00:00Bonjour à tous, on se retrouve pour un nouveau direct sur BFM2.
00:03Six mois depuis la détention de l'écrivain franco-algérien Boilem Sansal qui est détenu en Algérie.
00:09Pour en parler, nous sommes avec Arnaud Benedetti.
00:11Bonjour et merci d'être avec nous.
00:13Vous êtes le rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire,
00:16professeur associé à la Sorbonne Université.
00:19Alors dans votre dernier édito publié récemment,
00:22vous écrivez que votre ami, votre collègue est retenu par la dictature algérienne.
00:26C'est ainsi que vous le représentez.
00:27Est-ce que vous avez des nouvelles justement de Boilem Sansal ?
00:29Vous savez, on a des nouvelles qui sont extrêmement parcellaires et sporadiques
00:34parce que ce que l'on sait, c'est que Boilem Sansal, aux dernières nouvelles,
00:39est incarcéré dans l'unité carcérale de l'hôpital Mostafa.
00:43Vous savez que Boilem est âgé, il est prêté pour un cancer.
00:49Mais nous n'avons pas, si vous voulez, de nouvelles à la fois sur le nom de ces médecins,
00:54sur la nature des soins qui lui sont prodigués.
00:56Donc nous restons évidemment encore une fois à ce stade, comme nous l'étions il y a quelques semaines,
01:02totalement préoccupés et inquiets parce que Boilem est un homme qui est fatigué,
01:08qui évidemment est malade et qui n'a pas sa place évidemment en prison.
01:14Un homme malade, affaibli, vous l'avez dit.
01:16Ces deux filles ont réagi via l'AFP avec un sentiment d'impuissance totale.
01:21C'est ce qu'elles ressentent. Est-ce que c'est aussi ce que vous ressentez ?
01:24Est-ce que le gouvernement français, avec Bruno Retailleau et Emmanuel Macron,
01:28ont fait assez depuis les six mois d'incarcération ?
01:32Alors nous, au niveau du comité de soutien, bien évidemment, on est inquiet, préoccupé,
01:35mais on reste totalement combatifs, totalement mobilisés.
01:40Et ce que l'on souhaite maintenant, c'est qu'en effet, le gouvernement français
01:44passe la vitesse supérieure pour que l'Algérie et surtout le régime algérien
01:50comprennent qu'il s'est lui-même mis dans une situation extrêmement difficile
01:56sur le plan du respect des droits humains.
02:01Je rappelle un point qui est quand même très très important,
02:04c'est que la France vient, et il faut s'en féliciter,
02:08par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud,
02:11d'annoncer qu'on allait saisir la Cour internationale de justice
02:16pour séquestration de nos otages en Iran.
02:21C'est une décision que, bien évidemment, nous, nous saluons.
02:25Mais je crois qu'il faut faire la même chose aujourd'hui vis-à-vis de l'Algérie.
02:27C'est extrêmement important que l'on puisse saisir la Cour internationale de justice
02:33en raison de cette incarcération arbitraire de Boalem Sansal.
02:38De même qu'il y a des accords en cours de renégociation entre l'Union européenne et l'Algérie,
02:44un accord d'association, cet accord d'association, pour être renégocié,
02:49il est soumis à une conditionnalité de respect d'un certain nombre de droits et de principes.
02:55Nous, nous considérons que tant que ces droits et ces principes ne sont pas respectés par l'Algérie,
03:02il est hors de question de continuer cette négociation avec l'Algérie,
03:05dans la mesure où Boalem Sansal fait partie, il n'est pas le seul d'ailleurs,
03:09au demeurant des opposants à être incarcéré aujourd'hui en Algérie.
03:14On le sait, les tensions sont floues et sont vives entre Alger et Paris.
03:18Pensez-vous que Boalem Sansal sert justement peut-être de pion ou de monnaie d'échange
03:22dans cette crise diplomatique ?
03:24Il l'est totalement depuis le début.
03:26Vous savez, Boalem Sansal, il est l'otage d'abord, en effet,
03:29des hiérarches algériens qui l'ont arrêté le 16 novembre dernier, il y a six mois.
03:36Il est également l'otage, bien malgré lui, de la relation dégradée entre la France et l'Algérie,
03:43entre Paris et Alger, qui s'est encore plus dégradée d'ailleurs ces dernières semaines.
03:50Et il est aussi l'otage, il est aussi l'otage, on ne le dit jamais assez,
03:54des luttes de factions qui règnent à Alger, entre différents clans qui se partagent le pouvoir.
04:01Donc, si vous voulez, toutes ces contraintes, en effet, pèsent considérablement sur le sort de notre ami
04:08et nous rendent parfois, en effet, circonspects quant à une issue rapide et favorable.
04:14Mais en tout cas, nous, nous nous battons pour qu'il y ait une issue rapide et favorable,
04:17parce que son âge et ses conditions de détention ne sont pas compatibles
04:22avec les nécessaires soins qui doivent lui être prodigués au regard de son état de santé.
04:29Vous parliez tout à l'heure de Jean-Noël Barrault, le ministre des Affaires étrangères.
04:33L'Assemblée nationale a voté une résolution pour sa libération il y a quelques jours.
04:36Est-ce que ça fait avancer les choses ? Est-ce que c'est positif dans votre combat ?
04:39Écoutez, c'est très important.
04:40Nous, nous avons bien évidemment beaucoup poussé pour que cette proposition de résolution
04:46soit majoritairement adoptée à l'Assemblée nationale, malgré quelques hautes comptes.
04:53Il faut considérer que…
04:56Vous entendez ?
04:58On vous entend toujours, allez-y, on vous entend, Arnaud Bénédici.
05:00Il faut considérer que…
05:04Il faut considérer que cette proposition de résolution est quelque chose de très important,
05:10parce que, notamment, les parlementaires l'ont voté majoritairement,
05:15et surtout, et c'est ça le plus important, ils ont voté un amendement
05:18qui demande à ce que Bolem Sansan soit nommé et désigné comme ambassadeur pour la francophonie.
05:25Donc, nous demandons, nous, aujourd'hui, au président de la République et au ministre des Affaires étrangères
05:29de nommer Bolem Sansan comme ambassadeur pour la francophonie.
05:34Quelles sont les actions que vous menez, que mène le Comité pour la libération de Bolem Sansan ?
05:39Qu'est-ce qui est fait pour pouvoir avoir cette libération ?
05:43C'est toutes les actions dont je viens de vous parler, c'est-à-dire, en effet,
05:47sensibiliser les pouvoirs publics, sensibiliser les parlementaires,
05:52comme on l'a fait avec le vote de cette proposition de résolution,
05:55mais aussi les parlementaires européens, qui, au mois de janvier, ont voté majoritairement,
05:59là aussi, une proposition de résolution demandant la libération immédiate
06:02et son condition de Bolem Sansan.
06:05C'est mobiliser, évidemment, les élus locaux.
06:08Beaucoup de mairies, aujourd'hui, sont en train de se mobiliser.
06:11À Paris, plusieurs mairies d'arrondissement ont affiché le portrait de Bolem Sansan.
06:15Nous aurons des événements qui se dérouleront dans plusieurs villes de province,
06:19à Montpellier, le 4 juin prochain, à Toulouse, le 1er juillet prochain,
06:25à Cholet, la ville de Cholet, qui va être la première ville, il faut le noter,
06:30à baptiser une place, la place Bolem Sansan.
06:34Vous savez, dans ce genre de combat, il y a deux lignes.
06:37Il y a ceux qui vous disent qu'il ne faut pas trop en parler,
06:39et ceux qui vous disent qu'il faut en parler.
06:40Nous, nous sommes plutôt, vous l'avez bien compris, alignés sur cette ligne.
06:44Il faut en parler en permanence.
06:47Parce que le risque que nous encourons, c'est que, finalement,
06:50le sépulcre de l'indifférence recouvre le cas de Bolem Sansan.
06:54Et c'est ce que cherchent, d'une certaine manière, ceux qui l'ont arrêté.
06:58Ils espèrent que nous n'en parlerons plus, ici, en France et ailleurs.
07:03Or, il est extrêmement important que l'on puisse rendre toujours plus visible.
07:06Et les tchèques, vous savez, les deux filles de Bolem Sansan sont tchèques.
07:12Et il vient de recevoir un des grands prix de la littérature tchèque, il y a moins de 24 heures.
07:19Donc, tout ce qui concourt à l'internationalisation et à l'européanisation de son cas,
07:26va dans le bon sens pour précipiter une libération que l'on souhaite, évidemment, la plus rapide possible.
07:32Dans la continuité, on a aussi appris que l'écrivain Kamel Daoud est aussi visé par deux mandats internationaux
07:38pour son roman Ouris, interdit dans son pays en Algérie.
07:42Pensez-vous qu'il y a, justement, un lien de cause à effet ?
07:44Est-ce que les écrivains sont privés, justement, de liberté avec le cas Sansal et également le cas Daoud ?
07:50Oui, tout à fait. Nous, nous soutenons, évidemment, Kamel Daoud, qui est un ami et qui est membre du comité de soutien,
07:56qui vient de se voir notifier deux mandats d'arrêt internationaux
07:59pour des motifs aussi fantaisistes que fallacieux.
08:04Il est aujourd'hui victime, Kamel Daoud, d'un acharnement politico-judiciaire de la part du pouvoir algérien.
08:14Mais, en effet, le pouvoir algérien a décidé de mener une chasse à toute voie critique,
08:19c'est-à-dire toute voie qui, aujourd'hui, émet un certain nombre de réserves,
08:25y compris parfois des réserves qui peuvent être émises sur un ton de très grande prudence,
08:32toutes ces voies-là doivent être poursuivies au nom d'une concorde nationale totalement fantasmatique,
08:38mais peu importe, en tout cas c'est la réalité.
08:40Beaucoup d'intellectuels, beaucoup de journalistes, beaucoup de dessinateurs et de caricaturistes,
08:47par exemple, sont aujourd'hui poursuivis en Algérie.
08:50Et quand ils sont exilés et réfugiés politiques, comme ils le sont en France,
08:55ils sont parfois condamnés à de lourdes peines de prison par contumas.
08:59C'est, par exemple, le cas de ce jeune caricaturiste algérien, Gilles Aïnouche,
09:04qui a été condamné à 10 ans de prison pour offense au chef de l'État
09:08et 20 années supplémentaires en raison de l'article 87 bis du Code de procédure pénale algérien
09:15qui permet, aujourd'hui, de poursuivre sur des motifs toujours un peu plus élargis,
09:21n'importe quel opposant au régime algérien.
09:24Alors, si vous avez un dernier mot, peut-être, comme les filles de Boalem Sansam
09:27qui vont dresser un mot au chef de l'État et une lettre ouverte.
09:30Qu'est-ce que vous pouvez dire, justement, au gouvernement français
09:31et à Emmanuel Macron pour la libération de cet écrivain ?
09:35Ce que nous demandons aujourd'hui aux autorités françaises,
09:40et depuis le premier jour, c'est d'utiliser tous les leviers, quels qu'ils soient.
09:46Ceux de la négociation, s'il faut négocier, mais aussi ceux de la fermeté,
09:50ceux de l'internationalisation aussi du combat,
09:52pour faire en sorte que Boalem puisse sortir le plus rapidement possible.
09:58Boalem, encore une fois, est un homme malade, il est un homme âgé.
10:01Le temps joue contre lui et il faut faire vite.
10:05On ne peut pas se permettre de ne pas en parler
10:07et on ne peut pas, évidemment, se permettre de ne pas agir
10:09et on ne peut pas se permettre de ne faire qu'attendre.
10:12Donc, il faut aller très vite.
10:14Le temps joue contre lui.
10:15On retient cette phrase.
10:16Merci à vous, Arnaud Benedetti,
10:18rédacteur en chef de la revue Politique et parlementaire
10:21et professeur associé à Sorbonne Université.
10:23On continue, évidemment, de suivre toutes ces négociations
10:27et la suite avec Boalem Sansam et sa prochaine libération,
10:30peut-être en tout cas sur BFM2.
10:31Merci à vous et on se retrouve pour un prochain direct.
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