00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Il est 18h17, bonsoir Bruno Tertrais.
00:06Bonsoir.
00:07Merci infiniment de nous rejoindre sur RTL, vous êtes géopolitologue,
00:10directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique
00:13et expert associé à l'Institut Montaigne.
00:15C'est donc l'un des événements de cette journée, Vladimir Poutine affirme soutenir
00:19une trêve devant conduire à une paix durable.
00:22Comme toujours en pareille circonstance, chaque terme mérite d'être analysé.
00:25C'est une étape importante Bruno Tertrais ?
00:28C'est une étape symboliquement importante mais pour l'instant absolument rien n'est fait.
00:32Vladimir Poutine fait du Vladimir Poutine, à savoir qu'il dit oui
00:36et derrière ce oui il y a en fait des conditions.
00:39Il nous dit qu'il veut que les causes profondes, je le cite,
00:43de la guerre soient adressées, soient traitées.
00:47Donc pour l'instant en fait c'est un non.
00:49La question est de savoir si ce non va être discuté par Donald Trump,
00:56si Donald Trump va demander des concessions à l'Ukraine pour que la Russie dise oui
01:01ou si Donald Trump va faire pression sur la Russie.
01:04Donc pour l'instant on en est là.
01:06Est-ce qu'on peut dire qu'il secoue quand même le cocotier,
01:08même si l'expression n'est pas très élégante ?
01:10J'essaye de comprendre la nature de son intervention, vous comprenez ma curiosité ?
01:15Au contraire ce n'est pas un cocotier, c'est plutôt un baobab totalement inamovible.
01:21Il reste fidèle à lui-même, c'est-à-dire qu'il attend de voir jusqu'où son interlocuteur,
01:28ses interlocuteurs peuvent pousser, peuvent éventuellement céder,
01:33et il verra après.
01:34Mais il n'est pas pressé Vladimir Poutine, ça c'est très clair.
01:37Ce qui est intéressant c'est que du coup les Ukrainiens apparaissent beaucoup plus
01:40qu'il y a une semaine ou qu'il y a même trois jours,
01:43comme ceux qui sont prêts, non pas forcément à la paix,
01:47en tout cas la paix est sous condition, mais en tout cas à la trêve.
01:50Donc la balle est véritablement dans le camp de Vladimir Poutine,
01:53mais pour l'instant il s'assied dessus.
01:55Alors il conditionne tout cela au développement de la situation sur le front,
01:58ça veut dire quoi ? Tant que son armée avance et gagne du terrain ?
02:01Oui bien entendu, mais j'allais dire qu'il y a quand même une question qui se pose,
02:05c'est que est-ce qu'il veut attendre que la Russie ait recouvré
02:09l'intégralité de son intégrité territoriale ?
02:12Vous savez qu'effectivement l'armée russe repousse l'Ukraine sur le saignant de Koursk,
02:17la petite poche de territoire que l'Ukraine contrôlait,
02:19sans qu'on sache très bien si l'Ukraine a décidé volontairement de se replier
02:25pour faire plaisir aux Etats-Unis, pour montrer que l'Ukraine est de bonne volonté,
02:31ou si l'Ukraine est véritablement en difficulté parce qu'elle essaye quand même de tenir cette poche.
02:37Je n'ai pas de réponse ferme à cette question,
02:39mais je pense quand même que l'Ukraine a abandonné depuis longtemps
02:43de conserver la poche de Koursk jusqu'à d'éventuelles négociations de paix.
02:47D'accord. Le président russe, il nous parle de la fin des combats
02:50ou de la fin de la guerre au moment où nous parlons ?
02:52Le président russe a toujours parlé de la fin de la guerre.
02:55Vous savez, la guerre n'aurait pas eu lieu si l'Ukraine avait été dénazifiée,
02:59démilitarisée et aurait renoncé à entrer dans les institutions occidentales.
03:04Non, il parle des deux sur le principe, sur le papier.
03:07Il a toujours dit qu'il était prêt à la paix, évidemment,
03:10comme tous les bons hommes de guerre de son acabie.
03:15Mais restons-en aux faits.
03:18Ce qui est en discussion aujourd'hui, c'est une trêve de 30 jours
03:22pouvant déboucher sur un accord de paix.
03:25En 30 jours, j'avoue que je suis extrêmement sceptique,
03:28mais ça n'est pas du tout, du tout, du tout la fin de la guerre.
03:31Vladimir Poutine affirme que les troupes russes progressent
03:34dans pratiquement tous les secteurs du front en Ukraine.
03:37Est-ce que c'est bien le cas et est-ce qu'on peut le confirmer ?
03:39Ce n'est pas tout à fait vrai, c'est même en grande partie faux.
03:43C'est vrai que la Russie progresse en Russie, en Russie,
03:46c'est-à-dire encore une fois au nord-est, dans la petite poche de course
03:49qui est le territoire russe incontesté.
03:52On ne peut plus dire que la Russie progresse vraiment au sud-est
03:57ou en tout cas, c'est extrêmement lentement et avec un coût humain
04:01absolument phénoménal puisque ces derniers mois,
04:03c'était plus de 1000 hommes tués par jour.
04:06Donc, on ne peut pas dire que la Russie recule, c'est certain,
04:09mais on ne peut pas dire véritablement qu'elle progresse non plus.
04:12Le nombre de morts dans son armée a visiblement jamais été un problème pour lui ?
04:16Non, mais de toute façon, la mort pour un président russe comme Poutine,
04:21c'est une glorification de la vie.
04:23Je cite certains idéologues autour de lui.
04:27Aujourd'hui, la Russie s'est transformée en une gigantesque machine de guerre.
04:32La seule véritable économie de guerre en Europe, sur le continent en tout cas,
04:36c'est la Russie et Poutine ne peut plus avancer que par la guerre.
04:41C'est pour ça que même si on arrivait à une trêve,
04:44même si on arrivait à une sorte de cessez-le-feu-durable,
04:47je ne parle pas de la paix qui est impossible avec Poutine,
04:50de toute façon, il sera obligé de continuer à faire la guerre.
04:54Il ne peut plus s'arrêter désormais.
04:56Alors, parlons des Américains ou en tout cas, c'est lui qui en parle.
04:59Il remercie Donald Trump. Pourquoi ?
05:01Donald Trump qui ce soir affirme que Poutine a fait une déclaration
05:04très prometteuse mais incomplète. Qu'est-ce que ça veut dire ?
05:07Ça veut dire que, bien entendu, Poutine a tout intérêt à flatter Trump
05:12parce qu'il faut toujours flatter Donald Trump et il n'allait pas non plus l'envoyer paître.
05:17C'est tout à fait logique.
05:20Que Trump, en retour, dise que c'est une déclaration constructive,
05:24c'est tout à fait normal aussi mais en diplomatie, ça ne veut rien dire.
05:28Ça veut dire que vous ne m'avez pas claqué la porte au nez.
05:30Encore une fois, ce qui va être très intéressant de voir dans les jours qui viennent,
05:34c'est l'attitude de Trump lorsqu'il aura parlé à Poutine,
05:37lorsque Américains et Russes se seront parlé, comme c'est le cas d'ailleurs actuellement,
05:41à l'heure où nous parlons à Moscou.
05:44Et on verra si Trump souhaite faire pression en retour sur l'Ukraine.
05:49L'Ukraine dira mais attendez, nous on s'est mis d'accord avec vous,
05:52une trêve sans conditions.
05:55Si la Russie dit qu'il faut des conditions, ce n'est plus du tout le même jeu.
06:00Et il n'est pas impossible parce que Trump, nous le savons,
06:02nous le voyons tous les jours, est quelqu'un qui change d'avis très facilement
06:06et qui peut taper sur ses amis anciens ou nouveaux extrêmement facilement.
06:11On verra donc si Trump décide, dans le cas d'une obstruction russe,
06:16d'essayer de faire pression sur la Russie en utilisant des leviers qu'il a encore,
06:22des leviers économiques, financiers, commerciaux, non pas de commerce direct.
06:26Mais par exemple, je pense à tout ce qu'on appelle la flotte fantôme russe,
06:29à savoir ces pétroliers qui naviguent illégalement pour exporter du pétrole russe.
06:34Bref, Trump a encore des cartes à jouer vis-à-vis de Poutine s'il décide de les jouer.
06:38Alors, il faut s'attaquer aux causes profondes de cette crise, nous dit Vladimir Poutine.
06:42Il parle de quoi ? C'est une forme de menace ? On peut aussi l'interpréter comme ça ?
06:46Non, ce n'est pas véritablement une menace.
06:48C'est tout simplement un retour aux positions que Poutine a tenues depuis littéralement l'été 2021.
06:56Je vous rappelle que Poutine écrit de sa main en juillet 2021
07:00que la souveraineté de l'Ukraine ne peut pas se concevoir sans la Russie de manière indépendante.
07:05Le problème, les causes profondes, c'est quoi ?
07:07C'est premièrement que l'Ukraine est une démocratie
07:10et deuxièmement que l'Ukraine est un État qui penche plus du côté de l'Europe et de l'Occident
07:15que du côté de la Russie.
07:16C'est exactement cela, les causes profondes.
07:19C'est pour ça que je pense qu'à l'heure actuelle, si on s'en tient à la lettre de ce que dit Poutine,
07:24encore une fois, la paix est impossible.
07:26Et en cela, elle est un danger pour le président Poutine.
07:30C'est un mauvais exemple, si je puis dire. On s'est bien compris ?
07:33Oui, vous avez tout à fait raison de rappeler cela.
07:36L'une des raisons pour lesquelles Poutine, qui est un dirigeant russe paranoïaque,
07:41quand on est dirigeant russe et en plus ancien du FSB, le service de renseignement,
07:46on est doublement paranoïaque.
07:48Il est tout à fait possible qu'il craigne véritablement cette contagion démocratique vers la Russie
07:53et c'est pour ça que depuis 20 ans désormais, chaque fois qu'il y a des mouvements d'autonomisation
08:00des voisins de la Russie et encore pire, de libéralisation et de démocratisation,
08:06il fait tout pour savonner la planche de ces mouvements parce qu'il craint,
08:10vous avez encore une fois raison de le souligner, la contagion démocratique.
08:13Avant de nous séparer, et ce sera ma dernière question, est-ce qu'on vient de tourner une page ?
08:19On vient de tourner une petite page d'un livre qui est déjà vieux de plusieurs centaines d'années,
08:25les relations complexes entre l'Ukraine et l'Empire russe.
08:29C'est un moment symbolique mais on ne peut pas dire que nous nous sommes rapprochés de la paix aujourd'hui.
08:35Nous sommes moins loin d'un cessez-le-feu temporaire que nous ne l'étions il y a une semaine
08:41mais nous sommes toujours aussi loin de la fin de la guerre.
08:44Merci infiniment de votre éclairage et de vos analyses Bruno Tertrais,
08:47géopolitologue et directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique,
08:50expert associé à l'Institut Montaigne.
08:53Il est 18h26, dans un instant, les toutes dernières informations avec notre journal de 18h30.
08:58Puis dans RTL Insignes, nous vous parlerons des Covid longs, pardonnez-moi.
09:02Ils sont au moins 300 000 en France à souffrir des séquelles à long terme engendrées par le coronavirus,
09:085 ans après la crise sanitaire et ils manifestaient.
09:11Aujourd'hui à Toulouse, nous serons sur place dans une petite dizaine de minutes.
09:14Agnès Bonfillon et Yves Kelvin.
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