00:00Ce jeudi 8 mai marque les 80 ans de la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie,
00:05la fin de la Seconde Guerre mondiale sur le continent européen,
00:08le conflit le plus meurtrier du XXe siècle.
00:11Six ans de combat, entre 50 à 60 millions de morts,
00:14dont 6 millions de juifs exterminés, un continent détruit.
00:17Cérémonie du souvenir dans toute la France aujourd'hui.
00:20Ici à Paris, au pied de l'Arc de Triomphe, elle sera présidée par le président Macron.
00:24Édition spéciale à suivre en direct sur France 24 à partir de 18h, heure de Paris.
00:29Bonjour Florence Gaillard, vous êtes journaliste ici à France 24.
00:33Vous travaillez pour Cet en France, notre édomadaire sur la société française.
00:37Et aujourd'hui, vous nous éclairez sur les circonstances de ce 8 mai 1945
00:41et les événements qui ont conduit à la victoire finale des alliés.
00:45Absolument. Donc le 8 mai 1945, c'est la fin de la guerre en Europe,
00:48puisque la guerre continue dans le Pacifique jusqu'à la capitulation du Japon le 2 septembre 1945.
00:54Vous avez parlé de 50 à 60 millions de morts,
00:57mais qui se trouve à la table des vainqueurs à Berlin ?
00:59Il y a bien sûr l'URSS qui a vaincu l'armée allemande à l'Est,
01:02plus de 20 millions de morts côté soviétique,
01:05les États-Unis, la Grande-Bretagne,
01:07et surprise, surprise, mauvaise surprise pour les Allemands, les Français.
01:10Mais que font-ils là, puisqu'ils avaient été vaincus en juin 1940 ?
01:15Je vais vous inviter à regarder un court extrait du 7 en France
01:17que j'ai réalisé l'été dernier sur le débarquement de Provence,
01:21débarquement de Provence qui a permis justement la présence française à Berlin.
01:25On regarde tout de suite.
01:27Les Français vont entrer en Allemagne, contrairement à la Première Guerre mondiale,
01:32qui vont libérer des villes comme Stuttgart et s'arrêter à Innsbruck en Autriche.
01:36Donc ils ont participé à la campagne de la libération européenne,
01:40ce qui va permettre justement d'apporter une légitimité militaire,
01:45puis une légitimité sur le plan politique.
01:48Sans la Provence, sans la réussite de ce débarquement de Provence,
01:52probablement que Delattre n'aurait pas été présent ce 8 mai 1945 pour la capitulation allemande.
01:59Cette fois, c'est bien fini.
02:02Le rideau tombe.
02:04Français, avec nos alliés anglais, américains et russes,
02:07nous signons la fin de la tragédie.
02:10Voilà, des Français qui opèrent donc un comeback remarqué en 1945.
02:14Alors, un retour inattendu, je dirais presque,
02:17parce que quand le général de Gaulle part à Londres en 1940,
02:19il est un peu seul, enfin il a quelques centaines d'hommes et de femmes autour de lui,
02:22mais enfin, c'est assez calme.
02:24Il a réussi à convaincre des gouverneurs d'outre-mer,
02:26dans le Pacifique, aux Antilles et surtout en Afrique.
02:28Il a réussi à convaincre des généraux, comme le général Leclerc
02:31ou le général de l'Adde de Tassigny, qu'on vient de voir dans ses archives.
02:34Et puis, ils ont remporté des victoires significatives à Birakem pendant la campagne d'Italie
02:39et ils ont libéré Toulon et Marseille en 1944.
02:42Donc, c'est quasiment in extremis que le maréchal de l'Adde de Tassigny s'incruste,
02:46entre guillemets, à Berlin.
02:48Pour l'anecdote, on a cousu un drapeau français à la dernière minute
02:52pour qu'on puisse être sur la photo de la victoire le 8 mai 1945.
02:56Et s'il est à Berlin de l'Adde de Tassigny ce 8 mai 1945,
03:00c'est bien sûr grâce au rôle de la résistance qui a été déterminant.
03:03C'est une réalité pour la libération de la France
03:06et c'est là-dessus que vous avez travaillé notamment.
03:08Absolument. Donc, il y a eu les Jean Moulin, les Misak Manouchian dont on a beaucoup parlé sur France 24.
03:13Il y a aussi eu ce qu'on pourrait appeler la résistance morale et spirituelle
03:16que j'ai voulu mettre en lumière cette semaine dans Cet en France.
03:20Alors, je suis retournée à Toulouse où a résonné le 23 août 1942
03:23le tout premier appel contre la déportation des Juifs
03:27qui partaient des camps d'internement près de Toulouse.
03:29C'est l'archevêque de la ville, Mgr Saliège, qui l'a écrit
03:33et qui l'a fait lire dans toutes les églises de la région.
03:35On va écouter un court extrait de ce 7 en France de cette semaine
03:38donc sur la résistance morale.
03:42Premier témoin de ces déportations,
03:45les bénévoles de l'Osée et de la CIMAD,
03:47association qui aide les réfugiés dans ces camps.
03:51Avec eux, des proches de l'archevêque de Toulouse, Mgr Saliège.
03:55Ce sont des rapports successifs qui arrivent à Saliège
03:59et qui vont provoquer la fameuse lettre du 23 août 1942
04:03et c'est une lettre qui va être un véritable tremblement,
04:08y compris pour Vichy.
04:11Le régime de Vichy s'appuie ostensiblement sur le clergé
04:15pour instaurer sa révolution nationale
04:17qui a pour devise « travail, famille, patrie ».
04:22Quand l'État français a vend de la lettre du prélat
04:24il fait tout pour l'interdire, en vain.
04:29« Bien, chers frères, il y a une morale chrétienne,
04:32il y a une morale humaine.
04:34Dans notre diocèse, des scènes d'épouvante ont eu lieu
04:37dans les camps de Noé et de Ré-Sé-Bédou.
04:40Les Juifs sont des hommes, les Juifs sont des femmes,
04:43les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes.
04:46Tout n'est pas permis contre eux.
04:47Ils sont nos frères comme tant d'autres.
04:49Un chrétien ne peut l'oublier. »
04:53Cette lettre, lue dans toutes les églises de la région,
04:55est un signal fort qui brise le silence des institutions catholiques.
04:59Florence, si des hommes comme Mgr Saliège, archevêque de Toulouse,
05:05s'est tenu du côté de la résistance morale,
05:07il sera d'ailleurs juste des nations après la guerre.
05:11L'Église et les catholiques de France ont eu un parcours ambivalent pendant la guerre ?
05:14Très ambigu.
05:16Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a un silence collectif, général.
05:18C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'institution qui parle.
05:20Ni l'Église catholique, ni l'Église protestante,
05:22ni l'ordre des médecins, ni l'ordre des avocats.
05:24Il y a un silence généralisé.
05:26C'est pour ça que cet appel, j'ai voulu le mettre en valeur,
05:28parce que c'est une voix parmi, dans un silence assourdissant et complice.
05:33Le cardinal Gerlier à Lyon, qu'on vient de voir en image,
05:36lui, il dit « Pétain, c'est la France, la France, c'est Pétain ».
05:39Et à la fois, il va permettre le plus grand sauvetage d'enfants juifs
05:43pendant la guerre à Lyon, dans le camp de Védicieux.
05:46Donc vous voyez, c'est toute l'ambiguïté de ces figures
05:48qui sont à la fois acquises à un régime
05:49qui veut revenir, évidemment, à la France d'avant,
05:52à la France d'antan,
05:53et qui, à la fois humainement, ne peuvent pas accepter
05:56que des femmes, que des enfants soient arrêtées et déportées.
06:00C'est en quelque sorte la ligne rouge
06:02de la morale chrétienne et de l'humanisme.
06:04Et c'est ça dont on parle dans le 7 en France de cette semaine.
06:06– A revoir sur le site internet de France 24.
06:08Les Français face à l'occupation,
06:09ce sera d'ailleurs le sujet de la deuxième partie
06:12de ce rendez-vous d'info avec mes invités à partir de 10h.
06:14Merci beaucoup.
06:14Florent.
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