00:00Est-ce que vous pouvez nous faire un petit point de la situation ?
00:02Vous avez passé plusieurs mois là-bas, qu'en est-il ?
00:06Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu ce que vous avez vu ?
00:10Alors, j'ai passé pas mal de temps là-bas, donc je vais vous raconter surtout la situation aujourd'hui,
00:15et notamment depuis la fermeture de la frontière et le blocus imposé par les Israéliens.
00:20Donc, aucune aide humanitaire ni commerciale n'est rentrée à Gaza depuis le 2 mars.
00:26Donc, aujourd'hui, les conditions de vie sont vraiment terribles pour les populations.
00:30Il y a eu la reprise des combats qui a fait encore se déplacer plus de 1,5 million de personnes.
00:38Donc, les gens vivent dans des conditions très difficiles, ils vivent dans les décombres,
00:43il n'y a plus rien à manger à Gaza.
00:46Le très peu qui reste est absolument inabordable en termes de prix pour les populations.
00:52Donc, les gens vivent de rien, ils ramassent des herbes, ils vivent du peu qui reste,
00:59de ce qu'ils ont pu mettre de côté.
01:01C'est-à-dire qu'y compris nos collègues qui ont un salaire, ne font qu'un seul repas par jour aujourd'hui.
01:08Donc, les conditions de vie sont extrêmement difficiles,
01:11et on parle de la nourriture, mais on parle assez peu de l'eau,
01:16et l'eau est un enjeu crucial à Gaza aujourd'hui,
01:18et on est également en manque d'essence pour pouvoir produire et dessaler l'eau à Gaza.
01:25Et donc, les gens vivent avec 5 litres par jour.
01:28C'est extrêmement compliqué.
01:29Je suppose que, justement, les actions des organisations comme Médecins Sans Frontières
01:35sont désormais encore plus limitées par ce blocus ?
01:40Absolument.
01:41Il y a des organisations qui ont dû arrêter toutes leurs activités,
01:44puisqu'il s'agissait de distribution de nourriture.
01:47On parle du Programme alimentaire mondial et d'autres organisations
01:50qui ont déjà annoncé depuis plusieurs semaines ne plus rien avoir à distribuer.
01:54Pour MSF, nous avons encore du stock pour quelques semaines,
01:59qui nous permet de continuer à prendre en charge les populations.
02:03Mais avec les conditions de vie, avec le blocus, avec la malnutrition,
02:07ça devient de plus en plus compliqué.
02:08Nos réserves, nos stocks s'amenuisent de manière extrêmement rapide,
02:16car on a beaucoup plus de patients, beaucoup plus qu'ils n'étaient anticipés,
02:19et qu'effectivement, on n'a pas de quoi remplir nos stocks.
02:22Donc, d'ici quelques semaines, nous risquons de ne plus pouvoir porter l'assistance aux populations.
02:28Que vous disent les populations sur place ?
02:31Ont-elles une priorité en termes de nourriture, d'eau, de soins ?
02:34Il y a besoin de tout, mais qu'est-ce qu'elles vous disent avant tout ?
02:40Il y a besoin de tout.
02:41C'est exactement ça.
02:42Donc, évidemment, la priorité, c'est l'eau.
02:45Tout d'abord l'eau, puisque sans l'eau, effectivement, personne ne peut survivre.
02:50Donc, c'est la priorité absolue.
02:52Et la deuxième, c'est effectivement la nourriture.
02:54Les soins de santé viennent évidemment après.
02:57Et même nous, s'il n'y a pas d'essence qui rentre pour pouvoir produire de l'eau,
03:04il va falloir que nous fassions des choix entre continuer à faire tourner nos cliniques
03:09ou produire de l'eau potable.
03:10Et évidemment, nous devrions choisir l'eau potable qui est indispensable à l'entièreté de la population aujourd'hui.
03:17Il faut bien se rendre compte qu'à Gaza, aujourd'hui, c'est 95% de la population, au moins,
03:22qui est dépendante de l'aide humanitaire.
03:23Et si on revient au 2 mars dernier, où il y avait ce cessez-le-feu qui avait permis de faire rentrer
03:28quelques données, quelques denrées, est-ce que ça avait été très, très utile
03:34ou ce n'était pas encore assez suffisant à l'époque ?
03:38Alors, ça n'est jamais assez suffisant et on le voit parce qu'on ne sait pas comment la situation va évoluer.
03:44Donc, effectivement, nous avions tous fait des réserves parce que l'humanitaire, comme beaucoup d'autres choses,
03:49ça ne se gère pas en flux tendu.
03:50Il faut pouvoir répondre à différentes situations, avec des situations de crise qui peuvent intervenir.
03:57Et aujourd'hui, depuis le début de cette guerre, le blocus imposé par les Israéliens,
04:01que ce soit un blocus total comme celui-ci ou même avant, qui limitait l'entrée de l'aide,
04:07fait que nous devons évidemment avoir des plans de contingence.
04:10Et là, tous nos plans de contingence, nous ne pouvons plus les avoir puisque nous n'avons plus de stock.
04:15Donc, avoir ces 600 camions par jour qui rentraient, évidemment, ça avait amélioré le quotidien de la population,
04:23qui est un quotidien absolument terrible.
04:26Donc, on parle juste de pouvoir enfin aller acheter de la nourriture, avoir accès à de l'eau en quantité suffisante,
04:34parce qu'il y avait aussi de l'électricité qui permettait d'approvisionner une des centrales de dessalement.
04:42Et donc, tout ça faisait qu'effectivement, on avait plus de disponibilité,
04:47mais toujours pas de matériaux de construction, rien pour reconstruire l'enclave qui est absolument dévastée par cette guerre.
04:54Dernière petite question, est-ce que vous, en tant qu'organisation, il y a un dialogue avec les parties prenantes de ce conflit ?
05:02Est-ce que vous pouvez faire pression pour que cette aide humanitaire, elle rentre ?
05:07Ou c'est vraiment un sens unique ?
05:11Alors, il y a un dialogue qui existe et qui est quotidien, mais effectivement, faire pression, ça, on n'y arrive pas.
05:19On est en contact de manière quotidienne, notamment avec les Israéliens,
05:24qui sont eux qui, de ce côté de la frontière, empêchent de faire rentrer l'aide humanitaire,
05:30et que ce soit nous ou l'ensemble des organisations humanitaires.
05:34Mais nous ne sommes pas entendus.
05:38La situation que nous relatons sur le terrain n'est pas entendue par les autorités israéliennes,
05:44et qui essayent de mettre en place un nouveau système de distribution de l'aide
05:49qui a été refusé par l'ensemble des organisations humanitaires,
05:54car ne respectent pas du tout le droit international humanitaire.
05:59Parce que c'était, je rebondis juste là-dessus,
06:01c'était quoi comme nouveau type de mise en place pour l'aide humanitaire ?
06:06La proposition qui est en train d'être mise en place par le gouvernement israélien,
06:11c'est des centres de distribution qui ne sont que dans le sud de la bande de Gaza,
06:17donc qui nécessitent un déplacement forcé des populations pour pouvoir accéder à l'aide humanitaire.
06:22Donc aujourd'hui, on est dans une situation où on affame les populations
06:25pour les forcer à devoir se déplacer et aller là où les Israéliens veulent les installer,
06:31et donc de devoir quitter notamment le nord de l'emplate.
06:35Merci beaucoup, Amanda Bazerolle, pour toutes ces informations sur la situation à Gaza.
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