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  • il y a 10 mois
Le 13 novembre 2015, il a vu l'horreur en face. Christophe Molmy dirigeait la Brigade de Recherche et d'Intervention (BRI) lors de l'attentat du Bataclan. L'assaut face aux terroristes, voilà comment il l'a vécu.

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Transcription
00:00Ce qui marque, c'est la vision qu'on a de la fosse, en fait.
00:03Ils sont tous couchés, ils n'osent plus bouger parce que pendant un long moment,
00:07à bien avant que la Bac-Nuit arrive, dès qu'ils bougeaient, qu'ils essayaient de s'enfuir
00:11ou que même leur téléphone sonnait, ils se faisaient tirer dessus par les balcons,
00:15depuis les balcons, donc ils n'osaient plus bouger.
00:30Le 13 novembre, en fait, c'était un vendredi et ça venait au bout d'une longue semaine
00:36parce qu'en particulier, on avait travaillé sur une affaire d'enlèvement avec demande
00:39de rançon d'un entrepreneur, il me semble me rappeler, et on avait eu plusieurs remises
00:45de rançon reportées, on avait fini ça le jeudi, je crois, et donc le vendredi, tout
00:50le monde était bien fatigué à la maison, en famille.
00:52On nous a dit, allez rue de Sharon parce qu'il y a probablement un terroriste qui
00:55s'est caché dans un immeuble, qui est retranché.
00:59Il faut aller là-bas, donc on a commencé à prendre la direction de la rue de Sharon
01:02avec la première équipe, et mon directeur m'a rappelé en me disant, non, tu vas au
01:06Bataclan, c'est au Bataclan que ça se passe, donc on s'est redirigé vers le Bataclan.
01:10On passe la première porte, on est à l'orée de la salle, et ce qui marque, c'est la
01:34vision qu'on a de la fosse en fait, on a eu un silence assez pesant d'ailleurs, on
01:39a parlé de téléphones qui sonnaient dans tous les sens, à ce moment-là, c'est pas
01:41vrai, on n'a pas de bruit, on n'entend rien.
01:43Ils sont tous couchés, ils n'osent plus bouger parce que pendant un long moment, à
01:48bien avant que la Bac-Nuit arrive, dès qu'ils bougaient, qu'ils essaient de s'enfuir ou
01:51que même leur téléphone sonnait, ils se faisaient tirer dessus par les balcons, depuis
01:55les balcons, donc ils n'osaient plus bouger.
01:57Et puis je pense que les otages eux-mêmes voient des boulets, des gars habillés en
02:01noir avec des fusils d'assaut, des cagoules, c'est pas forcément rassurant à ce moment-là.
02:09La progression est ralentie parce qu'à chaque fois qu'on passe à côté d'un placard
02:19électrique, on a des gens cachés dedans, on a vu des gens descendre des faux plafonds,
02:23dans les toilettes, ils étaient massés à 4-5, donc il fallait à chaque fois les rassurer
02:28et ça nous a amené jusqu'à 23h15 quand on a buté sur la porte derrière laquelle
02:31étaient les terroristes.
02:32En fait d'abord on fait face à une porte fermée et lorsque le premier de colonne va
02:37pour l'ouvrir, il entend hurler derrière.
02:39Alors on comprendra après que c'est un des otages qui hurle à la demande des terroristes
02:44et qui demande aux collègues qui sont devant de ne pas continuer à avancer, de ne pas
02:49ouvrir la porte, c'est ce qu'il fait, et puis ensuite il n'y a pas de sens de partir,
02:53évidemment on ne peut pas partir.
02:54Et très rapidement, cet otage nous informe qu'il y a une douzaine, une quinzaine à
03:00l'intérieur, que deux terroristes et menaces de Kalachnikov et de gilets explosifs ne revendiquent
03:07pas grand-chose, ils veulent juste qu'on s'en aille, ça c'est la première prise de contact.
03:22Oui, quand je vois Mini 18, ça me revient tout le temps, c'est surtout un assaut qui
03:27était éminemment compliqué, parce que quand la porte s'est ouverte, on s'est retrouvé
03:31avec les otages au milieu et les terroristes derrière.
03:33Fort heureusement, les otages ont eu la présence d'esprit de se coucher, donc le premier terroriste
03:39a vidé deux chargeurs, dont un complet s'est retrouvé dans le bouclier, le ramsès qu'on
03:46appelle, c'est un bouclier très haut qui couvre en longueur et en largeur le fonctionnaire
03:51qui le pousse.
03:52Le bouclier a encaissé, on a avancé, et à chaque fois que le bouclier dépassait
03:57un otage qui était par terre, en le soulevant comme il pouvait ou en le tournant, l'otage
04:01était tiré, il y avait une sorte de chenille où chacun tirait celui qui lui arrivait devant,
04:06et la deuxième colonne, puisqu'on avait une colonne de secours qui était derrière,
04:09les prenait en charge et les exfiltrait.
04:10Donc on a pu progresser comme ça jusqu'à une loge qui était presque au bout, au deux
04:17tiers du couloir, et dans cette loge d'ailleurs, il y avait encore autant d'otages que les
04:23terroristes ne connaissaient pas, parce qu'ils ne savaient pas qu'ils étaient là, la porte
04:25était fermée, ils ne faisaient pas de bruit, donc on en a découvert encore une petite
04:30quinzaine, on les a fait sortir aussi, et à un moment les gars devant ont eu le sentiment
04:35que tous les otages étaient sortis, ce qui n'était pas tout à fait vrai, on en avait
04:37deux qui étaient par terre, et un qui était tout au bout avec les terroristes.
04:41Là le bouclier est tombé parce qu'il y avait une petite marche qu'on n'avait pas anticipée,
04:45on ne connaissait pas bien les lieux, et le bouclier étant très lourd il a buté sur
04:49une marche, il a échappé des mains du collègue qui commençait à fatiguer, qui s'est retrouvé
04:53à nu, sans bouclier, et qui pourtant a continué, les gars n'ont pas reculé, et donc en arrivant
04:58au bout, presque au bout, il voit venir une ombre vers lui avec une arme, donc il comprend
05:02que c'est un des terroristes, il lui tire dessus, avant que le terroriste tire, parce
05:07qu'avec le Kalachnikov il aurait fait vraiment des dégâts, il le blesse, le terroriste
05:12recule, retourne dans sa niche, tombe et se fait sauter alors qu'il est sur le dos, et
05:20là aussi on a de la chance, parce que s'il était venu vers nous en se faisant sauter,
05:23le blast, c'est à dire le souffle, et tous les éclats qui étaient dans le TATP parce
05:27qu'ils avaient pris le soin de mettre des billes, des vis, des écrous dedans, tout
05:31serait parti, ce charpenel, c'est comme des balles, ça aurait touché tout le devant
05:35de la colonne, donc il se fait sauter au bout, ça part vers le plafond et vers le sol, là
05:42le deuxième terroriste en fait est blasté, donc il est projeté contre le mur, il glisse
05:49dos au mur, il se retrouve un peu assis, groggy, et on découvre plus tard que d'ailleurs
05:53il y a un des otages, le pauvre, il est en plein milieu, donc le deuxième terroriste
05:59cherche son détonateur au moment où le reste de la colonne arrive sur lui, donc il le voit
06:03et avant qu'il se fasse sauter, il le neutralise.
06:05Et quand tout retombe, on prend la pleine mesure de cette salle avec 90 morts, c'est
06:11inimaginable.
06:12Ce qui me restera de tout ça, c'est le travail de résilience qu'il faut faire, on se découvre
06:17quelque chose, il faut vivre avec, vous avez un premier stade de culpabilité, vous
06:26posez beaucoup de questions, et puis ensuite il faut se reconstruire, il faut être bien
06:31entouré, mais je pense que c'est une expérience qu'on n'a pas lorsque l'on ne connait
06:36pas les victimes, qu'on prend de la distance avec les otages, dès lors qu'on est touché
06:41intimement, c'est complètement différent.
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