00:00Il est 6h13, bon réveil si vous nous rejoignez à l'instant, et cette actualité à présent
00:08qui nous concerne toutes et tous, puisqu'on a tous été ou on sera tous amenés aller
00:13un jour à l'hôpital, faut-il instaurer en France un ratio patients-soignants à l'hôpital,
00:18c'est-à-dire un nombre défini de malades par professionnel de santé ? On va voir ce
00:23que ça veut dire avec vous, Guillaume Garraud, bonjour, député socialiste de la Mayenne
00:28et rapporteur d'une proposition de loi examinée aujourd'hui à l'Assemblée, deux ans après
00:34avoir été adopté au Sénat, un ratio patients-soignants à l'hôpital, concrètement ça veut dire
00:39quoi, qu'est-ce que vous proposez ? Ça veut dire de meilleures conditions de travail pour
00:43les soignants, parce qu'aujourd'hui le constat est clair, il est facile à faire, il y a beaucoup
00:48de souffrance à l'hôpital, il y a des soignants qui sont sous pression, il y a beaucoup d'épuisement,
00:53ce sont des aides-soignantes, des infirmières, des médecins qui n'en peuvent plus parce
00:57qu'ils ont trop de malades à s'occuper, ils courent finalement d'une chambre à l'autre et
01:03ils nous disent on ne fait pas du bon travail, on ne fait pas du travail de qualité et parfois on a
01:09même le sentiment de maltraiter nos patients, donc comment on fait vis-à-vis de ça, comment
01:14on réagit ? La solution que nous proposons c'est d'instaurer un nombre minimal de soignants
01:24par patient, ça veut dire qu'aujourd'hui ce qui existe, vous savez ce qu'on appelle des
01:29rations de sécurité, quand vous êtes en réanimation, quand vous êtes en service grand
01:34brûlé, quand vous êtes en néonatalogie, de pouvoir généraliser ce type de ratio, ce serait
01:39des ratios de qualité, à l'échelle des autres services, de telle sorte qu'on garantisse donc
01:44aux soignants de bien travailler, de pouvoir rendre un soin de bonne qualité. Mais ce serait
01:51le même ratio partout, c'est un ratio au niveau national ? Bien sûr que non, ce serait des ratios
01:57par service et ce n'est pas le législateur, ce n'est pas nous les députés qui ce matin allons
02:01débattre des ratios pour la pédiatrie, pour la cardio, ce n'est pas du tout le sujet, simplement
02:07on va confier, en tout cas je propose qu'on confie à la haute autorité de santé, vous savez qu'il y a
02:11un organisme, une instance composée de professionnels, le soin de déterminer précisément ce que devront
02:19être ces ratios service après service. Dans chaque établissement, donc ce sera à chaque établissement,
02:26je veux dire en cardiologie à Paris, ce ne sera pas la même chose qu'en cardiologie à Bordeaux par
02:32exemple ? Alors ce seront des ratios nationaux bien évidemment, mais il y aura la capacité donnée aux
02:38établissements localement d'adapter, ce sont des ratios de qualité, comment on assure la meilleure
02:46qualité des soins à l'échelle de chaque établissement et à l'échelle finalement de
02:50chaque service ? C'est ça qui compte et ce que je veux dire c'est que on va dire mais est-ce qu'on
02:55a suffisamment de soignants ? C'est la question que j'allais vous poser, il manque 10% d'infirmiers
03:00aujourd'hui je crois. Et vous avez raison, alors comment on fait ? D'abord si on garantit
03:06aux soignants de meilleures conditions de travail, le métier de soignant redevient attractif et c'est
03:13ça le sujet aujourd'hui parce que vous savez il y a une étude qui a été faite par le ministère
03:17de la santé en 2023 et qui montre qu'au bout de dix ans il y a une infirmière sur deux qui
03:22aura quitté l'hôpital, qui a quitté l'hôpital, donc là dessus il faut redonner l'envie aux jeunes
03:30de pouvoir embrasser ces carrières sanitaires. Donc vous espérez en fait un cercle vertueux,
03:36vous dites si on met ça en place ça va donner envie aux gens de venir ou en tout cas de ne pas
03:40partir donc il y aura plus de monde donc on pourra mettre en place ces ratios ? Absolument,
03:44ça ne se fera pas du jour au lendemain, ça se fera à une échelle de moyen terme c'est-à-dire
03:51entre quatre et six ans mais ce que je veux préciser c'est que là où ça a été mis en
03:56oeuvre, ça a été fait en Californie, ça a été fait aussi en Australie, les résultats sont très
04:03probants. Pourquoi ? Parce que quand vous vous occupez mieux des malades, il y a moins de
04:10complications, il y a moins de maladies nosocomiales, les convalescences sont plus
04:16rapides et au final c'est une économie pour le système de santé. Ça signifie, on l'a vu,
04:22c'est une étude tout à fait passionnante qui a été faite en Australie dans l'état du Queensland
04:26et qui montre qu'il y a deux fois plus d'économies réalisées que la dépense initiale. C'est quand
04:34même très intéressant et donc ça signifie qu'en France, on doit aussi, nous, aller dans une
04:41démarche de même ampleur parce qu'il faut redonner de l'espoir aux soignants et il faut redonner de
04:48la confiance aux patients. Vous misez vraiment sur la confiance et si ça marche, ça désengorgera les
04:56hôpitaux, c'est ça l'objectif au final ? Bien sûr. Alors vous savez, c'est une première étape parce
05:01qu'il faudra être capable de réparer l'hôpital public, de reconstruire l'hôpital public. Donc
05:07ça c'est une première brique mais ce ne sera pas suffisant à soi seul. Ça signifie aussi qu'il faut
05:13lutter contre les déserts médicaux. Vous savez, s'il y a autant de pression sur l'hôpital, c'est
05:18parce qu'on a aussi trop peu de médecins là où on en a besoin, dans les territoires et dans les
05:23territoires ruraux en particulier. Donc si on arrive à mieux répartir nos médecins, c'est la
05:28lutte contre les déserts médicaux. Ça fait des années qu'on en parle et ça ne marche pas. Je ferai
05:33très prochainement une proposition de loi qui est d'origine transpartisane. Je conduis un travail
05:40avec des députés de toute sensibilité politique pour proposer des solutions là-dessus, pour mieux
05:45répartir nos médecins libéraux à l'échelle nationale, que ce soit les généralistes ou les
05:52spécialistes. Et ça c'est aussi une façon de faire baisser la pression sur l'hôpital et sur
05:58les urgences en particulier. Donc cette proposition de loi sur les ratios à l'hôpital, ça n'est
06:02qu'une pierre dans l'immense édifice comme vous l'avez précisé ce matin. Merci beaucoup Guillaume Garraud.
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