00:00Ce prix s'inscrit déjà dans une histoire que Art Paris a déjà tracée, c'est-à-dire
00:12qu'en 2019 j'avais été un des premiers en tant que foire à inviter Camille Moreno
00:17et son association Aware Archives of Women Artists Research Exhibitions à faire une édition
00:24un peu genrée avec un focus sur les artistes femmes et donc effectivement ces préoccupations
00:29nous sont déjà naturellement chères à Art Paris et puis il se trouve que cette année
00:34on a une note féminine très importante parce que sur les 990 artistes présentés, 40%
00:40sont des femmes, donc il y a beaucoup de choses autour des femmes cette année, donc ce prix
00:44est arrivé évidemment en très bon moment pour évidemment continuer ce travail de valorisation
00:52des artistes femmes.
00:52Alors déjà la sélection de ce prix, parce que la sélection je l'ai conduit avec Marion
01:01Vignal de Marie-Claire, on sait d'abord on a identifié tous les artistes femmes qui étaient
01:06représentés par l'ensemble des galeries participantes, c'est important de le dire, et bon des artistes
01:10de femmes vivantes bien entendu. Et donc à partir de là on a effectivement extrait une liste de 12 finalistes qui sont surtout
01:19effectivement des femmes qui viennent de différents horizons géographiques, donc il est déjà en soi par la sélection
01:26qu'on a fait des artistes femmes à un prix déjà international, voilà par définition. Mais c'est vrai que nous ce qui nous a intéressés
01:33c'est de, on s'est attachés à des femmes que j'appelle des combattantes, en fait des femmes qui sont finalement
01:39engagées dans leur art comme dans leur vie en fait, donc la sélection, il y a quand même sur les 12, il y a quelques figures d'aînés
01:46en fait il y a Kiki Smith qui est une américaine très connue, et puis Agnès Sonora qui sont dans leur, voilà, qui sont des femmes
01:54qui ont 60 ans, et la plus jeune je crois que c'est Mati Bayanda qui a 23 ans, donc on a effectivement joué sur différentes générations,
02:01mais ce qui est sorti de cette sélection c'est vraiment une sélection de femmes engagées dans leur art comme dans leur vie
02:07sur différentes causes, il y a la question de comment, le handicap par exemple, comment surmonter le handicap,
02:14c'est Marie Katayama chez Taraziev, il y a effectivement des artistes femmes qui sont concernées par la guerre
02:21et les conséquences de la guerre, donc évidemment la lauréate c'est une ukrainienne, Zana Kadirova,
02:27qui est à la fois, qui est une artiste déjà très connue, mais qui évidemment, elle fait le choix de rester en Ukraine
02:35avec la guerre en fait, et a développé un travail autour de la guerre, parce que son problème en tant qu'artiste
02:42c'est comment être artiste en tant que guerre, voilà, donc elle parle des effets de cette destruction,
02:46en fait en photographiant d'ailleurs beaucoup d'immeubles qui ont été soufflés par les bombes,
02:50mais toujours avec une perspective d'espoir, un bout de jardin par exemple, etc.
02:55Donc une autre artiste qui est franco-vietnamienne, qui s'appelle Thuy Van Tran,
03:00et qui elle s'est intéressée aux conséquences de l'agent orange,
03:03donc ce sont des peintures comme ça qui paraît très très belles, avec une espèce d'effet de soumato, de brouillard,
03:09et finalement derrière il y a une réalité très grinçante, puisqu'elle parle de ce fameux agent orange
03:14qui a été déversé sur le territoire vietnamien, et qui aujourd'hui affecte encore les populations, voilà.
03:20Il y a aussi dans notre liste des échos féministes, il y a Suzanne Husky par exemple,
03:26qui est une artiste qui s'intéresse évidemment à la question de l'écologie,
03:30et qui a milité pour les castors, qui a créé son ministère de l'agriculture,
03:34mais qui est en même temps une artiste très talentueuse, et qui se déploie sur différents médiums.
03:37Il y a aussi par exemple Gillian Brecht qui nous parle de cette menace environnementale
03:43qui vient de tous ces composants, les composants électroniques,
03:48donc elle fait des sculptures à base de composants électroniques,
03:52mais en même temps avec derrière des panneaux, on voit la terre vue de l'espace,
03:58mais c'est une façon de nous alerter sur ces menaces environnementales.
04:01Et puis par exemple, je pourrais citer aussi dans la sélection Shama al-Saibi,
04:08qui est une artiste d'origine irakienne,
04:10donc là on rentre vraiment dans la question du conflit,
04:13et aussi des stéréotypes sur le monde arabe,
04:15parce que c'est quelqu'un qui se soucie beaucoup de la façon dont la femme arabe
04:19est devenue un stéréotype, et elle se bat contre ça.
04:22Donc elle a fait une série qui s'appelle Carry Over,
04:24où elle revient finalement avec les instruments même des premiers photographes
04:29qui sont partis au Moyen-Orient et qui ont ramené des images plutôt exotiques
04:32de femmes à langues, etc.
04:34Elle reprend ces équilibrats pour les transformer
04:36et finalement décrire une femme aujourd'hui qui porte le poids du monde,
04:41qui est en déséquilibre et qui parle aussi de la place de la femme
04:44dans ces régions du monde.
04:45Donc voilà, on a fait une liste vraiment très intense.
04:52Oui, je pourrais parler, parce que je ne voudrais pas que son travail
04:55soit juste, comment dire, catégorisé.
04:58Voilà, elle parle de la guerre en Ukraine et que c'est un bon signal.
05:01Bon, en même temps, ils ont besoin de soutien, c'est bien de le dire.
05:04Mais en fait, c'est une artiste accomplie.
05:06Elle a fait déjà, dans son parcours artistique,
05:08elle a été invitée plusieurs fois à la Biennale de Venise
05:10pour la représenter le pavillon ukrainien, notamment.
05:13Et c'est quelqu'un qui, plutôt, dans sa génération,
05:16a documenté aussi la transition de ces pays post-soviétiques.
05:22Donc quelque part, au départ, son langage et son matériau fétiche,
05:26c'est des carreaux de céramique qu'ils ont fait dans ces pays-là,
05:29qui est très moche, mais qu'elle a utilisée pour faire
05:31d'énormes installations et parler de cette transition,
05:34de ces sociétés en transition.
05:36Donc ça, c'est vraiment la première partie de son travail.
05:38Et puis, effectivement, la guerre est arrivée.
05:40La guerre est arrivée.
05:41La guerre s'est intensifiée, j'allais dire,
05:43parce qu'elle a commencé dès 2014.
05:46Mais à partir de l'invasion de l'Ukraine en février 2022,
05:50évidemment, elle a vraiment subi elle-même
05:52les conséquences d'une guerre, en fait.
05:54Donc, il faut le savoir, elle a quand même...
05:56Elle a fait le choix, alors que beaucoup d'artistes ukrainiens
05:58sont partis en Allemagne, en Europe, dans différents pays européens.
06:01Elle a levé le choix de rester.
06:03Elle s'est elle-même réfugiée dans le nord de l'Ukraine.
06:06Donc, elle a quitté Kiev.
06:08Et voilà, elle se pose la question de savoir
06:10comment être artiste en temps de guerre.
06:12Et donc, voilà, elle a fait un travail spécifique,
06:15mais qui ne résume pas l'ensemble de son travail.
06:17Voilà, mais qui est effectivement axé sur cette question
06:22du conflit aujourd'hui.
06:25Et parallèlement à la fois, parce qu'elle est présentée
06:27par la Galerie Continua, une très grande galerie,
06:30elle fait une exposition dans la Galerie Continua à Paris.
06:33Voilà, donc c'est bien d'avoir l'œuvre primée ici,
06:37mais bon, et d'avoir aussi la possibilité
06:39de voir l'exposition à la Galerie Continua.
06:41Alors, je crois que la question de la visibilité
06:46d'un artiste femme, c'est une question vraiment importante
06:48qui remonte à déjà pas mal d'années, en fait.
06:52L'exposition Camille Moreno qui a fait date,
06:55c'était elle au Pompidou, c'était en 2009, je crois.
06:58Et donc, mais on sent qu'effectivement,
07:01évidemment, le marché a plutôt considéré
07:03les hommes que les femmes.
07:06Mais il y a un phénomène de rattrapage aujourd'hui.
07:08On voit que quand même, sur le plan des prix,
07:11il y a certaines femmes, artistes,
07:12qui maintenant arrivent à des prix aussi élevés
07:15que leurs confrères masculins.
07:16Je pourrais citer Léonora Carrington, par exemple,
07:19qui a, en 2024, qui est une artiste surréaliste, historique,
07:22mais qui, dont une des œuvres, en faisant cher à New York,
07:25a atteint 26 millions de dollars.
07:28On pourrait aussi parler de, comment dire,
07:31de Louise Bourgeois aussi, qui est évidemment
07:33une artiste historique maintenant,
07:35qui a atteint les prix assez faramineux.
07:37Et puis, on voit bien, aujourd'hui,
07:39c'est ce qui est encourageant,
07:41qu'il y a une montée en puissance
07:42d'artistes féminins,
07:46enfin, d'artistes femmes, plutôt,
07:48comme Claire Tabouret, Tatiana Trouvé.
07:50Il y a toute une jeune génération
07:51qu'on voit maintenant
07:52et qui a beaucoup de succès,
07:54qui a tous les succès, j'allais dire.
07:56Alors qu'il y a une génération
07:58qui a été un peu sacrifiée.
07:59Dans le salon, par exemple,
08:00on pourrait parler de...
08:01Il y a cette galerie Pauline Pavet
08:02qui ne montre qu'un stand dédié
08:04aux artistes femmes,
08:05mais qui part de l'impressionnisme,
08:06donc avec Marie Braquemont,
08:08en 1960,
08:09en passant par, évidemment,
08:11Gillette Roche,
08:11qui a été la veuve d'Alberglès,
08:13donc qui a connu toute l'avant-garde,
08:14cubiste, etc.
08:15Et puis, il y a Jacqueline Lambda,
08:17qui a été l'épouse des Bretons,
08:19dont on redécouvre le travail.
08:21Et c'est vrai que ces femmes
08:22ont eu tendance à être occultées
08:23par leur mari,
08:23qui était déjà très connue, etc.
08:25Donc ça, c'est effectivement
08:27la marque de l'histoire.
08:28Mais aujourd'hui, je pense
08:29qu'on voit bien
08:30qu'il y a des opportunités
08:33beaucoup plus importantes
08:33pour les artistes femmes.
08:36Mais ce prix ne fait que
08:37leur donner de les valoriser davantage.
08:41Et c'est vrai qu'on a été très étonnés
08:42par la réception de ce prix.
08:44La réception de ce prix
08:44était vraiment excellente.
08:46Les médias ont fait tous l'écho.
08:48Les collectionneurs, les galeries,
08:49ont joué le jeu.
08:51Et ont trouvé que c'était
08:52une très belle initiative,
08:54initiée par Marie Claire,
08:55en partenariat avec Boucheron.
08:56Et c'est une très belle alliance.
08:58C'est Art Paris, bien sûr,
08:59qui joue son rôle très actif
09:01dans cette histoire.
09:06Moi, j'espère que...
09:07Alors d'abord, ce prix,
09:08il faut parler de sa dotation,
09:09ce prix.
09:10C'est quand même 30 000 euros.
09:12J'ai quand même fait un benchmark.
09:13C'est aujourd'hui, à ma connaissance,
09:15l'un des prix les plus élevés
09:16au monde,
09:17pour les artistes femmes.
09:19Le prix Aware, c'est 10 000 euros.
09:21Il y a un prix Max Marat
09:22qui est un prix, bon,
09:23qui n'est pas une dotation financière,
09:25mais une production,
09:26une exposition.
09:27Je pense qu'on arrive à une somme
09:28intéressante,
09:30mais 30 000 euros,
09:31c'est beaucoup.
09:32Ça permet à des artistes
09:33de faire un projet
09:34en recevant cette somme.
09:36Et je pense que pour Zana Kadirova,
09:38ça va être extraordinaire.
09:39Ça va lui donner du carburant
09:40pour développer ses projets
09:42dans une situation très difficile
09:43là où elle se trouve,
09:44aujourd'hui, en Ukraine.
09:45et j'espère que ce prix durera,
09:48en fait.
09:49Voilà, c'est une belle histoire.
09:51En tout cas,
09:51c'est une histoire très cohérente
09:54et qui a beaucoup de sens
09:55et qui, dans cette foire
09:57qui, évidemment,
09:58a une note féminine,
09:59s'inscrit parfaitement.
10:00Merci.
10:01Merci.
10:02Merci.