00:00Depuis la pandémie et la guerre en Ukraine, l'industrie allemande vacille. La production
00:14et les exportations reculent, révélant un modèle industriel vieillissant. Malgré
00:20son poids dans le PIB, deux fois plus que chez nous, l'industrie allemande reste
00:25centrée sur l'automobile, la chimie, la mécanique, principalement ce qu'elle faisait
00:30déjà il y a 100 ans. Elle a manqué les virages de la microélectronique, du numérique,
00:36etc. La transition vers l'électrique menace son avantage compétitif traditionnel dans
00:44l'automobile en déplaçant la valeur ajoutée vers les batteries d'une part et les logiciels
00:50d'autre part, ou les données d'autre part, domaine où l'Allemagne est tout aussi en
00:55retard que le reste de l'Europe et la France. La gouvernance allemande des entreprises repose
01:03sur une beaucoup plus forte implication des salariés avec un pouvoir de veto sur les
01:09grandes décisions, une place très importante dans les conseils d'administration. Cette
01:14co-gestion a longtemps favorisé la stabilité des entreprises et l'engagement des travailleurs
01:21dans leur fonctionnement. Mais dans un monde de ruptures technologiques, elles engendrent
01:27maintenant plutôt une inertie handicapante. L'adaptation rapide au bouleversement actuel
01:35est rendue plus difficile en effet par ce système. Depuis 25 ans, l'Allemagne a misé
01:42beaucoup sur la Chine pour exporter et compenser la stagnation de l'économie européenne. Mais les
01:50industriels chinois, après avoir absorbé le savoir-faire allemand, sont devenus aujourd'hui
01:55de redoutables concurrents, notamment dans l'automobile et dans l'automobile électrique
02:00en particulier. Les parts de marché des constructeurs allemands en Chine se sont effondrées et les
02:08véhicules chinois commencent à dominer le marché mondial, en particulier dans l'électrique.
02:14Autre pilier des exportations allemandes jusqu'ici, les États-Unis. Ils représentent eux aussi
02:22désormais un risque grandissant. Avec le retour de Donald Trump au pouvoir, les excédents
02:29commerciaux européens, qui sont principalement des excédents allemands, deviennent une source
02:35de tension avec les États-Unis. Le protectionnisme américain pousse déjà les industriels allemands
02:42à relocaliser une partie de leur production aux États-Unis, ce qui va aggraver la désindustrialisation
02:48en Allemagne. Par ailleurs, il y avait jusqu'à récemment une forte dépendance allemande vis-à-vis
02:54des hydrocarbures russes. C'était l'héritage de l'hoste politique mise en œuvre depuis les années
03:0070. Elle a fragilisé son industrie, notamment la chimie et la sidérurgie, des secteurs industriels
03:08très intenses en énergie. La sortie du nucléaire est souvent pointée du doigt, notamment en France,
03:16comme étant une des causes des difficultés industrielles allemandes. Mais ce n'est pas
03:23vraiment la cause principale de ce déclin. L'Allemagne produit encore trois fois plus,
03:28par exemple, de voitures que la France, bien que le coût du travail y soit plus bas. La
03:36compétitivité allemande n'a jamais vraiment reposé sur le bas coût du travail ou de l'énergie.
03:44On a souvent dit déjà par le passé que l'industrie allemande était condamnée. Elle a su à chaque fois
03:51jusqu'ici rebondir. C'était le cas notamment après la réunification allemande au début des années 90.
03:58Mais aujourd'hui, les défis sont vraiment lourds. Entre les mutations technologiques,
04:04les nouvelles concurrences internationales, les incertitudes géopolitiques, contrairement aux
04:10crises précédentes, il semble difficile d'identifier aujourd'hui des leviers qui permettraient à
04:16l'Allemagne d'averser la tendance.
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