00:00Oui, le 30 août 1963, après être passé à deux doigts d'un affrontement nucléaire après la crise des missiles à Cuba,
00:08les Américains et les Russes conviennent de l'idée d'installer un téléphone rouge.
00:12Alors ça n'était ni un téléphone et il n'était pas rouge, c'était un très gros téléscripteur,
00:16mais l'idée était là, c'était de pouvoir se parler en direct pour éviter les malentendus.
00:21Et petit à petit, ce qu'on voit, c'est que nos deux leaders, Poutine et Trump,
00:26sont dans cette logique de se dire qu'à un moment donné, pour résoudre la crise,
00:30il faut que les deux chefs se parlent parce que ça ne peut passer que par eux.
00:34À ceci près qu'on n'est pas à deux doigts d'une guerre atomique
00:36et que l'objet de la discussion de lundi, ça va être d'essayer d'obtenir un cessez-le-feu.
00:42Ce fameux cessez-le-feu de 30 jours.
00:43Exactement, cessez-le-feu de 30 jours à l'échelle d'une guerre qui dure depuis trois ans et qui embrase l'Europe.
00:50On voit bien là et on mesure à quel point Trump s'est mis tout seul dans une impasse.
00:54L'impasse dans laquelle il s'est mis, c'est de casser ce que n'avait jamais fait aucun président américain depuis 1945,
01:01de casser le rapport de force qui était instauré entre les États-Unis et la Russie.
01:06Et en faisant le pari qu'en parlant gentiment avec Poutine, on allait pouvoir arriver à s'entendre,
01:10lui a baissé la garde, ce que n'avait jamais fait aucun président américain avant.
01:15Et puis Poutine a fait ce qu'il fait d'ordinaire, c'est-à-dire qu'il n'a pas bougé.
01:18Et il continue de tracer son chemin.
01:20Sauf qu'aujourd'hui, l'avantage, c'est lui qui l'a, c'est lui qui fait peur et ça n'est plus du tout Trump.
01:26Alors, ce qui va essayer d'être abordé lundi, c'est de trouver un deal,
01:32puisque la crainte ne marche plus du côté de Trump.
01:34Il va bien falloir essayer de trouver un deal.
01:36Là où, en ce moment, il y a deux logiques qui s'affrontent.
01:40Une qui dit, pour trouver un cessez-le-feu, on le fera quand on aura un deal complet.
01:44C'est la position de Poutine.
01:46Et Trump qui dit, non, il faut d'abord passer par un cessez-le-feu.
01:48Mais comment est-ce qu'on peut arriver à les faire changer d'avis ?
01:51Ça ne va pas être simple.
01:52Oui, qu'est-ce qui pourrait faire changer d'avis, Poutine ?
01:55Moi, je pense aux sanctions.
01:57Son intérêt, à chaque range, à chaque nouvelle discussion, à chaque contact direct avec Trump,
02:04il est reparti avec un cadeau.
02:05Le premier, ça a été l'acceptation que l'Ukraine ne rentrait pas dans l'OTAN.
02:09Et c'est fait, c'est accepté, y compris par les Britanniens.
02:11Oui, c'est même accepté par Zelensky, c'est ce que j'allais dire.
02:13Une deuxième série d'échanges et de coups de téléphone,
02:17ça a été la possibilité que les États-Unis reconnaissent la souveraineté de la Russie sur la Crimée.
02:23Ce qui serait, en termes de droit international, une révolution, une rupture absolument fondamentale.
02:30Ça, il l'a obtenu.
02:31Qu'est-ce qu'ils pourraient encore obtenir du troisième coup de fil de lundi ?
02:34Eh bien, ils l'ont dit hier, les Russes, ce qu'ils attendent maintenant.
02:37Ils attendent d'obtenir par la négociation ce qu'ils n'ont pas obtenu par les armes.
02:40Si on voit la carte qu'on a préparée pour cette émission, vous allez voir cette ligne de front qui s'est stabilisée.
02:46Et depuis des mois, elle ne bouge plus en fait.
02:48Les Russes n'arrivent plus à avancer.
02:50Mais si vous regardez bien attentivement, vous voyez que ces quatre régions,
02:54qui sont Carson, Zaporizh, Lugans, etc.,
02:57vous avez au-dessus une petite ligne blanche.
03:00C'est l'ensemble de la région.
03:01Poutine a, sur ces quatre régions, fait voter son Parlement pour qu'elle soit intégrée à la Fédération de Russie.
03:10Politiquement, vis-à-vis de son opinion, ces régions-là, elles sont russes.
03:13Même si elles ne sont pas complètement russes.
03:15Alors que militairement, elles ne sont contrôlées qu'à moitié au mieux par les Russes.
03:20Et il ne peut pas arriver à progresser.
03:21Donc, ce qu'il espère aujourd'hui, c'est que dans une négociation,
03:24la nouvelle chose qu'il obtienne, c'est qu'on lui donne le contrôle de ces quatre régions fondamentales.
03:29Et puis, s'il n'y parvient pas, sans doute que le rapport de force va durer.
03:35Et si on ne veut pas céder à cette nouvelle demande, qu'est-ce qu'on peut faire ?
03:39Des sanctions économiques.
03:41C'est ce qu'imaginent faire les Européens.
03:43C'est ce qu'imaginent mettre un tout petit peu Trump dans la balance.
03:46À ceci près que les sanctions économiques, on l'a vu,
03:48avant qu'elles mettent le régime de Poutine à genoux,
03:51ça peut prendre encore des mois, voire des années.
03:54Donc, vous avez quelqu'un qui, aujourd'hui, on dit tout le temps que Trump est le roi du deal.
03:57De mon point de vue, le roi du deal, aujourd'hui, c'est Poutine.
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