnaire est aussi libre dans ses actes que dans ses paroles.
12:26Son sex appeal naturel alimente tous les désirs.
12:57Mais une liberté aussi effrontément affichée, revendiquée, dans la société patriarcale et machiste des années 60, lui attire autant d'amour que de haine.
13:15Et les cinéastes utilisent son sex appeal pour dynamiter l'ordre établi.
13:26Vous avez des pieds de marquise.
13:29Monsieur Caradine, vous avez un culot du diable.
13:34Ça va barder.
13:37Bonjour, monsieur.
13:38Les hommages, madame.
13:39Ça fait une demi-heure que tu devrais être à la librairie.
13:41Naturellement, tu préfères te montrer nue devant des hommes, dévergondée.
13:45On sort une fille de l'orphelinat et voilà sa façon de vous dire merci.
13:48Mais je travaille.
13:49Ah oui, d'une jolie manière.
13:51Oh, toi, tu ne l'iras pas longtemps.
13:53Je te réserve une surprise.
13:55C'est tout ce qu'on raconte de toi dans le pays.
13:57Tu t'en moques ?
13:58Eh bien, moi pas.
13:59Dévergondée.
14:01Tu n'arrives pas au culot.
14:05Une violence qui traduit bien la place qu'occupe Brigitte Bardot dans l'imaginaire collectif des Français.
14:12Son public vit comme une trahison la fin de sa carrière d'icône.
14:21Et les hommes, dont elle est le fantasme absolu, se sentent tout particulièrement trahis.
14:30Elle est gentille, elle aime les animaux.
14:32Elle s'occupe des bébêtes.
14:33Oui, oui, oui, bon, ça va.
14:36Et j'ai été...
14:38Vous avez quelque chose à dire ?
14:39Non, je dis, j'aimerais bien qu'elle s'occupe de la mienne.
14:42Mais c'est pas...
14:43Non.
14:44Ça s'arrête là.
14:45Non.
14:46Oui, j'espère que ça s'arrêtera là.
14:49Cet amour des animaux, elle l'a toujours proclamé.
14:52Mais bébé, on ne l'écoutait pas.
14:54On se contentait de la regarder.
14:57Et pourtant, ce jour de janvier 1962, sur le plateau de 5 colonnes à la une,
15:01la militante cherchait déjà à faire oublier la star.
15:06Les petits animaux, les veaux, les moutons et les chèvres, sont égorgés vivants.
15:12On leur coupe la gorge et le sang s'écoule, entraînant la mort.
15:19Vous dénoncez ce que vous croyez être un scandale, ce que vous pensez être un scandale.
15:23Je ne crois pas, je suis sûre que c'est un scandale.
15:28Et elle ne se contente pas de dénoncer.
15:30Elle apporte des solutions.
15:32Il y a quelque chose qui existe, en Angleterre et au Danemark,
15:37qui est un pistolet, qui est muni d'un emporte-pièces,
15:40avec une broche qui transperce la boîte crânienne,
15:44qui donc met l'animal en chaos, si on peut dire.
15:47C'est une sorte d'anesthésie.
15:51C'est la première fois que Bardot prend position avec une telle force
15:54sur le problème de la maltraitance animale.
15:58J'étais malade de traque, en me disant, selon ce que je vais dire,
16:05comment je vais le dire et la façon dont ça va être interprété,
16:12je sauve ou je ne sauve pas des vies.
16:16Et ça c'est terrible, c'est comme un avocat un peu.
16:20Notre ambition, notre vœu, notre but, c'est de faire passer un décret
16:27qui interdise la tuerie sans anesthésie ou sans assommement préalable.
16:38Des paroles aux actes.
16:41L'avocat de Bardot, déjà activiste de la cause animale,
16:44n'ignore pas que sans un prolongement législatif,
16:47les revendications énoncées à la télévision resteront lettres mortes.
16:51Direction donc les hautes instances de l'État pour les faire valider.
16:57C'est Roger Frey, qui était ministre de l'Intérieur à l'époque,
17:01qui m'a reçu avec mes pistolets.
17:04Je lui apportais le prototype de pistolet d'abattage
17:08parce que ça n'existait pas à l'époque.
17:12Convaincu par l'exposé de la jeune actrice,
17:14Roger Frey fait passer en avril 1964 un décret spécifiant
17:18que les animaux devront être endormis avant d'être saignés.
17:23Victoire pour Bardot, et pas des moins.
17:26Mais il lui en faudra beaucoup d'autres pour acquérir une crédibilité.
17:33Sur le plateau de 5 colonnes à la une,
17:35Pierre Desgropes pose une dernière question que tout le monde a sur les lèvres.
17:39Une question dont elle aura à répondre toute sa vie.
17:42Vous ne pensez pas que le public va trouver étrange que vous, Brigitte Bardot,
17:46vous vous occupiez de ces problèmes ?
17:48Qu'il va se dire...
17:49C'est de la publicité.
17:50Pourquoi pas ? On se l'est déjà dit à propos d'autre chose.
17:53Oui.
17:54Vous savez, je pense que je suis peut-être une des rares personnes au monde
17:57qui n'ait pas besoin de publicité.
18:01La question est d'autant plus légitime que ce jour-là,
18:03Bardot a aggravé son cas.
18:06Ce ne sont plus seulement les chats et les chiens qui la préoccupent.
18:09La voilà qui met aussi son nez dans le milieu âpre et masculin des abattoirs.
18:16Si, auprès des politiques, elle a remporté une victoire,
18:19auprès du public, elle reste inaudible.
18:22Et pour cause.
18:23Elle vient troubler le festin auquel accède enfin la France
18:26après les privations et les rationnements de la guerre.
18:29Et culpabiliser les mangeurs de viande
18:31devenues grâce à la prospérité des Trente Glorieuses
18:34le premier parti de France.
18:37Mais cet appétit insatiable pour la barbaque
18:39ne sera pas sans conséquence sur les conditions de vie des animaux.
18:42Désormais, on les fait se reproduire par milliers, par millions.
18:47Entassés, compressés, puis tués à grande échelle.
19:00Longtemps, Bardot, végétarienne depuis les années 70,
19:04sera l'une des rares à dénoncer ses dérives.
19:09Bardot, seul contre tous.
19:11Et qui mesure, maintenant qu'elle est loin des plateaux de cinéma,
19:14le gouffre qui sépare le statut d'icône de celui de simple mortel.
19:18Le tournant a été très dur.
19:20Je sortais d'un milieu où j'avais un chauffeur, une maquilleuse.
19:26J'avais une vie extrêmement simplifiée.
19:28Tout le monde était là, elle veut une cigarette,
19:30on lui apporte une cigarette, un verre de champagne.
19:34Et puis tout d'un coup, je me suis retrouvée.
19:38Je me suis retrouvée dans un milieu où j'avais une vie très simple.
19:41Je me suis retrouvée dans un milieu où j'avais une vie très simple.
19:43Et puis tout d'un coup, je me suis retrouvée.
19:45Je me suis retrouvée à aller ramasser les crottes des chiens à la SPA.
19:54J'avais un coeur, mais aucune expérience.
20:01Mais Brigitte dispose d'un atout considérable.
20:04Sa célébrité.
20:06Faut plus que les animaux soient les souffre-douleurs des hommes.
20:10Elle déploie sa verve sur tous les plateaux télévisés.
20:14Ça, c'est une horreur.
20:15On devrait au moins endormir les bêtes sur lesquelles on fait des expériences.
20:19De 1973 à 1977, elle devient la professionnelle de l'indignation tous azimuts.
20:25Une avocate un peu brouillonne, généreuse, mais peu efficace.
20:30Un jour, je me suis dit, je vais structurer ça par quelque chose.
20:39J'ai voulu une fondation.
20:41Cette fondation, la fondation Brigitte Bardot, va se battre.
20:44Nous ne sommes pas là pour faire des sourires.
20:46Le but de ma fondation, c'est de rendre les lois fortes et applicables.
20:52Mais à ce moment-là, Brigitte Lassigal n'est pas suffisamment armée
20:56pour affronter les contraintes juridiques et financières inhérentes à une telle entreprise.
21:01La première fondation Brigitte Bardot, née en 1976,
21:04fermera donc ses portes quatre mois seulement après sa création.
21:08Bardot accuse le coup.
21:10Mais lorsqu'on a trouvé en soi la force de renoncer à un destin fabuleux,
21:14pour un sacerdoce ingrat, on ne se renie pas au premier revers.
21:20Et un an plus tard, en mars 1977, sur la banquise canadienne,
21:24la star va livrer, au nom des bébés phoques,
21:27le combat qui donnera enfin à sa cause toute sa légitimité.
21:31Grâce aux Suisses, Franz Weber, sommité mondial de l'écologie.
21:36On m'a dit que Franz Weber envisageait d'aller sur place
21:41pour essayer de sensibiliser l'opinion publique à ce massacre.
21:48Au culot, je lui ai écrit, je lui ai dit,
21:50est-ce que je peux vous aider dans cette mission que vous allez accomplir ?
21:55J'ai donné de l'argent pour ça, parce que ça coûte cher.
22:00Et je suis partie à l'aventure là-bas.
22:02Mais vraiment à l'aventure.
22:13Bardot est toujours un aimant à caméra.
22:15Sa présence attire les projecteurs du monde entier qui saisissent quasiment en direct
22:19le massacre industriel de bébés phoques, à peine sortis du ventre de leur mère.
22:25300 000 chaque année, dont le sang répandu sur la neige,
22:28marquera les esprits et dérangera les consciences.
22:33Je pense que c'est dégueulasse, parce que ces animaux ont deux mois,
22:36qu'ils ne peuvent pas bouger, qu'ils ne savent pas nager, qu'ils ne peuvent pas marcher,
22:40et qu'on les dépêche vivants.
22:42Et moi vraiment, je suis partie en guerre contre ça et j'irai jusqu'au bout.
22:48Alors là, les bébés phoques...
22:53Terrible.
22:59Moi qui ne suis pas du tout aventurière, qui n'aime pas prendre l'avion,
23:03qui n'aime pas bouger de chez moi, c'est un exploit.
23:06Un exploit que j'ai fait.
23:11Et là-bas, on a été vraiment boycottés.
23:13On ne pouvait pas y aller sans la banquise, on nous refusait.
23:17On nous refusait les hélicoptères, on nous refusait tout.
23:20Mais Bardot contourne les interdits, brave les obstacles,
23:23et atterrit enfin sur la banquise au milieu d'un parterre de journalistes
23:27qui l'accueillent dans une ambiance effervescente.
23:33J'aurais voulu faire mon premier voyage au Canada,
23:36dans des conditions différentes.
23:39Je voudrais le silence, s'il vous plaît.
23:42J'aurais voulu faire mon premier voyage au Canada,
23:45dans des conditions différentes.
23:47J'aurais voulu faire mon premier voyage au Canada,
23:49s'il vous plaît.
23:51Je suis venue de France, vous savez pourquoi ?
23:54A cause du massacre des bébés phoques.
23:56Et si je fais le voyage de France jusqu'ici,
23:59c'est pas pour faire du tourisme,
24:01ni pour me faire photographier comme au festival de Cannes.
24:04Et si je viens vous voir aujourd'hui,
24:06c'est amicalement pour vous prévenir
24:08qu'il va se passer quelque chose de grave pour le Canada
24:11si le massacre ne cesse pas.
24:15Sur place, les relations avec les autorités canadiennes,
24:18insérées par l'indiscipline et l'ingérence de la star,
24:21sont brutales.
24:22Elle leur tient tête.
24:24Ils l'éloignent de la banquise,
24:25Manu Militari aborde un hélicoptère
24:27qui vole au cœur d'une tempête.
24:30On n'arrivait pas à prendre de la hauteur.
24:35On était à 50 centimètres des falaises,
24:39poussées par un vent de la neige
24:41qui tombait dans tous les sens, on voyait rien.
24:44Vraiment, on a cru mourir.
24:47Malgré le danger, elle ose un nouveau coup d'éclat.
24:50Elle fait atterrir l'hélicoptère en plein territoire de chasse.
24:54Pour une confrontation d'anthologie avec des chasseurs.
25:16Non, ce n'est pas un plaisir pour vous, je pense,
25:19de tuer des bébés.
25:22On parle avec vous,
25:23et c'est très, très sérieux.
25:27Pour faire ici une factoire,
25:30une grande factoire,
25:32fantastique, moderne et tout,
25:34le meilleur.
25:35Pour faire
25:37synthétique, d'abord.
25:39Vous m'avez entendu, vous savez qui je suis.
25:42Non ?
25:43Peut-être, je ne sais plus.
25:45Bon.
25:46J'ai mon nom très bien connu dans tout le monde.
25:50Et je vous donne mon nom
25:53pour vendre...
25:55Pour vendre des marchandises.
25:57Pour vendre des marchandises
25:59dans tout le Canada
26:01avec mon nom.
26:02Et l'argent ne sera pas pour moi,
26:05mais pour vous.
26:07C'est à l'issue de cet échange surréaliste
26:10que Brigitte Bardot va faire l'une des plus importantes rencontres de sa vie.
26:14Voilà ce que c'est qu'un bébé phoque.
26:17Et voilà ce qu'on tue
26:19par centaines de milliers pour la fourrure.
26:26On les aura, va.
26:29J'ai ressenti une émotion.
26:32Une émotion.
26:35Un amour pour cet animal,
26:38pour la maman qui le cherchait,
26:41qui était un peu plus loin.
26:44Regarde, regarde la mère qui sort, là.
26:46Vite, vite, vite. Là, là, là.
26:52Est-ce que c'est mignon ?
26:54Est-ce que c'est mignon ?
26:56Oh là là.
26:57J'étais consciente.
26:58Et là, vous voyez,
27:00j'ai les larmes aux yeux.
27:03Et quand j'ai fait le truc,
27:05ça fait pareil.
27:07C'était pour moi un sauvetage,
27:10mais inimaginable.
27:13Dans le monde entier,
27:14bébé et son bébé phoque,
27:16c'est le choc des photos,
27:17l'impact des images.
27:19Conséquence immédiate,
27:20Valéry Giscard d'Estaing,
27:21président de la République française,
27:23interdit l'importation de la fourrure de phoque.
27:30Nouvelle victoire pour la Passionaria
27:32qui, malgré le succès spectaculaire
27:34de son expédition canadienne,
27:36fait un retour désenchanté
27:38et même douloureux sur le sol français.
27:42J'ai remué l'opinion publique canadienne.
27:45Je suis un peu fatiguée, excusez-moi.
27:49J'ai remué l'opinion publique canadienne
27:51et même dans le pays le plus hostile,
27:54celui que j'allais attaquer,
27:55j'ai des alliés.
27:56Et je rentre en France épuisée
27:58en me disant, enfin, ici,
28:00je suis soutenue, j'espère,
28:01par tout le monde.
28:03Je sais que le public me soutient,
28:04mais enfin, je comprends pas.
28:06Je comprends pas que la presse française
28:09adopte une telle attitude à mon égard.
28:11Je trouve ça injuste.
28:14Décidément, Bardot n'aura jamais
28:16été prophète en son pays.
28:18Elle est considérée comme un symbole français
28:20de haut vol, certes,
28:21mais rejetée comme rebelle, rétive,
28:24sortant toujours du cadre.
28:26Une scandaleuse doublée d'une emmerdeuse.
28:28Quand j'entends tous ces politiques
28:30qui nous font des mots émerveillés de promesses
28:32et qu'il n'y en a pas un seul,
28:34que ce soit de droite, de gauche ou du milieu,
28:36qui parle une fois d'un problème
28:39ou d'une amélioration de la condition animale en France,
28:42moi, je suis scandalisée.
28:45Brigitte Bardot voit toujours le verre à moitié vide.
28:48Et pourtant, elle n'a cessé de contribuer
28:50à l'évolution des lois en faveur des animaux.
28:52Et pas seulement en France.
28:56Christophe Marie, porte-parole de la fondation Bardot,
28:59va porter partout les revendications de sa patronne.
29:02Y compris au Parlement européen,
29:03où il se livre à un lobbying très actif.
29:07La question du bien-être animal et même de l'écologie,
29:10c'est un enjeu de civilisation.
29:12La question animale,
29:14elle fait progresser
29:16l'idée qu'on a de l'humanité.
29:19Et le travail que fait la fondation Brigitte Bardot
29:22a permis, très clairement,
29:24de faire évoluer
29:26un certain nombre de directives européennes.
29:31Diplomatie d'un côté,
29:33communication et provocation de l'autre,
29:35ce sont les deux leviers de la femme d'influence
29:37qui est devenue Bardot au fil du temps.
29:41Mais avant d'arriver à ce savoir-faire politique,
29:43Bébé a dû professionnaliser son action
29:46et créer l'outil indispensable à son combat.
29:50Ce sera la fondation Brigitte Bardot deuxième version,
29:53créée en 1987,
29:55qui évitera cette fois les écueils rencontrés dix ans auparavant.
30:02C'est Charles Pasqua.
30:05Qui m'a aidé.
30:07Parce que j'y comprenais que dalle.
30:09Je suis allé carrément voir le ministre.
30:14Et c'est lui qui m'a dit
30:16Brigitte, il vous faut un capital
30:19de 3 millions de francs à l'époque
30:23pour mettre en fond de votre fondation.
30:26Et là j'ai commencé à vraiment comprendre
30:29c'est pas le tout d'avoir un cœur.
30:32Il fallait se plier aux obligations administratives.
30:36Et je l'ai fait.
30:403 millions de francs.
30:42Pour réunir cette somme dont elle est loin de disposer,
30:44elle va commencer modestement.
30:46Trop modestement peut-être.
30:49A Saint-Tropez, devant les Bardot et Berluet,
30:51elle déballe sur le marché de la place des Lys
30:53une partie du contenu de la madrague.
30:57Je me levais à 5h30 du matin
30:59et j'allais préparer mon petit stand joli.
31:04Ils achetaient.
31:06Ils achetaient.
31:09J'ai vendu tous mes bracelets mexicains,
31:11mes chapeaux, mes colliers,
31:13mes jupons et tout ce que vous voulez.
31:16Alors le soir, je dédicassais des photos,
31:18dédicassais des photos et je les vendais.
31:21Ils étaient contents.
31:24Mais jouer à la marchande 2 fois par semaine
31:26ne l'amènera pas loin.
31:28Bébé le découvre assez vite.
31:31Elle est mûre pour se dépouiller encore plus
31:33de ce qu'elle possède.
31:35Ça tombe bien, son célèbre appartement parisien
31:37de l'avenue Paul-Doumer recèle d'inestimables trésors.
31:43J'ai contacté Tajan,
31:45qui est un fantastique commissaire priseur.
31:49Il est venu chez moi
31:51et on a fait un tri.
31:53Il m'a dit ça, ça.
31:55Alors des choses auxquelles je tenais,
31:57évidemment les plus belles.
32:04Des meubles qui venaient de ma famille,
32:07des bibelots splendides qu'on m'avait offerts.
32:11Il y avait la première Marianne sortie du moule
32:16qui vaut une fortune.
32:18Ma première guitare,
32:20des robes de mes films,
32:21ma robe de mariage avec Vadim.
32:24Des bijoux de ma famille.
32:33116 lots,
32:341000 personnes présentes
32:36et 14 chaînes de télévision
32:37venues du monde entier
32:39pour couvrir cet événement
32:40qui se déroule le 17 juin 1987.
32:43Je voyais partir tout ça.
32:45C'était un peu ma vie
32:48qui s'écoulait comme ça
32:50à prix d'or ou à rien du tout.
32:54Et je me disais,
32:56ce sont des objets morts.
32:58Et ces objets morts,
33:00ils vont servir à sauver des vies.
33:03C'est ce que j'ai fait.
33:05C'est ce que j'ai fait.
33:07C'est ce que j'ai fait.
33:09Ils vont servir à sauver des vies.
33:16La vente rapporte 3 millions de francs
33:18à Brigitte Bardot,
33:19soit la somme nécessaire
33:20à la constitution de sa fondation.
33:23Oui, je suis heureuse.
33:24Brigitte, vous êtes merveilleuse.
33:26Vous êtes merveilleuse, vous,
33:28parce que c'est grâce à vous.
33:30C'est grâce à tout le monde.
33:33Et c'est à la fin de cette vente
33:34que Bardot prononcera une de ses phrases
33:36qui contribue à sa légende.
33:38J'ai dit comme ça,
33:39on m'a demandé quelque chose
33:41et ça m'est sorti tout seul.
33:43J'ai donné ma jeunesse et ma beauté au sol.
33:47Je donne ma sagesse et mon expérience,
33:50maintenant et le meilleur de moi-même,
33:52aux animaux.
33:53Et maintenant, je donne ma sagesse
33:55et le meilleur de moi-même
33:57aux animaux.
34:01Brigitte Bardot a fait don
34:03de tout ce qu'elle possédait,
34:04notamment la madrague,
34:05pour pouvoir obtenir la reconnaissance
34:07d'utilité publique.
34:08C'est ce qui va permettre
34:10de conférer une pérennité à la fondation.
34:14Brigitte Bardot se déleste donc
34:16au profit de sa fondation,
34:17de sa légendaire maison tropézienne,
34:19d'une valeur restée secrète
34:21mais probablement inestimable.
34:26Et la donne change du tout au tout.
34:28Désormais, elle peut poursuivre sa mission
34:30à une autre échelle.
34:33Une fondation d'utilité publique
34:34bénéficie de prérogatives
34:36exceptionnelles,
34:38dont la plus importante
34:39est la possibilité de recevoir
34:41des héritages.
34:46Nous sommes totalement exonérés
34:47des droits de succession.
34:49C'est pour ça que nous avons
34:50beaucoup de lags,
34:52puisque nous ne payons pas d'impôts.
34:55On ne vit que de ça.
34:56Parce que comme moi, j'ai tout donné.
34:58Ils ne peuvent pas avoir le doute
35:00que leur argent ne sera pas utilisé
35:02pour les animaux.
35:07Les sacrifices de Bardot ont payé.
35:11Ces années de combat
35:12dans l'indifférence générale,
35:14où les moqueries cruelles
35:15n'auront pas été vaines.
35:17Son acharnement a permis à sa fondation
35:19de devenir une véritable
35:20machine de guerre.
35:2215 millions d'euros de budget annuel,
35:24financés à 80% par les legs.
35:30La mort de Bardot
35:31n'est pas la seule victime
35:32de l'indifférence générale.
35:35110 salariés permanents.
35:43Une action qui s'étend à 70 pays.
35:45Des centres de sauvegarde
35:46de la faune sauvage
35:47sur les 5 continents.
35:55Des sauvetages d'animaux marins
35:56à bord du trimaran
35:57le Brigitte Bardot
35:58qui sillonne les océans.
36:04Des hôpitaux animaliers
36:05en Asie et en Afrique
36:09où l'on greffe même des prothèses
36:10à des éléphants
36:11victimes des braconniers.
36:17Et aussi des sauvetages d'animaux
36:18qui peuvent mobiliser des moyens
36:20dignes d'une superproduction
36:21hollywoodienne.
36:23Comme pour l'hippopotame Tonga.
36:27Tonga a été exploité en France
36:28dans un cirque itinérant
36:29mais en toute illégalité.
36:31Son cadre de vie,
36:32c'était une roulotte
36:33et de l'eau croupie.
36:37Alerté,
36:38la fondation Bardot
36:39décide de le sauver
36:40et de le transférer en Afrique du Sud,
36:41sa terre d'origine.
36:55Mais transporter un pachyderme
36:56de 2 tonnes
36:57à l'autre bout du globe,
36:58c'est un pari fou.
37:00Camions, avions, cargos
37:02et enfin transfert jusque
37:03dans son nouveau lieu de vie africain.
37:05Qu'en BBM,
37:06elle ne compte pas.
37:0840 000 euros
37:09rien que pour l'acheminement de Tonga.
37:11Et une happy end,
37:12il coule aujourd'hui
37:13des jours heureux
37:14dans son milieu naturel.
37:22Le roman Michel
37:23se baladait avec des ours.
37:25Avec des ours
37:26qui ont un noun dans le nez
37:28et à qui on a appris à danser
37:30en les mettant
37:31sur des plaques chauffantes
37:32et en tapant du tambourin.
37:34Et ces plaques chauffantes,
37:35elles brûlent.
37:38Ils bougent les pieds comme ça
37:40en même temps qu'on tape du tambourin.
37:42Donc même s'il n'y a plus
37:43de plaques chauffantes,
37:45ils bougent les pieds.
37:46C'est le réflexe de Pavlov.
37:50Ces ours de Bulgarie
37:51doivent aussi leur saluer
37:52à l'action de Brigitte Bardot
37:53et à son indignation
37:54devant les tortures
37:55qu'ils subissent.
37:57Cela a pris du temps
37:58mais dès les années 2000,
37:59une équipe de la fondation
38:00s'envole pour la Bulgarie
38:02avec pour mission
38:03de les racheter un à un
38:04à leur propriétaire.
38:08On les a tous récupérés presque.
38:11Ils avaient le nez tout arraché,
38:13plus de poils,
38:14ils n'ont plus à manger,
38:16ils n'ont plus de griffes,
38:18on les a dégriffés.
38:3124 ours récupérés
38:32puis libérés
38:33dans un immense parc
38:34de 11 000 mètres carrés
38:35cofinancés par la fondation.
38:39Au début,
38:40ils ne bougeaient pas.
38:42Ils étaient prostrés.
38:47Ils ont mis du temps
38:49à comprendre
38:51que tout d'un coup,
38:52ils n'étaient plus esclaves
38:54de l'homme,
38:55qu'ils étaient libres.
39:00Aujourd'hui,
39:01ces ours hibernent,
39:02renouant ainsi
39:03avec leurs instincts
39:04les plus primitifs.
39:10Mais Brigitte Bardot
39:11ne s'en est pas tenue là.
39:12Grâce à ses interventions,
39:13le gouvernement bulgare
39:14a modifié sa loi.
39:16Il est interdit désormais
39:17de chasser,
39:18de vendre,
39:19d'acheter
39:20ou d'exhiber devant un public
39:21des ours bruns.
39:31En France également,
39:32de nombreux sauvetages
39:33sont à mettre au crédit
39:34de la fondation Brigitte Bardot
39:36et souvent à la demande
39:37des services vétérinaires
39:38de l'État.
39:39Comme lorsqu'il a fallu
39:40arracher 100 bovins maltraités
39:42à un éleveur francilier.
39:45Cette opération commando
39:46a nécessité
39:4710 employés de la fondation,
39:494 semi-remorques,
39:50un bataillon de gendarmes,
39:51les services vétérinaires
39:52de l'État
39:53et beaucoup de sang-froid.
39:55On y va.
39:57C'est très simple de se dire
39:58qu'est-ce qu'on va trouver
39:59est-ce qu'on va trouver
40:00des cadavres ?
40:01Est-ce qu'on va trouver
40:02des animaux très affaiblis ?
40:03On est face aussi
40:04à une détresse
40:05souvent humaine
40:06parce qu'on va enlever
40:07les animaux d'une personne
40:08dont ils ne gagnent pas.
40:13Évidemment,
40:14je n'ai pas mes secrets.
40:15Vous m'enlevez ma raison d'être.
40:17Vous m'enlevez mon troupeau,
40:18vous m'enlevez mes vaches.
40:20Mais la fondation Bardot
40:21agit sur ordre de l'État.
40:23L'éleveur se doit d'obtempérer.
40:26Les bovins seront conduits
40:27dans la nuit
40:28en Normandie
40:29chez l'un des agriculteurs
40:30partenaires de la fondation Bardot.
40:36Des bêtes de stagiaire
40:37de cette grosseur-là,
40:38c'est quand même
40:40des petites malheureuses.
40:45La Normandie
40:46va devenir leur paradis.
40:54Ils sont une vingtaine
40:55d'agriculteurs en France
40:56à souscrire à une idée
40:57mise en place par Brigitte Bardot
40:58et ses équipes.
40:59En contrepartie
41:00d'un salaire fixe,
41:01ces éleveurs n'emmènent plus
41:02leurs bêtes à l'abattoir.
41:10On s'est dit,
41:11on va demander
41:12à des agriculteurs
41:13qui sont en étape
41:14de semi-faillite,
41:17s'ils ne veulent pas
41:18s'occuper des animaux
41:19qu'on recueille,
41:20qu'on sort de l'abattoir,
41:22qu'on sauve,
41:23qu'on leur paye
41:24une pension
41:25pour ces animaux
41:27et ne font plus
41:28de commerce
41:29avec de l'élevage, etc.
41:32Eh bien, ça marche très bien.
41:36Marguerite.
41:37Tu viens, Marguerite ?
41:40Marguerite, la grise,
41:41a été sauvée d'un abattoir.
41:43Elle était prête
41:45à passer de l'autre côté
41:47et elle a été sauvée
41:49in extremis, on va dire.
41:52Et ça fait 4 ans
41:53qu'elle est là
41:54et elle est belle.
41:59Jérôme Le Brun, 54 ans,
42:01est l'un de ces agriculteurs
42:02reconvertis en gardien
42:03de troupeau.
42:04C'est même le premier
42:05à avoir souscrit,
42:06il y a 20 ans,
42:07à cette idée révolutionnaire.
42:09Il accueille en pension
42:10chez lui en Normandie
42:1137 bovins
42:12et 32 moutons.
42:14Qu'il regarde vieillir.
42:18C'est peut-être moi
42:19qui ai les vaches
42:20les plus vieilles de France,
42:21en fait.
42:22Le fait de voir
42:23mourir naturellement
42:24comme nous,
42:25c'est beau quand même.
42:26C'est normal
42:27qu'on s'attache
42:28vraiment aux animaux.
42:29On n'a pas
42:30le même rapport du tout.
42:38Des agriculteurs reconvertis.
42:40Une piste pour l'avenir
42:41dans une société
42:42qui aspire à consommer
42:43moins de viande.
42:45Car les refuges
42:46créés par Brigitte Bardot,
42:4731 hectares au total,
42:49sont désormais
42:50tous saturés.
42:51Bazoche,
42:52son ancienne maison
42:53dans les Yvelines,
42:54Montpont, près de Bordeaux
42:55et Lama Rosou,
42:56en Normandie.
43:02J'ai un très mauvais souvenir
43:03des refuges
43:04quand j'allais à l'ASPA,
43:06etc.
43:07Pour moi,
43:08c'était des prisons.
43:09Donc je voulais pas
43:10avoir de refuge.
43:12J'ai dit,
43:13si un jour j'ai un refuge,
43:14ça sera avec des animaux
43:16en liberté,
43:17comme si c'était
43:18ma maison.
43:22Nutrition,
43:23santé,
43:24bien-être
43:25et relation avec l'homme.
43:26Dans ces refuges,
43:27Brigitte Bardot
43:28a élaboré
43:29un véritable art de vivre
43:30animalier.
43:33Presque une utopie
43:34réalisée.
43:37Ici, les chats,
43:38ils vivent dans des maisonnettes
43:39avec des cours extérieurs,
43:40avec des arbres.
43:41Ils peuvent grimper
43:42à l'arbre.
43:43Ils ont du chauffage
43:44au sol.
43:45C'est une bonne vie
43:46de chat.
43:52Ben ouais !
43:54Allez !
43:56Allez, viens !
43:59Ils mangent un mélange
44:00de bananes,
44:01de pain trempé dans l'eau,
44:02de légumes de saison,
44:03en général.
44:04On avait des raisins,
44:05là on en a plus.
44:06Il y a des petits pois,
44:07de la salade,
44:08des produits frais.
44:10Là, je mets du poivron,
44:11du fenouil,
44:13et il y a déjà
44:14des épinards,
44:15de la pomme,
44:16du brocoli
44:17et de la poire
44:18pour ces messieurs-les-grands.
44:21Les loulous,
44:22c'est l'heure de manger.
44:24Généralement,
44:25les gens exterminent
44:26les rats
44:27et ne s'en occupent pas.
44:28Mais on en prend soin.
44:29Viens, Coco !
44:30Viens jouer avec les pigeons !
44:31Viens !
44:32Allez, soupez !
44:38Nous, l'équipe chien,
44:39on prépare environ
44:40200 gamelles.
44:41Chaque chien
44:42a sa ration.
44:43Et on fait des réunions
44:44de temps en temps
44:45pour revoir le dosage,
44:46si le chien
44:47se fait maigrir,
44:48grossir.
44:52Allez !
44:56On s'en occupe
44:57du matin au soir.
44:58Dès qu'il y en a un
44:59qui tousse,
45:00on porte ses vétérinaires
45:01tout de suite.
45:03C'est une diarrhée
45:04d'origine bactérienne,
45:05en plus,
45:06qui répond au traitement
45:07antibiotique.
45:08C'est bon,
45:09il faut y aller.
45:10C'est tout,
45:11c'est fini,
45:12c'est bientôt fini.
45:13Voilà.
45:22Que ce soit avec une poule,
45:23un chat,
45:24un chien,
45:25un rat,
45:26on sent l'amour qu'ils ont,
45:27on sent
45:28leur apaisement,
45:29on sent leur détresse,
45:30on sent quand
45:31ils sont stressés.
45:32On ne peut pas l'expliquer.
45:33Il y a des connexions.
45:34C'est la communication
45:35inter-espèce.
45:36Ça passe.
45:38Et on le sent
45:39énormément, oui.
45:43La communication
45:44inter-espèce.
45:45Une évidence
45:46pour Brigitte Bardot
45:47depuis toujours.
45:51Bonjour.
45:56Brigitte Bardot
45:57a toujours eu
45:58cette connaissance instinctive
45:59des animaux.
46:01Sans doute parce que,
46:02bien plus que n'importe qui,
46:04elle s'identifie à eux.
46:08Je sais très bien
46:09ce que ressentent
46:10les animaux,
46:11je les ressentis moi.
46:16J'étais comme un animal,
46:18traqué,
46:20traqué,
46:22traqué.
46:25Il faut se souvenir
46:26avec quel acharnement
46:27et quelle violence
46:28Bardot fut harcelée,
46:29épiée,
46:30poursuivie,
46:31parfois piétinée,
46:33prise au piège
46:34de sa notoriété.
46:36Ma vie ressemble
46:37à une grande prison.
46:42Je suis obligée
46:43de vivre avec les rideaux tirés
46:45ou les volets tirés
46:46parce qu'il y a
46:47des téléobjectifs
46:48sur le toit d'un face.
46:53Elle-même
46:54a été traitée
46:55comme un animal,
46:56c'est-à-dire traquée,
46:58enfermée.
46:59On pense à ce qui s'est passé
47:00au moment où
47:01elle a donné naissance
47:02à son Nicolas,
47:03avec des photographes
47:04sur les toits alentours,
47:05comme dans les reportages
47:06animaliers
47:07où on se planque
47:08pour pouvoir
47:09surprendre la nichée.
47:12Il est évident
47:13qu'elle a été
47:14un bel animal,
47:15victime de safaris photos,
47:16certes,
47:17mais de safaris.
47:19Je suis beaucoup plus animal
47:20que être humain.
47:25Elle s'identifie
47:26totalement à ses animaux.
47:27C'est pour ça que
47:28quand un animal souffre,
47:29c'est dans sa chair à elle
47:30qu'elle le ressent.
47:36J'ai mal.
47:39Pas physiquement,
47:41mais j'ai mal dans mon cœur.
47:43J'ai mal, j'ai mal.
47:48Elle incarne
47:49l'amour des bêtes.
47:50C'est-à-dire que
47:51la question animale,
47:52ce n'est pas seulement
47:53quelque chose
47:54qui est lié
47:55à l'argumentation,
47:56à la science.
47:57Bien sûr,
47:58la science est fondamentale.
47:59L'éthologie,
48:00qui nous fait prendre conscience
48:01de la richesse
48:02des existences animales,
48:04est majeure.
48:05Mais ce n'est pas
48:06seulement avec
48:07les arguments
48:08et les connaissances
48:09qu'on change
48:10le style de vie.
48:11Il faut aussi des émotions.
48:14Brigitte Bardot
48:15a joué un grand rôle
48:17c'est un phare.
48:18C'était un phare,
48:19tout le monde savait
48:20qui c'était.
48:21Donc ce phare
48:22a été un porte-parole
48:24et elle a mis en lumière
48:25un problème
48:26que les scientifiques
48:28précisent.
48:30L'éthologie sans phare
48:32restait dans les laboratoires.
48:34Et en associant les deux,
48:36on a métamorphosé
48:37la condition animale.
48:41La rencontre de l'émotion
48:42et de l'élaboration scientifique,
48:44ce serait donc la recette.
48:45Qui a donné une ampleur nouvelle
48:47à la cause animale.
48:49Bébé fut sûrement
48:50la lanceuse d'alerte
48:51la plus tenace,
48:52la plus constante
48:53et la plus impliquée.
48:56Et aujourd'hui,
48:57ce combat qui lui est si cher,
48:58infuse enfin
48:59toute la société.
49:16La prise de conscience
49:18du public
49:20est forte
49:23et que dalle
49:24de la part des gouvernements
49:26de celui-là,
49:27d'un suit d'avant,
49:28d'un suit d'encore avant,
49:29etc.
49:38Les jeunes,
49:41les petits,
49:45les grands,
49:51tels est Brigitte Bardot.
49:53Éternelle révoltée,
49:54éternelle insatisfaite.
50:00Ma vie, maintenant,
50:01elle appartient
50:02au sauvetage d'animaux.
50:05Elle n'appartient plus.
50:07Je suis responsable d'eux.
50:10Au point de tout leur sacrifier.
50:13Brigitte Bardot,
50:14elle est toujours au contrôle
50:15de la souffrance animale.
50:17Elle n'ignore pas
50:18que prétendre l'éradiquer,
50:19c'est une mission impossible.
50:21Aussi, dans ses moments de doute,
50:23elle sait où puiser le courage
50:24de poursuivre sa bataille.
50:31C'est un endroit magique.
50:33C'est très rare.
50:35Avec le silence,
50:37la beauté de la mer
50:39qui est très importante
50:41et puis cette petite chapelle minuscule
50:44qui comprend quand même
50:46une espèce de sérénité mystique.
50:53Alors,
50:55quand vraiment ça ne va pas,
50:57mais j'y vais.
50:59Souvent, je m'engueule
51:00avec la petite vierge
51:02parce que quelquefois,
51:03ça ne va pas fort.
51:06Mais ça s'arrange toujours.
51:12Le mythe dont elle fait
51:13toujours l'objet,
51:14elle le balaie d'un revers de la main.
51:16Son passé glamour,
51:17elle l'occulte.
51:19L'émancipation des femmes
51:20dont elle fut le porte-drapeau,
51:22elle l'a presque oubliée.
51:26De son bilan pourtant impressionnant
51:28en faveur de la défense des animaux,
51:30elle ne tire aucune fierté.
51:35Le passé ne l'intéresse pas.
51:37Le présent est entièrement dédié
51:38à sa cause.
51:40Une seule chose la rassure.
51:43Son combat lui survivra.
Commentaires
1
diane-hwf739il y a 5 semaines
Il est inimaginable que TOUT ce qu’a fait Brigitte Bardot n’ait jamais ete mentionne, que les française n’aient jamais su ce qu’elle a apporte internationnellement a la condition animale. Elle a fait don de sa vie et sa fortune pour changer leur condition de vie et de mort. Vous allez etre surpris de voir tout cela dans ce documentaire. Elle n’etait pas seulement une amoureuse defenseure des animaux, elle etait une vraie activiste (au sens noble du terme) qui n’a jamais ete mentionnee.

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