00:00Je m'appelle Nicolas Demorand et je suis un malade mental.
00:04Vous vous êtes bipolaire de type 2. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ?
00:08C'est un type de bipolarité qui est marqué par la place plus grande de la dépression
00:16par rapport aux phases maniaques. Un jour, paf ! La lumière s'éteint.
00:22C'est la phase down qui commence. Vous ne savez pas pourquoi.
00:25Il n'y a pas eu d'explication. Vous n'avez pas eu une galère au boulot.
00:29Vous ne vous êtes engueulé avec personne. Il n'y a pas de raison. La lumière s'éteint.
00:34Et ça peut durer, à partir de ce moment-là, 24 heures, 48 heures, 3 jours, 1 semaine, 10 jours, 1 mois.
00:43Ça peut durer très longtemps. La phase maniaque est beaucoup plus courte.
00:48Pour vous donner un exemple, vous ne dormez pas, mais vous n'êtes pas fatigué.
00:54Votre esprit fonctionne à 1000 km heure. Vous pouvez avoir des projets.
00:59Vous avez l'impression que vous pouvez régler tous les problèmes.
01:03C'est un fonctionnement du cerveau qui est extrêmement troublant parce que vous êtes,
01:09par exemple, objectivement fatigué parce que vous ne dormez pas,
01:14mais votre cerveau, comme si c'était du charbon noir à l'intérieur,
01:21votre cerveau est brûlant. Vous avez l'impression de brûler.
01:25Et donc, cette énergie qui est malsaine et qui finit, en général, par une phase dépressive.
01:34Et c'est reparti. Je prends beaucoup de médicaments. Ce sont des traitements assez lourds.
01:39Je n'ai pas compté le nombre de pilules par jour, mais il y en a quand même un sacré nombre.
01:46Je gère ma petite pharmacie à la maison pour essayer d'être stable.
01:51L'objectif, c'est la stabilisation de l'humeur.
01:55Vous êtes une personne connue. Vous avez un poste à responsabilité.
01:58Vous êtes chef d'équipe. Vous êtes à l'antenne.
02:02Comment est-ce qu'on arrive à gérer ça ? Comment est-ce qu'on fait ça avec les maladies mentales ?
02:07Déjà, je suis bien traité. Je suis bien soigné. Je suis stable l'essentiel du temps.
02:15Et puis, il y a un autre facteur de stabilisation très puissant qui est la radio en elle-même.
02:21La radio m'a permis, à de nombreux moments de ma vie, de ne pas m'effondrer.
02:27Et ça, c'est un message très important que je voudrais donner à ceux qui souffrent de bipolarité
02:35ou à des proches de gens souffrant de bipolarité.
02:41On peut travailler. On peut occuper des postes à responsabilité.
02:46Le travail est une bouée de secours à certains moments.
02:51Et il n'y a aucune contradiction entre prendre des médicaments, être bipolaire et aller au boulot.
02:58Vous dites vous-même malade mental. Malade mental, c'est l'équivalent de fou dans l'inconscient des gens.
03:02Il faut aussi, et c'était le sens également de ce livre, casser ces clichés-là.
03:10Une bonne fois pour toutes, j'espère. Vraiment, j'espère.
03:15Parce que considérer un hôpital psychiatrique comme un asile de fous, ça empêche les gens d'y aller pour se soigner.
03:25Et ça, c'est catastrophique. Ce sont des espaces de soins. Le care, comme on dit.
03:32On vous soigne. On prend soin de vous.
03:35Et ça fait un bien fou quand vous entrez là-dedans fracassé de douleurs et de souffrances.
03:42Ce que vous racontez beaucoup dans le livre aussi, c'est la honte.
03:45Quand on est atteint de ce genre de maladie, c'est le tabou qu'il y a autour de tout ça.
03:49Qu'est-ce qui vous a permis, quel a été le déclic ou les déclics qui vous ont permis, vous, de lever ce tabou-là et de vous dire, allez, ça y est, j'en parle.
03:55C'est Léa Salamé qui présente la matinale d'Inter avec moi et qui est une très grande amie et qui était l'une des rares à savoir et à tout savoir.
04:14Un jour que j'étais au fond du trou, je lui ai parlé de mes médicaments, de mes traitements qui me semblaient échouer.
04:24Et elle m'a dit, et l'écriture comme traitement, est-ce que tu as déjà essayé ?
04:30Et cette phrase-là m'a sidéré parce que moi j'étais au fond du trou et de la honte.
04:39Et l'idée de rendre ça public était impensable, impensable.
04:44Mais c'est une idée qui a fait son chemin.
04:47Pour le dire simplement, elle m'a ramené à la vie, Léa, voilà.
04:50Ah ouais, c'est fort quand même.
04:52Oui, mais c'est vrai, elle m'a ramené à la vie parce qu'elle m'a permis de me décaler par rapport à moi-même.
04:59Elle m'a permis de sortir du silence, elle m'a permis de sortir de la honte et de trouver le courage dont je pensais être dépourvu, en fait, pour l'éternité.
05:16Pourquoi est-ce qu'on a honte quand on est malade mental, finalement ?
05:19Parce qu'on ne vous croit pas, fondamentalement.
05:23Vous passez pour un malade imaginaire.
05:26C'est la théorie du coup de pied au cul.
05:29Allez, mettons un bon coup de pied au cul et ça ira mieux.
05:32Et vas-y, sors, va faire un tour et ça ira mieux.
05:35C'est l'idée que c'est une faiblesse, si tu es malade mental, si tu es déprimé, si tu es sur ton canapé,
05:46c'est que tu es vraiment un flémar ou une flémarde.
05:50Vous parlez d'un droit à la banalité.
05:53Qu'est-ce que vous entendez par là ?
05:55Que vous puissiez dire à votre consoeur ou confrère ici dans le bureau, je suis dépressif chronique,
06:06que je puisse dire moi à la radio, je souffre de bipolarité.
06:11Alors ça fait 8 ans que j'ai été diagnostiqué, mais en fait ça doit faire sans doute 20 que c'est là sans diagnostic.
06:22Que je puisse dire, je ne peux plus avancer, je ne peux plus avancer.
06:30Comme vous le diriez pour la grippe ou le Covid.
06:35Ou si vous vous pétez une jambe, on comprend que vous restez en télétravail.
06:41C'est ça la banalité pour moi, juste ça.
06:44La couverture c'est du orange et du noir, est-ce que c'est l'idée d'opposer la lumière et l'obscurité ?
06:50C'est une couverture absolument magnifique qui donne une idée de ce qu'est ma vie.
06:57On voit la proportion noire, enfin de gris, de ce gris anthracite sombre.
07:03Voilà, ça c'est une importante partie de ma vie.
07:09Et il y a cet orange très vif qui fait le titre et qui est sur la couverture.
07:17Le message important c'est que oui on est malade, oui on peut traverser des phases dépressives
07:23et certaines sont vraiment dures, dures, dures.
07:27Mais il y a des éclats de lumière, il y a des éclats de couleurs quand même à certains moments.
07:32Et ceux-là il faut les capter.
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