00:00Ce qu'il faut comprendre, c'est que les États ne sont pas comme des pères de famille et on n'a pas besoin de gérer son budget de l'État comme un bon père de famille,
00:13c'est-à-dire en faisant bien attention de ne pas emprunter plus que ses possibilités de revenus dans le futur.
00:19Les États peuvent emprunter aujourd'hui à taux zéro, donc le service de la dette lui-même ne coûte rien.
00:27C'était vrai avant la crise du Covid et c'est toujours vrai aujourd'hui.
00:37Si on a un pays comme l'Allemagne ou la France, on peut laisser monter la dette de l'État sans s'inquiéter du fait qu'un jour il faudra la rembourser et donc on prend une hypothèque sur l'avenir.
00:47Ce n'est pas du tout le cas pour des pays comme la France et l'Allemagne qui, dans l'ensemble, font preuve de trop de discipline fiscale plutôt que de ne pas assez.
00:57Pourquoi ils n'empruntent pas une somme infinie ? Parce que quand ils empruntent une somme infinie, ils l'empruntent auprès de qui ?
01:04Ils l'empruntent auprès de leurs créditeurs dans le pays et auprès de créditeurs internationaux.
01:09S'ils essayent d'emprunter une somme vraiment infinie, les créditeurs vont se dire « Ah, mais on ne récupérera jamais cet argent donc cette dette ne vaut rien ».
01:18Mais si je garde ma dette dans des proportions raisonnables vis-à-vis du PIB, ce qui est tout à fait le cas de ce qui est proposé aujourd'hui par Merkel et Macron,
01:28les créditeurs, que ce soit les créditeurs domestiques ou les créditeurs internationaux, savent qu'un jour, que le jour où ils ont besoin de récupérer cet argent qu'ils ont prêté à l'État, ils le peuvent.
01:41Et tant que vous savez que vous pouvez récupérer cet argent dans le futur si vous voulez, c'est un investissement qui est très, très sûr, l'investissement dans la dette des États.
01:51C'est l'investissement le plus sûr qu'on trouve sur les marchés.
01:54Quand les marchés vont mal, les gens vendent leurs actions ou vendent leurs dettes d'entreprise pour acheter de la dette de l'État, justement parce qu'ils savent que c'est un investissement très, très sûr.
02:04De ce fait, personne ne veut jamais être remboursé.
02:08De ce fait, on peut accumuler des dettes de l'État pendant des durées très, très, très longues, s'approchant en fait de l'infini.
02:17Le plus simple, c'est de se dire que c'est de l'argent gratuit.
02:20Pourquoi c'est de l'argent gratuit ?
02:21C'est de l'argent gratuit parce que les États, au contraire des individus, peuvent aujourd'hui emprunter à un taux très, très faible.
02:29Surtout la communauté européenne ou des pays comme l'Allemagne ou la France qui ont un excellent crédit international.
02:37Les taux d'intérêt sont essentiellement zéro.
02:42Donc, vous pouvez emprunter à un taux très, très faible.
02:46Après, vous vous dites, oui, mais un jour, il faudra bien rembourser.
02:49Mais le petit secret, c'est qu'en réalité, non, il ne faudra jamais rembourser parce que l'Allemagne ou la France ne va pas perdre son standing sur le marché du crédit.
03:00Donc, les créditeurs futurs, que ce soit les gens du pays ou que ce soit les pays étrangers, savent bien que les pays rembourseront dans le futur.
03:10Donc, tant qu'on est sûr que les pays rembourseront dans le futur, en fait, on n'a jamais vraiment besoin de rembourser parce que les gens sont contents de maintenir la dette.
03:18Donc, la réalité, c'est qu'aujourd'hui, le plus simple, c'est de consulter à cet argent essentiellement comme de l'argent magique ou de l'argent gratuit.
03:25Et l'erreur qui a été faite en 2008, sous l'impulsion allemande en particulier, c'était de se dire trop vite, ouh là là, il faut revenir à la discipline fiscale et du coup, de resserrer les écrous trop vite.
03:37Et là, je pense qu'au moins, ce qu'on a appris en 2008, c'est qu'il ne fallait pas faire ça, qu'il fallait continuer à faire de la relance et, en particulier, dépenser cet argent le mieux possible vers les ménages les plus pauvres pour maintenir leur pouvoir d'achat.
03:54À nouveau, pour des raisons à la fois morales et d'efficacité économique.
03:58La crise de 2008 ou la crise de 1929, à laquelle celle-ci est comparée aussi de temps en temps, étaient des crises qui venaient d'un effondrement du château de cartes lui-même.
04:10C'est-à-dire, elles émergeaient dans un effondrement du système financier et du système de crédit qui était dû à des dysfonctionnements profonds du dit système de crédit.
04:21Aujourd'hui, la crise a été causée par quelque chose d'exogène, qui n'a pas à voir avec le fonctionnement interne.
04:31De ce point de vue-là, elle ressemble plus à un ouragan ou à une guerre, ou à la crise de la grippe soi-disant espagnole de 1918-1919.
04:47L'expérience sur ce type de crise, qui ne provient pas d'un dysfonctionnement intérieur fondamental, c'est que les retours peuvent être beaucoup plus rapides,
04:59parce qu'on n'a pas besoin de réparer les problèmes fondamentaux qui ont causé la crise.
05:04Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas de problèmes fondamentaux, mais ce n'est pas eux qui ont causé la crise.
05:07Donc, si on gère bien le court terme et qu'on met en place plus de redistributions dans le moyen terme,
05:17on peut sortir de la crise beaucoup plus rapidement que ça n'a été le cas pendant la Grande Dépression ou même la crise de 2012.
05:38C'est non seulement la responsabilité des économies les plus riches, mais leur intérêt bien compris, de venir en aide aujourd'hui aux économies les plus pauvres,
05:47pour aider à faire en sorte qu'il n'y ait pas un effet boule de neige sur cette crise, qu'elle ne devienne pas une catastrophe économique dans les pays pauvres.
05:57Pourquoi c'est un intérêt bien compris ?
05:59Parce que d'agir aujourd'hui, en fait, ça coûterait assez peu,
06:04puisqu'il s'agit vraiment de maintenir le niveau de vie de base de la population dans les pays les plus pauvres,
06:10en Afrique, en Inde, en Bangladesh, etc., pour éviter qu'on ait une espèce d'effet de levier,
06:18d'escalade de la crise économique qui passe d'une crise où on s'arrête de produire et de consommer pendant quelques mois,
06:24à une crise généralisée de demandes qui fait que même ceux qui ne sont pas touchés directement par le Covid deviennent touchés indirectement,
06:32parce qu'il n'y a plus personne pour acheter les choses qu'ils auraient voulu acheter.
06:35Donc pour ça, on sait assez bien comment éviter cet effet d'escalade et permettre une reprise rapide quand ce sera possible.
06:44Il faut soutenir le pouvoir d'achat des plus pauvres, que ce soit dans les pays riches ou dans les pays pauvres.
06:50Dans les pays riches, comme en France, on l'a fait en soutenant les salaires.
06:53Dans les pays pauvres, beaucoup de gens n'ont pas de salaire.
06:56Donc le seul moyen de soutenir le pouvoir d'achat des plus pauvres, c'est de leur donner un revenu garanti, des transferts.
07:02Et les États l'ont fait un petit peu.
07:04Certains États l'ont fait un petit peu.
07:06L'Inde a donné 1 000 roupies par personne au début de la crise.
07:09Mais ça pourrait être fait de manière beaucoup plus systématique, souvent très facilement, logistiquement,
07:16parce que par exemple, dans beaucoup de pays d'Afrique, il y a eu une généralisation de l'argent électronique dans les téléphones.
07:23Tout le monde a un porte-monnaie dans son téléphone.
07:26Donc les tuyaux sont là, c'est très facile d'envoyer de l'argent.
07:29C'est assez peu cher parce que les gens n'ont pas besoin de grand-chose.
07:31Et ça éviterait de transformer les problèmes qu'on a aujourd'hui en une véritable catastrophe.
07:38Donc c'est simple, c'est faisable.
07:41Moralement, je ne vois pas comment on ne peut pas dire que c'est la chose à faire absolument,
07:47qu'on ne peut pas laisser les gens mourir de faim pour se protéger nous-mêmes,
07:51puisqu'il y a assez peu de Covid dans les pays pauvres jusqu'à maintenant,
07:54mais qu'il y en aura si les mesures de lockdown, etc., ne sont pas gardées en place.
08:03Et s'il y a une escalation dans les pays pauvres, ça nous reviendra chez nous,
08:09puisque les gens voyagent, on ne peut pas l'éviter.
08:11Donc c'est un point de vue d'intérêt bien compris, de pouvoir continuer ces mesures dans les pays pauvres.
08:16Et aussi, les gens des pays pauvres sont aussi les gens qui produisent ce qu'on consomme chez nous
08:22et qui consomment ce qu'on produit chez nous,
08:25puisque les économies, même des pays pauvres, sont déjà intégrées avec les nôtres.
08:30Donc d'un point de vue aussi strictement économique, pour favoriser notre relance à nous,
08:35ne pas avoir une crise mondiale due à l'effondrement des économies dans les pays pauvres,
08:41paraît aussi tout à fait raisonnable.
08:42Donc pour toutes ces raisons, il me semble qu'il y aurait vraiment une justification
08:49très claire d'agir tout de suite pour les pays pauvres,
08:52à la fois d'effacer leurs dettes pour leur donner les marges budgétaires suffisantes,
08:58et en plus d'aller plus loin en les soutenant au moins pour les six mois à venir,
09:03pour qu'ils puissent offrir un revenu universel ultra basique garanti à leur population.
09:12Merci.
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