00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04C'était l'une de ses promesses de campagne.
00:06Donald Trump vient donc de rendre publique
00:08la totalité des archives du gouvernement
00:10relative à l'assassinat de John Kennedy.
00:12Plus de 60 000 pages.
00:14Bonsoir Quentin Darmon.
00:16Vous êtes journaliste à la rédaction de RTL.
00:18Vous avez longuement travaillé sur l'assassinat de John Kennedy.
00:20Rappelez-nous les faits.
00:22Nous sommes le 22 novembre 1963 à Dallas, au Texas.
00:25Le président Kennedy y entame sa campagne
00:27en vue de sa réélection à la Maison Blanche
00:29prévue l'année suivante.
00:31Il est 12h30 quand des détonations se font entendre
00:33au passage du cortège dans le centre-ville.
00:35Des coups de feu sont tirés.
00:37Le président est touché au dos
00:39avant de recevoir une balle en pleine tête.
00:41Une heure plus tard, les radios américaines
00:43annoncent la triste nouvelle au monde entier.
00:53À 13h50, un individu est arrêté
00:55dans un cinéma de la ville.
00:58Il nie les faits, mais les preuves s'accumulent.
01:00Il a été reconnu par un témoin
01:02et son propre fusil a été retrouvé
01:04dans l'immeuble d'où les tirs sont venus.
01:06Mais coup de théâtre.
01:08Deux jours plus tard, il est à son tour assassiné
01:10dans le parking du commissariat Dallas.
01:12Depuis, les théories du complot n'ont jamais cessé.
01:14Oswald faisait-il partie d'une grande conspiration ?
01:16Était-il une sorte de bouc émissaire ?
01:18À chaque fois, et grâce à de nombreuses enquêtes approfondies,
01:20le gouvernement américain y a toujours répondu
01:22non, l'assassin a agi seul,
01:24zéro complot,
01:26et les dernières archives,
01:28désormais publiques, ne devraient pas,
01:30selon les historiens, relancer ce mystère.
01:32Merci beaucoup de toutes ces précisions, Quentin Darmand.
01:34Bonsoir, Vincent Kivy.
01:36Merci de prendre la parole sur RTL.
01:38Vous êtes historien et auteur du livre
01:40« Qui n'a pas tué John Kennedy ? »
01:42aux éditions du Seuil.
01:44Vous avez pu consulter les archives, même partiellement.
01:46Qui trouve-t-on ?
01:48On trouve un peu ce qu'on trouve d'habitude.
01:50C'est quand on se plonge dans les archives
01:52sur l'assassinat de Kennedy.
01:54Il y a eu des milliers d'enquêtes
01:56qui ont eu lieu, après l'assassinat,
01:58sur des gens qui ont été
02:00plus ou moins suspectés d'avoir participé
02:02à l'assassinat.
02:04Vous avez des tas de fiches,
02:06de dossiers, sur des gens dont vous n'avez
02:08jamais entendu parler, dont je n'ai jamais entendu parler,
02:10mais qui ont, à un moment ou à un autre, été
02:12suspectés par leurs voisins,
02:14par leurs concierges,
02:16par leurs maîtresses,
02:18d'avoir plus ou moins rencontré
02:20George Gershwild,
02:22d'avoir plus ou moins participé à la conspiration.
02:24Vous êtes là, dans des fichiers,
02:26à n'en plus finir, des milliers et des milliers de gens
02:28qui ont fait l'objet
02:30d'une enquête de la part du FBI
02:32ou de la CIA,
02:34et de toutes les autorités américaines
02:36qui se sont penchées pendant des années et des années
02:38sur ce dossier.
02:40Qu'est-ce qu'on apprend avec ces nouveaux documents
02:42qu'on ne savait pas déjà, Vincent Kivy ?
02:44Pour l'instant,
02:46je ne sais pas, je ne peux pas vous dire
02:48ce que les 60 000 pages...
02:50J'ai l'impression que vous ne vouliez nous dire pas grand-chose.
02:52Non, pas grand-chose. Effectivement,
02:54peut-être à la marge des informations
02:56sur les services secrets ou sur des
02:58individus, mais qui ne seront pas forcément
03:00en lien avec l'affaire Kennedy
03:02parce qu'en fait, si vous voulez,
03:04il faut préciser que cette histoire de
03:06Trump, Trump n'a pas
03:08décidé de déclassifier
03:10ces documents. Ça date de
03:121992, c'est un vote du Congrès
03:14américain qui a décidé que dans les
03:1625 ans, c'est-à-dire de 1992 à 2017,
03:18tous les documents concernant
03:20les archives de l'assassinat
03:22de Kennedy allaient être rendus publics.
03:24Il se trouve qu'en 2017, la date est
03:26arrivée et qu'il restait encore quelques milliers
03:28de documents
03:30à déclassifier, mais
03:32il y avait déjà plus de 5 millions
03:34de pages à compulser
03:36dans cette affaire.
03:38Le fait est que déjà
03:40les documents
03:42ont été publiés et en plus,
03:44du coup, a été créée une organisation,
03:46une espèce de commission, si vous voulez, qui était chargée
03:48de faire ce travail et donc qui elle-même
03:50a déjà fouillé en fait tous ces documents
03:52et donc elle a laissé de côté
03:54ceux qui étaient les moins intéressants,
03:56qui étaient le moins en lien
03:58avec l'assassinat du président Kennedy.
04:00Donc on ne trouve effectivement que
04:02des dossiers de personnes qui n'ont rien à voir
04:04avec l'affaire ou éventuellement,
04:06et c'est là, c'est ce qu'ont mis
04:08les complotistes,
04:10les documents que
04:12la CIA ou que les autorités américaines
04:14n'ont pas voulu, en dernier recours,
04:16rendre public. Donc on fantasme
04:18beaucoup sur ces derniers documents
04:20qui ont connu
04:22un réticence des autorités, mais en réalité
04:24il s'agit surtout, semble-t-il,
04:26de documents qui ont trait
04:28à la défense américaine,
04:30à des secrets
04:32de guerre en quelque sorte et qui n'ont pas du tout
04:34de lien avec l'assassinat
04:36du président Kennedy.
04:38Il est clair que ce n'est pas la CIA qui a fait le coup,
04:40si vous m'autorisez de l'exprimer comme ça,
04:42comme le croient de nombreux complotistes d'ailleurs.
04:44Peut-être de bonne foi, c'est ce que j'avais envie de vous dire,
04:46il y a peut-être beaucoup de gens qui sincèrement
04:48pensent que, voilà,
04:50on leur a menti.
04:52Oui, oui, tout à fait, mais
04:54je crois que la bonne foi, effectivement,
04:56n'est pas mise en doute.
04:58Le problème, ce n'est pas la bonne foi,
05:00c'est aussi le sentiment
05:02qu'on est dans
05:04une affaire qui lie
05:06un peu l'Amérique à sa
05:08propre histoire, c'est-à-dire cette idée
05:10que porte Donald Trump,
05:12qu'au fond, on nous a menti, qu'on vit dans le secret,
05:14que tout est complot,
05:16que l'Amérique appartient à un
05:18État secret qui agit
05:20contre les Américains, c'est un peu ça
05:22dont il s'agit. Parce qu'en vérité,
05:24la bonne foi, effectivement,
05:26elle repose aussi sur ce qu'a été
05:28l'assassinat de Kennedy, c'est-à-dire
05:30cette espèce de truc complètement improbable
05:32de l'homme le plus puissant du monde,
05:34le plus protégé du monde. Il faut voir son armada
05:36quand il se déplace, il a un tour à d'agents
05:38et ce type le plus puissant du monde,
05:40le plus protégé du monde, va être assassiné
05:42par un type, un espèce de loser,
05:44un asocial, un mec qui a mal dans sa peau,
05:46qui n'est ni un fanatique ni un déséquilibré,
05:48qui n'a rien à voir là-dedans.
05:50Un pauvre type. Un pauvre type
05:52qui a même un fusil qui n'est pas tout à fait
05:54vraiment affûté,
05:56et puis il fait ça parce qu'il
05:58travaille dans l'immeuble, mais si Kennedy
06:00était passé ailleurs, on peut supposer qu'il
06:02n'aurait pas fait ça. C'est une suite de
06:04hasards complètement improbables et qui se termine
06:06par le fait que ce type est vite arrêté
06:08parce qu'effectivement c'est un loser,
06:10et 48 heures après, il est tué dans
06:12les locaux même de la police.
06:14Vous vous dites, bon là il s'est passé quelques jours,
06:16on nous raconte des histoires, c'est pas possible
06:18que cette suite de hasards ait pu donner
06:20l'assassinat du président
06:22Kennedy de deux balles en plus.
06:24Il ne s'est pas repris à quatre fois, il y a deux
06:26balles et il touche une en
06:28pleine tête et Kennedy
06:30meurt dans la demi-heure suivante. C'est-à-dire que vraiment
06:32il réussit un truc que sans doute
06:34le meilleur service secret au monde
06:36n'aurait pas réussi au fond.
06:38Là il y a un côté inexplicable
06:40mais malheureusement parfois la vérité
06:42est plus vraie que la fiction
06:44j'allais dire.
06:45Pourquoi Vincent Kivy,
06:47ses archives étaient toujours classifiées
06:4962 ans après l'assassinat de
06:51JFK si elles ne contiennent rien
06:53d'extraordinaire ?
06:55En fait c'est parce que justement
06:57cette déclassification
06:59s'est faite
07:01petit à petit parce que c'est énormément
07:03de travail en réalité.
07:05Il y a 6 millions...
07:06Mais on ne fait pas que sortir des documents dans le coffre
07:08c'est ce que vous êtes en train de nous dire.
07:10C'est ça et puis on le fait d'une manière
07:12régulière. C'est-à-dire que par exemple
07:14sous la présidence de Joe Biden
07:16il y a eu 13 000 documents
07:18qui ont été déclassifiés
07:20et depuis
07:221992 c'est des milliers
07:24et des milliers et des milliers de documents
07:26mais effectivement il en restait quelques-uns, quelques milliers
07:28ce qui n'est pas rien mais si vous voulez sur les
07:3060 000 pages dont on parle
07:33c'est que même pas 1%
07:35de la masse.
07:37Il y a quand même un mystère.
07:38C'est rien du tout.
07:39Comment expliquez-vous,
07:41Vincent Kivy, puisque les choses sont
07:43en fait parfaitement claires,
07:45ces 60 années de doute et qui continuent
07:47de perdurer ?
07:49Eh bien parce que d'une part
07:51c'est l'assassinat qui
07:53prête à ça, comme je vous disais, cette espèce de truc
07:55improbable, cette vérité qui est inaudible
07:57au fond par rapport aux enjeux
07:59que ça met en place, etc.
08:01Les choses se font
08:03parce qu'il y a
08:05aussi un sentiment
08:07dès les débuts des années 60 de remise en
08:09cause des autorités,
08:11des pouvoirs,
08:13cette idée qu'effectivement on peut nous mentir
08:15que le pouvoir au fond est une chose un peu secrète
08:17et puis aussi il y a l'essor
08:19de la télévision, des médias modernes dans les années 60
08:21où chaque journaliste devient
08:23un journaliste d'investigation, un
08:25enquêteur et ils enquêtent. Les
08:27premiers trucs qu'ils font à la télévision américaine
08:29et même les médias français qui se rendent immédiatement
08:31sur place, tous ils veulent
08:33aussi savoir ce qui s'est passé
08:35et donc ils enquêtent eux-mêmes, ils interrogent le témoin
08:37eux-mêmes, ils ne se laissent pas faire par la police
08:39ils veulent, eux, établir
08:41leur propre vérité et tout ça fait une
08:43espèce de boule de neige
08:45qui fait qu'au fil des années ça grossit
08:47et que la vérité
08:49elle est enterrée sous la grosse
08:51boule de neige et que plus personne ne l'entend parce qu'en plus
08:53plus personne n'a envie de l'entendre au fond.
08:55C'est tellement mieux d'imaginer des complots
08:57avec la mafia, qu'on parle de la mafia
08:59à un moment les extraterrestres sont à la mode
09:01donc on va dire c'est les extraterrestres, etc.
09:03Il y a un côté série-fiction
09:05qui est tellement plus agréable
09:07et tellement plus logique presque pour expliquer
09:09l'affaire que tout le monde y accroche
09:11et qu'aujourd'hui de dire
09:13ça ne s'est pas passé comme ça, c'est juste un petit type
09:15là, un petit loser. Non, on vous
09:17dit non, ce n'est pas rigolo en fait.
09:19C'est pas ça la vérité.
09:20Comment on peut expliquer que le président Trump
09:22souhaite déclassifier à tout va
09:24parce qu'il ne compte pas s'arrêter là
09:26il veut aussi s'attaquer
09:28aux archives de l'assassinat de Martin Luther King
09:30celui du frère de John Kennedy
09:32Robert et puis les attentats du 11 septembre
09:34le Covid
09:36Oui, c'est cette
09:38espèce de
09:40complotisme qui fait que
09:42il est persuadé que
09:44lui est aussi de manière un peu
09:46électoraliste puisqu'il a été élu aussi
09:48par un fort courant complotiste
09:50ça fait partie de ses soutiens, de ses militants
09:52et donc c'est l'idée qu'au fond que tout le monde
09:54nous manque, qu'il faut être transparent
09:56qu'au fond tous les gens qui l'ont précédé
09:58à Maison Blanche, ce sont des gens
10:00qui ont cultivé le secret, qui ont fait des
10:02trucs en douce, qui ont berné les Américains
10:04et que du coup, lui,
10:06Donald Trump, il va tout rendre public et on verra
10:08bien effectivement que tous ces gens-là
10:10ne méritaient pas les suffrages
10:12et que lui seul, lui, au fond, va sauver
10:14l'Amérique grâce à sa transparence
10:16et grâce à son regard
10:18sans concession sur ce qu'ont fait les gens
10:20avant lui quoi.
10:21Merci beaucoup Vincent Kivi, journaliste
10:23historien et auteur du livre
10:25« Qui n'a pas tué John Kennedy ? » aux éditions
10:27du Seuil. Dans un instant, un coupable idéal
10:29un sniper du rire, Marc-Antoine Lebray.
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