00:00Moi, j'ai l'impression que depuis que je travaille,
00:02la crise est en fond, en paysage de ce qu'on vit.
00:05Je me suis dit, cette fois, il faut que j'aille voir.
00:07Et c'est vrai que, comme reporter, on a l'habitude de travailler,
00:10j'allais dire, à hauteur d'homme.
00:11Et je voulais voir la crise là où, me semblait-il, la vague frappait les gens.
00:31Quand on fait du reportage,
00:33la chose la plus importante, c'est de ne pas tricher,
00:37de ne pas vous composer un personnage,
00:39de ne pas vous habiller comme vous ne vous habillez pas.
00:41Si vous êtes en représentation, dans un rôle, dans un truc,
00:44tout le monde le sait.
01:01Elle me disait, j'ai été élevée toute petite,
01:03elle me disait, voilà, de toute façon, c'est ton mari qui fera le ménage,
01:05les femmes ne feront pas le ménage, tout ça, c'est fini, etc.
01:31J'étais pas du tout préparée à aller là.
01:34Vous savez, souvent, la vie, elle est faite de hasard.
01:36Et je travaillais aux informations générales,
01:38donc procès, fait d'hiver, etc.
01:40Et on m'a dit, voilà, c'est le mois de juillet,
01:42tout le monde est en vacances,
01:43il faut quelqu'un pour aller au Rwanda.
01:45Et j'étais la seule dans la pièce, on m'a dit, c'est toi.
01:47Et je me suis retrouvée là-bas,
01:49et c'est vrai que là, vous vous êtes confrontée à quelque chose,
01:52une chose à laquelle vous n'êtes absolument pas habituée,
01:54vous vous êtes plongée dans un univers qui n'est...
01:57absolument pas habituée,
01:58vous vous êtes plongée dans un univers qui n'est pas le vôtre.
02:01Et c'est vrai que ça a aussi donné lieu à une passion maintenant.
02:23Dans une situation d'enfermement,
02:25vous êtes entre les mains de quelqu'un,
02:27d'un groupe de gens,
02:28qui font de vous ce qu'ils veulent.
02:29Donc la prise d'otage, c'est vraiment ça,
02:31c'est-à-dire que vous ne décidez de rien,
02:32vous ne décidez pas du moment où vous allez manger,
02:35vivre, mourir.
02:53Comment je me sens ?
02:55Nettement mieux.
02:58Là, je ne sais pas pourquoi, je me sens...
03:01bien, là, oui.
03:13J'ai écrit dans Libération,
03:14je travaillais à Libération à l'époque,
03:15bien plus long dans le journal
03:17que je n'ai écrit dans ce livre.
03:19Tout ce que je voulais écrire sur l'affaire,
03:20je l'avais écrit avant.
03:21Donc qu'est-ce qu'il reste ?
03:22Il reste de le raconter autrement.
03:24Ce que j'ai écrit était
03:25comment cette affaire s'est détricotée,
03:27comment d'une affaire où on a 17 personnes dans un box,
03:31on arrive à 4 personnes dans le box,
03:33et comment les autres s'en sortent.
03:34Et ce que j'ai voulu faire en écrivant un livre,
03:36c'est comment l'affaire s'est montée,
03:38à l'envers de ce que j'avais fait dans le journal.
03:47Il y a un espèce de côté qui, moi, m'enthousiasmait,
03:49je dois dire,
03:50qui était de dire,
03:51je vais m'inventer un passé,
03:53quelque chose d'enfantin qui m'a enchantée.
03:56Et donc, j'avais vraiment potassé le dossier.
03:58Je m'étais créé un mari, moi,
04:00qui n'a jamais été marié,
04:02il était garagiste,
04:03je trouve ça hyper sexy les garagistes,
04:04je vous l'ai dit tout net.
04:05On avait un chien,
04:07le chien avait un nom,
04:08on avait un pavillon,
04:09je pouvais le dessiner,
04:10j'avais vraiment fait quelque chose.
04:11Je disais,
04:12mais vous savez,
04:13j'ai habité à tel endroit,
04:14je m'apprêtais à lancer le garagiste,
04:15le chien, le pavillon, etc.
04:17Et en fait,
04:18personne ne me l'a jamais demandé.
04:22C'est ça, c'est ça.
04:53Vous avez été accro à cette histoire.
04:55Exactement.
04:56Addict ?
04:57Addict.
04:58Mais c'est littéralement ça.
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