00:00On ne gagne jamais à reprendre les mots de l'adversaire.
00:03François Bayrou l'a appris cette semaine à ses dépens
00:05en parlant de sentiments de submersion migratoire.
00:08Des mots qu'on avait beaucoup plus l'habitude d'entendre dans la bouche des leaders
00:12du Rassemblement national ou d'Éric Ciotti.
00:14Tout le monde attendait le dérapage du côté de Bruno Retailleau,
00:17raté, il est venu de Matignon.
00:19Vous me direz, le Premier ministre n'est pas le premier
00:21à puiser dans le champ lexical de l'extrême droite
00:24et à lui servir en quelque sorte de lessiveuse.
00:26On se souvient de Gérald Darmanin sur l'ensauvagement,
00:29de Bruno Retailleau encore lui sur les Français de papier
00:31ou de Valéry Pécresse qui avait repris en meeting
00:34l'expression controversée de grand remplacement.
00:37La gauche ferait bien aussi de balayer devant sa porte
00:39puisque François Hollande lui-même, quand il était président,
00:42avait parlé de Français de souche.
00:44Sans oublier le tollé provoqué par Jean-Pierre Chevènement
00:47lorsqu'il avait évoqué en 1999 les sauvageons,
00:50terme qui, avec le recul, paraît gentil tout plein.
00:53En parlant de submersion migratoire,
00:55François Bayrou a commis une double faute.
00:58Une faute morale d'abord,
00:59parce qu'on sait de longue date que la droite extrême
01:01mène un combat culturel pour imposer ses idées,
01:04ses concepts et donc ses mots
01:06comme si la victoire idéologique précédait la victoire dans les urnes.
01:10Une erreur politique ensuite
01:12qu'on a bien du mal à s'expliquer venant d'un politique aussi madré.
01:15Tel l'illusionniste Harry Houdini qui se libérait de ses chaînes,
01:18François Bayrou avait jusqu'ici réussi le tour de force
01:21de convaincre le parti socialiste de ne pas censurer son gouvernement.
01:24Or, en reprenant le vocabulaire de l'extrême droite,
01:27il a heurté son allié de gauche sur le terrain des valeurs
01:30et pris le risque de se remettre tout seul la laisse du RN
01:33autour du cou comme Michel Barnier avant lui.
01:36Si le PS décidait de le censurer,
01:37il ne devrait s'en saluer qu'à Marine Le Pen.
01:39Enfin, si le Premier ministre pense vraiment
01:42que la France est menacée par un tsunami migratoire,
01:44encore faut-il qu'il donne à son gouvernement les moyens d'y faire face.
01:47Or, en refusant à Bruno Retailleau une grande loi sur les migrations,
01:51il le contraint à mener une politique de petits pas
01:55faite de circulaires et de propositions de loi thématiques.
01:57Bref, comme l'avoue un centriste qui a ses entrées à Matignon,
02:01c'est ce qu'on appelle une vraie connerie.
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