00:00Le lendemain de cette déclaration de politique générale, la gauche attendait d'entendre un ou deux mots.
00:06Suspension, abrogation, gel de la réforme des retraites.
00:10Ils ont eu droit à un autre mot que personne n'avait vu venir.
00:13Conclave, conclave, comme pour choisir un pape, sauf que là c'est pour choisir une réforme des retraites
00:17et c'est les partenaires sociaux qui vont s'en occuper à partir de vendredi.
00:21On écoute un extrait du discours de politique générale ?
00:25La seule exigence fixée est que nous ne pouvons pas laisser dégrader l'équilibre financier
00:30que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s'accorde.
00:35Une délégation permanente sera donc créée.
00:39Je la réunirai dès vendredi.
00:42Je proposerai aux représentants de chaque organisation de travailler autour de la même table,
00:48de s'installer dans les mêmes bureaux ensemble pendant trois mois
00:52Si au cours de ce conclave, cette délégation trouve un accord d'équilibre et de meilleure justice,
00:58nous l'adopterons. Mais si les partenaires ne s'accordaient pas,
01:02c'est la réforme actuelle qui continuerait à s'appliquer.
01:05Encore une usine à gaz.
01:08Parce que ce sera précédé tout ça d'une mission flash confiée à la Cour des comptes.
01:12Mission flash confiée à la Cour des comptes. Pourquoi faire ?
01:15Tout simplement parce que Le Corps a publié en juin dernier...
01:17Conseil d'orientation des retraites.
01:19Un rapport qui dit que d'ici 2030, le déficit sera de 14 milliards d'euros du système des retraites.
01:27Et pour certains, ce chiffre est tout simplement sous-estimé parce qu'il ne tient pas compte...
01:32Donc les spécialistes des retraites se sont trompés sur le chiffre.
01:34Oui, parce qu'il ne tient pas compte des régimes spéciaux,
01:37notamment celui de la SNCF, RATP, les fonctionnaires d'État.
01:40Et la Cour des comptes pourra établir un bilan, mais en prenant compte...
01:46On hallucine que ce bilan n'existe pas déjà en fait.
01:48Alors, il a existé. Plusieurs rapports ont été publiés ces différentes années,
01:52mais il faut tout simplement le mettre à jour.
01:54Donc, les partenaires sociaux reprennent le bébé en quelque sorte.
01:58Denis Gravouille, vous irez d'abord en conclave ou pas ?
02:01Déjà, le bilan, il existe. Sur les retraites, on connaît parfaitement les comptes.
02:04Donc, Le Corps avait sous-estimé ?
02:06Le Corps n'a rien sous-estimé.
02:08D'ailleurs, même Gilles Berset, qui est quand même un dirigeant très, très macroniste,
02:11a démenti ce qu'a dit François Bayrou sur le déficit caché.
02:14Donc, ça déjà, c'est réglé. C'est déjà un mensonge dans la DPJ d'hier.
02:18Ensuite, sur la réunion de vendredi, on va aller voir ce qui se dit.
02:21Enfin, on part... Écoutez, je vais prendre une métaphore dans le sport.
02:25Mais on va sur un match où on a le patronat en face de nous
02:28qui sait que s'il n'y a pas d'accord, c'est la loi qui s'applique et il ne veut pas qu'on la change.
02:32Donc, le match est joué d'avance ?
02:34Le match n'est pas joué d'avance parce qu'il sera placé sous la responsabilité des salariés
02:37qu'on va appeler à nouveau à se mobiliser.
02:41Et pour une raison très simple, c'est que la réforme des retraites,
02:45c'est le caillou dans la chaussure, c'est le truc qui ne passe pas,
02:47qui n'a jamais été voté, qui n'a jamais été soumis au vote des députés
02:50et qui pourrit, qui est le symbole du naufrage du septennat d'Emmanuel Macron.
02:55La question est peut-être naïve, mais encore une fois,
02:57pourquoi des solutions émergeraient de ce conclave,
03:00des solutions qui, finalement, ne sont pas sorties de la discussion politique ?
03:06Les solutions, elles sont pourtant très simples.
03:08Il faut abroger cette réforme, c'est ce qu'on réclame depuis le début
03:10et tous les syndicats, on va continuer à y travailler.
03:13Il y a des choses qui se discuteront à la marge,
03:16mais ce n'est pas ça la question.
03:17La question de l'égalité femmes-hommes, les questions de pénibilité,
03:19c'est sans doute ce qui va revenir, mais c'est aggravé par le recul de l'âge.
03:23On le voit tous les jours avec, par exemple, le fait qu'on a augmenté de 50 %
03:26le nombre de chômeurs de plus de 62 ans.
03:28Parce que ce n'est pas seulement des gens qui sont obligés de travailler plus longtemps,
03:30c'est des gens qui se retrouvent au chômage parce qu'ils n'ont pas d'emploi.
03:33Et on le voit bien avec tous les licenciements en ce moment,
03:35c'est beaucoup de seniors qui perdent leur emploi.
03:36Mais donc vous allez aller à ce conclave, le couteau entre les dents ?
03:39Le couteau entre les dents, c'est une métaphore.
03:41Ça va durer trois mois, donc il va falloir 100 ans.
03:43On va voir ce qu'on va y faire, on va y porter nos exigences
03:46et on va y travailler en intersyndical.
03:48Et on va surtout le placer sous la responsabilité.
03:50Parce que conclave, ça voudrait dire que c'est secret et qu'on ne dit pas ce qui s'y passe.
03:52Nous, on va dire tout ce qui s'y passe.
03:54Mais les exigences, c'est quoi ?
03:55C'est-à-dire qu'à un moment, vous allez décider peut-être de partir.
03:59Pourquoi ?
04:00Ça, on verra bien.
04:02Non, mais quelle est l'exigence minimale ?
04:04L'exigence, c'est l'abrogation de la réforme des réformes.
04:07C'est clair.
04:08C'est ce que demandent 80 % des Français.
04:11C'est ce que demande l'intersyndical.
04:12C'est ce qu'on a réaffirmé ensemble en décembre.
04:14Il n'y a pas photo, il faut abroger cette réforme.
04:16Jamais voté.
04:17Philippe Boin, qu'est-ce que vous pensez de la méthode ?
04:20Écoutez, c'est tout à fait insuffisant.
04:22On donne un droit de veto, en vérité, aux Medefs dans la négociation.
04:26Vous dites vous aussi que c'est en quelque sorte un peu plié d'avance ?
04:29Évidemment que c'est plié d'avance.
04:30Vous donnez à un des négociateurs un droit de veto.
04:32C'est formidable.
04:33Si rien ne se passe, c'est l'ancienne réforme qui s'appliquera.
04:37Et le Medef est dans son rôle.
04:38Il défend ses intérêts.
04:39Les syndicats de travailler défendent leurs intérêts.
04:41C'est pour ça que nous réclamons cette suspension.
04:43Et c'est la condition d'ailleurs du vote ou pas d'une motion de censure de notre part,
04:48que ce soit demain ou dans 15 jours sur le budget.
04:50Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi, on l'a un peu entendu chez Olivier Faure hier soir,
04:53une vexation de finalement devenir spectateur de ce qui va se passer sur la réforme des retraites
04:57pendant ce qu'on clave ?
04:58En rien.
04:59Puisque nous avons demandé ce qu'on clave d'une certaine manière.
05:02C'est ce que nous avons obtenu.
05:03Nous voulions qu'il soit assorti d'une suspension.
05:05Donner de la force aux syndicats pour discuter les uns et les autres.
05:09Donc non, nous pensons qu'il faut donner toute sa place au dialogue social.
05:12Regardez, le régime de la JIRC-ARCO, c'est la retraite complémentaire.
05:16Elle est gérée par les syndicats.
05:17Et c'est bien mieux géré d'ailleurs que le système du régime général
05:21qui en fait est tout le temps ponctionné par des décisions politiques
05:24et où l'État reprend de l'argent, redonne de l'argent.
05:27Moi, je crois qu'il faut faire confiance aux partenaires sociaux.
05:30Le grand problème de la sécurité sociale en France, c'est que depuis 1995,
05:33on a dessaisi les syndicats du pouvoir qu'ils avaient jusqu'ici de gestion des caisses.
05:38Et c'est pour ça qu'on a des déficits aussi élevés aujourd'hui.
05:40Mais je ne comprends pas très bien ce que vous demandez aux premiers ministres
05:42pour ne pas voter la censure.
05:44Écoutez, il y a plusieurs choses en débat.
05:46Il y avait la question budgétaire.
05:47On avait des discussions budgétaires.
05:49Elles ne sont pas terminées.
05:50Elles se poursuivent jusqu'au vote du budget.
05:52On reprend la discussion le 30 janvier en commission Mixparita.
05:55Vous savez, c'est le rassemblement Assemblée-Sénat pour se mettre d'accord sur un budget.
05:58Après, il y a la question des retraites.
06:00Et Olivier Faure a dit hier très clairement sur TF1
06:03que nous souhaitions la suspension de la réforme des retraites.
06:06C'est une condition majeure pour ne pas voter la censure.
06:10Mais il ne va pas suspendre alors qu'il a convoqué ce compte-là ?
06:13Il peut dans le même temps suspendre.
06:15Il peut dans le même temps dire, je propose à l'Assemblée nationale
06:18un amendement dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale
06:21qui, durant la durée de la discussion, suspend la réforme des retraites
06:26pour donner du pouvoir de négociation au syndicat.
06:28Vous voterez la censure demain ?
06:30Écoutez, nous allons en discuter aujourd'hui.
06:32La censure de demain, c'est une censure d'ambiance.
06:34Elle n'a aucune chance de passer puisque le Rassemblement national a déjà fait savoir qu'il ne la votera pas.
06:39Est-ce que vous, par exemple, à titre personnel, vous voterez la censure ou pas ?
06:44C'est assez simple.
06:45J'ai une discussion avec mon groupe politique.
06:47Il n'y a pas d'attention possible pour le vote de censure.
06:50Soit on la vote, soit on ne la vote pas.
06:52En tout cas, la censure qui compte, je crois, c'est celle sur le budget.
06:55C'est celle-là qui comptera, qui fera tomber ou pas le gouvernement
06:57puisque celle-là sera probablement votée aussi par l'URN.
07:00Nous, ce que nous souhaitons, en tout cas, c'est négocier, négocier, négocier
07:03pour obtenir le meilleur budget possible.
07:05C'est dans 15 jours.
07:06D'ici là, demain, c'est une censure d'ambiance.
07:08Les socialistes vont se poser aujourd'hui la question de savoir
07:11quel message voulons-nous envoyer demain.
07:13Est-ce que nous voulons envoyer un message de fermeté ? Nous censurons.
07:15Est-ce que nous voulons envoyer un message d'ouverture à la négociation supplémentaire ?
07:18Nous ne censurons pas.
07:19C'est le dilemme que nous avons devant nous.
07:21Les socialistes se réunissent aujourd'hui et nous feront connaître notre position.
07:24Votre allié Jean-Luc Mélenchon dit que si vous ne votez pas la censure,
07:27il mettra des options sur les circonscriptions de ceux qui n'ont pas voté.
07:30Oui, vous savez, les menaces de Jean-Luc Mélenchon ne font peur à personne.
07:32Donc, s'il veut mettre un candidat dans nos circonscriptions,
07:34qu'il en mette même deux, qu'il en mette même trois,
07:36nous, ça ne nous fait pas peur.
07:38C'est la fin du GDP, là.
07:39Ecoutez, écoutez, ça suffit, je veux dire.
07:45C'est l'intérêt des ouvriers et des employés que nous défendons.
07:48C'est notre seule boussole.
07:50Et donc, les gesticulations de Jean-Luc Mélenchon ne nous intéressent pas.
07:53Gaëtan ?
07:54Les partenaires sociaux ont prouvé qu'ils sont capables de se mettre d'accord,
07:57notamment sur l'assurance-chômage.
08:00Ils se sont réunis et ils ont trouvé un accord.
08:02La CGT n'a pas signé.
08:04La seule organisation syndicale va ne pas avoir signé.
08:07En tout cas, les accords sont possibles.
08:10La ligne rouge du patronat aujourd'hui, c'est de ne pas alourdir davantage
08:14le coût du travail en augmentant les cotisations patronales
08:17pour financer le système de retraite.
08:20On rappelle que l'objectif de son co-clave,
08:22qui est assez inédit, puisque de réunir tout le monde
08:24dans un même lieu pour travailler ensemble
08:27plutôt que de se retrouver de temps en temps
08:29pour faire part des solutions proposées,
08:32c'est vraiment quelque chose de très nouveau.
08:35Et ça peut fonctionner encore une fois.
08:38L'objectif, c'est de parvenir à des solutions
08:41qui permettent l'équilibre financier du système.
08:44D'abord, les négociations paritaires,
08:47il faut quand même se méfier de ce que ça peut donner.
08:49Encore une fois, on a le droit de veto au patronat,
08:51pas seulement au BDF, mais qui veut nous remettre
08:54de la retraite par capitalisation alors qu'on est en train de parler
08:57de comment on pérennise et comment on améliore
08:59le système de répartition.
09:01C'est un problème.
09:02Par contre, des propositions pour le financement, on en a.
09:05On a trouvé 40 milliards si on regarde.
09:08Les 2,2 milliards, par exemple, en mettant à contribution
09:11l'intéressement et la participation qui touchent surtout des cas
09:14dans des grosses entreprises.
09:16Là, on vient de voir 100 milliards de dividendes
09:19et de rachats d'actions.
09:20Si on met à contribution les revenus financiers,
09:22on trouve 24 milliards.
09:23Donc, des solutions sont possibles.
09:24Des solutions sont possibles, mais encore faut-il...
09:26Vous allez à Oukonklave avec des pistes.
09:27Évidemment, on a des pistes de financement.
09:29On les a déjà exposées à l'Assemblée nationale
09:31il y a 2 mois.
09:32Donc, c'est parfaitement possible.
09:34Mais encore faut-il que le patronat soit forcé de les accepter.
09:36Et les conditions, pour l'instant, n'y sont pas.
09:39À partir de vendredi, on comprend avec la CGT
09:41qu'on aura de la fumée blanche tous les jours
09:43parce qu'ils n'ont pas l'intention de se taire
09:45sur ce qui se discute là-dedans.
09:47C'est 3 mois.
09:48Merci en tout cas d'avoir été avec nous ce matin.
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