00:00Avec nous Nella Latrousse, la chef du service politique de BFMTG. Bonjour Nella et merci d'être avec nous face à Mathieu Crescendo et Bernard Sananen.
00:07Bonjour.
00:07Le président de l'Institut Elab est avec nous avec ce sondage Elab, l'opinion en direct qui a été réalisé hier après-midi.
00:14Juste après la condamnation de Marine Le Pen, comment réagissent les électeurs à cette condamnation, à ces 5 ans d'inéligibilité ?
00:22On va regarder en détail ce sondage. 42% des Français sont satisfaits. Est-ce que c'est un résultat qui vous-même vous a étonné Bernard ?
00:31Ce qui m'a surpris effectivement c'est le décalage entre la virulence du débat tout après-midi d'hier et la réaction, j'allais dire, mesurée et pragmatique de l'opinion.
00:42Vous le voyez, la décision ne choque pas les Français, il n'y a pas de rat de marée d'un côté ou d'un autre.
00:46On n'est pas à 70-80%, 42% de satisfaits, autant d'indifférents que de mécontents, c'est le premier point.
00:53Et finalement, elle est pragmatique aussi parce que l'opinion interrogée hier considère que cette sanction est majoritairement normale.
01:00Elle considère qu'au vu des faits reprochés, il n'y a pas, j'allais dire, de déni de justice.
01:05Et même la règle de l'exécution provisoire est considérée comme juste pour deux tiers des Français.
01:11Non, ce qui est plus surprenant, parce qu'on l'avait un peu oublié, c'est que finalement ces résultats restent assez clivés politiquement.
01:17On a vu tout à l'heure un 57-42, 57-42, on s'en souvient, alors c'est le hasard de la statistique, mais c'est le résultat du second tour d'élection présidentielle.
01:25On a raison de rappeler que le RN a fait 11 millions puis 13 millions des voix, mais il faut aussi rappeler qu'il y a aujourd'hui dans les scrutins en France
01:34près de 6 Français sur 10 qui ont toujours voté en grande partie contre le Rassemblement national.
01:39Et donc les Français ne sont pas choqués par la décision sur le plan de la justice et ils expliquent aussi une prise de position politique à l'égard de cette décision.
01:47Alors évidemment cette décision rebat un certain nombre de cartes de la vie politique française.
01:52Neyla, est-ce que d'une certaine façon on peut dire ce matin que la présidentielle de 2027 vient de commencer ?
01:58Je ne dirais pas forcément en ces termes, mais en tout cas dans la campagne que certains tentaient déjà de mettre sur les rails,
02:04on est sur un fait majeur de campagne présidentielle puisque ce que l'on entendait depuis 2022 de la part de l'intégralité de ceux qui aimeraient se présenter à l'élection,
02:16c'est est-ce qu'on pourra battre Marine Le Pen ? Ce n'était pas est-ce qu'on pourra battre le Rassemblement national, mais bien est-ce qu'on pourra battre Marine Le Pen ?
02:24Si Marine Le Pen est hors-jeu, de fait, ça veut dire que le champ est beaucoup plus ouvert.
02:30C'est-à-dire que ceux qui s'interrogeaient sur la candidature en disant oui mais je ne suis pas sûr d'aller au second tour, c'est compliqué,
02:37parce qu'il y avait cette idée que forcément il n'y avait qu'un ticket qualificateur pour le second tour, l'autre étant réservé à Marine Le Pen,
02:45maintenant peuvent se dire qu'ils ont peut-être un peu plus de chance ou en tout cas qu'ils peuvent un peu plus tenter quelque chose.
02:51De fait, la question d'un successeur potentiel à désigner pour Marine Le Pen fait aussi que cette présidentielle sera un peu plus ouverte.
02:59On parle beaucoup de Jordan Bardella, en interne il ne fait pas l'unanimité au Rassemblement national.
03:05Mais dans le sondage élab de ce matin, Bernard, 67% des Français jugent que Jordan Bardella a autant voire plus de chance que Marine Le Pen de faire gagner son parti
03:15et c'est même 81% d'électeurs du RN qui le pensent.
03:18Oui, d'abord une chose qu'il faut rappeler, dans le jugement sur la décision elle-même, les électeurs du RN font bloc.
03:22Il n'y a pas de trouble dans cet électorat qui considère, lui, que c'est une décision politique.
03:27D'ailleurs on voit bien que cet argument de la décision politique, il mordra un tout petit peu sur les électeurs de droite,
03:31qui ont sans doute en souvenir aussi la campagne de François Fillon, voire les décisions de la semaine dernière sur Nicolas Sarkozy,
03:37et ça peut aussi mobiliser l'abstentionnisme.
03:39Pour répondre à votre question très directement, à force de parler d'un ticket, finalement c'est installé chez ces électeurs et dans une partie de l'opinion publique,
03:46l'idée que ce ticket pouvait être demain une alternative.
03:49Et quand on se retrouve dans la situation de ce matin, alors j'allais dire à chaud évidemment, on n'est pas en campagne,
03:54Jordan Bardella n'est pas candidat, il n'est pas désigné, et hier soir Marine Le Pen a plutôt fermé la porte,
04:00peut-être pas à double tour, mais en tout cas elle l'a fermée assez nettement.
04:03On voit bien que l'électorat RN considère d'abord qu'il va gagner, qu'il peut gagner,
04:08que finalement il était à 42% second tour la dernière fois et que cette fois-ci, en quelque sorte, c'est son tour,
04:13quel que soit le candidat, il fait bloc derrière son parti en se disant, il y a une vie après Marine Le Pen,
04:19même si Marine Le Pen n'était pas leur candidate.
04:21Alors on peut faire un peu de spéculation, quand vous parlez de ticket, c'est un potentiel,
04:25Jordan Bardella président qui prendrait Marine Le Pen comme première ministre ?
04:29Oui, elle a refusé ce schéma hier soir de façon assez claire, le ticket n'était pas dans ce sens-là,
04:36le ticket c'était Marine Le Pen candidat à la présidentielle.
04:40Mais quitte à faire perdre du temps au RN dans la perspective de la présidentielle,
04:44c'est dans deux ans, alors ça paraît loin et en même temps c'est quasiment demain.
04:47Les choses vont se décanter à l'intérieur du RN.
04:50D'abord, il faut rappeler qu'une décision d'inéligibilité qui empêche un candidat,
04:54le président en l'occurrence, ou en tout cas la figure majeure du mouvement,
04:57c'est arrivé au RN qui s'appelait à l'époque le Front National en 1998.
05:01Jean-Marie Le Pen n'avait pas pu se présenter aux européennes et derrière la scission avec Bruno Maigret,
05:05c'est opéré, c'est-à-dire que dans ces mouvements de recomposition interne,
05:08peuvent se jouer des guerres au couteau, aux fratricides,
05:12et entre le camp Bardella et le camp Le Pen, on peut voir déjà quelques fissures.
05:18Néila, quelle est la stratégie immédiate du RN ?
05:22La stratégie immédiate, c'est à défaut de pouvoir obtenir gain de cause auprès de la justice,
05:27de prendre un témoin à l'opinion publique, donc à travers cette mobilisation,
05:32j'ai entendu Laure Lavallette, il y a quelques instants sur votre panneau,
05:34dire que ce n'est pas une grande marche, ce n'est pas le Capitole,
05:36mais en tout cas c'est des distributions de tracts, de prospectus.
05:40Ce week-end, une campagne d'affichage pour montrer un soutien à Marine Le Pen.
05:46Hier, la réunion qui s'est tenue entre cadres a arrêté l'idée de continuer à expliquer aux Français
05:52cette décision de justice, une explication forcément qui est celle du RN,
05:56qui est celle d'un jugement politique, et espérer que, en prenant un témoin à l'opinion publique,
06:03cela amène la justice à hâter son calendrier et à audiencer rapidement le procès en appel,
06:08puisque c'est le seul espoir judiciaire à ce stade de Marine Le Pen,
06:14que le procès en appel soit audiencé, c'est-à-dire programmé rapidement,
06:18pour pouvoir éventuellement revenir ou mettre de côté cette inéligibilité avec exécution provisoire.
06:24Rapidement, ça veut dire quoi ?
06:26Chemin étroit et escarpé.
06:28Ça veut dire qu'il faudrait que ce soit programmé au printemps 2026,
06:32que la décision soit rendue à l'automne 2026, et surtout, la grande condition,
06:35c'est qu'elle soit condamnée à une moindre mesure, à moins de cinq ans d'inéligibilité,
06:39pour qu'elle ait en quelque sorte purgé ce qu'elle commence aujourd'hui.
06:42Mais chacun voudrait que la justice aille plus vite.
06:44Oui, mais alors c'est le parquet général qui décide de l'audiencement.
06:47Certes, il dépend du ministère de la Justice, mais il n'y a pas d'instruction privée,
06:50il n'y a pas d'instruction particulière, et s'il le faisait, ce serait vu comme une lecture politique.
06:53Donc, ils n'ont pas intérêt à le faire.
06:55C'est quoi l'enjeu politique pour la RN depuis plusieurs élections ?
06:59Ce n'est plus le premier tour.
07:01Le premier tour, il mobilise à fond son électorat.
07:03C'est le second tour.
07:04Donc, il doit à la fois rassurer, bien sûr, son cœur électoral,
07:06mais il doit continuer à élargir son socle.
07:08C'est sûr que cette décision peut l'empêcher d'élargir son socle sur des électeurs
07:12très attachés à l'État de droit, etc., qui pourraient se dire
07:14« Aujourd'hui, il y a une contestation de cette décision que nous ne voulons pas endosser. »
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