00:007h-10h, RTL Matin, Céline Landreau et Thomas Soto.
00:04Il est 8h16, l'interview de Céline Landreau, ça se crispe de toutes parts autour du budget et du gouvernement.
00:09L'opposition est en colère, les patrons sont en colère, et les syndicats et la CGT, que pense-t-elle de la situation ?
00:15Pour le savoir, Céline, vous avez choisi d'inviter ce matin Sophie Binet, c'est la secrétaire générale de la CGT. Bonjour et bienvenue.
00:20Bonjour Sophie Binet. Bonjour.
00:22La commission mixte paritaire, c'est députés et sénateurs qui doivent trouver un compromis sur le projet de budget,
00:27a donc enterré hier la surtaxe sur les très grandes entreprises, malgré la colère des grands patrons.
00:33Surtaxe qui doit rapporter, on le rappelle, 8 milliards à l'État. Vous applaudissez ?
00:37Écoutez, je pense que la position des grands patrons est juste indécente.
00:42Bernard Arnault, on parle d'un homme dont la fortune est équivalente à la richesse du Portugal.
00:48Sa fortune a quadruplé sous le septennat d'Emmanuel Macron,
00:52et il ose, alors que le chômage n'a jamais été aussi élevé aujourd'hui qu'il explose,
00:57se plaindre qu'on augmente légèrement la taxation des plus grandes entreprises,
01:01dont les impôts ont énormément baissé sous le septennat d'Emmanuel Macron. Il faut arrêter de se moquer du monde.
01:06Bernard Arnault, que vous citez, repris par Patrick Martin ici même hier matin,
01:11explique que ces surtaxes poussent à la délocalisation.
01:15Patrick Martin, le patron du Medef, l'a dit, ceux qui peuvent partir partent et ils ont raison.
01:19Est-ce que ces menaces de délocalisation vous inquiètent ?
01:21Écoutez, ce chantage à l'emploi, on n'en peut plus.
01:24Pour rester sur le cas de Bernard Arnault, c'est seulement 20% de ses salariés qui sont en France aujourd'hui,
01:29donc le Made in France est très relatif.
01:31Et ses propos, ses comportements sont à l'image du comportement des grands patrons aujourd'hui qui coulent le pays.
01:37Ils n'en ont plus rien à faire de la France, ils n'en ont plus rien à faire de l'intérêt général.
01:42Leur seul objectif, c'est l'appât du gain.
01:45Moi j'ai envie de dire, les rats quittent le navire, voilà ce qu'on voit aujourd'hui.
01:49Mais si délocalisation il y a, au bout du bout, c'est quand même des salariés qui perdent leur emploi.
01:54Vous pourriez être solidaire de ce combat-là ?
01:56Évidemment, la CGT se bat, et on est bien seul d'ailleurs, pour dénoncer les centaines de milliers de licenciements qui sont en cours aujourd'hui.
02:03Mais malheureusement, les patrons n'ont pas attendu cette annonce d'une surtaxation des plus grandes entreprises pour licencier et délocaliser.
02:12Je rappelle qu'aujourd'hui, la CGT recense plus de 300 plans de licenciements qui menacent quasiment 300 000 emplois.
02:18C'est le naufrage de la politique de l'offre d'Emmanuel Macron.
02:21Jamais en France, les entreprises n'ont payé aussi peu d'impôts, jamais les aides aux entreprises n'ont été aussi élevées.
02:27C'est quasiment 200 milliards chaque année, et pour autant, les licenciements se multiplient avec une situation catastrophique.
02:34Donc là, le son, ce n'est pas qu'il faut continuer à multiplier les cadeaux, c'est qu'il faut empêcher les entreprises, notamment les multinationales,
02:41de faire la pluie et le beau temps en France comme elles le font aujourd'hui, à l'image de ce que fait Renault, par exemple, à la Fonderie de Bretagne.
02:47Renault qui a refusé, pour rappel, dans ce dossier de s'engager sur des commandes, ce qui empêche la reprise de la Fonderie de Bretagne,
02:55et donc qui menace 350 emplois, on le rappelle.
02:58Exactement, et cette situation, on l'a partout, avec des multinationales qui n'en ont plus rien à faire et qui ne cherchent qu'à s'enrichir toujours plus.
03:05Il faut que le gouvernement reprenne la main, parce que c'est à cause de cela que notre industrie est en train de partir de toutes parts.
03:12On est dans un environnement mondial, concurrentiel, Sophie Bignès, ça ne vous a pas échappé.
03:16Le coût du travail en France, est-ce qu'il ne peut pas être interrogé, quand même ?
03:19C'est ce qu'a fait le directeur général de Michelin devant le Sénat.
03:23Pour lui, le problème, c'est que pour verser par exemple 100 euros bruts à un salarié, cela coûte à l'entreprise aujourd'hui 142,
03:30et que sur ces 100 euros bruts, finalement, le salarié n'aura que 77,50 euros dans sa poche, au bout du bout.
03:36Cette différence entre ce que l'entreprise paye et ce que le salarié reçoit, est-ce qu'elle n'est pas devenue trop importante dans notre pays ?
03:42Est-ce qu'il ne faut pas travailler là-dessus ?
03:44Non, justement, en fait, ça s'appelle nos droits.
03:47On a le salaire pour vivre à la fin du mois, et le salaire brut, c'est le salaire pour vivre toute la vie,
03:52pour payer nos retraites, notre assurance chômage, notre assurance maladie.
03:56C'est les droits des travailleuses et des travailleurs, et donc, ces droits sont très importants.
04:01Aujourd'hui, en France, on est encore trop mal payés.
04:04Il y a des centaines de milliers de personnes qui se lèvent tôt, qui bossent dur,
04:08et qui, pour autant, n'arrivent pas à boucler leur fin de mois, et à payer le départ en vacances de leurs enfants.
04:14Le problème, il est là, et c'est indécent que le patron de Michelin ose se plaindre,
04:19alors qu'il est en train de licencier près de 1000 salariés,
04:22alors que l'entreprise a distribué des dividendes de plusieurs milliards à ses actionnaires.
04:26Vous dites, en France, on est trop mal payés aujourd'hui.
04:29Moins de charges, ça pourrait permettre d'avoir plus d'argent dans la poche du salarié à la fin, aussi ?
04:34Eh bien non, puisque c'est ce qu'a fait Emmanuel Macron depuis 7 ans.
04:37Il a baissé les cotisations sociales des entreprises,
04:39et au final, je pense qu'aucun des auditeurs et des auditrices n'a vu son salaire augmenter.
04:43Au contraire, nos salaires ont baissé, ils n'ont pas retrouvé leur niveau de 2020.
04:47Donc, on voit bien que ces cadeaux aux entreprises qui n'ont jamais été aussi élevés,
04:51ils ne servent qu'à alimenter les dividendes,
04:53et que ça ne va ni rémunérer les salariés, ni payer de l'investissement pour préparer l'avenir de notre pays.
04:59Sophie Binet, autre dossier sur la table.
05:01Vous avez, en fin d'après-midi, une intersyndicale.
05:03Vous allez vous retrouver pour tenter de trouver une position commune à défendre
05:07lors de ce conclave initié par François Bayrou sur la réforme des retraites.
05:11Vous y allez avec quelle requête, vous, la CGT, aujourd'hui ?
05:15Eh bien, écoutez, on a des intersyndicales de façon très régulière,
05:18parce que les organisations syndicales sont unies pour dénoncer cette réforme
05:23et le report de l'âge à 64 ans.
05:25Le mandat très clair que nous ont donné les salariés,
05:28la bataille que nous avons menée ensemble depuis deux ans,
05:31c'est d'abroger cette réforme, de revenir à 62 ans.
05:34Et nous nous retrouvons en intersyndicales,
05:36parce que nous savons que, traditionnellement,
05:38le patronat et le gouvernement cherchent toujours
05:40à diviser les organisations syndicales.
05:42Pour ce qui est de la CGT, nous restons concentrés
05:45sur le fait de gagner le retour à 62 ans.
05:49Je le dis tout net, si on nous propose un hypothétique compromis
05:53sur les 63 ans, ça ne fera pas l'affaire,
05:56parce que ça serait un recul par rapport à aujourd'hui.
05:59Aujourd'hui, les salariés partent à 62 ans et demi,
06:01et c'est déjà trop, puisque le nombre de seniors au chômage explose.
06:05Vous brandissiez donc déjà une ligne rouge.
06:07Et hier, Patrick Martin, le MEDEF, en a posé une autre, ici même,
06:11en expliquant que si le but, c'était de financer les retraites du public
06:14avec l'argent du privé, en clair, avec les excédents, pardon,
06:17des retraites complémentaires du privé qui financeraient
06:19les retraites publiques, ce serait niat, il n'irait pas.
06:21C'est la même chose pour vous ?
06:23Oui, tout à fait. C'est ce que la CGT et toutes les organisations syndicales
06:26disent depuis le début. Il faut que le Premier ministre
06:28révise ses chiffres. Il n'y a pas de déficit caché
06:31de nos régimes de retraite.
06:34Il faut remettre les choses d'équerre.
06:36Ce n'est pas possible d'alourdir le déficit
06:38de près de 40 milliards d'euros comme ça.
06:40Mais quand on vous entend, on a l'impression qu'il est déjà morné, ce conclave.
06:42Eh bien non, puisque vous voyez, déjà, il y a un premier point
06:45de compromis sur lequel le gouvernement doit bouger.
06:48C'est la question des comptes et le fait de ne pas faire payer
06:53aux salariés du privé pour la retraite des fonctionnaires
06:56qui doit être payée par les employeurs publics.
06:58Ce qui est sûr, c'est que les organisations syndicales
07:02sont déterminées à obtenir un retour aux 62 ans
07:06et que nous nous battrons pour cela.
07:08La CGT lance une grande campagne d'information
07:10et de mobilisation des salariés
07:12parce que c'est ça qui fera bouger les lignes
07:14et qui nous permettra de gagner à la fin.
07:16Vous réclamiez, il y a quelques semaines, un référendum
07:18sur cette question des retraites.
07:20Ce n'est toujours pas un projet partagé par l'exécutif
07:22parce qu'on dit, on entend, que du côté de l'Elysée
07:25on réfléchit à des référendums.
07:28Oui, en fait. Ce qui est très important,
07:30c'est qu'enfin la démocratie parle
07:32sur cette réforme des retraites.
07:33Vous avez vraiment un espoir d'être entendue là-dessus ?
07:35Un référendum sur les retraites, ça vous paraît possible aujourd'hui ?
07:37Ce qu'il faut, c'est que d'une façon ou d'une autre,
07:39à la fin, ce soit la démocratie qui tranche,
07:41soit les députés qui ont été élus pour ça,
07:43soit les Françaises et les Français qui votent
07:45si ce qui est possible.
07:48Dans la discussion, on voit bien que le patronat
07:50a des positions très différentes des organisations syndicales
07:52parce que le patronat ne veut pas baisser
07:54l'âge de départ en retraite.
07:56Et donc, à un moment, le juge de paix,
07:58c'est la démocratie, c'est quand même la base.
08:00Merci beaucoup, Sophie Binet, secrétaire générale,
08:02on le rappelle, de la CGT.
08:04Merci d'être venue vous expliquer dans RTL Matin.
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