00:00Pour moi, la couture, c'est un truc essentiel que tous les enfants devraient apprendre au départ,
00:04de savoir réparer, la notion de réparer.
00:06Aujourd'hui, on achète, on jette, on dépose dans un bac à recycler,
00:10si on a une conscience un tout petit peu éthique.
00:12Mais je pense que c'est hyper important aujourd'hui, déjà, d'éduquer son consommateur en lui disant
00:18« si tu achètes quelque chose, essaie de l'acheter consciemment en sachant d'où est-ce que ça vient,
00:23comment c'est produit, est-ce qu'on respecte des normes sociales ? »
00:28Tu vois, quand tu fabriques en France, tu sais très bien que derrière, il va y avoir une charte éthique
00:33et tu sais très bien que la personne qui travaille derrière ça va être payée dans de bonnes conditions,
00:38va travailler dans de bonnes conditions.
00:40Donc, c'est tout l'aspect du « made in France ».
00:42Un grand bout de tissu, des bananes, le sac, mini-kabap, les tartes en pion.
00:46Moi, je me suis lancée pendant le Covid.
00:47J'avais mon job qui s'est arrêté un peu subitement.
00:50J'ai appris la couture avec la machine à coupe de ma grand-mère sur YouTube.
00:54Donc, vraiment, je suis partie de rien du tout avec les rideaux de mon salon,
00:58les chutes de tissu que ma grand-mère avait et notamment la toile de jouy.
01:01Et donc, après ça, j'ai lancé ma marque tout bêtement.
01:03J'ai commencé à confectionner tout moi-même.
01:05Et nous, en fait, notre spécificité, c'est de travailler déjà des produits « made in France »
01:09et notamment une partie de nos pièces est confectionnée avec les chutes de tissu de nos cabas.
01:14Ce qu'on récupère, c'est ça à la fin des cabas.
01:17Et on va faire un petit peu le tri.
01:19Enfin, c'est moi qui fais le tri de toutes ces chutes-là et je me regarde ce que je peux en faire.
01:23Donc, par exemple, ça, tu vois, ça va être destiné à faire un chouchou.
01:26Donc, ça, c'est le produit fini.
01:27Ça, c'est le produit que tu as au début.
01:29Donc, au début, on travaillait avec des ateliers.
01:31Ça s'est très bien passé, mais on s'est juste rendu compte que c'était encore plus humain,
01:34tu vois, de travailler en direct avec les personnes.
01:36Il y a un réel vivier de couturière aujourd'hui en France.
01:38Donc, on travaille avec ces femmes qui travaillent depuis chez elles
01:42et qui, pour la plupart, sont retraitées, qui étaient des anciennes couturières professionnelles.
01:46Je leur dis, ben voilà, aujourd'hui, j'ai besoin de 10 bananes.
01:48Est-ce que tu pourrais m'en envoyer ?
01:50Et au nom... Enfin, moi, je les paye à la pièce après, par la suite.
01:53Est-ce que ça te coûterait moins cher de faire ça beaucoup plus loin ?
01:56Bien sûr. Bien sûr que ça me coûterait moins cher de faire ça beaucoup plus loin.
02:00Évidemment, fabriquer en France, c'est un coût qui est beaucoup plus onéreux.
02:03Je te donne un exemple.
02:04C'est l'arrière-moyen d'une couturière.
02:05Ici, c'est entre 1 500 et 2 000 euros en France.
02:08En Portugal, il est de 755 euros, ce qui correspond en fait au SMIC.
02:12Et puis, plus tu vas en Turquie, plus tu vas en Chine et moins c'est cher.
02:16Donc, évidemment que ton coût, il est divisé par 3, par 4 ou alors par 10.
02:19Mais je pense que c'est hyper important aujourd'hui
02:23de réinjecter tout ce savoir-faire en France,
02:25de recréer cette dynamique de couture.
02:27Moi, j'ai des marges qui sont très réduites
02:28parce que mon but, c'est surtout de proposer un produit qui va être relativement accessible.
02:33Aujourd'hui, nous, nos cabailles coûtent 109 euros.
02:35Qui est prêt à mettre 109 euros dans un cabaille ?
02:38Alors, nous, notre plus gros marché, c'est un marché français très parisien.
02:42Mais maintenant, on a aussi beaucoup...
02:44On s'ouvre à l'international et on a beaucoup de clients américains et japonais.
02:48Le Made in France, aujourd'hui, c'est un réel gage de qualité pour la clientèle étrangère.
02:52On a été suffisamment bons pour marquer au fer rouge qu'on était bons en couture,
02:56notamment aussi avec les grandes maisons de luxe.
02:58Et donc, évidemment, ça les intéresse beaucoup quand c'est fabriqué en France.
03:01Après le Covid, il y a eu un réel intérêt auprès du Made in France.
03:06Ça, c'est certain.
03:07Les gens avaient du pouvoir d'achat.
03:09Les gens avaient réellement envie d'acheter et d'être un peu plus conscients sur son achat.
03:14Là, on arrive dans une autre période.
03:16On arrive dans une année de forte inflation.
03:18Et en effet, acheter du français, c'est un tout petit peu plus difficile qu'avant.
03:23Il y aura toujours des clients pour acheter du français.
03:27En revanche, ils en achèteront moins.
03:28Ils en achèteront un produit par an au lieu de cinq, comme tu vois, juste en sortant du Covid.
03:32Est-ce que l'inflation t'impacte ?
03:34Bien sûr qu'elle m'impacte.
03:35Elle m'impacte énormément sur, déjà, le prix du coton.
03:39Tous nos produits sont fabriqués en coton.
03:40Donc, on est directement impacté avec la toile qu'on utilise.
03:45On est directement impacté aussi sur le prix de l'électricité, sur le prix du transport.
03:51Donc, on essaie de trouver des alternatives, évidemment.
03:53Et puis, notre rôle, avant tout, c'est d'éduquer le consommateur à acheter le français.
03:56Pourquoi c'est bien d'acheter le français ?
03:58Pourquoi il y a beaucoup plus d'intérêt ?
04:00Tout simplement parce que ton produit va rester beaucoup plus longtemps.
04:03Tu sais ce qui se cache derrière.
04:04Je peux même te dire aujourd'hui le nom des couturières qui travaillent derrière chaque produit.
04:07Quand on se lance dans cette aventure et qu'on arrive à une période d'inflation respectée à toi-même,
04:12t'arrives à vivre ce que tu fais ?
04:15Oui, j'en vis, mais je suis chez mes parents.
04:18Mais on n'a pas le choix, en fait.
04:19Choisir, c'est aussi renoncer.
04:20Lancer sa boîte, c'est incroyable.
04:22Moi, je m'autofinance.
04:24Donc, tout ce que je gagne, je le réinjecte dans ma boîte.
04:26J'ai commencé à me lancer avec seulement 100 euros
04:29en achetant simplement deux bouts de tissu et deux bobines de fil.
04:34Et ces 100 euros, on fait des petits bébés.
04:36Et aujourd'hui, oui, j'en vis, mais en restant chez mes parents.
04:41J'ai de la chance d'avoir mes parents pour ça aussi, évidemment.
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