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  • il y a 1 an
"Quand j'avais une patiente qui allait vraiment pas bien, ça m'apaisait, quand j'avais des tristesses après la mort de mon père, ça m'apaisait."

Le sucre, c'était son réconfort, "la solution à tout". Mais à partir de 2013, Anna Roy a pris 58 kilos et a commencé à avoir des problèmes de santé. Dix ans plus tard, en mars 2023, elle se lance un défi : arrêter le sucre pendant 100 jours et perdre du poids. Elle pèse alors 126 kilos. Une "traversée du désert" qu'elle raconte dans son livre, "Énorme".

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Transcription
00:00Il faut vous prendre en main, vous savez bien que si vous arrêtez de manger, vous allez maigrir
00:02et puis tous vos problèmes de santé s'amélioreront.
00:04Vous sortez de la consultation, vous allez vous jeter sur un paquet de brunis au chocolat.
00:08Véridique, je l'ai vécu.
00:09J'avais vis-à-vis d'une catégorie d'aliments uniquement les trucs sucrés, très sucrés.
00:13Pas le pain au lait, pas de la brioche, non.
00:15Genre Paris-Brest, mais plutôt avec des trucs de chocolat,
00:17du fondant chocolat, de la mousse au chocolat.
00:19Un rapport complètement fou.
00:21C'est-à-dire que j'en avais besoin.
00:23Quand j'avais une patiente qui allait vraiment pas bien, ça m'apaisait.
00:26Quand j'avais des tristesses de relents après la mort de mon père, ça m'apaisait.
00:29Enfin, c'était la solution à tout.
00:30Moi, je me cachais pour en consommer.
00:32Pourquoi tu te cachais ?
00:34Parce que c'était comme si c'était des quantités très importantes de sucre,
00:36genre deux pâtisseries ou un pot de mousse au chocolat pour cinq personnes, etc.
00:41Je me cachais.
00:42En fait, j'avais un état de santé qui était très dégradé.
00:44Moi, pour le coup, je sais, il y a énormément de gens
00:47qui ont, on pourrait dire, du poids en quantité,
00:50qui n'ont pas de problèmes de santé, qui sont très heureux,
00:52qui bougent comme si rien de rien n'était.
00:54Moi, ce n'était pas du tout mon cas.
00:56Moi, j'étais malade, j'avais du diabète, j'avais des douleurs articulaires,
00:58j'avais de l'hypertension, j'avais des répercussions sur ma santé mentale.
01:01J'avais tout un tas, un spectre de maladies qui étaient liées à ce poids.
01:05Et puis surtout, cette dépendance au sucre me mettait insupportable.
01:08En fait, c'était l'enfer de se cacher, de consommer.
01:11J'étais mal le lendemain.
01:12Alors, comme avec l'alcool, en fait,
01:14ça donne un sentiment de mal-être dans le corps le lendemain.
01:16C'est hyper bizarre.
01:16Une forme de culpabilité aussi ?
01:18De culpabilité, mais pas seulement.
01:19Mal-être physique, quoi, de poids sur l'estomac, de se sentir vraiment mal.
01:23Je dirais presque que le poids, dans le départ, a été complètement accessoire.
01:26J'ai décidé d'arrêter le sucre.
01:28Et après, advienne que pourra.
01:29Il se trouve qu'un des effets, ça a été de maigrir.
01:32Mais au fond, ce n'était pas le premier sujet.
01:34– Le premier sujet, c'était vraiment d'arrêter cette dépendance ?
01:36– Ouais, exactement comme je l'avais eu avec la cigarette.
01:39– Et ça a été plus facile d'arrêter la cigarette que le sucre ?
01:41– Beaucoup plus facile.
01:42Mais là encore, je veux bien dire aux gens,
01:43ce n'est pas du sucre en petite quantité que je consommais.
01:45Tout n'est qu'impossibilité.
01:46Ce sentiment de solitude est terrifiant.
01:48Huit semaines d'arrêt de travail pour ne pas dire six mois.
01:50Voilà ce qu'il me faudrait à minima.
01:52Voilà ce qu'il faudrait à tous ceux qui décideraient de sortir de l'obésité.
01:55Voilà ce qu'il faudrait mettre en place
01:57dans le cadre d'un programme de santé publique dédié
01:59quand le monde aura compris qu'il est impossible de réaliser tout ça
02:02à la seule force de nos gros bras, en faisant comme si de rien n'était.
02:05Je me sens extrêmement seule.
02:07Mais c'est au-delà même de la solitude.
02:08C'est un sentiment de traverser du désert.
02:11Alors peut-être que c'est en partie de ma responsabilité.
02:14J'aurais peut-être dû aller toquer de moi-même,
02:16mais enfin, dans des centres de l'obésité, etc.
02:19Mais tout ça demande beaucoup, si vous voulez, de...
02:22J'aurais aimé que ça vienne à moi.
02:24J'aurais aimé que des médecins m'en parlent avec beaucoup de douceur,
02:27beaucoup de bienveillance.
02:28– Cette main tendue, t'es pas allée la chercher parce que quoi ?
02:33Pourquoi t'as pas demandé de l'aide ?
02:35Alors qu'en plus, tu travailles dans un milieu médical,
02:37où tu aurais peut-être pu trouver cette aide.
02:40– Parce qu'il y a un phénomène de...
02:42D'abord, moi, j'ai glissé sans m'en rendre compte.
02:44Enfin, j'ai lâché la rampe sans prendre conscience.
02:47Enfin, il y a une politique de l'autruche qui se met en place.
02:49Et puis, encore une fois, les peu de fois où j'ai vraiment essayé
02:52de tendre la main en dehors de l'eau, on ne l'a pas saisi.
02:56Et je ne veux pas que les gens aient de la culpabilité
02:58parce qu'évidemment, il y a des médecins qui m'ont pris en charge,
03:00qui vont me regarder, etc.
03:01Je ne veux pas qu'il y ait de culpabilité du tout.
03:03Parce que c'est un sujet très, très compliqué, en fait.
03:05Et je pense que la société tout entière,
03:07elle est hyper mal avec cette question.
03:09Elle ne sait pas quoi faire, en réalité.
03:11– On ne sait pas quoi faire aujourd'hui de l'obésité ?
03:13– Non, on ne sait pas quoi faire,
03:14parce que pour moi, on est coincé entre deux choses.
03:16On est coincé entre…
03:17Alors, pas toujours, il y a des gens exceptionnels,
03:19et bien sûr, qui ne confirment pas la règle.
03:21Mais il y a d'abord des gens très malveillants, très méchants,
03:24des soignants, qui sont extrêmement culpabilitaires, extrêmement jugeants.
03:28Enfin, il faut vous prendre en main.
03:29Vous savez bien que si vous arrêtez de manger, vous allez maigrir.
03:31Et puis, tous vos problèmes de santé s'amélioreront.
03:34Donc ça, c'est l'enfer.
03:35Parce que vous sortez de la consultation,
03:36vous allez vous jeter sur un paquet de brunis au chocolat.
03:39Ça, c'est véridique, je l'ai vécu.
03:40Il y a une espèce de grossophobie larvée, ambiante,
03:43dans le corps soignant, qui est réelle.
03:45Et il y a un deuxième courant chez les soignants.
03:47Pour le coup, des soignants extrêmement gentils,
03:49extrêmement bienveillants, etc.
03:51Mais qui, du coup…
03:53Et j'étais comme ça.
03:54Ne savent pas trop quoi dire.
03:55On sent parfois que, en fait, la personne aimerait bien parler,
03:58mais on ne sait pas comment attraper le problème.
04:00Si je reviens un jour de l'île des Gros,
04:01ce sera avec la ferme intention d'en parler.
04:03J'irai raconter l'enfer d'être coincée entre ce body-positivisme utile,
04:07mais foireux, et cette culpabilisation du corps médical.
04:10À quel point on s'asphyxie entre les deux,
04:12et combien il faut une autre voie,
04:13celle de l'amour et d'une main tendue pour espérer s'en sortir.
04:16Là, ce que je veux vraiment dire,
04:17c'est qu'en fait, il y a un truc hyper bizarre.
04:19C'est qu'il y a une essentialisation, pour moi, des corps gros.
04:23On nous met tous dans le même sac.
04:25C'est une expérience qui est profondément singulière.
04:28Autrement dit, on peut être dans un corps
04:31qui est ce corps très bien, très heureux, très mobile, etc.
04:36Et on peut être très malheureux.
04:37Moi, quand j'arrivais en soirée, il y avait les chuchotements.
04:39J'ai eu des remarques absolument atroces et tout.
04:41Donc, ce qui prédomine vraiment, c'est la grossophobie.
04:43C'est pour ça qu'il ne faut surtout pas attaquer le body positif.
04:45Surtout pas.
04:46On peut avoir un point serré contre la grossophobie,
04:48et une main tendue vers ceux qui souhaitent guérir de cette maladie.
04:51C'est peut-être même pour ça qu'on a précisément deux mains.
04:53Là, j'insiste.
04:55Ce n'est pas toujours une maladie.
04:56Là, je parle de maladie parce que c'était le cas dans mon cas.
04:58Mon déclic, c'est ma santé.
04:59Moi, je n'ai pas eu cette chance de pouvoir avoir ces kilos
05:02avec une santé qui était inchangée, malheureusement.
05:04J'avais une altération profonde de ma santé physique et mentale.
05:07Et d'ailleurs, ça, c'est quand même un motif d'espoir.
05:09Et je trouve qu'on ne le dit jamais.
05:10Mais j'avais du diabète, du pré-diabète,
05:12mais en fait, plus du diabète.
05:14J'avais de l'hypertension, de la vraie.
05:15Et tout ça, des douleurs articulaires et plein de choses.
05:17Et tout ça, il n'y en a plus.
05:18C'est quand même...
05:19Et je trouve qu'on ne l'entend pas.
05:20Autant sur l'arrêt du tabac ou l'arrêt de l'alcool,
05:22vous allez entendre dire, vous allez respirer mieux.
05:24Vous allez avoir la peau ceci.
05:25Vous avez le risque d'AVC qui diminue, etc.
05:28Quand on perd du poids, non.
05:30Alors, parce qu'effectivement, c'est compliqué.
05:32Parce qu'en fait, il y a des gens qui ont du poids
05:34et qui n'ont pas de retentissement sur leur santé.
05:36Bon, c'est compliqué.
05:37On voit que c'est un sujet très, très compliqué, très complexe.
05:39Mais en tout cas, l'idée, c'est que je pense qu'il faut vraiment en parler
05:43et arrêter d'avoir peur d'en parler.
05:44Et surtout, d'abandonner en soi cette part de grossophobie
05:49qu'on a plus ou moins toutes et tous.
05:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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